TOUT EST DIT

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jeudi 4 septembre 2014

Christian Delporte : «Hollande paie au prix fort la confusion vie privée-vie publique»



L'historien spécialiste de la communication politique Christian Delporte analyse les conséquences pour François Hollande de la publication du livre de Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment.
 Le livre de Valérie TrierweilerMerci pour ce moment, est, selon ses premiers lecteurs, «dévastateur» pour le chef de l'Etat, à tel point que François Hollande est, selon Le Parisien, «atterré» par cette publication. Quel sera selon vous l'impact de cette œuvre sur la popularité du président?
Christian DELPORTE: Je ne pense pas qu'il faille raisonner en matière de popularité. Après tout, François Hollande n'est déjà plus qu'à 16% d'opinions positives dans les sondages. Comment voulez-vous qu'il aille plus bas?
En revanche, ce livre risque d'avoir un effet dévastateur sur l'un des rares atouts du président: on le trouvait jusqu'ici encore sympathique. D'après les premiers extraits publiés çà et là dans les journaux, les communicants de l'Elysée vont avoir du pain sur la planche pour protéger cette image positive…
Dans ce livre, l'ancienne compagne de François Hollande raconte sa relation avec ce dernier, au quotidien, dans les bons comme dans les mauvais moments. Elle raconte notamment que le chef de l'Etat continuait de la contacter après leur séparation, en lui disant qu'il «allait la regagner, comme si j'étais une élection». Attaquer la personnalité propre du Président de la République, est-ce la dernière étape du discrédit? Peut-on encore aller plus loin?
Ce qui se passe ici est le dénouement d'une longue histoire du dévoilement de l'intime par les hommes de pouvoir, les dirigeants d'entreprise et les chefs politiques. De Gaulle pensait qu'il fallait du mystère et de la distance autour des grands de ce monde. Or, l'homme qui exerce le pouvoir est depuis devenu un homme ordinaire, recherchant avant tout le lien affectif, la proximité avec ses compatriotes, la sympathie du public: toutes les mises en scène des enfants et des femmes des hommes de pouvoir vont dans ce sens.
Ce qui me frappe, c'est qu'on assiste à une rupture. Jusqu'ici, ce système fonctionnait car il était sous contrôle. Là, François Hollande semble être dépassé par la machine médiatique et la communication présidentielle est juste mobilisée pour tenter d'éteindre l'incendie.
François Hollande a répété à l'envi, durant la campagne de 2012, qu'il souhaitait être un «président normal», proche des Français, et dont il partagerait les aléas quotidiens. Paie-t-il aujourd'hui sa propre volonté de transformer la fonction présidentielle? Tout a commencé avec l'affaire Gayet, où Hollande s'est retrouvé pris à son propre piège. Sa posture, adoptée pendant sa campagne présidentielle, et s'opposant à la «peopolisation» de Nicolas Sarkozys'est alors brisée. En 2012, Valérie Trierweiler était ainsi en retrait, et le candidat Hollande refusait de l'utiliser comme argument politique pour séduire les électeurs.
L'affaire Gayet a ensuite eu un effet inverse. Il est entré, dans la pire des situations et à son corps défendant dans la peopolisation, en contradiction avec sa volonté et son message politique. Il a été victime d'une évolution qui s'est produite avant lui qui a rendu la presse de plus en plus inquisitrice sur la vie privée des politiques et l'opinion de plus en plus réceptive à son dévoilement.
C'est une procédure déjà ancienne. Giscard d'Estaing avait déjà, à son époque, mis en scène sa famille, et plus particulièrement ses enfants, qu'on pouvait voir dans Paris Match ou Point de Vue. On avait même eu droit à une couverture médiatique du mariage de ses filles. Cependant, cette mise en scène était encore contrôlée et pensée pour créer une identification de la famille française à cette famille Giscard.
Alors que le président accumule les crises (politique, diplomatique avec la Russie, économique), ce nouveau camouflet peut-il être tourné à son avantage? Peut-il utiliser cette publication pour regagner la sympathie des Français?
A mon avis, François Hollande a surtout intérêt à baisser la tête, laisser passer l'orage et montrer qu'il se bat pour la France. Plus que jamais, la séparation entre vie privée et vie publique doit être claire et sans faille. Tout ce qu'il dira sur Valérie Trierweiler le desservira ; il doit montrer qu'il ne se préoccupe même pas du dérisoire, des règlements de compte, et que seul importe son combat pour notre pays.
Le 18 septembre, il y aura sans doute une question des journalistes, durant la conférence de presse de l'Elysée, à ce sujet ; mais nul doute qu'il éludera la question grâce à une réponse préparée par ses communicants.
Attaqué sur sa politique, sur son autorité, son ambition, et maintenant sur sa personnalité, François Hollande peut-il quand même songer aux prochaines présidentielles de 2017?
En politique, on n'est jamais mort. Le facteur politique me semble plus important que le facteur personnel. La vraie question devient alors: son noyau dur d'électeurs lui reste-t-il fidèle? D'après un sondage paru après le remaniement, les électeurs qui regrettent le plus le départ d'Arnaud Montebourg sont ceux du Front National et du Parti de Gauche, tandis que seulement 33% des électeurs de François Hollande - autant que ceux de Nicolas Sarkozy! - regrettent l'ancien ministre du Redressement productif. Cela peut révéler que la ligne Valls est soutenue par la majorité des socialistes, mais aussi que son électorat ne veut plus aucun couac gouvernemental.