TOUT EST DIT

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dimanche 7 septembre 2014

L’imposture

L’imposture

Plus d’une fois nous avons dénoncé sur ce blog la tradition de la gauche socialiste d’utiliser le FN pour gagner les élections et s’incruster au pouvoir.
Nous assistons semble-t-il en ce moment à un phénomène nouveau. Les personnalités politiques de droite sont à leur tour en train de s’approprier le spectre du FN comme outil de leurs règlements de compte et batailles internes.  Alain Juppé a placé sa candidature aux présidentielles sous le signe de "la croisade contre le FN". Les déclarations de proches de Nicolas Sarkozy donnent à penser qu’ils souhaitent le voir se présenter en "rempart" contre le parti lepéniste. Manuel Valls ne cesse lui aussi de se présenter en chantre de la lutte contre ce mouvement.
Ce dernier servirait ainsi de marche-pied aux politiques de droite comme de gauche dans la course à la conquête de l’Elysée. Pourquoi? Il est difficile pour les partis qui se sont succédé au pouvoir d’évoquer les préoccupations profondes des Français, comme le chômage qui frappe 3,4 à 6 millions de personnes. Après tant d’échecs, de promesses bafouées, la parole publique n’est plus crédible. Alors, on voit bien ce qui se passe: centrer le discours sur la lutte contre le "risque extrémiste", pour éviter d’avoir à traiter des questions qui fâchent, des réformes nécessaires, forcément douloureuses, et de l’avenir de la France…
Cette attitude est pleine d’ambiguïté. En plaçant le parti lepéniste au centre de la vie politique, comment ne pas mieux le conforter? La vérité, chacun la connaît: la poussée lepéniste dans les sondages et la succession d’enquêtes donnant  Mme le Pen en tête du premier tour, si longtemps à l’avance, a une signification limitée, traduisant sans doute un rejet et dépit face à la classe politique plus qu’un véritable phénomène d’adhésion solide et durable. Avant 2012, les sondages de ce genre pullulaient déjà, et d’ailleurs plus crédibles car bien plus proches de l’échéance. On sait ce qu’il en est advenu…
Un parti isolé, sans véritable programme cohérent, rejeté par 70 à 80% des Français comme le révèlent d’autres enquêtes d’opinion, sans ancrage de terrain, sans soutien dans la société civile, incertain sur la ligne à suivre (entre "rejet du système" et souhait decohabitation avec le pouvoir socialiste), n’a guère de chance d’accéder au pouvoir. Tout le monde le sait. Et puis nous ne sommes plus dans les années 1930: l’environnement idéologique, économique, technologique, planétaire, européen n’a bien entendu plus rien à voir. Il n’existe évidemment pas plus de danger "fasciste" que de danger communiste.
Cependant, les politiciens roublards, aujourd’hui de droite comme de gauche, ont bien vu quel usage faire du mouvement lepéniste dans leurs batailles d’ambition à venir. Tout cela procède du même et constant état d’esprit, à l’œuvre depuis tant d’années: prendre les gens pour des cons. Telle est l’erreur fondamentale de la classe politique: les Français ne sont pas stupides, ils se rendent compte de ces manœuvres débiles et dérisoires et le dégoût de la chose publique ne cesse de s’amplifier (78% des Français ont une image négative de la politique selon CEVIPOF janvier 2014). Ils n’attendent pas de solution miracle mais simplement un discours de vérité et de maturité, et qu’enfin, ces messieurs et dames, de gauche comme de droite, les respectent et cessent de les prendre pour des zozos. Le politique ne peut combattre efficacement le FN quand montrant une volonté déterminée de s’attaquer aux malheurs des Français, et pas en faisant de ce parti le centre de gravité de la vie politique. C’est tellement évident.