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vendredi 11 octobre 2013

Dégel avec l'Iran

Dégel avec l'Iran

Pour dîner avec le diable, dit le proverbe, il faut une longue cuillère. C'est, depuis des années, la méthode adoptée par les grandes puissances occidentales vis-à-vis de Téhéran. Symbole depuis 1979 de la dérive théocratique que peut prendre l'islam politique. Pilier central de « l'axe du mal » dénoncé par la dynastie Bush. Objet de sanctions internationales de plus en plus sévères depuis trois ans. L'Iran était jusqu'ici le Satan du Moyen-Orient. L'infréquentable, par définition.
Si l'on en juge par les bruissements perceptibles à Téhéran, la longueur de la cuillère est en train de se rétrécir singulièrement. Lors de l'assemblée générale des Nations unies, en septembre, le nouveau président iranien, Hassan Rohani, a confirmé la nouvelle ligne qu'il entend incarner. En assouplissant sa position sur le dossier nucléaire, l'Iran espère desserrer l'étau des sanctions. Prélude à une possible normalisation de ses relations avec l'Occident.
Ce nouveau climat répond à une volonté des deux parties. L'Iran, parce que les sanctions pétrolières, bancaires et commerciales imposées par la communauté internationale depuis le début de l'an dernier ont eu un impact important. Ses revenus du pétrole ont été divisés par deux. Sa monnaie a subi une forte dévaluation. Provoquant une inflation socialement dangereuse pour tout régime. L'Occident, parce que le nouveau désordre régional auquel le Moyen-Orient est livré donne à Téhéran une place particulière. Notamment dans le conflit syrien.
Stable dans une région balkanisée
Lorsque les régimes arabes étaient encore suffisamment solides à Bagdad ou Damas, l'Iran était essentiellement perçu comme un acteur antagoniste d'Israël. Avec la balkanisation de la région, c'est l'un des rares États encore debout. La stabilité a un coût intérieur, mais en diplomatie c'est parfois une valeur en soi. Surtout dans le conflit syrien, qui mêle le drame humanitaire à l'impasse politique. La guerre en cours a montré les horreurs du régime Assad, mais aussi le risque que la prolifération des groupes djihadistes fait courir à toute la région. Washington, Paris et Londres ont mis plus de temps à le mesurer que Moscou, mais le reconnaissent désormais.
Derrière le conflit chiite-sunnite souvent évoqué, un bras de fer plus classique est en cours entre l'Iran d'un côté, et l'Arabie Saoudite de l'autre. Et c'est là que l'hypothèse de la chute d'Assad peut rendre Téhéran particulièrement utile. Ce que les Iraniens n'ignorent pas et qu'ils monnaient chèrement.
Dès lors, derrière la poignée de main échangée par les présidents Hollande et Rohani, ou le coup de fil du président iranien à Barack Obama, c'est l'anticipation d'un dégel auquel nous assistons. Si accord il y a, la semaine prochaine à Genève, sur le dossier nucléaire iranien, la normalisation pourrait connaître une brusque accélération.
Depuis des mois, les grands groupes pétroliers ainsi que quelques grands constructeurs automobiles l'anticipent. En dépêchant leurs émissaires. Américains et Français se livrent, en coulisse, une véritable compétition industrielle pour prendre pied le premier sur ce marché de 80 millions d'habitants. Total est dans les starting-blocks. General Motors damerait volontiers le pion à Renault, après que la fermeté française sur les sanctions eut déjà coupé l'herbe sous le pied de Peugeot, l'an passé. Tout cela n'est pour l'heure que bruissement. Mais les mollahs semblent, chaque jour, de moins en moins infréquentables.

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