TOUT EST DIT

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vendredi 23 mai 2014

Ce que pense vraiment Sarkozy de l'Europe


«Réconcilier la France du oui et la France du non», à la suite du référendum de mai 2005 par lequel les Français ont rejeté le traité constitutionnel européen, était l'une des obsessions de Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence de la République en 2007, puis chef de l'Etat. C'est dire que chez lui, l'Europe n'est pas un affaire d'idéologie. L'ancien chef de l'Etat ambitionnait de transcender les clivages classiques, par exemple entre fédéralisme et souverainisme, souhaitant, comme il le répétait souvent, que «tout le monde puisse se retrouver dans sa vision de l'Europe».
Image d'archives
S'il fallait caractériser celle-ci, ce pourrait être dans les termes «Europe des réalités». Avant tout, Sarkozy se montre sensible à la dimension culturelle et historique d'une Europe dont il souligne les racines communes, grecques, latines, chrétiennes, intellectuelles. L'histoire imprègne sa vision d'un continent fondamentalement uni qui s'est trop souvent auto-détruit dans des conflits atroces. D'où l'invocation, fréquente chez lui, du lien entre l'Europe et la paix.
L'utopie est absente de son approche européenne. Selon lui, l'unification politique du continent est inscrite dans une logique historique qui procède de son unité fondamentale et de la nécessité de faire revivre cette unité pour exister dans un monde dominé par de grands empires, américains, russe, brésilien, chinois, indien. L'Europe puissance, il en a donné une illustration en tant que président du Conseil européen au second semestre 2008, lors de sa médiation entre la Russie et la Géorgie qui permit de ramener la paix entre les deux pays. 
Comme ses quatre prédecesseurs à l'Elysée, il se reconnaît pleinement dans le processus de la construction européenne. Il en a soutenu sans réserve chacune des étapes: Maastricht (1992), Amsterdam (1997), Nice (2000). A la suite de l'échec du référendum constitutionnel de 2005, son implication personnelle dans l'adoption du traité de Lisbonne, «traité simplifié» qui en a repris les dispositions essentielle, fut décisive.
Pourtant, Nicolas Sarkozy développe une vision critique des institutions de l'Union européenne, s'exaspérant de ses lenteurs, de ses lourdeurs bureaucratiques et de ses procédures. Il n'est pas dans une logique de soumission inconditionnelle aux autorités de Bruxelles. Ainsi, en septembre et octobre 2010, il entre en conflit ouvert avec la Commission accusée de ne pas prendre ses responsabilités et de s'ériger en autorité morale au sujet des populations nomades d'Europe orientale.
Il a pleinement conscience de la difficulté de fonctionner d'une Europe à 28 Etats et prône le leadership européen d'un cercle de grands pays. Le binôme franco-allemand doit être selon lui le moteur de la construction européenne. Mais au-delà, sa vision de l'Europe, à dominante inter gouvernementale, se fonde sur l'impulsion nécessaire d'un groupe des six grands Etats (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Pologne), auxquels il incombe de montrer la voie de l'unification. Cette conception lui a été souvent reprochée au nom d'une orthodoxie communautaire qui favorise une solidarité européenne globale.
Nicolas Sarkozy, dans l'esprit des «Pères fondateurs» (Jean Monnet, Robert Schuman) entend fonder l'Europe sur des solidarités objectives. Deux ambitions se distinguent dans sa politique européenne.
La défense de l'euro a constitué, tout au long de sa présidence, une priorité absolue. Lorsque la monnaie européenne, dans la tourmente de la crise des subprimes, a été menacée d'implosion au cours de l'hiver 2011-2012, son binôme avec Madame Merkel a probablement joué un rôle décisif dans le sauvetage de cette devise. Le lien qu'il a alors établi entre la survie de l'euro et le salut de l'Europe, voire même de la paix en Europe, mal compris car jugé excessif dans un pays frappé par la montée du chômage et la désindustrialisation, a pu le desservir lors de campagne présidentielle de 2012.
Un autre point clé de son engagement européen est la politique de l'immigration. Rejetant à la fois le principe d'immigration zéro et l'idée d'une ouverture illimitée, il se montre extrêmement préoccupé par les désordres migratoires qui frappent l'Europe en particulier l'Italie et souhaite développer une politique commune organisée, maîtrisée. D'où la signature du fameux «pacte européen pour l'immigration et l'asile», à son initiative personnelle, sous sa présidence de l'Union européenne en octobre 2008. En outre, à la suite des printemps arabes et d'une poussée de l'immigation illégale par la Méditerranée, la réforme de «Schengen», destinée à permettre à un Etat de rétablir provisiorement ses contrôles à ses frontières internes (avec un autre pays de l'espace de libre circulation), fut l'un de ses grands chantiers qui ne put aboutir en raison de la défaite de mai 2012.
Nicolas Sarkozy insiste sur la nécessité de doter l'Union européenne de frontières. L'extension indéfinie de l'Europe est incompatible selon lui avec son approfondissement, le renforcement de son unité. Son opposition à l'entrée de la Turquie est une constante de son discours.
Pour autant, l'ancien chef de l'Etat ne préconise pas une Europe fermée et repliée sur elle-même. Le continent a vocation à rayonner et à prendre une part décisive dans les équilibres du monde multipolaire. Ainsi, Sarkozy croit profondément à un lien particulier qui unit l'Europe et l'Afrique. «L'Europe et l'Afrique s'en sortiront ou diparaîtront ensemble» avait-il coutume de répéter, lors de ses déplacements au sud de la Méditerranée.


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