TOUT EST DIT

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mercredi 4 juin 2008

BATAILLE DE MEDIA


Excédé, Étienne Mougeotte ! Le patron de la rédaction du Figaro en a plus qu'assez du "débauchage excessif" de ses cadres dont le quotidien fait l'objet de la part des Echos , dirigé par Nicolas Beytout. " Le Figaro va attaquer pour concurrence déloyale", annonce-t-il au Point . L'objet du litige porte sur quatre départs en moins de deux mois : Nicolas Barré, le directeur de la rédaction "macro-économie", Mathieu Cosson, éditeur au Figaro , Philippe Hoyau, le directeur de l'infographie, et Cécile Colomb à la régie publicitaire... Ce dernier départ fut la goutte d'eau. Tous ont trouvé une situation identique aux Echos mais beaucoup mieux payée. Il faut y ajouter le départ de Sophie Laurent Lefèvre, la directrice artistique du Figaro , qui, sans être embauchée par Les Echos , s'est vu confier une mission par Nicolas Beytout...

Le gros carnet de chèques de Nicolas Beytout

Derrière ces chicanes, Étienne Mougeotte et Nicolas Beytout se livrent à un impitoyable "mano a mano" : dans le paysage de la presse, les deux hommes se disputent le créneau du grand journal libéral destiné aux cadres actifs. Au service de cette ambition, Nicolas Beytout dispose du carnet de chèques mirobolant de son actionnaire, Bernard Arnault, le patron de LVMH, première fortune de France. Il a obtenu du milliardaire du luxe un budget conséquent pour recruter des signatures. Dans le camp d'en face, au Figaro , l'actionnaire Serge Dassault entend, au contraire, serrer les boulons. Le plan de départ volontaire qu'il cautionne porte sur 80 personnes, dont 40 cartes de presse.

En quittant Le Figaro , Beytout y a laissé un certain nombre de généraux appartenant à sa garde rapprochée. Pas étonnant qu'il cherche désormais à les rapatrier aux Echos . Nicolas Barré en faisait partie. Son transfert n'a surpris personne. Tous les regards se tournent désormais vers Jean-Michel Salvator, resté proche de Beytout et numéro deux du Figaro . "Je compte bien garder Jean-Michel Salvator à mes côtés, réplique Mougeotte. Il est très précieux et choqué par l'attitude de Beytout." Contactée par Le Point , la direction des Echos annonce qu'elle ne recrutera pas Salvator.

La concurrence déloyale difficile à prouver

Dans cette histoire, le nouveau patron des Echos en profite pour régler quelques comptes avec son ancien employeur. Durant trois ans, au Figaro , Beytout a supporté - en serrant les dents - le coup de fil quotidien de Serge Dassault qui tentait de lui dicter le contenu du journal. Une situation très désagréable. Il affirme avoir résisté autant qu'il a pu aux pressions de son actionnaire. Car le sénateur UMP Serge Dassault a des idées sur tout et surtout des idées. Récemment, il proposait à la direction du Figaro de se faire l'écho de sa solution pour l'immigration : "Il faudrait que les immigrés épousent les filles-mères." Pas de trace de cette idée dans le journal...

Quant à la concurrence déloyale, elle est assez difficile à établir en cas de débauchage. Dans un arrêt du 10 mai 2006, la cour d'appel de Paris a établi la suprématie du principe de liberté du commerce et de l'industrie. Les juges ont estimé qu'il appartient "à tout opérateur de mettre en oeuvre tous moyens destinés à assurer son développement et, pour ce faire, de procéder au recrutement de tout salarié utile à son entreprise, fût-ce au sein d'une structure concurrente". Le 25 avril 2005, la Cour de cassation ajoute qu'un débauchage n'est fautif que lorsque les personnels ont profité de leur transfert pour procéder à des "actes positifs de détournement de clientèle, de transfert de savoir ou de dénigrement".

En 2007, Le Figaro vendait 338.618 exemplaires par jour, selon l'OJD. Les Echos en écoulaient 121.630.

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