TOUT EST DIT

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dimanche 7 septembre 2014

Les « sans-dents » ou la revanche de Fantine

Le livre de Valérie Trierweiler achève un président déjà mal en point. Après la publication du livre de Valérie Trierweiler Merci pour ce moment, le président est mis KO par son ex-compagne et ex- première dame. Il est vrai que la méthode n’est pas très élégante mais ceux qui connaissent la femme attendaient ce moment, elle allait se venger, c’était une question de temps « je te détruirai comme tu m’as détruite ».
Les premières pages du livre semblent tenir toute la promesse. Au-delà de la vengeance, Valérie Trierweiler trace le portrait d’un homme froid, menteur, narcissique, méprisant les pauvres, en résumé une espèce de misanthrope du XXIème siècle que ne renierait pas Molière.
Ciel ! rien de plus cruel peut-il être inventé ?
Et jamais cœur fut-il de la sorte traité ?
Quoi ? d’un juste courroux je suis ému contre elle,
C’est moi qui me viens plaindre, et c’est moi qu’on querelle ! »
(Alceste, acte IV, scène III, vers 1371-1374)
Les traits de caractère semblent évidemment poussés à l’extrême mais dans un contexte où l’homme politique est complètement affaibli à mi-mandat, la charge de la journaliste déchue résonne comme un coup de grâce.
Qui pouvait prédire un tel désastre ? Bien sûr, les médias avertis, les électeurs déçus et même certains proches de François Hollande craignaient le pire le soir de son élection. Mais enfin soyons sérieux, comment en seulement deux ans et demi de pouvoir en est-on arrivé là ? Les échecs des politiques menées par cet homme et ses gouvernements successifs ne sont plus à prouver, et plus grave encore c’est la fonction présidentielle qui est aujourd’hui durablement abaissée. À la crise économique et sociale s’ajoute une crise politique inédite sous la Ve République. Nicolas Sarkozy avait en son temps commencé le travail, la rupture c’était cela : une désacralisation du pouvoir et du président, mais François Hollande va plus loin encore.
On connaissait l’homme politique, jamais ministre, le secrétaire national du PS passionné de synthèses ou encore le candidat, choisi par défaut, qui voulait faire oublier les travers du sarkozisme. Les journalistes nous le présentaient pourtant à longueur d’analyses en homme souriant, bonhomme, affable, bref un gentil ! Si les couacs à répétition des gouvernements Ayrault et Valls ont sérieusement entaché sa capacité à gouverner, c’est la vie privée de François Hollande qui a fini par dégoûter les Français. Le mot semble fort mais la cote de popularité du président perdue dans les abysses des sondages successifs ne reflète en réalité que le profond écœurement qu’inspire dorénavant le personnage. Un mufle, un menteur sans éducation, ni valeurs. C’est en ces termes qu’une majorité de Français parle désormais du président de la République qu’ils ont porté au pouvoir à 51,63%.
L’affaire Cahuzac en a été le déclencheur. L’histoire d’un ministre des finances de gauche, champion de la lutte contre la fraude fiscale, pris lui-même en flagrant délit d’évasion fiscale et de mensonges devant l’Assemblée nationale. Vous avouerez que le quinquennat ne partait pas sous les meilleurs augures ! On savait l’homme mal préparé, désormais on le sait mal entouré. Les ministres et les conseillers tomberont les uns après les autres. C’est avec la même stupéfaction que les Français découvriront au début de l’année 2014 que son plus proche conseiller, Aquilino Morelle se fait cirer les pompes dans les salons de l’Élysée, privatisés pour l’occasion. Vendredi encore, Thomas Thévenoud, démissionnait de son poste de secrétaire d’État pour un problème de « conformité avec les impôts». Que penser alors d’un homme qui, à propos de la transparence financière, déclarait : « On n’est pas tous des Cahuzac ». Le cynisme de la gauche au pouvoir est alors définitivement démasqué !
