Les syndicats défilent ce 1er mai en ordre dispersé. Après cinq ans de défilés unitaires sous Sarkozy, le projet de loi sur la sécurisation de l'emploi, définitivement adopté au Parlement le 14 mai, a eu raison de l'unité de la CGT et de la CFDT. La mobilisation s'annonce faible alors que l'image des syndicats a été écornée par une série de scandales ces dernières années.
jeudi 2 mai 2013
1er mai, fête du travail mais les travailleurs français peuvent-ils vraiment se satisfaire de leurs syndicats ?
Après cinq ans de défilés unitaires sous Sarkozy, les syndicats vont défiler le 1er mai en ordre dispersé. Le projet de loi sur la sécurisation de l'emploi, définitivement adopté au Parlement le 14 mai, a eu raison de l'unité de la CGT et de la CFDT. Ce 1er mai contrastera avec celui de 2012 où, à cinq jours du deuxième tour de la présidentielle, des centaines de milliers de salariés (entre 300 000 et 750 000) étaient descendus dans la rue pour dire non à Nicolas Sarkozy. « Ma crainte c'est que le Front national mobilise plus que les syndicats de salariés » s'est même inquiété, selon le Monde, le numéro un de la CGT, Thierry Lepaon. Cette situation traduit-elle une faiblesse historique des syndicats français ? En matière de représentativité syndicale, la France est-elle une exception en Europe ?
Nicolas Perruchot : Je ne crois que ce soit la situation actuelle qui explique les difficultés des syndicats à faire adhérer les salariés. Au contraire. La loi sur la sécurisation devrait être un facteur d’adhésion pour les salariés. Mais il n’en n’est rien. Les syndicats pâtissent tout à la fois de leur image, très négative aux yeux d’une grande majorité des salariés, et de leur grande difficulté à s’entendre pour proposer des réponses aux problèmes du chômage de masse que la France connaît.
La France n’est pas seulement une exception en Europe. En matière de représentativité syndicale nous sommes les derniers des 34 pays membres de l’OCDE, avec un taux de représentativité de 8%. Depuis les années 50, on a divisé par quatre le nombre de salariés syndiqués dans notre pays. Le paradoxe c’est que la perte d’adhérents n’a pas signifié une perte d’influence. Bien au contraire.
Dominique Andolfatto : Il est vrai que la France a le taux de syndicalisation le plus faible des pays occidentaux. Mais cela ne signifie pas pour autant que les syndicats soient sans ressources. Là où ils sont implantés, les syndicats sont généralement redoutés (en raison des pouvoirs – juridiques notamment – dont ils disposent et de leur capacité à animer l’action collective). Ce qui explique une particularité du syndicalisme français : les employeurs contribuent largement à son financement (ce qui, au passage, est tout à fait légal dès lors qu’il n’y a pas de discrimination entre organisations syndicales de la part de l’employeur). Si cela traduit une solide reconnaissance du fait syndical et de la nécessité du dialogue social, dont les syndicats sont évidemment un acteur-clé, on ne peut s’empêcher de penser que, parfois, il peut s’agir aussi d’acheter la paix sociale. Un ancien responsable syndical de la CFDT de Sanofi en témoignait publiquement ces derniers jours.
Anne-Sophie David : La crainte du nouveau leader de la CGT est fondée car les nombreuses dissensions continuent de gangréner les syndicats de salariés et cela risque de se voir dans la rue aujourd’hui ! Ce nouveau défilé sera aussi l’occasion, une fois n’est pas coutume, d’une nouvelle guerre de chiffres entre les syndicats, la police et le Front National… Mais le vrai sujet c’est la crise qui se durcie, le climat social qui se tend, les fermetures d’usines et dépôts de bilan qui se multiplient, une situation gravissime face à laquelle de telles dissensions n’ont plus leur place. Mais le problème est toujours le même : leur manque de représentativité pour peser dans la société. La preuve : depuis plus de 15 ans, tous les grands combats sociaux ont tourné au profit du gouvernement et du patronat. Un bilan accablant qui devrait inviter chacun à s’interroger sur l’utilité et l’avenir du syndicalisme dans notre pays.
Oui en matière de représentativité syndicale la France est un exception. A peine 8% des salariés français sont syndiqués.Comparé à nos voisins, il s’agit là du pire taux d’Europe qui place la France sous la Lituanie ! La question de la représentativité syndicale est en effet centrale. Rappelons au passage que ces 8% ne concernent que les salariés et non toutes les personnes ayant un emploi : les personnes en CDD, intérimaires et stagiaires ne sont pas représentées par les centrales syndicales. Donc, en réalité, les syndicats ne représentent qu’environ 4% de l’ensemble des travailleurs... Pourtant ce sont ces mêmes syndicats qui initient grève sur grève dans les services publics, qui sont associés et décideurs dans toutes les grandes instances régissant le travail et la vie sociale en France et qui cogèrent, à parité avec le patronat, les caisses nationales d’assurance-maladie, caisses d’allocations familiales, Pôle-Emploi, prud’hommes, formation professionnelle…
Dominique Andolfatto : Les plus jeunes ne se retrouvent pas dans l’histoire ouvrière – ou syndicale – du 20e siècle, dans une certaine mémoire, qui reste donc l’affaire des plus anciens. Pour l’essentiel, le syndicalisme est devenu en effet une affaire de quadras ou de quinquas. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de jeunes. Quelque 6 ou 7% de moins de 30 ans selon les données – rares – dont on peut disposer. Lors de son dernier congrès, en mars 2013, la CGT a revendiqué 15% d’adhérents de moins de 35 ans. Les 60 ans et plus sont plus nombreux (17%). Mais l’essentiel des troupes est constitué des 35-60 ans (68%).
Outre la question de la mémoire, on peut formuler d’autres explications à cette « rencontre » difficile des syndicats avec les salariés les plus jeunes (même si les syndicats soutiennent que les choses seraient en train de changer). Le syndicalisme est bien souvent devenu une affaire d’ « insider », c’est-à-dire de salariés en CDI, bien intégrés, assez bien protégés, ce qui est particulièrement appréciable dans la conjoncture actuelle. Tel n’est pas le cas des plus jeunes, « outsiders » dans le système pour emprunter un terme au célèbre sociologue américain Howard Becker. Et tant que leur condition n’évolue pas, ils ont de la peine à se faire une place dans les organisations syndicales… sauf à n’être que des faire-valoir, des cautions… le pouvoir demeurant dans les mains de salariés plus expérimentés et souvent issus du secteur public.
Nicolas Perruchot : Répondre à cette question revient à en poser une autre : à quoi servent les syndicats aujourd’hui ? Le syndicalisme français est un syndicalisme militant et très politisé.Au contraire du syndicalisme de service développé en Europe du Nord, les syndicats français, dont le rôle essentiel est de faire vivre le dialogue social, interviennent sur des sujets très divers : la guerre au Mali, le conflit israélo-palestinien, le printemps arabe, etc… Ils s’opposent aussi fortement aux politiques de relance du FMI en Europe, qui impose la rigueur budgétaire pourtant nécessaire. Leurs seuls mots d’ordre pour répondre aux difficultés actuelles sont l’appropriation des outils de production, et la nationalisation des secteurs en tension. Des solutions qui ne font pas rêver les jeunes d’aujourd’hui !!
Anne-Sophie David : Depuis une dizaine d’années, les centrales syndicales sont confrontées à un nouveau problème : « le péril jeune ». Selon nos estimations basées sur les chiffres de l’INSEE, près de la moitié de leurs adhérents sont âgés de plus de 50 ans et à peine 10 % ont moins de 30 ans. Pourtant, l’adhésion des jeunes est un sujet crucial pour enrayer le déclin du syndicalisme et pour renouveler leurs effectifs. Mais les jeunes ne se reconnaissent pas dans les structures historiques, figées dans une idéologie de plus en plus dépassée. Résultat : ils créent leur propres structures, se fédèrent sur Internet ou se regroupent autour d’un objectif. Exemple avec le collectif Génération Précaire qui s’est fait connaître en 2005 en portant des masques blancs pour dénoncer l’exploitation des stagiaires et surtout en s’invitant à l’intérieur de manifestations provoquant la colère des syndicats contraints alors de partager l’affiche face aux médias…
Anne-Sophie David : Ces scandales ont fait beaucoup de mal au patronat et aux syndicats. La rumeur de la caisse noire de l’UIMM est une véritable bombe à fragmentation car elle continue, encore aujourd’hui, à avoir des répercutions et pose de nombreuses questions quant à l’intégrité de telles structures.Dans le contexte actuel, les salariés ont du mal à concevoir que d’importantes sommes d’argent ou avantages en nature puissent être le quotidien de ceux censés les défendre. Ces soupçons et nombreuses rumeurs, qu’elles soient fondées ou non, sont catastrophiques en termes d’image et contribuent à alimenter un sentiment de défiance déjà très fort.
