samedi 9 février 2013
En Angleterre, les Blancs fuient les centres-villes... et en France ?
Les résultats du recensement de 2011 montrent que les Blancs fuient les centres-villes en Angleterre. En France, on retrouve ce processus de séparation dans lequel les natifs au carré des catégories populaires sont tout particulièrement engagées.
Londres, les blancs pourraient devenir minoritaires bien plus tôt que prévu, en raison d’un retrait des quartiers aux fortes concentrations au profit du périurbain et de la campagne. Il semble qu’il s’agisse plutôt de familles aisées. Ces départs renforcent les concentrations. À l’occasion de la publication des résultats du recensement de 2011, 1es Britanniques découvrent ce « white flight », jusque-là passé relativement inaperçu.
En France, on retrouve ce processus de séparation dans lequel les natifs au carré[1] des catégories populaires sont tout particulièrement engagées. On a pris l’habitude de les appeler les invisibles. Mais qu’ont-ils donc d’invisible et aux yeux de qui ?
Les catégories populaires sont encore majoritaires dans ce pays et formées à 80 % de natifs au carré. Ils ne devraient donc pas passer inaperçus.
En fait, ils sont invisibles aux yeux des catégories supérieures dans lesquelles se recrutent les élites et qui résident dans les grands centres urbains. Vue de Paris, la classe ouvrière native au carré a disparu. À Paris, au cours des 40 dernières années (1968-2009), la proportion d’ouvriers parmi les actifs ayant déjà travaillé âgés de 25-54 ans est passée de 26 % à 8 %, celle des cadres de 14 % à 45 %[2]. Et les ouvriers qui y résident sont très majoritairement d’origine étrangère. Au total, en 2008, 6 % seulement des ouvriers natifs au carré âgés de 18-50 ans résidaient en Ile-de-France, contre 37 % des immigrés et des enfants d’immigrés de même âge et de même catégorie sociale.
Les ouvriers natifs au carré habitent désormais préférentiellement loin des grands centres urbains : six sur dix âgés de 18-50 ans résidaient en 2008 dans les communes de moins de 20 000 habitants. Au contraire, les cadres (y compris les professions intellectuelles supérieures) résident dans les grands centres urbains, là où se trouvent aussi la nouvelle armée d’employés et d’ouvriers des services qui sont eux plutôt d’origine étrangère. Cette concomitance a laissé croire aux premiers que les catégories populaires se résumaient désormais à ces derniers. C’est aussi bien pratique, notamment pour une nouvelle gauche qui a décidé d’abandonner l’électorat des natifs au carré des catégories populaires à la droite ou à l’extrême droite au profit d’une cible électorale qui, d’après Jean-Philippe Huelyn « relève plutôt de la liste de course »[3] et dans laquelle « les minorités des quartiers populaires » figurent en bonne place.
Ces natifs au carré des catégories populaires maximisent leur chance de vivre dans un environnement social pas trop dégradé dans les petites communes du rural ou du périurbain. Alors que c’est précisément le contraire pour les catégories supérieures qui maximisent la qualité de leur environnement social dans les grands centres urbains. Contrairement à ces dernières, ils n’ont pas les moyens financiers de la frontière dans les grands centres urbains. C’est toujours dans ces petites communes que les natifs au carré des catégories populaires vivant dans les quartiers les plus pauvres minimisent le voisinage avec des populations d’origine étrangère et notamment avec des musulmans. Voisinage dont sont largement épargnés, quel que soit leur lieu de résidence, ceux qui vivent dans des environnements plus riches. Et qui sont aussi précisément ceux qui ont un avis sur la manière dont les moins dotés devraient réagir à cette cohabitation : en faisant preuve d’ouverture et de tolérance.
En vivant à la grande périphérie des grands centres urbains, les natifs au carré échappent aux quartiers les plus défavorisés et aussi plus volontiers aux expériences racistes qui vont avec. Ils échappent aussi à la mise en minorité qui leur enlève leur statut de référent culturel, selon l’expression de Christophe Guilluy[4].
[1] Nés en France de deux parents nés en France.
[2] http://www.insee.fr/fr/themes/detail.asp?reg_id=99&ref_id=pop-act-csp-dipl
[3] « Où en est le vote ouvrier », note n°151, Fondation Jean-Jaurès, 8 janvier 2013.
