TOUT EST DIT

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vendredi 21 novembre 2014

Lutte contre l’échec scolaire : ces pollutions idéologiques qui nous empêchent de comprendre les racines du mal

La ministre de l’Education nationale a promis mercredi "une véritable mobilisation en trois ans" pour la Seine-Saint-Denis, département qui ne parvient pas à attirer assez de professeurs. 
Le matin, elle s’était félicitée de la mise en place d’une "conférence de consensus" pour réfléchir sur l’évaluation des élèves – des annonces sont attendues pour "courant 2015", dans le cadre notamment du débat sur la suppression des notes. Ce vendredi, elle présente un nouveau plan contre le décrochage scolaire à l'heure où un certain nombre d'idées bien ancrées nous empêchent encore de voir les causes réelles de ce problème.

Les blocages qui relèvent de l'Education nationale...

  • Méthodes d’apprentissage
Jean-Paul Brighelli : Les méthodes d'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul sont aujourd'hui aberrantes, et entraînent dysorthographie, ânonnements et dyscalculie. Or, les bonnes méthodes (alpha-syllabiques) existent, sont reconnues comme plus efficaces, et les manuels (ceux du GRIP par exemple) sont déjà là. Seul un aveuglement idéologique amène le maintien de la méthode idéo-visuelle, la plus fréquente, et des méthodes semi-globales. Par ailleurs, le par-cœur est aujourd'hui réprouvé, alors qu'il a fait largement ses preuves. On apprend les tables de multiplication ou les conjugaisons par cœur — mais justement, on ne les apprend plus. Idem pour la grammaire, qui ne peut être étudiée que de façon systématique, et qui est le plus souvent aujourd'hui examinée de manière impressionniste, au gré des rencontres, au fil des textes.
Richard Etienne : Indéniablement, faire une radiographie du système scolaire peut partir des deux idées d’action d’une revue et d’un mouvement pédagogique (Le CRAP-Cahiers pédagogiques qui existe et publie depuis la Libération) : Changer la société pour changer l’école, changer l’école pour changer la société. Commençons par le diagnostic sur le système éducatif.
C’est peu de dire qu’il est à bout de souffle, rafistolé de toutes parts : depuis 1975, on a créé le "collège unique" mais on l’a aligné sur le lycée et sa logique de sélection pour aboutir aux classes préparatoires et aux grandes écoles. Les méthodes d’apprentissage suscitent bien des débats, à commencer par celle qui porte sur l’apprentissage de la lecture. Un ministre a voulu assurer le triomphe de la méthode syllabique alors que personne n’en contestait l’intérêt mais la voyait comme un élément d’un ensemble plus complexe. Un chercheur, Jean Foucambert, parlait, il y a plus de trente ans, des sept piliers de la lecture pour montrer que le simplisme est l’ennemi des apprentissages dans ce domaine comme dans bien d’autres.
  • Les programmes
Jean-Paul Brighelli : Officiellement, on est en train de les réécrire. Pratiquement, il s'agit de les ajuster aux réductions horaires, comme ces trente dernières années, où les programmes de Français, par exemple, ont subi une érosion spectaculaire. En maths comme en Lettres, l'objectif a été le même : réduire les exigences pour réduire les horaires pour réduire les postes (et les promesses de recrutement sont restées… des promesses). Bien sûr qu'il faut les réécrire, en tenant compte à chaque fois de ce qu'exige le niveau suivant — en fait,il faut avoir en perspective les exigences du niveau post-Bac le plus élevé. On peut en demander beaucoup aux élèves — je crois même qu'ils aiment qu'on leur en demande beaucoup. Quant à l'idée persistante d'intégrer dans les nouveaux programmes la maîtrise de l'outil informatique, ça ne sert jamais qu'à vendre des équipements.
Richard Etienne : Les programmes s’orientent encore trop lentement vers une approche privilégiant la compétence ("savoir agir en situation") sur les connaissances détachées de toute application concrète. L’actuel Conseil National des Programmes cafouille encore malgré sa bonne volonté.
De fait, il y a au moins deux choses qu’il faudrait consentir à faire pour soigner le patient Éducation nationale de ses nombreuses fractures. La première consisterait à réduire celle qui intervient entre le primaire et le secondaire. On multiplie aujourd’hui les stages de liaison entre l’école et le collège alors que de nombreux pays, à commencer par la Finlande, ont adopté le modèle d’une école unique pendant la période de la scolarité obligatoire (jusqu’à seize ans). Il ne faut pas secondariser trop tôt si l’on veut démocratiser notre enseignement et il faut donc tenir compte des difficultés d’adaptation d’une majorité des élèves à un modèle scolaire pensé et conçu pour dégager une élite (le lycée à la française).