Dominique Andolfatto : Je ne sais si on peut parler de « décrédibilisation » des syndicats. Le fait est qu’ils ont peu d’adhérents. Mais, dans les entreprises, une bonne moitié des salariés s’expriment en faveur de listes syndicales lors des élections professionnelles. De même, les enquêtes d’opinion témoignent régulièrement qu’une moitié – ça oscille un peu selon les années – des salariés leur font confiance pour défendre leurs intérêts. Les syndicats ne sont donc pas si isolés que ça même si les organisations sont plus étriquées qu’autrefois. Elles sont en fait devenues l’affaire de « professionnels » qui, d’ailleurs, ne font pas du recrutement d’adhérents une priorité. Naturellement, les affaires de financements opaques, la corruption éventuelle de certains leaders, ne peuvent que nuire à cette image plutôt positive. Mais, de ce point de vue, les syndicats n’ont hélas pas un monopole… On ne peut non plus soutenir que tous seraient corrompus.
Nicolas Perruchot : L’affaire de l’UIMM a mis en lumière les pratiques liées à l’achat de la paix sociale dans notre pays. Que le patronat de l’époque se soit fait prendre à sortir près de vingt millions d’euros pour « fluidifier le dialogue social » est évidemment un événement majeur. Espérons que la justice puisse nous en dire plus sur ces pratiques si particulières. Dans le même temps on découvre que la CGT, via ses plus gros comités d’entreprise, mènent la vie de château !! Ces deux évènements, et on pourrait en citer beaucoup d’autres, démontrent que l’argent est devenu un paramètre essentiel dans les rapports entre partenaires sociaux. A l’heure où les salariés, les ménages, et les entreprises doivent faire attention à chaque euro dépensé, cela fait évidemment tâche…
Dominique Andolfatto : Ce rapport a permis d’évaluer assez précisément – compte tenu de l’opacité qui perdure - le coût du syndicalisme : environ 4 milliards d’euros soit, comme un chiffre absolu ne veut pas dire grand-chose, 0,15% du PIB. C’est à la fois beaucoup et, finalement, pas beaucoup si c’est le prix pour avoir de bonne relations sociales. Mais sont-elles bonnes ? Peut-on parler d’une performance sociale des entreprises françaises, ce qui permettrait d’attirer des investisseurs et donnerait une certaine image positive aux produits français… On a envie de dire : peut (beaucoup) mieux faire ! Même si cette « performance » est très variable d’une entreprise à l’autre.
Nicolas Perruchot : Le rapport a été interdit de publication sur ordre.Cela démontre que dans notre pays, parler de l’argent des syndicats est un sujet qui dérange, y compris au sommet de l’Etat. C’est la raison pour laquelle il faut continuer le combat pour la transparence dans ce secteur. C’était le sens des 29 propositions faites à l’époque qui visait à la fois à conforter le rôle des partenaires sociaux, en les rendant plus indépendants financièrement. C’est aussi dans ce sens que j’ai souhaité faire adopter une loi sur le renforcement du contrôle des comptes des plus gros comités d’entreprise. Cette loi a été adoptée en janvier 2012 par l’Assemblée nationale. Elle est depuis bloquée au Sénat !!
Anne-Sophie David : L’enterrement prématuré du Rapport Perruchot en novembre 2011 soulève de nombreuses questions car le message envoyé par une telle censure est forcément un coup dur pour la démocratie. Nous avons rencontré le député centriste Nicolas Perruchot pour les besoins de notre livre, peu de temps après ce coup de théâtre. Il nous a expliqué que quelques heures avant le vote à l’Assemblée Nationale visant à faire la lumière sur le financement des organisations syndicales, le président du groupe UMP, Christian Jacob, était intervenu pour que les députés ne votent pas ! Une décision que ce dernier n’aurait pas pris seul selon le député…Que raconte ce rapport ? Il lève le voile, entre autres, sur le patrimoine des syndicats qui seraient des organisations capitalistiques très développées…
Anne-Sophie David : On peut en effet se poser la question car aucun gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche, n’a souhaité prendre à bras le corps le problème et réformer le système syndical. Pourquoi ? Pourquoi jusqu’en 2008, les organisations syndicales étaient les seules organisations en France à jouir d’un statut particulier leur permettant de ne pas publier leurs comptes ? Pourquoi, depuis cette date, si une loi les oblige désormais à le faire, aucune sanction n’est prévue pour ceux qui ne le font pas ou communiquent des informations trop succinctes ?
Dominique Andolfatto : On peut effectivement parler d’une sorte de « jeu de rôle » qui est loin d’être nouveau… et l’actuel président a même lancé une révision de la constitution pour le « constitutionnaliser ». Ce sera sans doute une première… En fait, les leaders syndicaux n’étaient pas demandeurs… et, dans les autres pays, le « jeu de rôle » est circonscrit à l’entreprise ou à la branche d’activité et n’intéresse pas directement l’Etat (mais uniquement les syndicats et les employeurs). En France, de longue date, l’Etat s’est imposé comme un arbitre et même comme un acteur des relations sociales. On peut y voir un héritage du jacobinisme et d’une certaine défiance à l’égard de la société civile. François Hollande affiche son intention de mettre le dialogue social au cœur de ses réformes. Etant donné l'état dans lequel se trouvent les syndicats, cela vous semble-t-il souhaitable et réaliste ? Que penser en effet de l'attitude de la CGT lors des négociations sur la sécurisation de l’emploi ?