[4] Fractures françaises, François Bourin, 2010.
CHERS DU FIGARO
CHER MARC,
CHER ALEXIS,
CHER XAVIER,
Vous jouez les bravaches, les durs, mais vous êtes nuls, vous n'avez pas de c.....s, vous êtes des lâches.
Vos commerciaux sont là pour endormir les détaillants de presse.
Ils nous enfument, nous manipulent, enfin, le pensent-ils.
Mais la réalité fait, aujourd'hui, la différence, face à ces assassins, ces enfoirés, de Presstalis et la CGT du livre.
Nous pouvons et sommes déjà plus forts qu'eux, je ne parle pas du SNDP qui est un monstre d'impuissance, par couardise.
Nous avons, nous aussi des " GROS BRAS", sinon même des "GÉANTS" pour aller casser du gréviste CGTiste.
Il faut les massacrer, les tuer, ce sont des chiens enragés qu'il faut abattre et tout de suite.
ÇA SUFFIT !
Nous n'avons pas besoin de vos mièvres lamentations couchées sur papier rose, dussent-elles être bien tournées dans une indignation de pacotille.
Vous, perdez de l'Argent ?
Nous, Nous perdons notre TEMPS, notre ARGENT, mais surtout nos
ENTREPRISES PERSONNELLES !!!
ENTREPRISES PERSONNELLES !!!
ET TOUT CELA À CAUSE DE QUOI ?
DE VOTRE MANQUE DE COURAGE.
Tant que cela perdurera, je ne veux plus voir un commercial du FIGARO dans mon magasin, je serais capable de lui
CASSER LA GUEULE !
CASSER LA GUEULE !
De l’or, à n’importe quel prix
Afin de réduire sa dette, l’Etat grec a bradé de nouvelles concessions minières dans le Nord du pays. Les habitants, bien que frappés par le chômage, se méfient des conséquences environnementales des nouveaux projets d’exploitation.
“Là-haut. Tu vois ? C’est là qu’ils veulent faire leur trou.” Lazaros Toskas pointe du doigt le sommet de la montagne. C’est là, au milieu des forêts de chênes, de hêtres et de pins, que la compagnie minière Hellas Gold prévoit de creuser la grande carrière qui lui permettra d’exploiter le trésor que recèlent les entrailles du mont Kakavos, dans la forêt de Skouries. Cela fait des millénaires que l’on connait la richesse de ce petit coin de Chalcidique, dans le nord de la Grèce : du cuivre, de l’argent, du plomb, du zinc mais surtout de l’or, minerai dont le cours a été multiplié par quatre depuis dix ans. Mais là où certains entrevoient pour cette région minée par le chômage des perspectives d’affaires et d’emploi, d’autres redoutent la destruction d’un écosystème au profit d’un développement à tout crin.
Lazaros Toskas, 54 ans, est ingénieur en génie civil. Il vit à Megali Panagia, le village le plus proche de l’exploitation de Skouries. Il est l’un des meneurs du mouvement d’opposition au projet, qui a organisé plusieurs actions ces derniers mois. L’ingénieur nous montre les travaux déjà réalisés pour le drainage de l’eau : “Il faut vider la montagne pour pouvoir creuser les galeries.”Sous la mine à ciel ouvert, qui atteindra 250 mètres de profondeur, des tunnels seront creusés jusqu’à 700 mètres dans la terre. La population locale craint pour les ressources hydriques de la région. “La terre est riche en minerais en tout genre, avec notamment une forte concentration en arsenic… Nous n’avons aucune idée de ce qui peut se passer”, s’inquiète Toskas.
L'emploi, ligne de fracture des pro et des anti
Le sujet de l’arsenic revient souvent quand on discute avec les opposants à la mine. Selon eux, le procédé d’extraction de l’or que l’entreprise prévoit d’utiliser n’est pas recommandable sur un site présentant de telles concentrations d’arsenic. Eduardo Moura, vice-président d’Eldorado Gold (le géant canadien de l’exploitation minière, propriétaire d’Hellas Gold à 95 %), réplique, par courrier électronique, que son entreprise respecte scrupuleusement les réglementations environnementales grecque et européenne, et que “l’étude d’impact sur l’environnement des mines de Chalcidique aura pris cinq ans, entre son élaboration, sa révision et son approbation par l’Etat grec.” Quant au procédé d’exploitation choisi, la société assure avoir réalisé “des tests pour vérifier qu’il était viable, et efficacement viable.”
