TOUT EST DIT

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mardi 18 décembre 2012

Quiproquo diabolique

• On l’a su après-coup, Manuel Valls a pris la parole sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 12 décembre, pour les 850 ans de la cathédrale. Le ministre n’arrête pas ces temps-ci d’exprimer ses sentiments laïquement religieux, mais ses discours sont comme semi-publics, ils ne suscitent guère d’écho, ou pas du tout, dans les grands médias francophones, on n’arrive à en connaître la teneur que peu à peu et par fragments.
Le discours sur le parvis de Notre-Dame a suivi de peu celui que Jeanne Smits a révélé et commenté dans notre numéro de samedi dernier, et qui avait été tenu aux Rencontres de la laïcité organisées par le groupe socialiste à l’Assemblée nationale. La question religieuse est donc d’une pressante actualité dans la tête du ministre.
Nous apprenons par La Croix que, sur le parvis de Notre-Dame, le ministre en charge des cultes a découvert une « continuité incontestable » entre :
– d’une part, ce qu’il appelle « la foi en l’humanité », qui est (croit-il) celle de l’Eglise,
– et d’autre part « les principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui sont au fondement de notre droit ».
La « foi de l’Eglise » est plus exactement la première des trois vertus surnaturelles dites « théologales », c’est-à-dire ayant Dieu pour objet immédiat et principal, et tout ce que Dieu a révélé ; et c’est Lui qui l’infuse en nous. La « foi en l’humanité », si elle existe, ne saurait être, au plus, qu’une croyance ; ou une opinion.
La « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » est bien celle de 1789, qui effectivement est « au fondement de notre droit » (républicain) selon la Constitution de notre Ve République. Principalement par ses articles 3 et 6, la Déclaration disqualifie toute autorité et toute loi morales qui se prétendraient supérieures au pouvoir politique. Celui-ci a tiré comme première conséquence institutionnelle des droits de l’homme d’imposer, avant toute autre, une « Constitution civile du clergé » (12 juillet 1790). Elle précédait de plus d’une année la première Constitution politique (3 septembre 1791). Depuis lors, toute démocratie des droits de l’homme a pour principe fondamental la soumission de l’Eglise au pouvoir politique républicain. Aujourd’hui ce principe s’exprime par l’intention proclamée d’opérer dans les religions, mais surtout dans l’Eglise catholique, l’épuration des « extrémismes » ou « intégrismes ». Sont ouvertement désignés comme tels les catholiques qui contestent le droit à l’avortement et le droit au mariage homosexuel.
Surtout depuis un demi-siècle, une grande partie du laïcat et du clergé catholiques s’efforce de s’approprier le vocabulaire de la démocratie des droits de l’homme. C’est pour le moins un diabolique quiproquo. On croit qu’il suffit de déclarer qu’une « démocratie authentique » est celle qui « ne consiste pas simplement en la souveraineté de la majorité ». Or justement : cette souveraineté de la majorité politique est le principe, le principe faux, mais le principe fondamental des « droits de l’homme ». Et le comble, c’est que cette souveraineté suprême est en fait une supercherie.

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