TOUT EST DIT

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vendredi 9 avril 2010

La conscience noire de l'État


C'est triste et c'est brutal. Comme une deuxième tempête. Une vague administrative irrésistible qui voudrait faire disparaître - vite, vite - un désastre que les autorités publiques auraient pu éviter. Il faut vraiment que l'État se sente coupable de la catastrophe causée par Xynthia pour réagir si rapidement : d'ordinaire, il est si rarement véloce... Voudrait-il faire oublier ses responsabilités en donnant l'impression de dominer - enfin - la situation ?
Rendre inconstructibles les 1 400 parcelles exposées aux colères mortelles de l'océan, c'est une décision sage, pourtant. La seule option raisonnable, sans doute. Mais pourquoi a-t-il fallu un drame pour qu'on se résigne à faire le choix impératif de la sécurité ? Pourquoi faut-il que les propriétaires de plus de 1 300 maisons promises à la démolition paient le prix d'une incroyable inconséquence généralisée ? Pourquoi a-t-on obstinément refusé de voir pendant des années ce qui apparaît aujourd'hui comme une évidence ? Une précaution de bon sens ?
L'État ouvre le parapluie pour se protéger des retombées d'une affaire qui met en cause toutes les strates administratives locales, départementales et nationales. De la mairie à la préfecture, il ne s'est trouvé donc personne pour barrer la route à des projets immobiliers qui défiaient la puissance de destruction de la mer ? Pas un contrôle, pas un texte, pas un élu, pas un agent de l'État pour arrêter ces folies ?
Le préfet de Vendée a estimé hier, lors de la réunion d'information aux habitants, que ce n'était « pas le lieu de rechercher les responsabilités ». Il le faudra pourtant si on veut permettre aux victimes d'oublier la double violence qui les submerge. Comment pourront-elles reconstruire et se reconstruire sur un déni aussi scandaleux ? Quand le maire de La Faute conteste les destructions en invoquant le manque à gagner pour sa commune, on peut le comprendre, mais la forme de son indignation a quelque chose de terrifiant. L'argent et la pression immobilière jouent si souvent de l'angoisse de communes engagées dans des opérations survie qu'il n'est même pas certain que les 53 morts de Xynthia permettront de tirer les leçons de cette tragédie...
Les assurances vont payer - 1,5 milliard d'euros - et elles vont le faire rapidement. Tant mieux pour tous ceux - et ils sont nombreux - qui veulent tourner la page sinistre d'une affreuse nuit d'hiver. La détresse, ou la colère, des autres rappellent, de leur côté, la violence du spectacle de démolition annoncé. L'émotion de l'opinion, et la volonté de rédemption, auraient-elle stimulé des ardeurs destructrices ?
Les bulldozers ne vont pas arriver tout de suite, rassurent les autorités, qui affirment vouloir laisser du temps au temps pour accepter l'inéluctable. Ils seront la conscience noire de l'État en action.



Olivier Picard

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