“Je ne suis ni pour, ni contre. Mais j’aimerais bien que le travail nous vienne d’autres projets”, déclare le propriétaire d’une bijouterie, à Ierissos, bourgade touristique de Chalcidique devenue le quartier général des opposants à la mine. Le bijoutier résume bien les préoccupations de la population, y compris ceux qui, comme lui, n’ont pas participé aux mobilisations. “L’eau que nous buvons ici vient de la montagne. Si elle est polluée, on fait quoi ?”, se demande-t-il. Et puis il y a la question du tourisme : “Vous croyez qu’un touriste viendra en sachant qu’il y a une mine à quelques kilomètres ?” Le bijoutier dit comprendre aussi l’inquiétude des chômeurs – de fait, l’emploi est la principale ligne de fracture entre les pro et les anti. Et l’entreprise minière emploie déjà 1 100 personnes. “A terme, nos activités créeront plus de 5 000 emplois directs et indirects”, promet Eduardo Moura.
Bataille rangée dans la montagne
Mais beaucoup restent convaincus que les bénéfices ne compenseront pas les risques et se méfient des informations officielles. Pour justifier cette méfiance, ils rappellent que l’Etat a vendu à perte les droits d’exploitation de cette mine, dans une région, le nord de la Grèce, qui renferme des richesses minières évaluées à 20 milliards d’euros. En décembre 2003, Athènes avait en effet repris le contrôle de la mine, en vertu d’un règlement extrajudiciaire conclu avec TVX Hellas, l’ancien propriétaire, qui avait abandonné le projet en raison de l’opposition de la population locale. L’Etat grec a ainsi racheté la mine pour 11 millions d’euros, avant de la revendre, le même jour et au même prix, à Hellas Gold, fondée trois jours plus tôt, à qui il a cédé tous les droits d’exploitation. Peu après, 95 % du capital de Hellas Gold ont été rachetés par la canadienne European Goldfields (EG). Un audit avait estimé la valeur de la société sur le marché à quelque 400 millions d’euros. En 2012, Eldorado Gold a pris le relais d’EG.
L’entreprise défend son projet, assurant “détenir tous les permis environnementaux nécessaires”. Mais les organisations qui s’y opposent ont déposé un recours contre l’étude d’impact devant le Conseil d’Etat grec qui n’a pas encore rendu sa décision.
“D’importantes batailles de la guerre civile ont eu lieu ici entre 1947 et 1949”, rappelle Yorgos Tarazas, un chômeur qui est en première ligne de l’opposition au projet de Skouries. Certaines actions des opposants ont débouché sur des affrontements violents avec la police. L’été dernier, après une véritable bataille rangée dans la montagne, les forces antiémeutes sont descendues dans le centre-ville de Ierissos où elles ont chargé et lancé des gaz lacrymogènes. “Nous étions plusieurs à ne les avoir jamais vues ailleurs qu’à la télé”, se souvient Yorgos Tarazas.
Petroplus : Montebourg volontaire ou velléitaire ?
Petroplus : Montebourg volontaire ou velléitaire ?
On a appris hier soir que le gouvernement soutenait une offre égyptienne pour la reprise de Petroplus. Ce rebondissement est-il un succès de la méthode Montebourg ?
Il est trop tôt, bien trop tôt pour le dire. Pour les 470 salariés du site de Petit-Couronne, on ne peut évidemment que souhaiter que l’offre du groupe égyptien soit sérieuse et donc puisse être retenue par le Tribunal de commerce.
Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que beaucoup de confusion a entouré la gestion de ce dossier. Et après le revers d’Arnaud Montebourg sur Florange, salarié échaudé craint une nouvelle douche froide. Or il y a des similitudes entre les deux dossiers. Un ministre du Redressement productif assurant un peu crânement mardi que sur les cinq offres déposées, il y en avait deux « sérieuses et financées » - l’égyptienne, donc, et une suisse. Et des administrateurs judiciaires de Petroplus qui, dès le lendemain, concluent qu’aucune n’est « recevable en l’état ». Au début de la semaine, Matignon semblait préparer les esprits à une absence de repreneur ; à la fin de la semaine, le gouvernement se dit à nouveau prêt à prendre une participation au capital de la raffinerie pour faire aboutir une solution.
