TOUT EST DIT

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mercredi 3 septembre 2014

Sommes-nous revenus sous la IVe République ?



Instabilité gouvernementale, «république des partis», prééminence du Parlement sur l'exécutif... Pour Guillaume Perrault, le paysage politique actuel ressemble de plus en plus à celui de la IVème République.
 «Hollande nous fait retourner à la IVe République et à son instabilité gouvernementale!» s'est exclamé Bruno Le Maire lorsque Manuel Valls a obtenu la tête d'Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon. À chaque crise politique majeure, le spectre de la IVe République ressurgit. Cette comparaison est-elle fondée en l'espèce? Y a-t-il des analogies entre la situation politique actuelle et la IVe République?
La IVe République a duré moins de douze ans. Institué en octobre 1946, ce régime a sombré lors de la crise de mai 1958. La Constitution de la IVe consacrait la toute-puissance des partis. À l'époque, le gouvernement procède de l'Assemblée, élue à la proportionnelle intégrale, et non du président de la République. Le chef de l'État, désigné par les parlementaires, est cantonné à un rôle de représentation et d'influence.
Dans bien des domaines, en particulier en matière économique et sociale, la IVe République peut être fière de son bilan. Mais, au plan politique, le régime a souffert de plusieurs maux qui ont fini par l'emporter.
En premier lieu, ces institutions n'ont jamais recueilli l'adhésion de tous les Français. Au début de la guerre froide, en octobre 1947, le PCF et le RPF du général de Gaulle, qui condamnent tous deux les institutions de la IVe République, obtiennent respectivement 25 % et 40 % des voix lors des municipales. Confrontés à cette double opposition, les partis dits de «la troisième force» qui soutiennent les institutions - SFIO, Union démocratique et socialiste de la résistance (UDSR) de François Mitterrand, radicaux, démocrates-chrétiens, modérés et Indépendants - sont condamnés à s'entendre au sein de gouvernements de coalition.
Or, les partis de «la troisième force» sont incapables de s'entendre sur de nombreux sujets. Les atermoiements aggravent les problèmes. De la querelle scolaire à la guerre d'Indochine, le président du Conseil ne peut trancher sans être renversé par l'Assemblée. Pour tout arranger, les ministres exagèrent souvent leurs différends pour mobiliser leurs électorats respectifs.
Conséquence: sous la IVe République, les gouvernements sont renversés en moyenne tous les sept mois. Antoine Pinay (Indépendant), président du Conseil en 1952, tombe au bout de dix mois. Pierre Mendès France (radical) doit faire ses valises en février 1955 après avoir passé huit mois seulement à Matignon. Guy Mollet (SFIO), président du Conseil pendant un an et trois mois - de février 1956 à mai 1957 -, détient le record de longévité de la IVe.
Cette instabilité gouvernementale doit toutefois être nuancée. D'une combinaison ministérielle à l'autre, le portefeuille du Travail revient souvent à la SFIO, les finances aux modérés ou aux radicaux, le Quai d'Orsay et la Famille aux démocrates-chrétiens. Et plusieurs poids lourds restent au même poste par-delà les changements de gouvernement. Robert Schuman demeure ainsi ministre des Affaires étrangères sans discontinuer pendant cinq années décisives, de 1948 à 1953. Enfin, la haute fonction publique, considérée et sûre d'elle-même, assure la continuité de l'État.
Retrouve-t-on aujourd'hui certains travers de la IVe République? Il est permis de l'affirmer. Le président, censé être un monarque républicain, affronte un discrédit sans précédent. Trois ministres se sont succédé Rue de Grenelle en deux ans et trois mois. Des poids lourds se sont déchirés en public pendant deux ans sans être révoqués, cas de figure classique sous la IVe. Même la menace d'être renvoyé du gouvernement a perdu de sa force dissuasive. Un ministre qui était député n'a plus à affronter une législative partielle parfois risquée pour reconquérir son siège. Depuis 2008, il récupère automatiquement son mandat. Une telle sécurité ne peut qu'encourager les stratégies personnelles et les manquements à la solidarité gouvernementale.
Certes, la IVe est loin d'avoir étouffé la Ve. Il est douteux que Valls soit renversé par l'Assemblée dans les mois qui viennent. Mais le rapport de force entre l'exécutif et le PS se rééquilibre dangereusement en faveur du second. L'autorité du président sur les siens diminue. Le régime des partis réapparaît. La vie politique est désormais scandée par les états d'âme et les prétentions des élus qui composent la majorité. À l'heure des chaînes d'information en continu, impossible d'échapper au spectacle de ces «partis qui cuisent leur soupe, à petit feu, dans leur petit coin». Une formule du général de Gaulle en… 1947.