TOUT EST DIT

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dimanche 3 octobre 2010

Nombrils

Leur duel voudrait annoncer l’avenir, il sent plutôt la fin d’une époque, tant la lutte Copé-Bertrand renvoie à d’autres délitements, quand le mitterrandisme basculait dans la guerre des chefaillons Jospin et Fabius.

C’était en 1985, un quart de siècle déjà, et c’est la même chose: un pouvoir qui a tant promis et déçoit alors même qu’il s’est accompli, le rejet monte qui le balaiera, et les masques tombent: Jospin dévoilait sa brutalité, Fabius mesurait son mépris, Copé ne mime plus l’indulgence, Bertrand assume sa méchanceté, et on en appelle au chef suprême, que les Français abandonnent, mais qui reste le suzerain impuissant ou manipulateur de ses lieutenants affamés. Rien n’a changé? Sous Mitterrand, les ego se drapaient d’idéologie; sous Sarkozy, Copé et Bertrand n’opposent que leurs appétits ou leur efficacité. Ils restent confinés dans l’anecdote mesquine, en attendant que le Château arbitre leur querelle, comme si rien n’était plus urgent. Le pire, dans cette histoire, est le moment. Les ambitieux se lâchent quand la crise des retraites cristallise ; les voici soudain passionnés d’eux-mêmes avant toute chose, adeptes d’un jeu politique réduit à la compétition des politiciens, loin des luttes, des réformes, de la chair même d’un pays tourneboulé… L’UMP n’est plus qu’une émulsion de postures et de petites phrases, la bulle bruisse de vide : ainsi la politique se raconte en s’abîmant.

Le nombrilisme n’est pas l’apanage d’une droite égarée par sa défaite. Les socialistes paniquent devant une victoire possible, qu’ils ne méritent pas et ne savent pas préparer. Témoin, le "oups" de Claude Bartolone: Janus politique, élu du "9-3", d’un côté, mais vétéran de trop de guerres internes, devenu, presque malgré lui, l’incarnation même du discours infra. Son concept de "primaires de confirmation", qui acterait un pacte Aubry-DSK et transformerait une compétition démocratique en plébiscite, restera dans la novlangue rose. Un mot creux et sec mais révélant une tragédie: les caciques socialistes, au fond, ne veulent ni combattre ni débattre, ni penser ni guérir. Ils n’attendent pas Strauss-Kahn pour ce qu’il est mais pour ses seuls sondages, et se rallieraient à quiconque leur rendrait l’assiette au beurre, et qu’importe la pensée…

La France subit un déclin symétrique: querelle vaine à droite, peur de la confrontation à gauche, mais, dans les deux cas, évitement de la politique, dans ce qu’elle a d’essentiel : compétition des hommes pour des idées, pour des programmes, pour un pacte que l’on proposera au peuple. On ne teste ni sa pensée ni ses leaders, on se prosterne devant ses totems, et Martine Aubry était dans les Landes se parfumer au mitterrandisme: quand en sortira-t-on? En Grande-Bretagne, pendant ce temps, deux frères se sont disputé un parti. Ed Milliband, qui a gagné, voulait ramener les travaillistes à gauche, David, qui a perdu, comptait poursuivre le blairisme. Tous deux ont parlé politique, sans haine ni faux-semblant. Ils ont 40 et 45 ans. Heureux pays.

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