Où est la vérité ? Le gouvernement donne le sentiment de souffler alternativement le chaud et le froid ce qui n’est pas de nature à rassurer les salariés. François Fillon a dénoncé les « approximations » et la « démagogie » du pouvoir, mais bon, il est dans l’opposition. Plus gênant pour l’exécutif, les syndicats, la CFDT et le futur patron de la CGT Thierry Lepaon, s’insurgent contre des « effets d’annonce » et accusent même le gouvernement d’avoir une politique « similaire » au précédent, c’est-à-dire à la droite. En termes de crédibilité de l’action publique, l’enjeu de cette affaire Petroplus est donc colossal.
Peut-on dire qu’Arnaud Montebourg refait la même erreur que dans le dossier Florange ?
On le saura à l’arrivée. Si l’offre égyptienne aboutit, faisons lui confiance pour vanter bruyamment le succès de son volontarisme.
Avec Arnaud Montebourg, chassez le naturel, il revient au galop. Il y a quinze jours, lors de son émission Des paroles et des Actes, on avait dit : tiens un nouveau Montebourg ! Plus réaliste, moins tonitruant, moins velléitaire. Avec Petroplus, on retrouve le ministre qui fait savoir qu’il cherche toutes les solutions, qui se démène publiquement, s’engage sans attendre que la solution qu’il soutient soit parfaitement bordée. Une fois encore, si ça marche, tout le monde applaudira. Si ça ne marche pas, le jugement sera sévère pour un ministre qui ressort dossier après dossier les mêmes méthodes. Son volontarisme peut séduire mais s’il apparait qu’il se réduit à de l’incantation, son crédit en pâtira, à commencer auprès de ceux qu’il se fait fort de défendre.
Politiquement en tous cas, ça ne lui réussit pas trop mal. Dans le baromètre CSA publié ce matin dans les Echos, il est le troisième ministre le plus populaire, après Manuel Valls et Christiane Taubira, mais devant Laurent Fabius et Pierre Moscovici. En fait, face aux sites industriels menacés, Arnaud est comme un équilibriste. Peut-être qu’à l’arrivée, on applaudira l’artiste, mais à chaque instant, la chute est possible.
L'accord sur le budget européen masque-t-il une grande panne de l'UE ou un simple trou d'air ?
Alors qu'un accord sur le budget européen a finalement été trouvé vendredi après de longues séances de négociations, le Parlement a immédiatement répliqué en annonçant qu'il bloquerait le projet présenté.
Un accord sur le budget européen a été trouvé vendredi après de longues séances de négociations infructueuses marquées par les tensions entre les Etats. Mais le Parlement a immédiatement répliqué en annonçant qu'il bloquerait le projet présenté. L'Europe a la réputation de s'être construite à travers les crises. Aujourd'hui, les bouleversements que traverse l'UE constituent-ils une étape obligatoire vers plus d'intégration ou est-ce une épreuve qui remet en cause tout ce qui a été construit jusqu'à présent ?
Sylvie Goulard : Il n'y a jamais de chemin obligé, c'est difficile de prédire l'avenir. Ce qui est certain, c'est qu'au-delà de la crise, cette dernière révèle une évolution du monde, une perte d'influence relative de l'Europe, des bouleversements démographiques (vieillissement des populations..), une perte de compétitivité : c'est tout ce phénomène-là qui à mon avis est la véritable raison pour laquelle les choses vont évoluer.
C'est la crise la plus profonde que l'Europe ait connue depuis la Seconde Guerre Mondiale pour ses aspects financiers et économiques, et encore plus profonde pour ce qui est de la place des Européens dans le monde. C'est une crise grave, mais on ne peut pas prévoir quelles formes elle prendra.
Georges Ugeux : L'Europe, en tant que projet global, n’est pas remise en cause. C’est une crise de croissance comme la plupart des pays qui se sont intégrés en ont connu. Les Etats-Unis se plaignent de ce genre de difficultés, et vivent les problèmes de communication entre les Etats et l’Etat fédéral. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, il faut poser la question de manière précise : qu’est-ce qui est remis en question ?
