TOUT EST DIT

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lundi 4 octobre 2010

Périlleuse réforme

Le Parlement, la rue, les urnes : face à ces trois inconnues - le lot de tout pouvoir - où en est la majorité entre ces journées d'action dont le niveau marque l'ancrage du sentiment d'injustice autour des retraites ? Quelle est la latitude de la droite en cette rentrée délicate ?

À deux ou trois soubresauts près, l'Assemblée et le Sénat suivent le gouvernement depuis le début du quinquennat. En dépit de propos de couloirs aussi durs qu'inconséquents, la majorité répond présent.

Le durcissement de la déchéance de la nationalité l'illustre : plutôt que de risquer de se voir refuser l'étiquette UMP aux législatives de 2012, la plupart de ses détracteurs ont évité de participer au vote de cet amendement, pourtant affublé de tous les maux.

Même chose lorsqu'il s'agit d'envisager la création d'un groupe parlementaire villepiniste : pas un n'est prêt à quitter le cocon UMP. Courage, fuyons ! Pour Nicolas Sarkozy, le danger ne vient pas de l'Assemblée.

Viendra-t-il du Sénat qui s'empare, demain, des retraites ? Gérard Larcher, dont la présidence peut vaciller l'an prochain, voulait offrir des ouvertures. Le rappel à l'ordre de l'Élysée l'a refroidi : oui à des aménagements à la marge, non à des modifications qui déséquilibreraient le projet.

Nicolas Sarkozy ne prendra pas le risque d'une dégradation de la note de la France, comme vient de le subir l'Espagne, pour cause de laxisme dans les comptes publics. Compte tenu du poids de la dette, une augmentation des taux d'intérêts serait catastrophique pour le pays et pour le candidat UMP de 2012.

Le parti présidentiel ne disposant pas de majorité sans les centristes, on n'est cependant pas à l'abri d'une surprise au Sénat. Même si le dernier mot revient à l'Assemblée, une concession significative de la haute assemblée sur les retraites nourrirait les ardeurs manifestantes.

Car la rue, deuxième danger, reste imprévisible. Même si les périodes préélectorales et de crise sont peu propices aux grands mouvements sociaux, le gouvernement aurait tort de brandir prématurément l'étendard de la victoire.

Après les retraites, le financement de la Sécu, l'augmentation des impôts et les économies budgétaires peuvent nourrir la contestation. Ou la résignation. Seront déterminants, dans l'immédiat, les messages d'équité que la droite saura adresser ou pas sur la réforme des retraites dont la nécessité est mieux admise, mais dont le contenu reste autant décrié. Les urnes arbitreront plus tard.

Elles arbitreront, naturellement, en 2012. L'issue dépendra de la capacité de la gauche à civiliser ses primaires pour présenter un candidat et un projet crédibles. Elle dépendra de l'étoffe du nouveau gouvernement dont l'annonce repoussée laisse tout le temps aux rivalités personnelles de s'envenimer.

Les urnes arbitreront, déjà, dans six mois, lors des élections cantonales. Puis dans un an, pour renouveler la moitié des sénateurs, les élus des élus. Les restrictions dans la dépense publique et la réforme très imparfaite des collectivités pèseront sur ce scrutin. Le passage du Sénat à gauche se jouera à quelques sièges près.

Le Parlement, la rue et les urnes demeurent des inconnues. Alors que la confiance s'érode, réformer devient un exercice périlleux.

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