Marie Duru-Bellat : Les programmes dans notre pays se caractérisent par leur approche académique, un peu abstraite. D’autres pays, toujours ceux qui ont des bonnes performances y compris dans les matières générales, les pays anglo-saxons par exemple, se tournent davantage vers la vraie vie : on éduque plus l’élève, tout en l’instruisant. Chez nous, l’opposition entre l’éducation et l’instruction demeure. Cette dichotomie ne peut plus tenir, l’éducation n’est pas que le fait de la famille.
Ce point est associé à un mauvais climat scolaire, notamment dans la relation des élèves aux enseignants. Il découle vraisemblablement de cette approche très académique de l’enseignement.
Les programmes devraient être établis par les représentants de la nation,  débattus au parlement et épousés l’air du temps. Mais non, en France, les programmes réunissent autour de la table des spécialistes de disciplines. Or, les spécialistes d’une discipline pensent que tout ce qui relève de leur domaine est passionnant, intéressant. Résultat, comme il est difficile d’arbitrer, on empile. Et cela nous fend le cœur dès que l’on rogne sur le moindre aspect d’un programme. Par conséquent, l’enseignement global devient de plus en plus lourd, et perd de son sens, car personne ne peut réellement le couvrir. Les programmes doivent être démocratisés, ce qui provoque un tollé général chez les enseignants et les inspecteurs.
Est-ce aux professeurs de décider de ce que nos enfants doivent apprendre, je ne sais pas. Reste que les spécialistes d’une discipline n’ont pas la moindre légitimité de décider dans l’ensemble de la formation des Français. En tant que parents, les exemples d’étonnement ne manquent pas sur le contenu des programmes. Le débat doit se démocratiser, être régulièrement soumis à la représentation nationale, se porter davantage sur les NTIC, etc. 
  • La formation des enseignants
Jean-Paul Brighelli : Le problème est de motiver à nouveau les enseignants. Le principe de ce qu'on appelait autrefois l'IPES (une bourse donnant le SMIC aux étudiants, obtenue sur concours disciplinaire, en échange d'un engagement décennal à servir l'Etat) serait une solution évidente, bien moins onéreuse que les diverses remédiations qui ne sont jamais que de palliatifs. Les bourses au mérite sont en sursis, ce qui en dit long sur la considération pour 'intelligence et la capacité qui règne au sein de ce gouvernement. Enfin, la création des ESPE pour remplacer les IUFM est une ure catastrophe : de prétendus savoirs pédagogiques ou didactiques se substituent aux savoirs disciplinaires, et vont fabriquer une génération d'enseignants peu aptes à répondre aux questions, ou même à s'en poser.
Richard Etienne : La formation des professeurs qui vient encore d’être modifiée alors que l’essentiel ne réside pas dans le niveau universitaire auquel on délivre le diplôme mais dans l’aptitude des enseignants à ajuster leur intervention aux élèves qu’ils ont en face d’eux. Ce sont des professionnels et leur formation doit adopter des formes plus longues (un an actuellement car la première année est consacrée à la préparation du concours) et plus en rapport avec les réalités de terrain.
Au Québec, ce sont quatre années qui sont consacrées à la formation progressive des enseignants et les seules institutions qui la gèrent sont l’université et les établissements qui les accueillent comme stagiaires sur des durées de plus en plus longues avec des tâches de plus en plus proches de ce que sera leur métier. En France, le ministère parle d’une "véritable alternance" mais il ne s’en donne pas les moyens et, bien souvent, les enseignants en formation servent de remplaçants ou de "bouche-trou". On peut donc rêver d’un système où des établissements triés sur le volet avec des enseignants-formateurs volontaires et eux-mêmes formés accueilleraient les stagiaires et leur mettraient le métier en main.
Marie Duru-Bellat : Nos enseignants sont peu formés à la pédagogie. Il faudrait en ce sens rétablir la formation des enseignants qui a été supprimée. La France a ensuite un problème presque culturelle : l’idée selon laquelle pour être un bon enseignant, il convient d’être très bons dans sa matière. Rappelons que les agrégés n’ont aucune formation pédagogique : on part simplement du principe qu’étant excellent dans leur matière, ils sauront nécessairement enseigner ! C’est faux.