Nicolas Perruchot : Non. Avant le jeu de rôle il y a eu le temps des luttes. Nous avons tous en tête 1936, et les grandes grèves de l’époque. Le jeu de rôle, qui correspond à peu près à l’époque des premières dérives de certains syndicats, s’est développé selon moi à partir du milieu des années 70. L’Etat avait depuis longtemps décidait d’acheter la paix sociale, considérant que cela coûterait moins cher à notre pays que de financer des avancées sociales. Cela a conduit à un triple échec : social, budgétaire et sociétal. Nos salariés travaillent peu et gagnent moins, l’Etat, surendetté, continue à subventionner les partenaires sociaux, et les citoyens cherchent, dans la contestation de rue, des moyens pour changer la société. Même si les syndicats ne sont pas responsables de tous nos maux, ils n’apparaissent pas aujourd’hui en capacité de proposer des solutions équilibrées. Ils sont devenus trop corporatistes, car recroquevillés sur la sphère publique. Trop dépendants de l’Etat qui leur alloue des moyens considérables mais entretient leur faible représentativité. Il faudra aussi, pour les plus radicaux d’entre eux, accepter de mettre à la poubelle les posters du « Ché » ou les « murs de cons », qui recèlent un dangereux mélange des genres. Prôner la lutte, légitimer la violence ne feront qu’affaiblir notre république.
Nicolas Perruchot : Il faut arrêter la course à la radicalisation. La CGT court après SUD. La CFDT a longtemps couru après la CGT. Pour finalement accepter certaines réformes. La réalité est plus politique qu’il n’y paraît. La CGT est proche, voir liée, au Front de Gauche. La CFDT est un allié objectif du Parti Socialiste. La rupture entre CGT et CFDT est à mettre en parallèle avec celle entre PS et Front de Gauche. François Hollande a tenté d’amadouer les uns avec la loi sur l’amnistie sociale, et s’est appuyé sur les autres pour avancer sur la sécurisation de l’emploi. Plutôt que de clarifier les liens de l’Etat avec les partenaires sociaux, il a au contraire réussit à les monter les uns contre les autres. Plus encore que l’attitude de la CGT, c’est celle du Président de la République qui est à blâmer. Car il n’y aucun cap pour les partenaires sociaux.
Dominique Andolfatto : F. Hollande, comme évoqué ci-dessus, veut « constitutionnaliser » la loi Larcher de 2007 qui oblige, dès lors qu’il est question d’une réforme intéressant le travail, d’organiser une négociation préalable entre organisations syndicales et organisations d’employeurs puis de tenir compte de l’accord éventuel qui interviendrait entre elles selon le sujet qui est concerné. Il existait déjà une loi. Est-ce bien nécessaire de la « constitutionnaliser » ? On peut en douter et on ne voit pas ce qui sera nouveau. Mais, en France, on aime bien fabriquer des lois et, pour une partie des élites politiques, réviser la constitution est comme une sorte de summum.
Quant à l’accord sur la « sécurisation de l’emploi et la compétitivité », on pouvait prévoir que la CGT ne signerait pas… ne serait-ce que pour des raisons d’ordre interne. Cela aurait ouvert une crise entre la direction et les équipes de base de la CGT, très largement fidèle au syndicalisme contestataire. En outre, dès lors que trois autres syndicats signaient et que l’accord allait entrer en vigueur, la CGT pouvait se dispenser de le faire, confirmant son positionnement contestataire… ce qui n’empêche pas – semble-t-il – certaines équipes de base de signer des accords qui reprennent l’esprit de l’accord national du 11 janvier 2013, comme récemment chez Bosch… Le positionnement de la CGT, et les raisons de celui-ci, sont en fait plus complexes qu’ils n’en ont l’air…
Anne-Sophie David : Remettre les syndicats face à leurs responsabilités est une bonne chose. Reste à voir les résultats. La CGT mais pas seulement car FO s’est également prononcé contre le texte en appelant à des manifestations et grèves. Si le texte n’est pas parfait, ce qui est très dommage, et ce qu’attendaient d’ailleurs les salariés syndiqués, c’est que la CGT s’exprime davantage sur le sujet pour faire des contre-propositions et ne se contente pas uniquement d’être contre.