Je crois que le problème vient de la gouvernance de l’Europe en matière économique et financière. Ce qui est attribué à l’Europe en matière de finance et d’économie ne fonctionne pas. On n’a jamais senti qu’il y avait vraiment un accord sur ce qui pouvait être mis en commun en matière de gouvernance dans l’eurozone. On se rend compte que cette dernière a été lancée comme un facteur d’intégration, et elle ne pourra jouer ce rôle que s’il y a une gouvernance européenne. Il faut aller plus loin dans la définition des responsabilités.
Gérard Bossuat : Il n'est pas obligatoire de passer toujours par des épreuves, mais il faut constater que les avancées de la construction européenne se font souvent à la suite d'épreuves. Il faut accepter de penser qu'elle s'est faite par à-coups, et l'on ne sait pas très bien comment elle va se faire, on est dans l'indécision. Même dans un État-nation, on ne sait pas de quoi demain sera fait.
Cette crise est grave, en termes d'intensité ; nous sommes dans une situation où certains membres de l'UE refusent de considérer l'intérêt commun, et pensent à satisfaire leurs propres aspirations.
Quelle part de responsabilité la conjoncture porte-t-elle dans la panne de l'Europe ?
Gérard Bossuat : L'ambiance générale porte les États, les gouvernements, à faire des économies. De ce point de vue-là, on ne voit pas pourquoi l'UE n'en ferait pas elle aussi. Un des aspects important que la France, l'Espagne, l'Italie ou la Grèce voulaient voir afficher ne l'est pas. Il n'y a pas d'offre d'accompagnement d'une relance ou d'une lutte contre le chômage. Il existe un fonds de lutte contre ce dernier, … mais ce n'est rien par rapport à l'ampleur des difficultés. On garde les aides telles que la PAC, bonnes pour les agriculteurs hollandais, espagnols, français, mais il n'y a pas d'ambition dans ce budget, on a l'impression qu'on cherche à conserver quelque chose.
Si nous ne sommes capables de faire avancer l'Europe que lorsque la croissance économique est là, nous ne sommes pas très sérieux. On sait très bien que la croissance ne peut pas être continuelle. Les États n'ont pas pris la mesure du défi auquel nous sommes confrontés.
Georges Ugeux : Il est certain qu’il y a une combinaison de facteurs. Le premier est effectivement la gestion de l’endettement qui est la responsabilité du gouvernement et du secteur bancaire dans une certaine mesure et pour certains pays c’est très clair. Le second est le fait que nous sommes dans une période où la conjoncture économique est faible. Est-ce que l’on peut se permettre de faire l’un sans l’autre ? La question est là finalement. Dans ce débat budgétaire, on voudrait faire accoucher à l’Europe, quelque chose qu'elle ne peut pas faire. Elle ne va pas relancer son économie car elle n’en a ni les moyens, ni les compétences, ni les personnes capables de l’entreprendre puisqu’il n’y a pas de gouvernement économique.
Les budgets du secteur public à l’intérieur de l’Europe sont multiples et en plus ce budget européen utilise un tiers de ses moyens pour 3% de l’économie. Lesdéclarations qui se font à Bruxelles pour le moment n’ont finalement que très peu à voir avec la réalité économique et les dirigeants essaient de nous faire croire, avec du placebo, qu’ils trouveront un remède aux problèmes économiques de l’UE. C’est une facilité notamment de la part de la France de se débarrasser de ses responsabilités au niveau européen.
Sylvie Goulard : Cette crise n'est pas conjoncturelle, mais plutôt structurelle. Elle renvoie à l'organisation de notre mode de travail, au mode de croissance, et pas seulement à celui de l'Europe, mais aussi de l'Occident. Ce n'est pas du tout une question de conjoncture. Et nous ne sommes pas dans un bon cycle, ce qui n'arrange rien. Ce n'est pas de petites mesures de conjoncture de relance qui vont pouvoir nous sortir de cette situation. Avec les nouvelles technologies, la mondialisation, les emplois ne sont pas les mêmes qu'il y a dix ou vingt ans.
Les blocages actuels sont-ils "dépassables" ?
Gérard Bossuat : Tout est dépassable. Mais la question est : "à quelles conditions ?" Le Parlement européen va peut-être voter contre ce budget, les États vont être mis devant leurs responsabilités, il faudra bien qu'ils trouvent une solution. Le problème conjoncturel n'est pas le plus important : le plus important est de constater que l'espoir de l'unité européenne n'est pas suffisamment pris en compte par le budget. Tout budget d'une association, organisation ou institution traduit l'espérance, la stratégie de cette entité.Quelle est la stratégie de l'Europe, que veut-elle faire. Il y a bien le programme "Horizon 2020" qui définit des objectifs qui me rend enthousiaste, mais on attend les financements derrière. Encore une fois, François Hollande a demandé des relances pour lutter contre le chômage, l'innovation…mais en quoi ce budget répond-il à ces attentes ?
