TOUT EST DIT

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mercredi 27 avril 2011

La tentation du repli

Que 25 000 réfugiés nord-africains ébranlent autant l'Europe en dit long sur l'apathie de sa politique migratoire. La demande de Nicolas Sarkozy et de Silvio Berlusconi, hier à Rome, est loin de consolider l'espace Schengen de libre circulation, symbole de liberté au sein de l'Union. Que l'on puisse rétablir les contrôles aux frontières nationales confirme que ce qu'il restait de dynamique est en train de se gripper.

Cet épisode met en lumière la cohabitation d'autant de politiques étrangères qu'il existe d'États. Sous la pression d'extrémismes nourris par les peurs, chaque régime surréagit selon sa proximité historique, géographique et économique avec les pays « menaçants » et selon ses enjeux de politique intérieure. Même un rapprochement propice à une Europe industrielle plus forte - Lactalis qui rachète Parmalat ou LVMH qui s'empare de Bulgari - devient un crime de lèse-souveraineté italienne !

Ces contradictions paralysent l'action et même la parole de Catherine Asthon, chef d'une non-diplomatie européenne depuis près de dix-huit mois. Cette absence de vision commune et dynamique pousse au chacun pour soi et encourage le recours, doublement vain, à la forteresse migratoire.

D'une part, construire des murs valide la thèse du repli - le Front National en France, la Ligue du Nord en Italie, le parti Jobbik en Hongrie, le Parti de la Liberté aux Pays-Bas... - et cautionne les accents populistes des droites traditionnelles, comme au Royaume-Uni. Mais, en vertu de la formule selon laquelle « les peuples préfèrent l'original à la copie », ces thématiques profitent surtout à ceux qui les initient.

Redonner de l'espoir

D'autre part, il n'existe pas de rempart étanche contre l'immigration. On s'effraie que quelques milliers de Tunisiens débarquent en Italie. Qu'opposerait la France comme ligne Maginot si l'Algérie et le Maroc s'effondraient ? Là, nous risquerions d'avoir et le populisme et l'immigration massive.

Réviser les règles de Schengen ne peut pas être une réponse convaincante et durable. À défaut de pouvoir endiguer l'afflux de migrants, on pourrait peut-être, suivant les voeux du pape, organiser juridiquement et financièrement leur accueil provisoire à l'échelle de l'Europe afin que ce ne soient pas les mêmes qui en supportent le poids. Et surtout aider à tarir la source.

Une chose est de saluer de loin les soulèvements populaires contre les dictatures. Une autre est d'aider de près la transition. Les révolutions désorganisent et appauvrissent, au moins provisoirement, les économies. Il faut vite redonner de l'espoir si l'on veut éviter une crise migratoire majeure.

Il est donc vital de pousser à la réconciliation, d'offrir notre expertise pour reconstruire les systèmes politiques, et de multiplier les incitations collectives et individuelles à reprendre les échanges. La fermeté en deçà de nos frontières, y compris par des moyens maritimes de dissuasion, serait d'autant mieux comprise que nous serions coopératifs au-delà.

Car si la chute des dictatures devait être synonyme, pour les peuples, de règlements de comptes, d'effondrement du niveau de vie et d'Europe barricadée, les fleurs du printemps arabe pourraient vite faner. Vue du nord de la Méditerranée, la démocratisation a peut-être un coût. Mais vue du Sud, elle n'a pas de prix.



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