Pour preuve, dans les pays qui ont les meilleures performances éducatives, il y a des formations très sérieuses pour tous les enseignants sur le plan pédagogique. La France de ce côté souffre d’un lourd passif : il n’est question que du mythe de l’élève brillant qui n’aurait pas besoin de mettre les mains dans le cambouis. D’ailleurs, le niveau académique des enseignants est majoritairement très élevé, les considérations pédagogiques laissées de côté.
La pédagogie est un phénomène laborieux, les instituteurs sont méprisés par rapport aux agrégés ou professeurs de Fac. Rien de sérieux n’a été fait sur la question de la pédagogie en France. Or, savoir comment enseigner n’est pas une sous science.
  • Regroupement et établissements scolaires
Richard Etienne : Ce rêve (qui peut pourtant devenir réalité sans coûts supplémentaires induits) met l’accent sur l’endroit rêvé pour faire changer le système : l’établissement. On peut y inclure l’école même si elle n’est pas encore officiellement un établissement. Mais on lui demande de faire un projet. Et là, tout le monde s’accord pour vouloir faire réussir les élèves, à commencer par les 10 à 15% qui éprouvent de grandes difficultés dans un système prévu pour l’élève moyen d’abord puis pour sélectionner les meilleurs selon une idéologie du "mérite républicain". Pourquoi l’établissement scolaire ? Parce qu’on le sait depuis trente ans au moins, il y a un "effet-établissement" et c’est tellement vrai qu’il existe, selon le sociologue François Dubet, un véritable "marché noir de l’information" dans lequel l’essentiel est de connaître "la bonne école".
En fait, sur le plan des comportements, de la citoyenneté et des apprentissages, on constate une vraie plus-value dans les établissements où l’équipe prend à bras-le-corps les problèmes de la difficulté scolaire, où la direction se met au service des projets et où les parents sont associés et informés sur les progrès de l’ensemble des élèves, mais aussi, et c’est essentiel, sur ceux de leurs enfants. Encore une fois, la formation initiale des uns et des autres n’a pas toujours contribué à développer la compétence nécessaire à cette prise en charge. Dans l’urgence, des formateurs-accompagnateurs sont en mesure de fournir aux établissements qui le souhaitent un ensemble de prestations permettant d’aller dans le sens souhaité.
Dans cette logique, il faut en finir avec la succession d'établissements scolaires définis en fonction de l'âge des élèves. Nous sommes les champions de la multiplication des sorties d’un établissement pour aller dans un autre (maternelle, élémentaire, collège, lycée). Tous ces changements de contexte déboussolent les parents et les élèves. Il faut réapprendre de nouvelles logiques en ménageant des transitions sous forme de cycles de trois ans en moyenne. Cela pourrait éviter la dérive qui fait que les cultures des enseignants divergent de plus en plus entre elles et qu’il n’est pas rare de voir certains d’entre eux accuser ceux du cycle précédent des insuffisances des élèves.
Marie Duru-Bellat : C’est là un thème populaire que la fameuse mixité sociale des établissements, tout le monde en parle. Ce que l’on sait par rapport à d’autres pays, c’est que la France dispose d’établissements scolaires ségrégés socialement. D’abord parce que l’habitat l’est. Et la proximité géographique joue un rôle. Les élèves ne vont pas traverser de part en part une ville pour suivre leur cours.
Ensuite, la suppression de la carte scolaire a été votée il y a quelques années. Les familles sont donc libres de choisir leurs écoles. De fait, on observe que les familles qui ont une plus grande liberté de choix peuvent systématiquement déserter certaines zones au profit d’autres. Derrière cette loi, on retrouve la représentation faussée de la concurrence. Les parents peuvent choisir, donc cela va stimuler la concurrence et donc tirer la qualité de l’enseignement vers le haut. Ce modèle est très théorique, il fonctionne peut être sur le plan économique, mais pour l’école cela ne fonctionne pas : il y a des élèves captifs, la plupart du temps ceux qui ont le moins de moyens et subiront une double peine en emplissant les écoles dévaluées, où personnes ne veut aller en réalité.

