TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

dimanche 9 mai 2010

"Avec la volonté politique, l'Europe peut faire face aux crises qu'elle traverse"

Crise de l'euro, remise en cause de la politique agricole commune, euroscepticisme... L'Union européenne célèbre, dimanche 9 mai, dans une atmosphère de crise, les 60 ans de son acte de naissance. Le 9 mai 1950, sur proposition de Jean Monnet, Robert Schuman, alors ministre des affaires étrangères, prononce le discours fondateur de l'Europe, au Quai d'Orsay, à Paris. Depuis 1986, la fête de l'Europe est célébrée ce jour-là. Gérard Bossuat, professeur d'histoire du monde contemporain et spécialiste de la construction européenne, dresse le bilan de l'Europe.

En 1950, Robert Schuman prononçait le discours fondateur de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, l'ancêtre de l'Union européenne. Pouvait-il imaginer l'Europe d'aujourd'hui ?

Il ne pouvait pas imaginer le développement remarquable que l'Europe a pris, notamment dans son élargissement à l'Europe orientale. Et ne pensait pas non plus à toutes les difficultés qu'elle allait rencontrer. Il faut replacer ce discours prononcé par des élites dans le contexte de l'époque. En 1950, l'animosité des Français contre les Allemands est d'envergure. Au moment du projet élitiste de Jean Monnet et Robert Schuman, la réconciliation politique est loin d'être celle des peuples français et allemand. Sans cette construction, je n'ose pas imaginer où en serait l'Europe.

Désormais, le 9 mai est le jour de la fête de l'Europe. Y a-t-il des pays où cette date a davantage d'importance ?

Le 9 mai est une date significative pour le couple franco-allemand et les quatre autres pays fondateurs [Italie, Benelux]. Elle a le mérite de fêter une volonté pacifique alors que la plupart des commémorations font références aux guerres. L'idée de rassembler le peuple européen est une victoire sur son passé belliqueux. A l'est de l'Europe, la date-clé est celle de la chute du mur, le 9 novembre 1989. Pour l'ensemble de l'Europe, la date du 11-Novembre serait beaucoup plus significative.

Remise en cause de la monnaie unique, de la politique économique commune... l'Europe est la cible de nombreuses critiques. Peut-elle s'en remettre ?

Chaque crise est différente. Mais Jean Monet déclarait que l'Europe avance dans la crise. Le premier échec est celui du Conseil de l'Europe. Juste après le plan Schuman, le projet de créer une Communauté européenne de défense s'est effondré lamentablement. D'autres crises ont été traversées. En 1971, le système monétaire international s'effondre. L'Europe crée un dispositif dit du "serpent monétaire européen", qui limite les fluctuations du taux de change entre les pays européens. En 1974, c'est le premier choc pétrolier qui met à mal l'économie européenne. Et l'Europe existe encore ! Avec la volonté politique, l'Union européenne peut faire face aux crises qu'elle traverse.

L'euroscepticisme est également en hausse avec la montée des partis d'extrême droite comme en Hongrie, où le parti Jobbik a fait son entrée en avril au Parlement, avec quarante-sept élus.

La montée des eurosceptiques est interpellant. C'est ce nationalisme à outrance qui a dérivé pendant l'entre-deux-guerre. Cette insatisfaction des citoyens européens semble émaner du questionnement : "Que m'apporte l'Europe ?" L'Union européenne apporte la liberté de circulation, elle permet le développement économique, elle ouvre des perspectives. Mais a priori, elle n'a pas réussi à mettre en avant ces avantages, mal perçus par les citoyens.

Comment imaginer l'Union européenne dans soixante ans ?

Personne ne peut affirmer qu'il y aura encore une Union européenne dans soixante ans, l'équivalent de deux générations. Peut-être que nous en serons à un gouvernement mondial ou pourquoi pas Atlantique. Pour beaucoup de bâtisseurs de l'union, Jacques Delors, Jean Monnet ou Emile Noël, l'objectif était avant tout de créer davantage d'union entre les peuples. Si la majorité des citoyens décident de poursuivre cette union, la volonté politique suivra.
Propos recueillis par Caroline Venaille

0 commentaires: