TOUT EST DIT

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vendredi 26 septembre 2014

Au milieu du gué

Mieux valait prévenir à l'avance : quand on commence une guerre en claironnant, il est recommandé d'en assumer toutes les conséquences et de ne pas s'arrêter au milieu du gué. L'odieuse décapitation d'Hervé Gourdel nous plonge dans l'univers d'une « vraie » guerre dont on voudrait être certain que nos dirigeants avaient pris toute la mesure. Laissons donc de côté, maintenant, les belles paroles nous donnant l'illusion d'une grandeur qui n'est plus vraiment notre apanage. Et n'imaginons pas que les appels vibrants à l'unité nationale devant les drapeaux en berne, suffiront, une fois l'émotion retombée, à faire taire les doutes de l'opinion ou à la détourner des problèmes du quotidien.
Ne pas s'arrêter au milieu du gué, pour la France, c'est nécessairement s'interroger sur les suites à donnner à son engagement. Si le conseil de sécurité d'hier à l'Élysée a surtout insisté sur le renforcement des mesures antiterroristes en France et étendu à quarante pays les consignes de vigilance pour nos ressortissants, la question des frappes aériennes sur la Syrie « est posée ».
Elle nous plonge au c'ur d'un dilemme : les ennemis de nos ennemis peuvent-ils devenir nos « amis » ? Autrement dit, pouvons-nous, en Syrie, aider Bachar al-Assad, que nous voulions éliminer, à combattre les djihadistes de l'EI et le renforcer dans son pouvoir despotique ? Avec moins de scrupules que nous, qui attendons un impossible feu vert onusien, les Américains ont franchi le pas. Hier encore, ils ont bombardé en Syrie des raffineries contrôlées par les jihadistes.
Il ne faut pas se cacher qu'une condition nécessaire (sinon suffisante) pour vaincre l'État islamique, impose de porter des coups sur ses bases arrières syriennes. Tel est le paradoxe de cette guerre que de provoquer un renversement des alliances. Après avoir refusé il y a un an de « punir » avec nous Bachar al-Assad parce qu'elle négociait avec l'Iran (soutien de Damas) un accord sur le nucléaire, l'Amérique a changé son fusil d'épaule. La France, malgré ses doctes principes, ne pourra pas rester longtemps au milieu du gué.