Dominique Andolfatto : Toute évolution est par nature lente. Et il faut se méfier des révolutions ou accélérations – pour emprunter un terme plus neutre - qui, souvent, peuvent conduire à de brutaux retours en arrière… Cela dit, pour faire évoluer les mentalités, il faut maintenant démontrer le bien-fondé des accords qui sont signés (et pas seulement celui du 11 janvier dernier). Il faut assurer ce qui serait le service après-vente des accords, convaincre les salariés qu’ils permettent de sortir de la crise et, si possible, d’en sortir par le haut…
Nicolas Perruchot : Plutôt que de demander aux syndicats de dire ce qui est bon pour les salariés, il faudrait sans doute faire l’inverse : demander aux salariés ce qu’ils attendent des syndicats. Il faudrait aussi bien entendu supprimer les financements publics pour avoir des partenaires sociaux autonomes vis à vis de l’Etat. Enfin il faudrait proscrire le fait de pouvoir acheter la paix sociale. Cette interdiction passerait par des règles éthiques strictes, opposables pour les salariés. Pour arriver à tout cela, il faudra avant tout, une bonne dose de courage politique. Car c’est le secteur le plus difficile à réformer dans notre pays.
Anne-Sophie David : Il faut une remise à plat car le système tel qu’il est aujourd’hui ne fonctionne plus. A défaut de parvenir à inverser la courbe du chômage, il est en revanche peut être possible d’inverser la tendance du « toujours moins » - moins de syndiqués, de confiance, de légitimité, de poids dans la société - pour tendre vers un « plus », plus de transparence, d’indépendance, de responsabilités et d’adhérents. Pour cela, il faut réformer le système.
SYNDICATS CACA MILITANTS GNANGNANS, LE CRÉDO DU SYNDICALISME FRANÇAIS
Pas d’union nationale alibi…
Une majorité de Français, selon un sondage paru dans le dernier JDD, plébisciteraient l’idée d’un gouvernement d’union nationale. Ce souhait d’une droite et d’une gauche unissant leurs forces et leurs talents (que souvent elles n’ont pas) pour essayer de résoudre au mieux une situation difficile n’est pas nouveau. A trois reprises – Mitterrand-Chirac, Mitterrand-Balladur, Chirac-Jospin – les Français ont accueilli avec une bienveillance imméritée des périodes de cohabitations paralysantes, qui ont surtout renforcé l’immobilisme des équipes dirigeantes. De son lointain héritage monarchique le peuple français garde sans doute, même de façon subliminale, cette nostalgie d’une union nationale mise à bas par l’avènement de la République.
Giscard d’Estaing avait cru pouvoir récupérer cette nostalgie d’union, affirmant que la France se gouvernait au centre. En fait, le pouvoir giscardien oscilla constamment entre une gauche sociétale et culturelle affirmée et une gouvernance économique étatico-technocratique, où le néo-libéralisme commençait timidement à pointer du nez.
Le centrisme est un leurre, comme l’est plus ou moins de nos jours l’idée d’union nationale. L’un et l’autre existent comme aspirations, mais sont dans l’impossibilité de se matérialiser, tant sont lourdes, dans notre pays, les pesanteurs politico-sociologiques et les contraintes qui en découlent. D’ailleurs, les Français ne revendiquent pas spontanément l’union nationale. A la question de savoir s’ils y sont favorables, 78 % d’entre eux, angoissés par un contexte économique inquiétant et les tâtonnements incertains du pouvoir actuel, ont répondu, désabusés, une sorte de : Bof ! Pourquoi pas ? Au point où nous en sommes… Pourquoi pas l’union nationale ? Sans se rendre compte que celle-ci ne ferait, dans la plupart des cas, qu’ajouter, sinon de la division à la division – les partis de l’UMPS sont globalement d’accord sur les grandes orientations politiques : l’Europe, la monnaie unique, l’immigration, le commerce mondialisé, l’ouverture des frontières, le laxisme judiciaire, la négation des identités nationales, l’hédonisme généralisé – du moins du méli-mélo à la confusion.
Un « doux rêve » compagnon du cauchemar…
Beaucoup de nos concitoyens ne semblent d’ailleurs pas avoir des idées très claires sur cette question. Ainsi, l’éditorialiste duJDD, Bruno Jeudy, qui passe pourtant parmi ses pairs pour un fin connaisseur de la chose politique, écrit : « C’est le doux rêve français. Celui de l’union nationale. Deux mots magiques qui fleurent bon la nostalgie des Trente Glorieuses. L’époque du plein emploi, de la forte croissance. Celle du général De Gaulle… ». Période qui fut loin d’être d’union nationale puisque les fantômes de la guerre civile hantèrent de façon sanglante la fin de la quatrième République et les débuts de la cinquième. Quant à l’union nationale, en fait de « doux rêve », cette dernière a toujours eu des accointances dramatiques avec les pires cauchemars nationaux. Celui par exemple de la guerre 14-18. Ou alors, à la Libération, elle fut empruntée comme une voie étroite, durant dix-huit mois cahoteux, pour sortir de la Seconde guerre mondiale et de quatre années d’Occupation… « Doux rêve » en effet !
