TOUT EST DIT

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jeudi 4 décembre 2014

Hollande s'en va : quand Philippulus imagine le départ du chef de l'Etat

À l'occasion de la parution de la politique-fiction Hollande s'en va, son auteur Philippulus revient sur la source de son inspiration, et explique en quoi le départ du Président reste plausible.
Qui est Philippulus, ce prophète de malheur? On aurait tort de le réduire au personnage de Tintin qui déambule en bure blanche, tapant sur un gong. Après avoir prédit l'an dernier, dans «Le Coup du Père François», la déroute de Jean-Marc Ayrault, son remplacement par Manuel Valls, le départ d'Arnaud Montebourg, la révolte fiscale et le triomphe du FN aux européennes, le mystérieux auteur récidive en imaginant la démission du président de la République. «Hollande s'en va», son récit que les lecteurs du Figaro ont lu avec passion tout l'été, sort aujourd'hui en librairie, enrichi de nombreux chapitres. Est-il écrivain? C'est une évidence. Sa plume connaît le rythme, la musique et les secrets de la langue française. Ses portraits sont fins, sa ligne claire, et aucun ridicule n'échappe à son esprit féroce. Est-il politique? Assurément. L'homme connaît, en détail, le bureau du chef de l'État à l'Élysée, le goût des «haleurs» de Dominique de Villepin, les colères secrètes de François Rebsamen («plus c'est de gauche, plus c'est con!»). Est-il journaliste? Comment ne le serait-il pas? Philippulus nous promène dans le Paris politique avec une aisance rare comme s'il faisait visiter sa propriété. Est-il prophète? Philippulus n'a pas la barbe de Jacques Attali mais sait pourtant tout, du passé, du présent et de l'avenir. Vous le croiserez sans doute mais sans le reconnaître: Philippulus est un homme normal. Il roule en scooter.

Philippulus, vous aviez écrit en 2013 dans les colonnes du Figaro «Le Coup du Père François» et, depuis, plusieurs événements décrits alors se sont effectivement produits: la révolte fiscale, le départ d'Arnaud Montebourg… Cette fois-ci, vous nous prédisez le départ de François Hollande…
PHILIPPULUS - Disons que je m'amuse à imaginer le départ du chef de l'État. Est-ce invraisemblable? A priori oui. Mais la vie est ainsi faite que ce qui semble invraisemblable peut devenir vrai. J'ajouterais qu'avec François Hollande, tout est invraisemblable mais tout est vrai! Qui aurait dit en 2010 que François Hollande deviendrait président de la République? Qui aurait pu prévoir qu'un ministre socialiste du Budget, taxant de bon cœur le contribuable, cacherait de l'argent en Suisse? Qui aurait imaginé qu'un jour on reconnaisse sur une photographie le président de la République, assis à l'arrière d'un scooter, quittant l'Elysée pour se rendre chez son amie de coeur, trompant ainsi la première dame, laquelle se vengerait par le biais d'un livre retentissant? C'est invraisemblable? Non, c'est vrai! Le président supposé normal ne l'est pas du tout. Ce phénomène aiguise forcément l'imagination.
François Hollande vous inspire beaucoup. Ne vous obséderait-il pas un peu?
Quelque chose me frappe chez lui. C'est l'homme politique qui s'est attiré le plus de sobriquets: «Fraise des bois», «Flanby», «Culbuto», «Ni oui ni non», «Guimauve le Conquérant» et, depuis qu'il est à l'Élysée, «Pépère». Ça fait beaucoup pour un seul homme! Je pense depuis le début qu'il s'est embarqué dans une mauvaise aventure. Donc, tout devient possible! Y compris le fait qu'en décembre 2015, après des élections cantonales calamiteuses, un congrès du PS tonitruant puis des élections régionales cataclysmiques, il choisisse de partir… Qui vivra verra!
Vous avez choisi un mode burlesque pour décrire les mœurs et coutumes du monde politique. Or, l'époque n'est pas particulièrement burlesque…
Certes non, mais, sur le Titanic, l'orchestre a joué jusqu'au bout… Je suis frappé par le visage toujours jovial de Michel Sapin qui, s'il n'avait été nommé aux Finances, serait toujours ministre de l'Emploi aujourd'hui et nous dirait que si le chômage progresse, c'est, en fait, parce qu'il régresse… Les hommes politiques nous servent d'étonnants numéros d'acteurs. La particularité de cette époque, c'est que ça commence à se voir…
Vous surnommez Michel Sapin Séraphin Lampion, ce personnage de Tintin qui veut vendre coûte que coûte ses improbables polices d'assurance. Hergé fait partie de vos sources d'inspiration?
Hergé et d'autres. J'y ai mis un peu de poésie, avec Dominique de Villepin qui récite du Rimbaud et du Paul-Jean Toulet à Nicolas Sarkozy, lequel s'est entiché de Baudelaire. Je me suis attaché à caricaturer tous mes personnages à partir de tel ou tel aspect de leur personnalité. Nicolas Sarkozy, toujours survolté, François Fillon et son amour des voitures pleines de chevaux, Arnaud Montebourg, qui semble perpétuellement déclamer, Manuel Valls et sa fièvre espagnole... Et puis, vers la fin de l'ouvrage, je me suis amusé à donner à ces pages la tournure d'un roman policier.
Malgré tout, il arrive que vous vous trompiez dans vos prédictions…
Oui, j'avoue! Les lecteurs du Figaro qui auront lu au mois d'août «Hollande s'en va» constateront que j'ai dû remanier l'histoire. J'avais imaginé que Jean-Pierre Raffarin deviendrait président du Sénat fin septembre… et ce fut Gérard Larcher! Le détail avait son importance puisque, si François Hollande s'en va, il est remplacé par le président du Sénat. Errare humanum est! J'ai donc profondément modifié l'histoire, et j'ai rajouté un ultime épisode.
Si Hollande s'en va avant la fin, pensez-vous ouvrir un cabinet de voyance ou de conseil en stratégie?
Peut-être. Ou bien irai-je jouer au Loto…
Hollande s'en va, par Philippulus, Les éditions des Equateurs - Le Figaro, 240 pages, 18 euros.