Il faudrait que les députés européens soient élus par listes de partis et par pays, cela changerait beaucoup de choses. Ce n'est pas la peine de raconter des histoires en disant il nous faut plus d'abandon de souveraineté. Qui parle d'Europe fédérale comme Monnet et Schuman ? Au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement, on osait parler de fédération. Maintenant, la situation s'est dégradée de ce point de vue-là, avec des replis des pays sur eux-mêmes de la part des pays depuis environ 30 ans.
Georges Ugeux : Tant que la France ne sera pas prête à donner l'indication de sa volonté de mettre en place la gouvernance nécessaire au niveau européen, elle tient un double langage. Tous les autres pays sont prêts à se mettre en route, à réfléchir à la question de l’euro zone. La position de l’Angleterre, qui ne fait pas partie de ce groupement, est par définition différente. L’Allemagne veut avancer. Angela Merkel est plus en avance que François Hollande sur le plan institutionnel. Elle accepterait de transférer plus de pouvoirs à la commission qu’à la France.
On ne peut certainement pas rejeter toutes les responsabilités sur notre pays, car il y a beaucoup d’autres domaines dans lesquels les autres États ont des difficultés. Cependant, pour des raisons politiques internes, la France hésite à choisir l’Europe.
Le débat politique avancera lorsque l'on reconnaitra cette hésitation et que l’on essaiera de la gérer. La France est le pays qui a refusé le référendum, le problème du fonctionnement de l’Europe divise la droite dans un domaine et divise la gauche dans un autre. Il n’y a pas aujourd’hui, en dehors des déclarations, un mouvement permettant les abandons de souveraineté qui seront nécessaires dans les prochaines années pour faire avancer l’Europe. La France doit choisir son camp. Occulter le débat, ouvert et adulte, est une erreur.
Sylvie Goulard : Les méthodes de travail autour du budget sont hallucinantes. Nous n'avons pas les bonnes procédures. Les discussions de la nuit dernière tournaient autour de 10 à 20 milliards, pour 27 pays sur 7 ans, ce qui n'est rien, même en période d'austérité. On ne peut pas faire perdre leur temps à des chefs d'Etat et de gouvernement pour arriver à ce type de décisions. Cela tourne au théâtre, et à la dramatisation. Il faut changer les méthodes pour accéder à un jeu démocratique beaucoup plus compréhensible.
On ne pourra pas rester au statu quo. Si ces forces gagnaient, on aurait un recul, une désintégration et une confrontation entre pays européens : ce n'est pas une option.Les Français disent qu'ils sont pour plus d'intégration, mais ils ne sont pas prêts à céder de la souveraineté.
Les Allemands sont prêts à aller vers un schéma fédéral, peut-être parce qu'il leur est familier, mais là ils ont tout fait pour réduire le budget, les Britanniques prétendent qu'ils vont sortir, mais font finalement un chantage pour rester : chacun joue une partition, la sienne, liée à sa tradition, mais c'est un immense jeu de poker menteur, à court terme, puéril.
Pour la première fois, avec le Traité de Lisbonne, le Parlement peut approuver le budget, même s'il ne peut pas rentrer dans la négociation. C'est un enjeu démocratique considérable. Le Parlement veut mettre fin à ces méthodes archaïques, il demande la transparence, notamment sur la différence entre crédits d'engagement et crédits de paiement. De plus, c'est un budget prévu pour 7 ans : même la planification soviétique n'était pas faite pour 7 ans : s'engager pour 7 ans est quelque chose d'inouï. J'espère que le Parlement va bloquer le budget, et qu'on aura des budgets annuels, discutés en public par un Parlement.
Les Etats sont en rivalité les uns avec les autres, mais chacun défend ses intérêts. Les chefs de gouvernement sont responsables devant lzue pays, et non devant l'Europe. Ils ne sont pas élus par les Européens, et il faut satisfaire les attentes des populations locales.
Au final, à quoi pourra ressembler l'Europe demain ?