Certes, François Hollande possède une « boîte à outils ». Mais achetée au magasin de farces et attrapes. Ses électeurs s’en sont rendu compte, mais trop tard. Ils avaient déjà installé le farceur à l’Elysée. Avec des cartes, mêmes biseautées, bien en mains, puisque la gauche détient la majorité dans les municipalités, les conseils généraux et régionaux, l’Assemblée nationale et le Sénat. Autant dire qu’elle truste tous les pouvoirs. Y compris le pouvoir médiatique, judiciaire, intellectuel, syndical. Le président de la République a donc, malgré un « manque de résultats » évident et son cheminement hésitant de « louvoyeur » incurable, les moyens de poursuivre sa politique. Aujourd’hui, certes, il n’a plus dans sa boîte à outils que des mots usés et mensongers, devenus à peu près inutilisables. Mais s’il ne se sent pas à la hauteur du travail à accomplir, qu’il en tire les conséquences en démissionnant. Ou alors qu’il dissolve l’Assemblée et laisse la nouvelle majorité que les électeurs auront désignée, y compris des élus du Front national, gouverner… Mais surtout pas d’union nationale pour servir de rustine, ou d’alibi bidon, à une gauche en pleine démonstration d’incompétence.
PS : polémique à la grosse Bertha
Claude Bartolone (voir Présent de mardi) voulait une « confrontation » avec Berlin. Sa phrase fracassante a ouvert une polémique sur trois fronts : avec nos voisins germaniques, actuellement très irritables, avec l’opposition de droite, donnant ainsi à Fillon et à Copé l’occasion de se rabibocher et enfin une bisbille socialo-socialiste. La gauche du PS a aussitôt emboîté le pas au président de l’Assemblée nationale pour partir en guerre (en dentelles roses, rassurez-vous) contre Angela Merkel et la « droite européenne ». L’ancien prof d’allemand Jean-Marc Ayrault, pour calmer le jeu, s’est fendu d’un twitt en langue germanique dont voici la traduction française : « On ne résoudra pas les problèmes de l’Europe sans un dialogue intense et sincère entre la France et l’Allemagne. » Trois membres de son gouvernement ont aussitôt abondé dans son sens. Manuel Valls a jugé les propos du président de l’Assemblée nationale « irresponsables, démagogiques et nocifs ». Il faut dire que Valls et Bartolone sont en compétition pour, le moment venu, succéder à Jean-Marc Ayrault à Matignon. Michel Sapin (troisième candidat, mais plus discret) trouve le terme confrontation « totalement inapproprié et inadapté ». Pierre Moscovici, quant à lui, estime « contre-productif » la position anti-Merkel de Claude Bartolone. Ce dernier, selon un chroniqueur politique, rêverait, s’il forçait les portes de Matignon, d’incarner à son tour le « tournant de la rigueur » mais de manière inverse à celui pris en 1983 par Pierre Mauroy et son ministre de l’Economie et des Finances, Jacques Delors. Le tournant de Bartolone tournerait résolument le dos à celui de la rigueur pour prôner la relance à tout va. Comment ? En ouvrant de nouveau toutes grandes les vannes du crédit. Avec pour résultat annoncé de faire monter toujours davantage nos déficits et notre surendettement dans lesquels nos emplois et notre niveau de vie sont déjà en train de s’engloutir. Aucune chance, bien sûr, que les Allemands acceptent jamais ce genre d’éclusage pour faire passer le bateau d’une relance fantôme guetté par le naufrage dès sa mise à l’eau
Une situation tendue dont Hollande porte la responsabilité. Sa petite phrase sur la « tension amicale avec l’Allemagne » est bien à l’origine de cette polémique et des « embrouilles » qui en découlent. Cette tension amicale – Hollande aime les anaphores, mais aussi les oxymores – le Boutefeu Bartolone et son équipage d’élus socialistes au bord de la mutinerie l’ont élevée, de façon inamicale, jusqu’à l’hypertension…
Hollande, le coach de la France qui perd
Comme Domenech en son temps, il y a des coachs qui, par le simple effet de leur façon de diriger, parviennent à tirer le plus mauvais d'une équipe.
La télévision fait de plus en plus appel à des coachs. Qu'il s'agisse de séduire, de corriger son look, de sa vie familiale, de l'éducation des enfants, de sa vie professionnelle ou sentimentale ou de la décoration de sa maison. Le coach devient un personnage incontournable pour les producteurs. En même temps, la télévision a toujours été un indicateur d'ambiance. Lorsque l'on voit, un an après son élection, des sondages où Hollande serait éliminé au premier tour, cela donne le vertige.
