TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 6 septembre 2014

L’austérité en Grèce, c’est concret : "Je dois prendre l’avion pour aller accoucher"

Aujourd’hui, quatre ans après, je suis enceinte de mon deuxième enfant, qui arrivera en janvier 2015, et l’histoire se répète. L’hôpital n’a toujours pas ouvert à cause des coupes budgétaires dans le budget de la santé, mais aussi du manque de médecins. À cause de mon diabète, je dois réaliser des tests sanguins toutes les trois semaines avec un médecin spécialisé. Je dois prendre le bateau ou l’avion pour aller à Athènes faire ces tests. J’ai calculé que chaque nouveau bébé me coûte donc environ 5 000 euros.
Santorin, dans l’archipel de Cyclades au sud de la Grèce, est considérée comme l’une des plus belles îles du monde. Un paradis pour les touristes, mais pas forcément pour ses habitants. Notre Observatrice nous explique qu’elle va devoir accoucher sur le continent tant les services médicaux de son île ont été laminés par la politique d’austérité."Chaque nouveau bébé me coûte 5 000 euros"



Georgia N. est une habitante grecque de l’île de Santorin. Enceinte de son premier enfant en 2011, elle découvre qu’elle est atteinte de diabète gestationnel, une forme de diabète qui apparaît lors d'une grossesse.
la construction d’un hôpital de 50 lits a démarré en 2008. Il devait être prêt déjà pour la naissance de mon premier enfant et disposer de tous les équipements nécessaires : plusieurs salles d’accouchement et de maternités, des salles d’examens… tout ce dont une personne comme moi, qui a été diagnostiquée avec un diabète de grossesse, a besoin. J’ai attendu le dernier moment, mais voyant que l’hôpital n’était pas opérationnel, j’ai décidé d’aller à Athènes pour accoucher. J’y ai passé un mois en observation, pour faire tous les tests, alors que si j’avais pu accoucher à Santorin je n’y serai resté qu’une semaine maximum. À l’époque, je me suis dit que mon prochain enfant naîtrait à Santorin.

"Même une infection urinaire pour un nouveau né peut être catastrophique à Santorin"
Le plus gênant, c’est que la moindre complication médicale ici peut avoir de graves conséquences. Un mois après sa naissance, mon premier enfant a fait une infection urinaire. Il a fallu prendre en catastrophe un vol pour Athènes pour qu’il reçoive le traitement approprié.

Il y a une clinique privée à Santorin, mais elle n’est pas adaptée pour les accouchements et est horriblement chère pour un Grec. Les seuls qui peuvent prétendre y être soignés sont les touristes, mais uniquement pour des "petits" problèmes. S’ils ont par exemple un accident de voiture, ils ne pourront pas être opérés là bas et devront être évacués vers Athènes.

Selon notre Observatrice, le matériel médical est encore sous plastique comme sur ces photos prises en 2011. Photo publiée ici.


L’hôpital de Santorin, symbole des restrictions budgétaires dans la santé publique

 Les finances du ministère de la Santé ont été durement touchées par l’austérité lancée dès 2009 par le gouvernement grec. Entre 2009 et 2011, le budget de l’hôpital public a été réduit de 25 % et un tiers des hôpitaux étaient menacés de fermeture. La Grèce est par ailleurs devenue l’un des pays de l’Union européenne qui a les dépenses de santé les plus basses. Une situation qui a provoqué plusieurs manifestations de médecins ces dernières années dans le pays.

Santorin n’est pas la seule île grecque à ne pas disposer de centre de santé et dont les malades les plus sérieux doivent être évacués vers Athènes. Elle est toutefois même la seule à disposer d’un hôpital flambant neuf - quoi que jamais ouvert.

En 2008, le ministre de la Santé grecque, Dimitris Avramopoulos, avait pris la décision de construire cet hôpital pour répondre aux besoins médicaux grandissants des 15 000 habitants de l’île, mais aussi des nombreux touristes. En 2007, 92 000 patients s’étaient rendus dans l’ancien centre médical de l’île, aujourd’hui fermé, qui était déjà totalement submergé par les demandes.

Depuis, le projet d’hôpital est au point mort, à tel point qu’un collectif d’habitants, dont Georgia Nomikou fait partie, ont lancé une pétition sur Internet pour en réclamer l’ouverture. Le collectif espère récupérer 15 000 signatures, soit le nombre symbolique d’habitants de l’île Santorin.

Les locaux de l'hôpital sont à l'abandon depuis la fin des travaux, mais le matériel n'a pas bougé. Photo publiée ici.