TOUT EST DIT

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vendredi 23 novembre 2012

L'accord Rubik, quésaco ?

Ce vendredi, le Bundesrat allemand, la chambre qui représente les Länder au parlement allemand va examiner la ratification de l'accord fiscal avec la Suisse. Un accord connu en France sous le nom de «Rubik» et qui est un des fers de lance de la stratégie de «l'argent propre» proclamée par le conseil fédéral, le gouvernement suisse. Mais qu'est-ce que cet accord? Tour d'horizon.

• Que se passe-t-il au moment de l'entrée en vigueur de cet accord ?
 
L'accord prévoit la mise en place d'un prélèvement à la source d'abord sur le capital, puis sur les revenus de ce capital. Lors de l'entrée en vigueur de l'accord, trois options s'offrent au ressortissant du pays signataire disposant d'un compte dans une banque suisse. Première option: le déposant déclare volontairement ses avoirs suisses à son fisc national. Il est alors soumis à l'impôt de son pays. Deuxième option: le déposant ne fait rien. Sa banque helvétique lui prélève alors un impôt forfaitaire unique qui éteint toutes ses dettes fiscales potentielles ou en cours dans son pays d'origine. Cette somme est alors transmise à la Confédération qui verse ensuite au pays signataire l'ensemble des montants collectés sans aucune autre donnée. Troisième option: le déposant a fermé son compte suisse et l'a transféré vers un pays tiers. Il n'est plus concerné par l'accord, mais les autorités helvétiques vont remettre aux autorités du pays signataires la liste des «10 destinations» majeures de ces comptes fermés avant l'entrée en vigueur du texte.
• Et ensuite ?
Les revenus des capitaux qui demeurent déposés dans les comptes suisses sont soumis à un prélèvement annuel dont le taux est défini par l'accord et largement calqué sur les impositions nationales. Là encore, la déclaration volontaire à son fisc national est possible, mais la fermeture du compte n'empêchera pas le prélèvement pour l'année en cours.
• Que vont payer les Britanniques, les Autrichiens et (peut-être) les Allemands?
Trois accords ont été signés: avec le Royaume-Uni, l'Autriche et l'Allemagne. Les deux premiers ont été ratifiés et entreront en vigueur le 1er janvier 2013. A cette date, les déposants britanniques se verront prélever de 21% à 41% du montant de leurs capitaux, selon le niveau de ce dernier, et les Autrichiens, de 15% à 38%. Si l'Allemagne ratifie, les Allemands seront également prélevés de 21% à 41%.
Par la suite, les revenus des capitaux déposés en Suisse seront taxés au taux unique de 25% pour les Autrichiens. Les Britanniques se verront appliqués trois taux, selon la nature du rendement du capital: 28% pour les titres boursiers, 40% pour les dividendes et 48% pour les intérêts. En cas de ratification allemande, le taux pratiqué sera de 26,375%, équivalent à celui pratiqué outre-Rhin.
• Le dispositif éteint-il toutes les poursuites ?
Les Etats signataires s'engagent à ne pas poursuivre les détenteurs de comptes suisses pour fraude ou évasion fiscales à l'avenir. Ils sont désormais réputés avoir payé leurs impôts via la taxe libératoire. Les poursuites engagées seront éteintes. C'est une véritable annulation de la dette fiscale.
• L'accord est-il valable financièrement ?
A la différence de l'échange d'informations, cet accord permet au pays signataire avec la Suisse de faire l'économie de l'analyse des données et du recouvrement des créances découvertes. Les banques suisses prélèvent les sommes sur les comptes, les versent à la Confédération helvétique qui les verse ensuite aux Etats membres. Le recouvrement est ici aisé et bon marché. C'est du reste ce qui intéresse beaucoup Madrid, Rome et Athènes qui ont fait part de leur intérêt et dont les administrations fiscales sont bien peu efficaces.
Quant aux sommes qui seront versées, rien n'est certain. Berne refuse de communiquer des chiffres. Berlin a estimé que l'accord rapporterait lors de sa mise en œuvre 10 milliards d'euros, puis 700 millions d'euros par an. Les Allemands sont ceux qui détiennent le plus d'avoir en Suisse, devant les Italiens et les Français. Mais dans certains milieux administratifs suisses, on met en garde contre des espoirs de recettes trop élevées.
Dans le cas de l'Allemagne, il faudra renoncer aux lourdes amendes prévues à l'encontre des évadés fiscaux, mais il y aura en revanche une imposition des déposants qui bénéficient de la prescription de 10 ans pour les délits fiscaux.
• Le secret bancaire suisse est-il tombé ?
Précisément non. Cet accord a pour fonction de maintenir ce qu'on appelle en Suisse «la protection de la sphère privée». La Confédération ne transmettra aucune donnée personnelle aux Etats signataires, seulement des sommes globales ou des statistiques anonymes.
En revanche, la Suisse a adopté les standards de l'OCDE et doit en théorie répondre aux demandes de renseignements sur des présumés évadés fiscaux lorsqu'il y a un soupçon fondé, ce qu'on appelle une «pertinence vraisemblable». La France se plaint néanmoins beaucoup de la mauvaise volonté helvétique dans ce domaine. L'accord Rubik rend cette démarche caduque pour les pays signataires, mais rien n'empêche à l'Etat signataire de demander des renseignements par cette procédure sur ceux qui auraient fermés leurs comptes avant la mise en œuvre de l'accord.
• Les accords Rubik sont-ils incontournables par les fraudeurs ?
C'est ce qu'affirment les autorités helvétiques qui parlent d'accords «waterproof». En réalité, la possibilité de passer par des trusts et des fondations reste entière, quoiqu'en dise Berne. Il revient en effet aux banques de «déterminer l'identité» des véritables bénéficiaires de ces structures, ce qui paraît irréaliste au mieux, fantaisiste au pire. Il sera donc toujours possible de fermer son compte suisse et de transférer ses fonds vers un autre paradis fiscal où l'on ouvrira un trust dissimulé derrière un ayant droit. Quitte ensuite à revenir, via ce trust ou une filiale de ce trust, dans une banque helvétique. Par ailleurs, le contrôle des sommes déclarées reviendra à la Suisse et précisément à son autorité financière, la Finma, dont la compétence a été mise en doute en Suisse même. Elle dépendra donc de la bonne volonté des autorités suisses de vérifier des avoirs étrangers.

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