Aujourd'hui, Roger Gicquel ne dirait pas "La France a peur" mais "La France a honte". Le Monde ne titrerait pas, comme à la veille de mai 68, "La France s'ennuie", ce serait plutôt "La France n'en peut plus". Il y a un rejet manifeste qui mêle bien des ingrédients variés et complexes. Pour en faire une synthèse, je ne vois qu'une métaphore. La dernière fois que j'ai ressenti ça, c'était en 2010, lors de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud. C'était déjà, justement, un problème de coaching.
Durant les quelques jours du plus grand fiasco de l'histoire du football français, nous avons assisté à un "Domenech bashing" sans précédent. Je ne suis pas sûre qu'à l'époque le mot était déjà utilisé, mais c'était bien une campagne de dénigrement généralisé qui suivait la prise de conscience de sa responsabilité dans ce désastre. C'était incompréhensible au départ. On l'aimait bien, Domenech, il était sympathique, doté d'un humour au second degré qu'on appréciait. L'équipe de France était remarquable, avec des stars internationales que les grandes capitales européennes s'arrachaient à prix d'or et qui ont confirmé depuis qu'elles jouaient au plus haut niveau.
Alchimie
Le problème, ce fut la rencontre entre cet homme et cette équipe à ce moment-là. Ils avaient tout faux. Le résultat fut un échec cuisant, une image de désordre, d'indiscipline, d'insultes, affligeante et, pour finir, la honte devant les caméras du monde entier. Nous sommes en train, toutes proportions gardées, de revivre un peu cette situation avec notre coach politique, François Hollande. On l'aime bien, on le trouve sympathique, mais son coaching de la France est une catastrophe. Pourtant, tout le monde en est convaincu, la France est un pays extraordinaire, doté de capacités exceptionnelles, d'un peuple dont l'intelligence politique est démontrée par son histoire. Mais là, c'est l'échec sur toute la ligne, les records de chômage, de fermetures d'usines, d'impôts, de dépenses publiques, de fuite des entrepreneurs, de mécontentement dans toutes les couches sociales et d'une montée spectaculaire de Marine Le Pen, dont on se dit qu'à ce rythme-là elle sera présidentiable aux élections de 2017.
Il y a des coachs comme ça, qui, par le simple effet de leur façon de diriger, parviennent à tirer le plus mauvais d'une personne, d'une équipe, d'un collectif, d'une nation. C'est une question d'alchimie. Elle dépasse souvent les coachs des coachs eux-mêmes. Car, en plus, ils en ont (des coachs). Les derniers signaux envoyés n'arrangent pas les choses. Les revirements incessants, comme le faisait Domenech, ne font qu'exaspérer un peu plus ceux qui reçoivent des messages de plus en plus embrouillés. Pendant un an on vilipende les patrons, le pouvoir de l'argent, puis, brusquement, ils deviennent les "chouchous", et la colère des travailleurs condamnés au chômage est renvoyée devant les tribunaux.
Et puis nous sommes partis pour une avalanche d'affaires, des tableaux de Guéant à l'appartement du fils Fabius. Pourquoi ne pas avoir admis que la nomination de Cahuzac était une erreur fatale de coaching qu'aucune transparence ne pourra rattraper ? On explique aux Français qu'"on va voir ce qu'on va voir", que la France ne signera pas le traité européen de rigueur budgétaire, pour finalement l'accepter et, en bout de course, feu d'artifice final, envoyer un signal hostile à l'Allemagne qui nous éloigne tous un peu plus d'une Europe politique. Ça m'a fait penser au refus de Domenech de serrer la main du coach de l'équipe d'Afrique du Sud à l'issue du dernier match de la défaite, toute honte bue.
La France de Hollande : l'autre pays du chômage…
Si la Hollande a longtemps été présentée (notamment dans un célèbre spot publicitaire français) comme l'autre pays du fromage, la France de Hollande est malheureusement devenue l'autre pays du chômage, à côté de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal. A l'inverse, les Pays-Bas continuent de résister avec un taux de chômage de 6,4 %, soit tout juste un point de plus que le niveau qui prévaut en Allemagne.
Bien loin de ces résultats appréciables, la France affiche un taux de chômage de 11 % (dernier chiffre publié par Eurostat pour le mois de mars 2013). Certes, c'est encore bien inférieur aux sommets qui prévalent dans les pays du Sud de l'Europe : 14,2 % à Chypre, 17,5 % au Portugal, 26,7 % en Espagne et 27,2 % en Grèce. Pour autant, la tendance est là : l'économie française ne parvient plus à générer de la croissance, ni des emplois et semble condamnée à battre de nouveaux records en matière de chômage. Même l'Italie, qui pourtant ne va pas fort, a réussi à légèrement réduire son taux de chômage qui atteint désormais 11,5 %, contre 11,7 % il y a trois mois.