Georges Ugeux : L’Europe de demain doit permettre une véritable cohérence des Etats membres et sanctionner les tentatives de ne pas respecter les engagements pris. L’eurozone est occupée à créer une union bancaire européenne, le Parlement français discute dans le même temps d’un système de régulation bancaire qui n’est pas totalement en ligne avec ce qui est actuellement discuté au niveau européen. Cela devrait ne plus être possible.
Il y a un déficit d’ouverture de la France au reste du monde dont la première victime est... la France elle-même. Le jour où les Français seront convaincus que ce type de comportement les pénalise, la situation changera. Dans le débat politique aujourd’hui, il existe une sorte de consensus sur le fait que la France est différente et que le reste du monde n’a qu’à s’y adapter.
Sylvie Goulard : En regardant l'avenir, la politique intérieure et les divergences qui existent, on peut craindre une dislocation, un délitement. De Shanghai, Brasilia ou Washington, on voit l'Europe comme un continent vieillissant, qui perd sa place démographique et historique. Nous devons rester positifs : nous avons des moyens, des traditions, des gens bien formés, un marché de 500 millions d'habitants, c'est un choix séculaire.
Gérard Bossuat : Cette question fait rêver, d'une certaine façon. C'est une Europe comme une entité, un espace, qui va compter dans les relations internationales et qui va participer à l'élaboration de la paix. Les exemples de l'intervention au Mali et de la lutte contre le terrorisme sont fondamentaux, mais au final le message n'est toujours pas passé puisque les Français font le sale boulot seuls. L'Europe peut être un espace inventif de nouveaux modes de production, un vecteur de transformation du monde. Les Chinois ne vont pas transformer le monde pour l'instant : ils augmentent la production, et le changent de manière traditionnelle.
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Des grèves à répétition qui minent la presse écrite
Des grèves à répétition qui minent la presse écrite
Impossible (ou presque), mercredi, de trouver un quotidien chez les marchands de journaux et autres kiosquiers. La raison de cette « non-parution » – plus exactement de la non-distribution – des quotidiens nationaux : un mouvement de grève chez Presstalis. Motif : peser sur les négociations, notamment sur le volet social qui prévoit la suppression à terme de la moitié des 2 500 salariés du groupe.
Un mouvement de grève orchestré par le Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT (SGLCE-CGT), qui était la composante « distribution » du puissant bastion du syndicat du Livre (communiste) quand celui-ci fédérait – verrouillait – tous les métiers de la presse (lire à ce propos le livre de Francis Bergeron, Le livre CGT).
Sauvé de la faillite fin 2012 grâce à plusieurs dizaines de millions d’euros d’argent public et au lancement d’un plan de modernisation drastique, Presstalis est régulièrement secoué par des arrêts de travail sporadiques qui empêchent tout ou partie des quotidiens nationaux d’être distribués.
Depuis septembre 2012, date du début du conflit entre Presstalis (distributeur de 70 % de la presse et de l’intégralité des quotidiens) et les ouvriers du livre SGLCE-CGT, près de 30 jours de « non-parution » partielle ou totale des quotidiens ont été comptabilisés (23 grèves en quatre mois !). Des grèves surprises et à répétition, du genre « combat de type dockers » (les gros bras du SGLCE-CGTn’hésitant pas à user de l’intimidation physique et à détruire les journaux) et résultat d’années de verrouillage du Livre CGT, qui font payer un lourd tribut aux marchands de journaux et qui affaiblissent un peu plus les ventes au numéro des quotidiens déjà malmenés par la crise de la presse écrite.
Du coup, le monde de la presse est à bout. Manque à gagner pour les éditeurs, alors même que leur situation économique, fragilisée, est plus que délicate, ras-le-bol des lecteurs, excédés de ne pas trouver leur quotidien et vive inquiétude des marchands de journaux dont l’absence de quotidiens dans leurs points de vente, nuisible à une fréquentation déjà en baisse, affecte gravement leur exploitation – on compte un peu moins de 30 000 points de vente en France (kiosques, maisons de la presse, Relay…) et plus d’un millier ont fermé ces derniers mois et nombre d’entre eux sont confrontés à des problèmes de succession faute de repreneurs.
