TOUT EST DIT

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samedi 4 octobre 2014

Sommet de l'élevage. L'élevage français regarde vers le Sud

Le bassin méditerranéen offre des perspectives. Mais les Français sont chers.

Concurrencé sur ses marchés européens traditionnels du fait de l'embargo russe, et déjà inquiet de la fin des quotas laitiers en 2015, l'élevage français louche vers le Sud.Au Sommet de l'élevage à Cournon, près de Clermont-Ferrand (centre), rendez-vous international qui réunit jusqu'à vendredi plus de 30 pays, de l'Irak à la Turquie, les professionnels profitent d'être au pied du Massif Central pour exposer leur savoir-faire en emmenant les visiteurs dans les exploitations alentour admirer les Aubrac et les Salers.« La France n'est pas un pays d'élevage industriel, ici tout reste lié au terroir: c'est cette richesse qu'il faut mettre en avant », estime Dominique Guineheux, président de la commission Commerce extérieur d'Interbev, l'inter-profession des bétails et viandes.

Stéphane Le Foll en VRP de l'élevage

Créée l'an passé, cette commission témoigne de l'urgence à repousser les frontières. Avec le pourtour méditerranéen en coeur de cible: « On vise aussi le Japon et la Chine, mais pour le moment ce n'est pas ouvert. »C'est d'ailleurs devenu un leitmotiv du ministre Stéphane Le Foll, qui a promis jeudi de retourner en Algérie, en Tunisie et en Turquie, « si nécessaire », pour aider à lever les barrières douanières et sanitaires, après avoir lancé en janvier un « comité export » pour encadrer les éleveurs.

La concurrence de l'Inde

La filière, il le sait, préfère exporter des carcasses et conserver la valeur ajoutée en France. Mais les prix eux-mêmes font barrage. Car l'excellence française, vantée, fait aussi des bovins hexagonaux les plus chers d'Europe. Aussi les pays du Maghreb se fournissent-ils principalement en Inde, qui a succédé au Brésil depuis 2011 avec des prix imbattables.

Vendre la filière et plus seulement des animaux

C'est l'organisation de la filière - les différents maillons de la chaîne de l'élevage à l'abattage - qui intéresse une responsable algérienne en visite à Cournon: « Nous voulons sortir du simple rapport commercial », insiste Sabrina Ichou, responsable des filières animales au ministère algérien de l'Agriculture, de retour d'une tournée dans les exploitations.L'Algérie compte 900.000 têtes de bovins et consomme 420.000 tonnes de viande, dont 50.000 seulement sont importées; mais elle compte sur la filière française pour améliorer ses pratiques, la génétique et la formation des jeunes éleveurs.« On a une énorme marge de progrès à accomplir », confirme Kamel Chadi, président de Proda, société de gestion à capitaux publics (500 millions d'euros de chiffre d'affaires) qui cherche à nouer des partenariats pour développer « des fermes de référence » et des sociétés mixtes entre les deux pays. Interbev se dit prête à fournir des formations sur toute la chaîne.
Mais avec l'embargo russe, l'urgence est ailleurs pour les Français: faute de vendre à Moscou, la Pologne et l'Allemagne se rabattent sur l'Union européenne et attaquent la France sur ses marchés historiques. « Sur plus de 240.000 tonnes de viandes exportées par la France, 96% le sont vers l'Italie, la Grèce et l'Allemagne: or aujourd'hui, la Pologne est notre plus gros concurrent en l'Italie », note Dominique Guineheux.De plus, la consommation par tête tend à baisser au sein de l'Union européenne  et les ventes suivent : -2% vers l'Italie en six mois (comparé à 2013), -11% vers l'Allemagne et -15% vers la Grèce. « Il faut absolument se positionner sur le marché mondial de la viande », prévient l'expert d'Interbev. Les « major players » - Brésil, Australie et Argentine - se recentrent massivement sur l'Asie, notamment la Chine où la France pourra jouer la carte du haut de gamme, mais sur des niches.Jeudi, l'annonce par Stéphane Le Foll de la suspension des tests de dépistage de l'ESB - ou maladie de la vache folle - a été saluée par les professionnels qui y voyaient un frein à l'exportation, alors que la plupart des pays européens les ont déjà abandonnés. « Ce n'est pas décisif, mais c'est un argument supplémentaire », juge Dominique Guineheux.