TOUT EST DIT

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vendredi 22 juillet 2011

La zone euro éteint l'incendie grec

Le sommet exceptionnel réuni jeudi à Bruxelles a, à la fois, donné un feu vert à un sauvetage de la Grèce et suffisamment de gages d'unité pour espérer enrayer la contagion de la crise sur les marchés. 

Pour sauver sa monnaie commune, l'Europe fait la part du feu. Les dix-sept pays de l'euro ont transgressé un interdit collectif, en assumant le risque d'une possible faillite partielle de la Grèce. Mais les dirigeants nationaux ont aussi bousculé leurs propres tabous, afin de restaurer la confiance et de ressouder l'équipe face à l'incendie.
Le sommet de Bruxelles, déminé la veille par un dîner à trois à Berlin, a vu chacun y mettre du sien. Jean-Claude Trichet, gardien sourcilleux de l'orthodoxie monétaire, a accepté à contrecœur la possibilité d'un «défaut de paiement» de la Grèce, même s'il veut croire qu'il sera conjuré. Nicolas Sarkozy a rempoché sa taxe sur les banques - un projet précisément conçu pour éviter à Athènes l'épreuve de la faillite, fût-elle limitée. Angela Merkel paie en retour. Elle accepte de muscler substantiellement le fonds de sauvetage européen des pays endettés, ignorant les doutes qui minent sa coalition à Berlin. Et elle adresse un «très grand merci» à ses interlocuteurs.
Inespéré, voire courageux, le dispositif arrêté jeudi soir est aussi un saut dans l'inconnu. Le danger était que l'onde de choc redoutée d'un possible défaut «sélectif» d'Athènes vienne balayer les nouvelles défenses de la zone euro. Le chef de l'État a soigneusement évité les mots «défaut de paiement» ; mais il a assuré que la zone euro prodiguerait le moment venu «toutes les garanties nécessaires». Signe encourageant, l'accord a été salué jeudi par une hausse de l'euro et un rebond des marchés.

Réduire le fardeau de la dette

En sacrifiant un principe, le sommet cherche aussi à circonscrire la contagion. «Ce que nous faisons pour la Grèce, nous ne le ­ferons pour aucun autre pays», avertit Nicolas Sarkozy. La déclaration finale du sommet explique que «la Grèce est dans une situation de gravité unique dans la zone euro (…) C'est pourquoi elle requiert une solution exceptionnelle». À l'inverse, les 16 autres pays de l'euro «réaffirment leur inflexible détermination à honorer individuellement leur signature» d'emprunt. Pas question de laisser dériver d'autres maillons de la chaîne, comme le Portugal et l'Irlande déjà sous perfusion européenne, ou comme l'Espagne et l'Italie régulièrement bousculées sur les marchés.
Pour la Grèce, l'objectif immédiat est de réduire le fardeau de la dette en impliquant les banques et les fonds d'investissement privés. «Il s'agit de s'attaquer à la racine du problème» de l'insolvabilité, ajoute Angela Merkel. Le sommet a retenu un «menu d'options», calqué sur le plan proposé par la communauté financière internationale. Celle-ci était d'ailleurs représentée jeudi à Bruxelles par Baudouin Prot, le directeur général de BNP Paribas, et Josef Ackermann, le patron de la Deustche Bank. Volontairement, mais sous forte incitation, les banques devront renoncer à une partie de l'argent qui leur est dû, notamment en France et en ­Allemagne. Sur le plan financier, l'innovation la plus spectaculaire est le feu vert donné au FESF pour «intervenir sur le marché secondaire», en clair pour racheter de la dette publique aux investisseurs. Dans les cas grec, irlandais et portugais, cela permettrait de soulager les banques qui détiennent des ­titres dépréciés.

158 milliards d'euros 

Les Dix-Sept instaurent cependant deux garde-fous. L'un à la requête de Jean-Claude Trichet, puisqu'il reviendra à la BCE d'établir a priori l'«existence de circonstances exceptionnelles». L'autre à la demande d'Angela Merkel, puisque le feu vert sera donné «par accord mutuel» des membres du fonds de sauvetage. Cela laisse un droit de quasi-veto à Berlin : pas question de laisser une institution européenne disposer à sa guise des garanties apportées par l'Allemagne
Le sommet a chiffré à 109 milliards d'euros le montant des financements publics dans le second plan de renflouement d'Athènes. En tenant compte de la participation du privé, la facture grimpe à 158 milliards d'euros. Le FMI a confirmé dans la soirée sa contribution, sans en préciser le montant. Comme prévu, la zone euro a décidé d'allonger de 7,5 ans «à un minimum de 15 ans et jusqu'à 30 ans» la durée de ses prêts aux pays en difficulté. Parallèlement, le taux d'intérêt sera réduit à 3,5 %. Le sommet évoque pour finir «une stratégie globale de croissance et d'investissement» en faveur de la Grèce, via les fonds structurels européens. Il a renoncé à la baptiser «plan Marshall» européen et se garde encore de la chiffrer.

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