D’autant plus soucieux qu’« ils [les marchands de journaux] s’inquiètent également de leur relation au lecteur, qui se détourne du réseau physique pour aller chercher une version numérique – souvent gratuite – de son quotidien ; habitude qui pourrait perdurer », comme l’a écrit Gérard Proust, président de l’Union nationale des Diffuseurs de Presse, dans une lettre ouverte adressée au SGLCE-CGT.
De son côté, et en raison du conflit à Presstalis, l’ancien président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP), a demandé jeudi à son successeur, Claude Bartolone (PS), la création d’une mission d’information parlementaire « sur les problèmes de distribution de la presse en France ».
« La liberté de la presse constitue un des fondements de notre vie démocratique. Or, dans un contexte de mutation technologique, la question de la survie de la presse écrite est posée par des grèves répétées et incessantes dans sa distribution (…) d’où la nécessité de la création d’une mission d’information », a écrit Bernard Accoyer dans une lettre à Claude Bartolone.
L'Europe, son budget, ses pauvres
L'Union européenne va-t-elle mettre à mal l'oeuvre de Coluche, de soeur Emmanuelle et de Jacques Delors réunis ? En 1987, il y a un quart de siècle, après un hiver particulièrement glacial, se créent non seulement les Restos du coeur chers à Coluche, mais encore les banques alimentaires, chargées de redistribuer aux plus démunis les excédents de la Pac, la politique agricole commune. Beurre, lait, viandes, fruits...
Cette aide alimentaire - en sursis depuis deux ans- est sur la sellette du Conseil européen qui s'est ouvert, hier, à Bruxelles. Se négocie le budget de l'Union pour les sept années à venir, près de mille milliards d'euros, quand l'aide aux plus démunis ne pèse que trois milliards et demi, 500 millions par an, 1 € par an et par Européen. Autant dire, à l'aune des grands équilibres budgétaires, rien ou si peu.
Si elle est financièrement marginale, son poids symbolique et politique est considérable. Car comment expliquer à l'opinion publique, que l'Union a su trouver, en temps et en heure, les milliards qui ont sauvé ses banques de la faillite, mais qu'elle ne lèverait pas le petit doigt pour sauvegarder les banques alimentaires et les repas de 19 millions de pauvres !
Les Vingt-sept sont une fois de plus divisés. D'abord parce que cette aide ne bénéficie qu'à dix-huit pays. Qu'elle relève de la politique agricole commune, alors que les « surplus » alimentaires ont été résorbés. Sept pays, l'Allemagne en tête avec le Royaume-Uni et la Suède, considèrent désormais, que c'est à chaque État de s'occuper de ses pauvres. Et en Allemagne, pays fédéral, à chacun des länder. La Cour de justice des communautés européennes, de surcroît, leur a donné gain de cause au nom de la subsidiarité. Principe fondateur mais ambigu qui stipule que Bruxelles ne doit mener que les actions que les États ne peuvent pas conduire eux-mêmes.
En pleine crise sociale
Que cette aide alimentaire relève désormais de la politique sociale et non plus de la politique agricole, c'est sûrement judicieux. Mais, sauf à s'égarer dans des arguties juridiques et technocratiques obtuses, les chefs d'État et de gouvernement des Vingt-sept doivent regarder la réalité en face : celle de la vague montante de la pauvreté. 43 millions d'Européens, actuellement, ne mangent pas à leur faim. Les associations caritatives voient grossir les files d'attente. Et c'est en pleine crise sociale que l'Europe abandonnerait les plus démunis de ses concitoyens ? Impossible, sauf à vouloir briser l'Union. La réduire à vingt-sept égoïsmes nationaux.
Comme toujours à Bruxelles, un compromis est possible, probable. Une proposition est en discussion. Encore faut-il qu'elle soit à la hauteur du défi. L'idéal serait évidemment que l'Union, nageant en pleine prospérité, n'ait plus besoin de soupes populaires, de repas distribués et de Restos du coeur. La réalité est cruellement différente.
À Bruxelles, l'Union négocie, crans par crans, sa ceinture budgétaire. Débat entre les tenants de la rigueur et les volontaristes de la croissance. Mais au-delà, avec le sort réservé aux plus pauvres, c'est l'image de l'Union qui se joue. Ne veut-elle être qu'une vaste zone d'échanges économiques, ou bien a-t-elle encore une ambition sociale ? Il faut choisir : l'Europe des égoïsmes ou l'Europe de la solidarité.
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