TOUT EST DIT

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mercredi 7 juillet 2010

Derrière le voile

Mardi soir, l’Assemblée devrait se prononcer sur le texte de loi interdisant de dissimuler son visage dans l’espace public. Après des mois de tergiversations, d’échanges vifs renforcés par la discussion sur l’identité nationale, il semble qu’une majorité, transcendant les frontières des partis, pourrait se dessiner en faveur de l’interdiction : au minimum, à défaut de dire oui, certains s’abstiendront.

Derrière le rideau de l’apparent consensus, pourtant, se cachent des motivations très diverses. Il y a ceux qui veulent interdire le voile intégral (parce que c’est de cela qu’il s’agit, malgré l’habillage global de la version finale) au nom du respect de la dignité des femmes : ils partent du principe que les hommes les forcent à cacher leur visage ; il y a ceux qui expriment sans détour leur rejet de l’islam (même si le Coran n’exige pas le port du voile intégral) et de ses signes d’appartenance, de plus en plus visibles dans les pays occidentaux, par ailleurs largement déchristianisés ; d’autres mettent en avant les nécessités de la sécurité. Beaucoup, enfin, disent simplement leur gêne de ne pouvoir « envisager » la personne fantôme parfois croisée dans les rues de nos villes. Une cacophonie de raisons qui traduit les tiraillements de la société française.

Le texte de loi, donc, s’efforce de ne pas stigmatiser la burqa, mais de rappeler des principes généraux. Il se veut plus pédagogique que répressif et prévoit une période de transition pour arriver à convaincre plus qu’à contraindre et faciliter la résolution des cas litigieux : on imagine qu’il ne sera pas aisé de verbaliser. Les promoteurs de la loi espèrent une application en douceur, qu’elle libérera les femmes et ne les renverra pas, comme on peut le craindre, à l’enfermement des espaces privés. Il faut également espérer que les plus extrémistes de tous bords ne se saisiront pas de ce nouvel épisode législatif pour attiser chez les musulmans le sentiment d’être discriminés et rejetés. Le mieux vivre ensemble – justification ultime de la loi – préconisé par tous ceux qui veulent échanger à visage découvert est à ce prix. Un dialogue sans voile suppose, et l’absence de voile et la réalité d’un dialogue.


Dominique Quinio

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