TOUT EST DIT

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dimanche 14 septembre 2014

Service public et redistribution : l’utile confusion

Comment peut-on avoir un réel débat sur les politiques de redistributions en France quand personne n’est capable d’en connaitre le montant précis ?


Jouons à un petit jeu : je mets quiconque au défi de me dire combien coûtent exactement les politiques de redistributions en France. Facile, allez-vous me répondre, il suffit d’additionner le RSA, la CMU, les allocations familiales et autres aides financières. Oui, mais ce n’est pas tout : il faut aussi (et surtout) compter la part de redistribution distillée dans chacun des services publics que l’État fournit.
le bonneteau....
L’État ne se contente jamais de fournir simplement un service, derrière chacune de ses actions, il ajoute un peu de redistribution, et souvent avec les meilleures intentions du monde. Du coup, il faut ajouter les tarifs étudiants des transports en commun, il faut distinguer dans l’assurance chômage ce qui est de la réelle assurance et ce qui est de l’aide aux plus pauvres et il faut mesurer la différence que chacun paie pour profiter des services dits « gratuits », que ce soit par le biais de la TVA ou des cotisations sociales.
Vous allez me dire que je chipote, mais comment peut-on avoir un réel débat sur les politiques de redistributions en France quand personne n’est capable d’en connaitre le montant précis ? Je peux vous dire combien nous coûtent la retraite ou la santé, mais ce ne sont pas des politiques de redistribution en théorie, ce sont des services publics. La confusion vient du fait qu’ils soient fournis à tous, riches comme pauvres, mais favorisent ces derniers qui ne paient pas le même tarif pour y accéder.
Ce qui est, comme je l’ai dit, fait avec les meilleures intentions du monde, mais c’est un énorme mélange des genres. Le but d’une assurance n’est pas de redonner l’argent des riches aux pauvres, mais de se prémunir contre un risque. On assure une voiture pour ne pas avoir à payer plein pot en cas d’accident. Idem pour la santé – nous payons la sécurité sociale pour ne pas avoir à payer le plâtre d’un os cassé. Idem pour l’école – l’argent de la TVA est utilisé pour fournir une éducation aux enfants.
Mais je ne suis pas ici en train de remettre en cause les services publics – je pense que c’est là une autre discussion. J’aimerais juste poser une simple question à ceux qui se considèrent comme démocrates et défendent les services publics et la redistribution d’État : peut-on décemment avoir un débat démocratique quand il est aussi difficile de mesurer le coût et l’impact réel de la redistribution ?
L’INSEE est capable de donner la différence entre les inégalités de revenus avant et après transferts, mais la tâche est très difficile et l’explication est complexe.
Pourquoi, alors, entretenir cette confusion ? Si les transferts (sous forme monétaire ou en nature) cumulés représentent 230 milliards d’euros comme le décompte l’INSEE, pourquoi ne pas avoir un impôt sur le revenu qui lève ces 230 milliards (au lieu de 75 comme nous avons aujourd’hui) et qui ensuite le redistribue de façon directe et transparente sous forme de chèques ?
contrepoints 674 service publicLe problème avec la confusion actuelle est que l’on voit qu’il est impossible de changer quoi que ce soit sans priver quelqu’un de son revenu. Pourquoi ne peut-on pas ouvrir la santé ou la retraite à la concurrence ? Parce que quelqu’un pourrait ne pas avoir les moyens de se soigner. C’est se tromper de problème : si quelqu’un n’a pas assez de revenus pour payer une assurance santé, alors mettons le sujet sur la table et parlons de redistribution directe pour compléter son revenu au lieu de socialiser l’intégralité d’un secteur. Cette logique semblerait absurde pour les voitures ou la nourriture, pourquoi la santé ferait exception ici ?
Nous avons des services qui sont d’une affligeante inefficacité. Je ne parlerai pas de l’école tant c’est évident. Je n’aborderai pas la façon dont l’université gratuite redistribue autant du riche vers le pauvre qu’inversement. Sans évoquer la santé publique qui est la plus chère d’Europe, ni notre système de retraite qui est une véritable Pyramide de Ponzi. On ne peut rien changer, dans aucun de ces domaines, car chacun a sa petite part de redistribution qui interdit de la remettre en cause.
Tant que l’on ne posera pas de réforme claire pour distinguer politique sociale et service fourni par l’État, nous ne pourrons réformer aucun de ces domaines, qui pourtant en ont cruellement besoin.