TOUT EST DIT

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samedi 23 août 2014

François Hollande confirme qu'il n'a rien compris au monde de l'entreprise

Dans une interview, il réaffirme son chantage du "pacte de responsabilité" et continue de vouloir culpabiliser les entrepreneurs.


C'est à se demander si on parle le même langage et si la France a la malchance d'avoir un président borné ou s'il fait semblant de ne pas comprendre. Dans Le Monde daté du 21 août, ce journal, qui semble être devenu le journal officiel de l'Élysée et des ministres du gouvernement Valls tant ses colonnes leur sont ouvertes en permanence, François Hollande s'est de nouveau penché - épanché ? - sur le mauvais état du pays avant d'aller prendre l'air dans l'océan Indien.
 
Pour ne rien changer à ses habitudes, il a rejeté vers l'extérieur -
"l'environnement international et européen" - la responsabilité des très mauvais chiffres économiques du moment. Concernant les entreprises - ce qu'il appelle "le patronat" comme au temps béni deFrançois Mitterrand et de Georges Marchais -, il a été une nouvelle fois d'une éblouissante clarté et d'une implacable logique, du moins le croit-il, en déclarant ceci : "Pour améliorer la compétitivité des entreprises, [le gouvernement] a dégagé 40 milliards d'euros sur trois ans (et...) chacun doit respecter ses engagements. Le gouvernement a tenu les siens... J'attends donc du patronat qu'il aille jusqu'au bout de la logique du pacte (...) pour investir et embaucher et non pour distribuer des dividendes ou formuler d'autres revendications."
Hollande a donc repris son grand chantage lancé le 14 janvier dernier avec l'annonce de ce "pacte de responsabilité" qui consiste à faire bénéficier les entreprises d'une quarantaine de milliards d'euros au total étalés sur trois ans - 13 par an en moyenne - en contrepartie de leur engagement à créer un certain nombre d'emplois pérennes.

Une chape de plomb pèse sur les entrepreneurs

Quelques remarques : primo, quand on vient d'augmenter de plusieurs dizaines de milliards d'euros par an les charges des entreprises et de leurs dirigeants, déjà lourdement taxés pendant les deux dernières années de la présidence Sarkozy, on est mal fondé, en proposant de leur rendre quelques milliards, de prétendre obtenir en échange des contreparties lourdes. Une chape de plomb pèse déjà en France sur les entrepreneurs, les professions libérales, les commerçants, les indépendants, qui ont passé l'âge d'accepter des bonbons en échange de leurs billes comme ils le faisaient sous les préaux des écoles quand ils étaient enfants. Le "donnant-donnant" que propose le président comme un maquignon corrézien, qui consiste à étrangler un peu moins et temporairement les entreprises en échange d'engagements de longue durée, n'est qu'une manoeuvre politicienne de plus : il s'agit de lui permettre de fustiger le patronat lors de la prochaine élection présidentielle, lequel patronat serait alors rendu publiquement responsable et, bien entendu, coupable d'avoir contribué à l'augmentation du chômage alors même qu'il aurait, trahison suprême, profité des largesses de l'État destinées à le réduire. Hollande est connu pour être un grand manipulateur et apparemment, sur ce coup-là, il semble être au meilleur de sa forme. Tout comme Jacques Chirac, il a beaucoup appris des maquignons corréziens, qui ont la réputation d'être de redoutables manoeuvriers dans tout le Limousin et même dans l'Auvergne voisine.

Des promesses, toujours des promesses !

Deuzio : toutes les entreprises privées, sans exception, aimeraient pouvoir recruter quand les commandes augmentent, mais à la condition, en cas de retournement des affaires, qu'elles puissent licencier aussi facilement qu'elles ont pu recruter. En France, aujourd'hui, c'est mission impossible. Idem pour les seuils sociaux des 10 et 50 salariés qui obligent à des contraintes nombreuses et onéreuses. Sur ces deux points qui sont vitaux pour les plus petites entreprises - celles qui ont besoin de recruter pour se développer -, le président ne propose rien de concret. Tout juste concède-t-il qu'un débat peut s'ouvrir chez les "partenaires sociaux" sur la question des seuils sociaux et que le gouvernement en tiendra compte si un accord peut être conclu. On est toujours dans le flou et cela montre bien que son "pacte de responsabilité" n'est qu'un grand rideau de fumée ou, au choix, la simple conséquence d'une incapacité totale à pouvoir appréhender en face les problèmes réels et concrets de l'économie de marché.
Tertio : ce fameux "pacte", dont l'annonce date de plus de sept mois, n'a pas encore vu le moindre début de commencement d'une éventuelle application. Quand Hollande déclare que le gouvernement a tenu ses engagements, il s'agit d'une promesse de les tenir, pas d'autre chose : toujours des promesses! Mais en France, par les temps qui courent, les promesses n'arrivent même plus à engager ceux qui les écoutent, c'est dire !
Enfin, dernier point, il faut véritablement avoir le cuir solide pour accepter d'un partenaire éventuel, l'État, qu'il mette publiquement en doute votre bonne foi et votre moralité, alors même qu'aucun deal n'est encore conclu : c'est exactement ce que fait Hollande quand il met en accusation par avance ceux qui profiteraient de son pacte pour "distribuer des dividendes" au lieu de tenir leurs éventuels engagements. On voit bien dans quelle estime le président tient le "patronat" !

Les entrepreneurs "normaux" vivent parfois l'enfer

Telle que cette affaire est partie, comme on dit dans le privé, il nous étonnerait qu'un tel pacte puisse être signé un jour par d'autres entreprises que celles qui sont sous contrôle de l'État, comme La Poste ou Orange qui seraient déjà parmi les plus importants bénéficiaires des "crédits d'impôt pour la compétitivité et l'emploi" (CICE), le premier volet des engagements du gouvernement, ou celles qui dépendent des commandes de l'État ou qui chercheraient à obtenir des contreparties spéciales de l'État, comme certaines grandes entreprises qui, en France plus qu'ailleurs, sont obligées de composer en permanence avec les politiciens et les hauts fonctionnaires.
Les entrepreneurs "normaux", ceux qui prennent des risques, engageant dans leur entreprise non seulement leur talent, leur travail et leur courage, leurs jours et parfois leurs nuits, leur santé qui est leur bien le plus fragile et leur patrimoine ou ce qu'il en reste quand l'État mammouth a pris sa part, de plus en plus lourde, de plus en plus insupportable, ceux-là, ces entrepreneurs qui vivent parfois l'enfer même s'ils ont la foi chevillée au corps, il y a bien peu de chances qu'ils passent un jour un tel pacte avec Hollande, un pacte avec le diable. Bien peu de chances.