Alors que le 6 mai prochain, François Hollande « fêtera » le premier anniversaire de son élection à la Présidence de la République, cette pandémie de chômage constitue certainement le point cruellement central de son bilan.
Les autres évolutions économiques de sa première année à l'Elysée sont tout aussi dramatiques. Tout d'abord, la récession a fait son grand retour, puis s'est aggravée. En effet, même si on feint trop souvent de l'ignorer, la succession de deux trimestres consécutifs de baisse du PIB (qui caractérise la récession) a déjà eu lieu au premier et au second trimestre trimestres 2012 (- 0,1 % à chaque fois). Ensuite, après un rebond technique au troisième trimestre, le PIB a chuté de 0,3 % au quatrième trimestre 2012. Depuis l'accession au pouvoir de François Hollande, celui-ci a ainsi reculé de 0,2 %. Pis, depuis le premier trimestre 2008, le PIB français subit un recul de 1,1 %. Et ce n'est malheureusement pas terminé dans la mesure où celui-ci devrait baisser d'environ 0,3 % au premier trimestre 2013.
Bien entendu, cette bérézina n'est pas le seul fait de François Hollande et a commencé sous le « règne » de Nicolas Sarkozy. Cependant, force est de constater que la situation a empiré depuis le deuxième trimestre 2012. Or, à l'époque, les deux finalistes de l'élection présidentielle se cantonnaient à dire que la crise était terminée. Le candidat de l'UMP pour essayer d'enjoliver son bilan, celui du PS pour ne pas devoir entrer dans le détail de son programme économique qui était évidemment irréaliste.
Mais, à la rigueur, l'erreur est humaine. François Hollande a été élue sur un programme, il était donc tenu de le mettre en pratique. Faut-il d'ailleurs rappeler qu'il y a un an, de nombreux économistes, hommes politiques et même certains dirigeants d'entreprise avaient appelé à voter pour M. Hollande, qu'ils présentaient alors comme le seul capable de redresser la barre. Quel beau plantage !
Car le problème n'est pas de se tromper, mais de s'enferrer dans l'erreur. Ainsi, plutôt que de reconnaître qu'il n'a pas réalisé les bons choix stratégiques pour l'économie française et d'engager un virage à 180 degrés, M. Hollande continue de mettre la France en danger. Et pour cause : de par l'augmentation massive de la pression fiscale et l'accroissement de certaines dépenses publiques, la récession française va s'aggraver, ce qui ne manquera évidemment pas de susciter une nouvelle flambée du taux de chômage. Ce dernier devrait même dépasser les 12 % d'ici le début 2014. A l'évidence, nous serons loin de l'inversion de tendance promise à maintes reprises et encore récemment.
De plus, à côté de la récession et du chômage, la suite du bilan économique de M. Hollande n'est pas très gaie : le poids des prélèvements obligatoires dans le PIB va dépasser les 46 % cette année, celui des dépenses publiques avoisine les 57 %. Parallèlement, bien loin des objectifs affichés, le déficit public a atteint 4,8 % du PIB en 2012 et devrait en faire autant cette année. Conséquence logique de ces dérapages et de l'aggravation de la récession, le poids de la dette publique dans la richesse hexagonale est passé de 85,8 % fin 2011 à 90,2 % un an plus tard et certainement 95 % fin 2013, avant d'atteindre la barre des 100 % d'ici l'été 2014.
Pour autant, en dépit de ces résultats calamiteux, le bilan économique de François Hollande bénéficie d'une aide incroyable : les taux d'intérêt des obligations de l'Etat français ne cessent de battre des records à la baisse, passant même dernièrement sous 1,7 % pour le taux à dix ans.
C'est à se demander si les investisseurs internationaux ont leur carte du PS… Blague à part, cette chance est aussi un écueil, dans la mesure où elle constitue une bulle obligataire. Or, à l'instar de ses homologues boursières ou immobilières, cette dernière est forcément appelée à se dégonfler. Quand ? Lorsque la France devra reconnaître qu'elle ne respectera pas ses engagements en termes de croissance, de chômage, de déficits publics et de dette. Ce sera le cas en septembre 2013, lorsqu'il faudra préparer le budget 2014.
Dès lors, les taux d'intérêt augmenteront fortement, la récession s'aggravera et le chômage flambera encore. A ce moment-là, si la France ne change pas de stratégie et ne parvient pas à convaincre l'Allemagne de la soutenir, le bilan des deux ans de François Hollande sera encore plus dramatique que celui de sa première année.
La France de Hollande ne sera alors plus seulement l'autre pays du chômage mais aussi celui du carnage.
Marc Touati
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