.... ceux qui relèvent du sociétal 

  • Rapport à l'autorité
Jean-Paul Brighelli : Les incidents, souvent violents, se multiplient. Il faut y mettre un terme en instaurant une tolérance zéro, en responsabilisant les parents (quitte à frapper à la bourse), et en resacralisant les enseignants et l'institution. Mais aussi en offrant de vraies perspectives professionnelles aux élèves les moins scolaires ou scolarisables. La voie professionnelle et l'apprentissage doivent impérativement être revalorisés.
Richard Etienne :  En tout premier lieu, il serait indispensable de détacher le temps de l’école de celui de la politique ; le premier est un temps long (vingt ans en moyenne : de trois à vingt-trois ans pour les deux tiers des élèves mais seulement dix ans pour les dix pour cent qui quitteront l’école à seize ans en y étant entrés parfois seulement à six ans, quelle inégalité !) et le second se raccourcit au point de se limiter à celui d’une mandature (cinq ans) diminuée des deux à trois ans qu’il faut pour "préparer la relève".
La politique d’éducation pourrait faire l’objet d’un projet déterminé sur dix à quinze ans et confié à une haute autorité. C’est ainsi qu’elle pourrait être préservée des aléas politiques comme budgétaires.
C’est bien à la société de définir les compétences, connaissances et la culture qui doivent être les bases du socle commun délivré à toutes les filles et tous les garçons qui feront le parcours obligatoire et indifférencié de l’école publique. Une telle reconnaissance permettra d’envisager autrement les fondamentaux de l’école, à commencer par l'autorité que n’auraient plus les maîtres aujourd’hui. Mais comment des élèves peuvent-ils respecter des maîtres si leur mission ne fait pas l’objet d’un consensus national ? Et pour que ce consensus soit national, il convient de sortir l’école des griffes des politiciens qui s’en servent plus pour obtenir des voix lors d’élection que pour mener à bien une politique éducative réformée sur la durée qui est indispensable pour réussir.
  • Rapport à l'effort
Jean-Paul Brighelli : La loi du moindre effort règne aujourd'hui. Redonner le goût de l'effort ne sera pas simple, d'autant que les éléments de perturbation (le fric-roi, la société du spectacle) sont très présents. Redonner le goût de l'effort suppose un changement de stratégie pédagogique : l'effort doit être lié au plaisir, alors qu'aujourd'hui c'est le laisser-aller qui est symbole de plaisir.
Richard Etienne : Nombreux sont celles et ceux qui réclament un retour au sens de l’effort mais n’envisagent de le faire que dans le cadre d’une école où les élèves se contenteront d’écouter "ce que dit le maître", comme Jacques Prévert aimait à le stigmatiser. C’est par la mise en pratique de démarche de projet que les élèves s’investissent et qu’ils déploient une énergie que Célestin Freinet mettait à profit dans son école pourtant bien "ordinaire".
Aujourd’hui, les plus grandes réussites sont issues de travaux d’équipes mais la société attend encore de l’école qu’elle sélectionne les meilleurs et donne un minimum aux autres.Le développement de compétences collectives est une bonne occasion à saisir pour impliquer les uns et les autres dans des entreprises dont ils seront fiers.
  • Rôle de l'émotionnel
Jean-Paul Brighelli : Les nouvelles contraintes d'évaluation sont au mieux des manœuvres politiciennes pour s'assurer le vote des parents, au pire des opérations de communication. Je n'exclus pas pour autant le désir sous-jacent de dégraisser le public au profit du privé, qui s'accrochera à ce que demandent les parents les plus exigeants.
Richard Etienne : On envisage de supprimer les notes dans de nombreux établissements ? Pourquoi pas ? Elles ont tant servi à humilier et à désespérer. Elles sont à l’origine de nombreux décrochages et de drames familiaux. Mais là n’est pas l’essentiel : comment faire pour que les élèves soient capables d’autoévaluer ce qu’ils ont fait car c’est grâce à un travail sur l’évaluation mené avec leurs enseignants qu’il apprendront à se repérer dans ce qu’ils savent ou ne savent pas encore et ainsi à devenir autonomes ?
  • Rapport à l'égalité et rapport à l'égalitarisme
Jean-Paul Brighelli : D'un côté les élèves sont égaux par principe. D'un autre côté, les capacités et les talents, si on les reconnaissait, opéreraient un tri et un classement. L'égalité, c'est bien. L'égalitarisme c'est la fin de l'effort pour se distinguer.