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, la vie privée de François Hollande vient achever le peu de crédit qu’on pouvait apporter à l’homme. On le savait volage, rien de bien choquant dans notre pays, mais cette fois avec Valérie c’était du sérieux. L’histoire d’amour était à son apogée lorsque, le soir de l’élection, Valérie arrachait un baiser à François devant la foule rassemblée. Déjà un léger malaise nous avait parcourus sans savoir vraiment pourquoi ; la suite allait nous apporter bien des réponses. En coulisses, celle que Hollande surnomme Cosette passe pour être une emmerdeuse qui plombe la popularité du Président : elle multiplie les sorties médiatiques malheureuses, affaiblissant son autorité. Le couple explose dans l’exercice du pouvoir. Là encore rien de bien nouveau : Giscard, Mitterrand, Chirac avaient des maîtresses, Sarkozy a divorcé en début de mandat, mais la mise en scène de son histoire avec Carla fait figure de bluette tant Hollande repousse les limites du genre.
Lui, cet homme qu’on dit secret, n’aimant pas exposer sa vie privée, se trouve emporté dans un tsunami médiatique à la suite des révélations de sa liaison avec Julie Gayet. Hollande qu’on croyait travailleur (seule Martine Aubry connaissait l’animal) se transforme en bourreau des cœurs faisant le mur la nuit, casque vissé sur la tête pour rejoindre sa bien-aimée. « Et alors ? » diront certains. C’est vrai que dans un premier temps, les Français, toujours prêts à soutenir la gaudriole, n’étaient pas mécontents de se débarrasser de l’encombrante première dame de l’Élysée. Les plus « fleurs bleues » espéraient même une union avec la douce et jolie Julie. C’était sans oublier son aversion pour le mariage.
En cette rentrée, le livre de Valérie Trierweiler achève un président déjà mal en point. Derrière les mots, on entrevoit la lutte des classes entre celle qui se veut une Cendrillon des temps modernes et lui, qu’elle dépeint comme un petit bourgeois de province incapable d’assumer la fonction présidentielle. Valérie Trierweiler semble doublement trompée par François Hollande, d’abord en tant que femme puis en tant qu’électrice de gauche. Les attaques de la journaliste sont cinglantes, presque caricaturales, à l’encontre d’un homme qu’on croyait proche des gens.
Il ne mange pas mes fraises si elles ne sont pas des « gariguettes », ne goûte pas aux pommes de terre si elles ne proviennent pas de Noirmoutier, et met directement la viande à la poubelle si elle est sous vide.
hollande sans dents Relé Le HonzecOn peut toujours relativiser les propos d’une femme éconduite, mais le mal est fait : au fil des pages on découvre que l’homme Hollande n’aime personne et qu’il lui arrive de mépriser les faibles.
En réalité, il n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé les « sans-dents », très fier de son trait d’humour.
Dans Ridicule, le film de Patrice Leconte qui dépeint la cour décadente de Louis XVI, c’est un trait d’esprit malheureux qui précipita la chute de l’abbé de Villecourt. Les « sans-dents » : François Hollande tombera-t-il pour ce trait d’humour ? En voyant la mine déconfite d’une habitante de Tulle déclarer ce matin « Je ne le voyais pas si noir, je pensais qu’il aimait les pauvres », on comprend bien qu’un deuxième mandat est déjà bien compromis pour lui.
La seule évocation de leur problème évoque l’ennui.
– L’abbé de Villecourt à propos du Tiers État.
Dès lors, une seule question demeure : combien de temps peut-il encore tenir ? Jusqu’à la fin sans doute car François Hollande, en fin tacticien, sait parfaitement que le retour sans suspense de son meilleur ennemi Nicolas Sarkozy lui offre une seconde chance. Les journalistes ne manqueront pas de mettre en scène la rivalité entre les deux hommes, tant pis pour la France, la revanche des « sans-dents » attendra…
Carene Tardy