TOUT EST DIT

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vendredi 2 avril 2010

Lumières de Pâques

La fête de Pâques, qui repose sur la croyance en la résurrection de Jésus trois jours après sa crucifixion, est la date majeure du calendrier chrétien. Elle est la clé de voûte du dogme et c'est à ce titre que, du Vendredi saint au dimanche de Pâques, se multiplient liturgies et processions. Cette année, la fête subsiste dans toute sa vigueur millénaire mais la ferveur n'empêchera pas les interrogations sur la capacité de l'Eglise catholique à se réformer. Le scandale dû à la pédophilie de certains prêtres modifie nécessairement la donne.
L'épreuve est profonde pour les catholiques, qui, dans leur immense majorité, ont aujourd'hui le vrai souci des victimes et trouvent normal que les clercs coupables soient sanctionnés. Le pape lui-même a dit que les tribunaux civils doivent faire leur travail -et non plus seulement les instances ecclésiastiques qui, naguère, ont volontiers minimisé les affaires.
C'est un changement radical par rapport aux usages de la hiérarchie catholique qui a trop longtemps nié la souffrance des victimes tant elle s'activait à protéger l'institution, à quelque prix que ce soit. La défense d'une décence de façade a vite effacé la morale la plus évidente. Cette inversion des priorités était proprement scandaleuse. L'Eglise catholique s'est rabaissée en faisant comme si la pédophilie de certains de ses prêtres était une peccadille d'enfant de choeur, elle qui s'indignait par ailleurs si rageusement de la sexualité hors mariage, de l'homosexualité, de la contraception par voie chimique ou de la masturbation solitaire des adolescents. Cette contradiction est au coeur de la crise actuelle.
C'est non seulement la conception de la charité chrétienne qui est en jeu mais aussi la crédibilité du magistère. La Curie romaine n'est pas sans rappeler le Kremlin au moment de la fin de l'URSS ; elle est tiraillée entre réformateurs et conservateurs, entre gens lucides et partisans tortueux du secret d'Etat. Les choix du Vatican seront donc décisifs.
Le pape a intérêt à accepter que la lumière soit faite sans complaisance. Mais l'affaire n'est pas sans péril car la parole de Benoît XVI sera forcément affaiblie s'il devait être prouvé que la puissante Congrégation pour la doctrine de la foi, qu'il présida de 1981 à 2005, a minimisé les signalements de pédophiles qui étaient portés à sa connaissance.
La clarification aura toutefois un triple mérite : remettre l'Eglise de Rome en conformité avec ses principes, réconcilier avec l'institution les catholiques meurtris par ces errements et apurer - enfin - un passé qui, aussi glauque qu'il soit, ne doit pas prendre le pas sur la sincérité et le dévouement des prêtres honnêtes.

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