TOUT EST DIT

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samedi 17 juillet 2010

Plaidoyer pour un football moche

Il est temps de se débarrasser des esthètes du football. Plus que les hooligans, l’argent fou ou les consultants bègues, c’est peut être bien le danger le plus grand devant lequel se trouve le football. Oui, tous ces gens qui recherchent le beau dans le football sont des dangers pour ce sport. Car en vérité, c’est du moche que viendra le salut du football. Pour vivre heureux, vivons dans la splendeur crépusculaire de la laideur. Tentative de justification, tout en mocheté et en mauvaise foi.

Depuis que le football est devenu un objet d’admiration, il se trouve toujours une tripotée d’intellectuels pour vous parler de la nécessité du beau football. Mais on ne précise jamais de quelle façon, ce football peut soudain se targuer d’être beau. Qu’est-ce que le beau jeu ? Les jongleries simiesques de soi disant artistes ? Pas sûr, tant ce beau tient de plus du cirque. Et pour qui a déjà passé une après midi déprimante devant un spectacle de cirque, on ne peut se satisfaire de ces jongles pour le football. Certains s’enflamment devant les chevauchées fantastiques de dribbleurs fous, remontant la totalité du terrain et éliminant leurs adversaires un à un. Sauf, qu’à bien y regarder, on voit surtout la faiblesse des adversaires en questions. Si c’est pour voir du slalom entre piquets, je préfère aller au ski voir de plantureuses autrichiennes moulées dans leur lycra rose.
Les théoriciens du beau football vous rebattent aussi les oreilles avec le jeu de passes courtes, le toque argentin, la conservation espingouine... On pourrait presque être tenté d’y adhérer, de trouver cet effort de construction collective admirable, mais bon de là à franchir le pas d’y voir le Beau. Car il ne faut jamais oublier une chose, la passion du football n’est pas d’essence esthétique, mais purement émotionnelle. Ce beau là, le beau du sport ne sera jamais comparable au beau de l'art. Et ne pourra donc jamais expliquer une passion. Ce n'est pas une question de valeur, c'est une question de nature. Le geste sportif peut être gracieux, mais il ne sera jamais inspiré par la grâce. Restent donc les émotions. Ce tressaillement au bide, ces frissons du souvenir, cette sensation particulière de la totale empathie qui nous plonge dans les délices de l'éternité de l'instant...

Van Vogh ne savait pas faire deux jongles

Supporter un club, aimer le foot ne pourra jamais être lié à l'art. Le foot est une affaire d'émotions avant toute chose, mais d'émotions viscérales, inattendues, irréfléchies, irrationnelles. En art, on choisit toujours un peu. En sport, on ne choisit jamais et c'est ça qui est beau. On ne décide pas de supporter un club, quelle que soit sa philosophie, on se le prend en pleine face. Et surtout, surtout on le conserve à jamais au fond de son coeur. On peut dénigrer des films, des livres autrefois appréciés. Mais pas son équipe de foot, aussi ridicule que ça puisse paraître à la société bien pensante, qui considère ce genre de choses comme futiles. On ne change pas de club, car on ne triche pas avec ses émotions instinctives.

Et c’est bien à cause de cette fidélité naturelle, que le moche a toute sa place dans le football. Car il arrive très souvent, qu’on prenne son pied devant un match défensif, juste parce que celui-ci nous a permis de vibrer devant la victoire de nos favoris. Mais il ne faudrait surtout pas réduire le plaisir que procure la tactique défensive, au résultat heureux d’un match. Voir une équipe réussir à en faire déjouer complètement une autre, voir des types plus limités au départ, s’arracher pour sauver le match d’un tacle ou d’un dégagement, c’est tout simplement laidement génial. Le moche est nécessaire au football, parce qu’il en est le pain quotidien, celui des contrôles ratés, des tibias et des frappes topées. Le moche demande plus d’efforts, tant il est facile pour un sportif doué d’accomplir des gestes déliés. Mais réussir sans talent, réussir face au talent des autres, réussir uniquement en empêchant les autres de briller, c’est une émotion qu’on qualifie injustement de petite. Alors qu’elle est grandiose, par tout ce qu’elle contient en symboles.

L'anti-hools par excellence

Car le football moche et défensif, c’est d’abord une des dernières expressions de la solidarité dans ce sport. Voir des types unir leur infériorité pour surpasser ensemble les obstacles, c’est le signe ultime que le football de gauche peut encore exister. Loin de l’ultra libéralisme du football élitiste et talentueux, le football de tâcherons reste le dernier havre de paix pour les prolétaires. Et puis, en poussant cette logique encore plus loin, on peut même dire que le moche n’a jamais été aussi politiquement nécessaire au football. Car dans un pays où le Président ne se déplace jamais sans sa maquilleuse, il est plus qu’utile que le football échappe aux règles envahissantes de l’image. Ne pas chercher à plaire, fuir la lumière et respecter l’essence même de ce sport : Des efforts, de la boue, de la sueur et de la bière. Et un peu de violence aussi. D’ailleurs, il n’est pas dit que si les matches défensifs et heurtés se multipliaient, la violence dans les tribunes ne baisserait pas. Le football moche, reste donc le meilleur moyen de limiter la violence dans les stades. Mais c’est aussi un bon moyen d’éloigner les fameux footix, ceux qui viennent au stade ou devant leur téléviseur, pour voir des buts, des roulettes ou des gestes acrobatiques. Tous ces types qui sifflent les artistes du tacle, de l’accrochage. Il est donc nécessaire, pour voir ces tristes sbires fuir les stades, de faire du football un loisir élitiste et inesthétique.

Mais le football moche ne doit pas se limiter à l’expression défensive, il doit aussi se réaliser dans les maillots, les équipements, les stades et même les gueules des joueurs. Revenons aux maillots conçus par le comités des fêtes des mairies, plutôt que par des designers. Et glorifions de valeureux anciens comme Dieter Eilts, champion d’Europe avec l’Allemagne en 1996, que l’Équipe qualifiait de vilain petit canard. Si les centres de formations étaient bien gérés, seuls les joueurs fortement acnéiques auraient le droit d’accéder à l’équipe première. Marre des minets crête au gel, insulte permanente au football moche. Là encore, le Bavièrisme a montré l’exemple, en faisant du jeune Toni Kroos, un nouvel héros moderne. Finalement, pour appuyer définitivement cette thèse, il suffit de regarder ce qui est arrivé au rugby. Dès lors qu’avec la professionnalisation et l’arrivée des calendriers de Guazzini, ce sport s’est attaché à produire du beau, ce sport a perdu de la superbe de sa légende. D’accord le propos est légèrement caricatural et conservateur, mais il n’est pas interdit d’y voir une part de vérité.

Quant aux derniers amoureux du football moche, peut être devraient ils se tourner vers le football féminin. Qui n’a pas encore fait sa mue professionnelle et qui laisse encore toute sa place aux contrôles ratés, aux buts de raccrocs et aux visages rougeauds...

ALLONS DROIT AU BUT !
ALLONS VERS UN FOOTBALL HUMAIN, AVEC SON GÉNIE PUR, DÉBARRASSÉ DE SES ORIPEAUX CLINQUANTS ET TRÉBUCHANTS, PLACE AU PLAISIR ET À L'INSPIRATION DES "JOUEURS".

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