TOUT EST DIT

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jeudi 4 août 2011

Pourquoi être attentif ?

On entend souvent des gens dire, pour s'excuser d'une inattention ou d'un oubli : « Désolé, je ne suis pas physionomiste. » Ou bien : « Je n'ai pas de mémoire. » Comme si cela suffisait. En réalité, bien souvent ces gens manquent tout simplement d'attention. À l'opposé, on rencontre des personnes qui, plusieurs mois, plusieurs années après, se souviennent de vous ou d'un événement, d'un nom, de détails étonnants, non parce qu'ils ont des capacités, des mémoires exceptionnelles, mais simplement parce qu'ils font attention.

Ce sont les mêmes qui se montrent curieux de l'évolution du monde. Ils montrent ainsi une prédisposition à la connaissance scientifique, qui commence par un regard étonné et patient. Sauf handicap particulier, la mémoire est largement une affaire d'attention, de concentration, d'intérêt « porté à »...De même, d'ailleurs, que l'intelligence se révèle être autant une affaire de volonté et de courage de penser, qu'un don inné. Elle est une prise de risque devant laquelle beaucoup reculent.

Plus qu'une attitude, l'attention constitue une orientation de l'existence. Ce qui n'est pas soi-même prend une place particulière, « primordiale » estime le philosophe Lévinas, pour qui tout commence par le « après vous », dit au passage d'une porte. Faire attention suppose un minimum de concentration sur l'objet d'étude ou la personne présente, à l'opposé de la dissipation-dispersion dans un brouillard où plus rien n'existe vraiment que le « moi ». Le « fais donc attention » des parents est valable aussi bien pour le savoir que dans la relation à autrui où l'on se plaindra volontiers des « manques d'attention ».

Mais comment être attentionné si l'on ne commence pas par être attentif ? Tout le travail d'une vie consiste à l'orienter comme le tournesol dans la bonne direction, ainsi nous devenons accessibles, vulnérables, capables d'être touchés par l'autre.

Le temps des vacances est propice aux exercices d'attention, comme il y a des « exercices d'admiration ». Et tout commence dans la relation par le regard qui fait vivre. J'ai été témoin du ravissement d'une personne disant de son père : « Il m'a considérée ! », au sens d'« envisagée ». Ensuite, vient l'écoute, cette écoute tellement en souffrance aujourd'hui. On parle, on se parle beaucoup et l'on s'écoute si peu, chacun suivant son monologue dans un pseudo-échange où l'autre tient souvent lieu de simple miroir et de faire-valoir. Apprendre à se taire devrait être l'une des premières maximes de l'éducation. Comme le disait Cocteau à propos d'Anna de Noailles : « Ah, si elle pouvait enfin se taire, que je puisse enfin commencer à l'écouter ! ». L'attention est à ce prix.

Elle constitue à sa manière l'une des plus belles formes de don. Celui qui la pratique se donne à autrui à des degrés divers. Mais elle passe aussi par la demande. Étonnant ? Pas vraiment, car l'une des plus belles manières de prendre au sérieux autrui consiste à lui dire « J'ai besoin de toi », avec en retour pour celui-ci un sentiment de reconnaissance : « S'il a besoin de moi, c'est que je compte à ses yeux. » Avec un double risque, celui du refus et celui de la dette ainsi créée.

Mais n'est-ce pas ce qui constitue la vie sociale ?

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