TOUT EST DIT

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mercredi 13 août 2014

Jean-Jacques Goldman, Mimie Mathy... La France a les héros qu'elle mérite



Le classement des personnalités préférées des Français consacre Jean-Jacques Goldman, mais oublie les politiques, les intellectuels et les dirigeants d'entreprises. Pour Yves de Kerdrel, ces résultats représentent bien la mentalité d'une France atonne, qui ne sait plus vers quel héros se tourner.
 La seule personnalité morale figurant parmi les dix premières de ce classement estSimone Veil. Mais, depuis la mort de l'Abbé Pierre et de Sœur Emmanuelle, la plus fidèle abonnée de ce palmarès est l'actrice Mimie Mathy, qui doit sa célébrité à la série Joséphine, ange gardien, où elle incarne une «fée clochette» moderne qui résout tous les problèmes de la vie quotidienne.
C'est à croire que les Français sont infantilisés au point d'aduler une Mary Poppins des temps modernes, symbole d'un État-providence dont ils ne peuvent plus se passer et qui leur apporte des aides ou des allocations dont le montant est parfois plus important que ce qu'ils reçoivent en salaires pour la rémunération de leur travail.
Ce hit-parade «franchouillard» de la popularité relève, hélas, de l'exception. Le même sondage réalisé par Gallup fin 2013 aux États-Unis plaçait parmi les dix personnalités préférées des Américains cinq figures politiques (Barack Obama, George Bush, Bill et Hillary Clinton ainsi que la figure du Tea Party, Sarah Palin), deux personnalités religieuses (le révérend Graham et le pape François), mais surtout trois chefs d'entreprise, véritables stars de la création de richesse: l'investisseur Warren Buffett, le promoteur Donald Trump et Bill Gates, le fondateur de Microsoft.
Il est arrivé, par le passé, que des grandes figures politiques, religieuses, ou intellectuelles fassent bonne figure dans le classement du journal dominical. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy est le seul à faire exception, puisque l'ancien chef de l'État est placé en vingt-neuvième position, alors que pas une personnalité socialiste n'a été citée par le millier de Français interrogés. Mais jamais des créateurs d'entreprise, des capitaines d'industrie ou des aventuriers du capitalisme n'ont été portés au pinacle de la popularité des Français. La détestation de nos concitoyens pour l'argent, et plus largement pour la réussite ou pour le mérite, explique cette insupportable dissymétrie entre les résultats d'un même sondage réalisé des deux côtés de l'Atlantique. Si ne figure dans ce classement aucun capitaine d'industrie tricolore, comme Martin Bouygues, Pierre Bellon, Bernard Arnault, Vincent Bolloré ou François Pinault, c'est qu'en France la réussite est par nature suspecte. Non seulement elle ne suscite pas l'enthousiasme, le respect ou l'admiration, mais, au contraire, elle engendre la méfiance, la suspicion, voire même une jalousie teintée de détestation. Bien sûr, il n'est pas interdit d'apprécier des acteurs aussi talentueux que Jean Reno, Jean Rochefort, Gérard Jugnot, Daniel Auteuil, Fabrice Lucchini ou Christian Clavier, symboles - chacun à leur manière - d'une forme de génie français. Mais comment comprendre que pas un scientifique, pas un Prix Nobel, pas un écrivain, pas un inventeur, pas un chercheur, pas un découvreur, pas un innovateur ne soit cité par les Français? Alors que ce sont eux qui font le prestige de la France à l'étranger, l'identité de notre pays, et surtout sa capacité à créer demain des emplois ou à tenir son rang dans la compétition mondiale.
De manière inconsciente, les Français ont compris que le mépris de l'actuelle majorité socialiste pour tous ceux qui créent des richesses, qui investissent dans l'avenir et qui font tout leur possible pour gagner la guerre économique, ne méritait pas qu'ils leur apportent du soutien à l'occasion de ce sondage.
Il s'agit là de l'un des multiples symptômes de ce mal français décrit par Alain Peyrefitte. Un mal fait par une poignée d'idéologues qui sapent ce qu'il reste de notre société de confiance, dans laquelle peuvent éclore de belles entreprises au profit de cette «société à irresponsabilité illimitée», qui conduit les Français à penser que leurs problèmes vont être résolus demain par une Mimie Mathy claquant de ses deux doigts. À moins que nos compatriotes aient fait leur le fameux adage selon lequel «la vacance des grandes valeurs fait la valeur des grandes vacances».