TOUT EST DIT

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samedi 30 août 2014

Macron, dragon des 35 heures ?

Le gouvernement Valls 1 (137 jours) a terminé sa brève existence dans un formidable couac : celui de son ministre de l’Economie, dont la cuvée du redressement, après son cuvage à la Fête de la rose (un rose qui tâche) de Frangy-en-Bresse s’est transformée, en arrivant à Matignon puis à l’Elysée, en vin de la colère. Le sulfureux vigneron Montebourg entraînant dans sa disgrâce les ministres de l’Education et de la Culture. « On va faire péter les bouchons », s’était targué l’organisateur de la fête en s’enivrant de mots. Les bouchons ont effectivement sauté : Montebourg s’en est pris un en pleine figure, tout comme son invité Benoît Hamon et sa pourtant lointaine « supporteur » Aurélie Filippetti.
Le gouvernement Valls 2, après le couac fatal de Valls 1, commence, deux jours à peine après son avènement, par un autre couac. Son auteur en est le nouveau ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, qui s’en prend, dans un entretien qu’il a accordé au Point (la veille de sa nomination à Bercy) aux sacro-saints 35 heures : « Nous pourrions autoriser les entreprises et les branches, dans le cadre d’accords majoritaires, à déroger aux règles de temps de travail et de rémunération. » Une suggestion marquée au coin du bon sens, partagée aujourd’hui par à peu près tous les économistes. Mais pas par la gauche de la gauche, dont le bon sens n’est pas le fort.
Dès l’intronisation d’Emmanuel Macron, la gauche marxisante a souligné avec aigreur le passage du nouveau ministre de l’Economie à la banque d’affaires Rothschild. En oubliant sans doute un peu vite que l’un de ses parangons, Henri Emmanuelli, venait lui aussi, tout comme Emmanuel Macron, de la même banque Rothschild. Le reproche n’est certes pas nouveau. En 1962, lorsque le général de Gaulle avait nommé Georges Pompidou, ex-fondé de pouvoir de la banque en question, à Matignon, Le Canard enchaîné avait publié une manchette assassine : « RF = Rothschild Frères ? » Le genre d’interrogation qui, formulée par Présent, nous vaudrait sans doute, 50 ans plus tard, d’être poursuivi pour antisémitisme…
D’autres retraités de la banque, d’un niveau certes plus modeste, ont milité ou continue de militer à l’extrême gauche. La plus célèbre étant bien sûr Arlette Laguiller, aujourd’hui également retraitée de la politique. Ou comme, actuellement, l’agitateur de la gauche radicale, Alain Pojolat, organisateur, entre autres faits d’armes, le 17 juillet dernier, de la manifestation pro-palestinienne interdite de Barbès. Les liens de la banque avec la politique, de droite et de gauche, voire d’extrême gauche, sont donc une vieille histoire. Macron comme bien d’autres…
Marche arrière

Ce dernier va-t-il être le dragon des 35 heures, crachant le feu sur elles jusqu’à les carboniser ? La fin des 35 heures, Manuel Valls l’envisageait aussi. Autrefois. En 2011, lors du débat de la primaire socialiste, il avait même fait de leur remise en question l’un des thèmes de sa campagne. Au grand dam de Martine Aubry et avec le résultat que l’on sait : 4,5 % des suffrages. C’est bien pourquoi aujourd’hui, pour ne pas mécontenter davantage un PS au bord de la crise de nerfs et toujours majoritairement opposé à l’augmentation du temps de travail, Manuel Valls s’est dépêché de désavouer son ministre de l’Economie : « Le gouvernement n’a pas l’intention de revenir sur la durée légale du travail à 35 heures. »
Surtout, pas de vagues avec les syndicats. Surtout ne pas défier davantage un PS dont le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, a rappelé dans Le Monde daté de vendredi, de manière assez comminatoire : « Arnaud Montebourg ne fixait pas la ligne économique du gouvernement. Il n’y a pas de raison qu’Emmanuel Macron la fixe davantage. Laissons-le travailler, mais je fais une remarque générale : le social libéralisme ne fait pas partie ni de notre vocabulaire, ni de notre tradition. » A bon entendeur, salut…
Cambadélis ajoute par ailleurs : « Nous sommes dans une conjoncture de décomposition politique. (…) Fallait-il y ajouter une crise de l’exécutif ? Je ne le pense pas. Faut-il pour autant que la fermeté soit synonyme de fermeture ? Je ne le pense pas non plus. (…) Le PS doit être le lieu du débat. Je ne serai jamais pour la discipline des consciences, pour un PS caserne. » Avis à l’adjudant-chef Manu… La ligne claire réclamée par Hollande risque de connaître encore, du côté de la rue Solferino, quelques brouillages.
Le premier secrétaire du PS désapprouve donc la façon dont les deux chefs de l’exécutif ont traité le cas Montebourg, en lui cassant un peu trop rudement sur la tête les bouteilles de sa cuvée du redressement.