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samedi 20 avril 2013

Le jardin du pardon

Le jardin du pardon


« Nous ne pouvons nous opposer à la violence que si nous y renonçons. » M. Bruno Retailleau, sénateur de Vendée, rappelait ce mot de Lech Walesa qu'il avait invité, jeudi, aux Lucs-sur-Boulogne, là où, avec quelques milliers de personnes, il commémorait les terribles massacres qui y furent perpétrés.

On inaugurait le « Jardin du pardon » : 4 000 arbres plantés par la jeunesse des écoles, représentant les 4 000 prisonniers « bleus » républicains libérés par les Vendéens après la bataille de Fontenay. Lech Walesa empoigna une pelle et planta son arbre avec autant d'ardeur qu'il montra quand il animait Solidarnosc en lutte contre les forces qui brimaient les libertés polonaises. Mais cette ardeur, si elle fut particulièrement offensive, fut aussi non violente. L'idéal de liberté et de solidarité était l'émanation de « cette flamme fragile qui vacille dans la nuit la plus noire ». Cette flamme, c'est l'homme et son mystère, et comment pourrait-on faire grandir l'homme et l'épanouir si, pour y parvenir, on s'autorisait à recourir à la violence qui le détruit ?
Le combat de Walesa et de Solidarnosc, c'était le « combat contre la tentative prométhéenne de fabriquer artificiellement un homme nouveau », comme le dit Bruno Retailleau. Ce combat ne finit jamais. On l'a vu avec les totalitarismes du XXe siècle qui prétendaient faire le bonheur des peuples, au besoin malgré eux. On le voit aujourd'hui dans le monde, à travers les organisations technocratiques lorsqu'elles remettent en cause et menacent la liberté des personnes, y compris leur liberté de conscience.
Le pardon toujours aussi nécessaire
Dans ce combat, savoir respecter l'adversaire est une nécessité absolue. Après les blessures, cela appelle le pardon. C'est ce pardon qui fut évoqué aux Lucs-sur-Boulogne où l'on a rappelé le geste de Bonchamps, le chef vendéen mourant qui, le 27 mai 1793, fit épargner les prisonniers voués au massacre : « Je rendrai à leurs familles les pères qui leur sont nécessaires chaque fois que, par le sort des armes, ils tomberont en mon pouvoir. Jamais je ne serai barbare, tous les prisonniers trouveront en moi un ami, un protecteur ».
Pour parvenir à cette attitude, il fallait livrer un autre combat, intérieur celui-là, « contre la soif de vengeance »« Et qui dira les murs de haine et de ressentiment qu'il faut abattre pour pardonner l'inexpiable ? », disait Bruno Retailleau qui citait aussi Hannah Arendt, philosophe juive allemande, durant la Seconde Guerre mondiale :« Le pardon est certainement l'une des plus grandes facultés humaines et peut-être la plus audacieuse des actions, dans la mesure où elle tend à l'impossible ¯ à savoir défaire ce qui a été fait ¯ et réussit à inaugurer un nouveau commencement là où tout semblait avoir pris fin. »
À partir de ce jardin du pardon, Lech Walesa s'adressait à quelques centaines de jeunes. Il les incitait à reprendre le flambeau pour aller de l'avant sur les chemins de l'humanisme. Il évoquait cette Union européenne que Solidarnosc a tellement contribué à transformer en abattant les murs qui la coupaient en deux, une Europe qui exige que l'on partage les valeurs profondes qui nous unissent. Et cette Europe justement est née du pardon que se sont donné les nations après s'être si violemment combattues. Le pardon toujours aussi nécessaire dans les affrontements d'aujourd'hui.
Oui, en Vendée, ces jours derniers, une grande leçon d'humanité nous fut donnée.

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