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mardi 2 décembre 2014

La Russie abandonne le projet de gazoduc South Stream

Censé approvisionner l'Europe en gaz russe, ce projet est victime des sanctions européennes contre Moscou. Alors que Vladimir Poutine menace de détourner les livraisons de gaz russe vers l'Asie, Bruxelles promet de diversifier ses sources d'approvisionnements.
Clap de fin pour South Stream. Ce projet de gazoduc russo-italien, destiné à approvisionner l'Europe en gaz russe en contournant l'Ukraine, est abandonné, à en croire Moscou. «C'est fini, le projet est fini», a assuré hier le directeur général du géant gazier Gazprom, Alexeï Miller, confirmant les informations transmises depuis Ankara par Vladimir Poutine.
Le président russe, en déplacement en Turquie, avait affirmé que la Russie n'avait pas obtenu la permission de la Bulgarie, l'un des pays par lesquels ce gazoduc géant doit transiter. «Comme nous n'avons toujours pas reçu la permission de la Bulgarie, nous pensons que dans la situation actuelle la Russie ne peut pas poursuivre la réalisation de ce projet», avait-il annoncé après un entretien avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

Un projet à 40 milliards

South Stream, dont le coût est estimé à 40 milliards de dollars, devait relier sur 3600 kilomètres la Russie à l'Europe du Sud en passant par la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Slovénie. D'une capacité de 63 milliards de m3 par an (15% de la consommation européenne), ce gazoduc visait à diversifier les routes européennes d'approvisionnement en hydrocarbure. South Stream devait en effet contourner l'Ukraine, à l'origine de conflits gaziers réguliers avec la Russie qui perturbent les approvisionnements.
Sa construction a débuté en décembre 2012 dans le Caucase russe et la première des quatre conduites du gazoduc devait entrer en service en décembre 2015 avant d'atteindre sa pleine capacité d'ici 2018. Ce projet géant était porté par un consortium emmené par le groupe russe Gazprom(50%), l'italien ENI (25%), l'allemand Wintershall holding (15%) et le français EDF (10%).
South Stream est aujourd'hui la victime directe des sanctions occidentales à l'égard de la Russie dans le dossier ukrainien. En avril dernier, les députés européens ont proposé la suspension du projet. Selon Bruxelles, les contrats signés par Gazprom violent les règles européennes de la concurrence. En juin dernier, la Russie avait accusé l'Union européenne de faire pression sur certains de ses États membres, notamment la Bulgarie, pour qu'ils suspendent leur participation.
Hier, Vladimir Poutine a jugé «ridicule» de continuer à engager des «millions de dollars» dans ce projet. «Si l'Europe ne veut pas de ce gazoduc, alors il ne sera pas construit», a-t-il affirmé. «Nous pensons que la position de l'Union européenne n'est pas constructive. En fait, plutôt que de soutenir le projet, la Commission européenne y a fait obstacle», a-t-il dénoncé. «Nous pensons que c'est contraire aux intérêts économiques de l'Europe. Cela endommage notre coopération. Mais c'est le choix de nos amis européens. Ce sont des consommateurs, après tout», a-t-il ajouté.

Les approvisionnements européens menacés

Dans la foulée, Vladimir Poutine a directement menacé les approvisionnements de l'Europe, suggérant qu'une partie de la production russe pourrait être détournée vers l'Asie. «Nous allons dérouter nos ressources énergétiques vers d'autres régions du monde et l'Europe ne recevra pas plus les mêmes volumes de la Russie», a-t-il assuré. Gazprom prévoit ainsi d'augmenter de 3 milliards de m3 ses livraisons à la Turquie «afin de satisfaire ses besoins» et de lui consentir un rabais de 6% sur ses prix à compter du 1er janvier prochain. La Russie et la Turquie ont d'ailleurs signé hier un accord pour la construction d'un gazoduc reliant les deux pays, via la Mer noire.
«La décision de la Russie d'arrêter SouthStream et la manière dont cela a été décidé confirme combien la diversification des sources d'approvisionnements est importante pour l'Europe», a déclaré ce mardi la vice-présidente de la Commission, Kristalina Georgieva. Bruxelles devrait désormais se concentrer sur l'un des autres projets de gazoduc dans le sud de l'Europe: le «TAP», le gazoduc transadriatique, qui doit transporter le gaz naturel de l'Azerbaïdjan vers le marché européen en contournant la Russie. Nabucco, l'autre projet phare dans le corridor gazier sud-européen, semble, lui, enterré.