Richard Etienne :  Enfin, on ne saurait terminer cette radiographie sommaire de l’école et de la société sans s’intéresser au devenir des écolières et écoliers, des collégiennes et collégiens, des lycéennes et lycéens. Il est évident que toutes et tous n’occuperont pas "les plus hauts postes" ni les emplois les mieux rémunérés. Mais n’est-ce pas là la nouvelle direction de l’École que de se préoccuper d’aider chacune et chacun à élaborer puis à mener à bien son projet personnel au lieu de vouloir mettre tous les élèves en compétition ?
Marie Duru-Bellat : Dans nos sociétés, certaines inégalités sont admises, notamment à l’école sur la base du principe selon lequel ces dernières relèvent du mérite des élèves : certains travaillent plus que d’autres ou ont de meilleures aptitudes (même si je ne sais pas très bien ce que ça veut dire).
Le problème c’est que toute la sociologie de l’éducation démontre que personne ne peut assurer que les inégalités face à la réussite scolaire s’expliquent vraiment par des inégalités de mérite. Ce qui nous fait dire cela, c’est que ces inégalités apparaissent dès l’apprentissage de la lecture chez les tous petits à 6 ans. Tous les élèves ont envie d’apprendre à cet âge là, ils ne sont pas dégoûtés de l’école, difficile donc de parler de mérite. Par contre, il est constaté que certains ont des problèmes à l’apprentissage.
Ceci amène à questionner ce que ces enfants ont appris avant d’entrer à l’école, dans leur milieu familial. Il est question de déterminisme social. L’école qui pense que tous les élèves sont égaux (en droit bien entendus) mais inégaux en faits. Certains sont mieux préparés que d’autres. Si ces enfants sont traités de la même manière, les inégalités très précoces vont s’inscrire dans le long terme et il sera de plus en plus difficile de les compenser par la suite. L’égalité formelle n’est pas l’égalité réelle : accès à la culture, disposition en capitaux culturels et autres sont autant de facteurs d’inégalités. Le vocabulaire dont disposent les enfants est très inégal en fonction de leur appartenance sociale, c’est empirique.
La France est très fataliste, peut être un héritage bourdieusien… Mais il existe des pays qui ne souffrent pas de disparités aussi fortes dans l’éducation malgré les inégalités sociales marquées. Il est possible de citer certes les pays du Nord, mais également le Canada qui connait des flux migratoires importants et un réel brassage de population. Là-bas, la pédagogie différenciée fait des merveilles, et les écarts entre les enfants de jeune âge sont moins drastiques.
Des techniques pédagogiques qui permettraient de mieux prendre en compte la diversité existent. Toutes les inégalités ne seront évidemment pas gommées, mais nous aurons fait un grand pas en avant.
La pédagogie différenciée repose sur des techniques psychologiques qui aide les enseignats, dans un groupe, à tenir compte de la diversité des élèves. Concrètement, il s’agit d’enseigner des exercices gradués à des enfants répartis en petits groupes dans une même classe, d’adosser sur un même problème un élève fort et un élève faible, etc. Les expériences en psychologie démontre d’ailleurs que lorsque vous mettez côte à côte un élève le plus avancé et un élève moins avancés sur un même problème, les deux vont progresser. Le plus fort parce qu’il va verbaliser l’explication au problème, le plus faible parce qu’il va être tiré vers le haut.
Des masses de littérature sur ces questions existent déjà, mais comme on méprise les questions pédagogiques à telle enseigne qu’on a supprimé toute formation à destination des enseignants sans que personne ne descende dans la rue.
  • Traitement des communautarismes
Jean-Paul Brighelli : Benoît Hamon puis Najat Vallaud-Belkacem ont décidé d'autoriser les mères voilées à participer aux sorties éducatives (l'école hors les murs) ce qui avait été systématiquement refusé par tous leurs prédécesseurs, Peillon compris.
Au même moment Geneviève Fioraso nie l'entrisme religieux dans l'université. Il est évident que l'on se plie aux diktats d'une minorité désireuse de faire passer son agenda politique et idéologique avant l'apprentissage des savoirs, et d'influencer le comportement des étudiants (et particulièrement des étudiantes) en les confrontant à la ligne vestimentaire dure des extrémismes religieux. Il est grand temps de réaffirmer la laïcité en étendant la loi de 2004 sur les signes religieux ostentatoires à l'ensemble de l'Education nationale, Supérieur compris.