TOUT EST DIT

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vendredi 3 mai 2013

Partage des terres : un défi pour l'Ouest

C'est un combat sourd et permanent auquel se livrent les acteurs des régions de l'Ouest : celui de la maîtrise des sols et du partage des terres. Certes, les « espaces agricoles » dominent encore largement les paysages de la Bretagne, de la Basse-Normandie et des Pays de la Loire : ils représentent même les deux tiers de cet ensemble, contre seulement la moitié au niveau national.
De leur côté, les sols qu'on dit « naturels » (bois, friches, bocages...) y tiennent une place beaucoup plus faible que dans le territoire français. Mais ce sont surtout les « sols artificialisés », dédiés à l'habitat, aux parkings ou aux routes, qui ne cessent de croître : ils ont pratiquement doublé en vingt ans ; ils représentent désormais 13 % de la surface totale de ces territoires (moins de 10 % au plan national).
Cette ruée sur les terres s'est principalement opérée aux dépens des espaces agricoles (et très souvent, des meilleurs !), que ce soit autour des villes, le long du littoral et même en milieu rural. On en identifie aisément les causes. L'essor démographique a conduit les villes à s'étaler hors de leurs murs. L'urbanisation a poussé les communes à multiplier les lotissements. Le développement d'activités économiques a entraîné un grignotage continu des espaces agricoles et naturels.
L'évolution des modes de vie a provoqué des déplacements accrus et suscité la construction de bon nombre d'infrastructures nouvelles (ronds-points géants, bretelles routières...). Et rien ne permet de penser que les conflits qui se développent autour des terres vont se calmer, quand on sait que l'essor démographique va se poursuivre, que l'attractivité de nos régions va se renforcer, que les résidences secondaires vont se multiplier et les phénomènes de décohabitation vont s'amplifier...
Dans le même temps, on ne cesse de mesurer l'ampleur des nuisances irréversibles provoquées par cette artificialisation désordonnée des sols : dégradation des paysages, réduction inquiétante de la biodiversité, imperméabilisation des sols, diminution du potentiel agronomique, tensions entre les acteurs. Sans compter une hausse continue des prix du foncier, génératrice de fractures sociales et de risques d'éviction des moins favorisés... Paradoxe : à un moment où les sociétés se « dématérialisent », les sols se voient investis de responsabilités grandissantes !
Faire confiance aux seules règles du marché n'apparaît plus suffisant désormais pour partager des ressources qui ne se renouvelleront pas. Les réglementations et les pratiques de concertation qui se développent dans nos régions sont de plus en plus nécessaires pour assurer une gestion maîtrisée de nos territoires, et surtout éviter que les espaces se dégradent, faute de volonté politique. Sachant qu'on ne peut construire sans fin sur un espace fini, elles doivent rendre compatibles les activités productives et ludiques des hommes, la réduction des ségrégations socio-géographiques et une indispensable préservation des patrimoines naturels...
Dans cette optique, il faudrait que la loi en préparation sur la décentralisation attribue un réel pouvoir normatif aux collectivités les mieux placées pour agir dans ce domaine explosif. Car à trop vouloir partager les décisions, on finit souvent par ne plus savoir qui décide.

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