TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 7 mai 2011

La Grèce inquiète à nouveau les pays européens

Les ministres des finances des principaux pays européens se sont discrètement réunis vendredi soir pour discuter de la dette grecque. 
 L’hypothèse d’une sortie de la Grèce de la zone euro a été catégoriquement démentie.

Les principaux pays de la zone euro ont exclu vendredi soir l’idée d’une sortie de la Grèce de l’Union monétaire ou d’une restructuration de sa très lourde dette, à l’issue d’une réunion en catimini qui a alimenté les craintes sur la situation de ce pays. "Nous n’avons pas discuté d’une sortie de la Grèce de la zone euro, nous pensons tous que ce serait une option stupide", a affirmé le chef de file des ministres des finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, à l’issue de la rencontre dans un château près de Luxembourg. Un abandon de la monnaie unique "est une voie que nous n’emprunterions jamais", a-t-il assuré car "nous ne voulons pas voir la zone euro exploser sans raison". De même, "nous avons exclu la restructuration de la dette grecque", a-t-il déclaré.
La réunion, qui s’est déroulée sans avoir été préalablement annoncée, a réuni notamment les ministres des Finances des quatre plus grands pays de la zone euro, Wolfgang Schaüble (Allemagne), Christine Lagarde (France), Giulio Tremonti (Italie), Elena Salgado (Espagne), ainsi que Jean-Claude Juncker, George Papaconstantinou, ministre grec des Finances, Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne et le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn.
Le site d’information allemand Spiegel Online avait affolé les marchés un peu plus tôt dans la journée en affirmant que cette rencontre avait été convoquée en raison de la volonté exprimée par la Grèce de quitter la zone euro. Athènes a "catégoriquement" nié tout projet d’abandon de la monnaie unique et dénoncé une manœuvre spéculatrice.

Les rumeurs enflent sur les places financières

En revanche, les grands argentiers européens semblent juger nécessaire un nouveau programme d’économies dans le pays. Et l’éventualité pour l’Europe et le Fonds monétaire international d’aider la Grèce plus longtemps que prévu, au-delà de 2012, a été discutée. En matière budgétaire, "nous pensons que la Grèce a besoin d’un programme d’ajustement supplémentaire", a déclaré Jean-Claude Juncker. Cela devrait être discuté lors de la prochaine réunion des grands argentiers européens le 16 mai.
La Grèce avait obtenu il y a tout juste un an un plan de prêts de 110 milliards d'euros sur trois ans des pays de la zone euro et du FMI, en échange d’un programme strict de réduction de son déficit. Or, le déficit public grec pour 2010 vient d’être revu à la hausse, de 9,4 % à 10,5 % du PIB, et des incertitudes planent pour cette année. Les rentrées fiscales ne sont pas au rendez-vous, la lutte contre la fraude fiscale n’est pas suffisamment efficace, certaines dépenses publiques sont plus élevées que prévu. La population, dans le même temps, est excédée par l’austérité dans un pays contraint de réduire fortement prix et coûts de production pour espérer sortir de l’ornière, vu qu’il ne peut dévaluer sa monnaie du fait de son appartenance à la zone euro.
Dans ces conditions, les investisseurs redoutent que le pays ne puisse rembourser toutes ses dettes et revenir emprunter normalement sur les marchés à l’échéance de la période de trois ans. Les rumeurs enflent du coup sur les places financières sur l’inéluctabilité d’une restructuration de sa dette publique, qui dépasse les 150 % du PIB, quelle que soit la forme que prendrait une telle opération (décote, c’est-à-dire abandon d’une partie de leurs créances par les prêteurs, rééchelonnement ou autre).

Ils sont fous ces Français !

Sont-ils devenus fous pour massacrer de la sorte l’une de nos plus belles réussites collectives ?

La France championne du monde de football en 1998, ce ne fut pas seulement un exploit sportif hors du commun. Ce fut bien mieux que ça. Un moment de communion nationale autour d’une équipe qui avait sublimé l’image d’un pays fier de lui-même, promoteur d’une diversité dynamique et victorieuse.

On savait bien que cette exaltation black-blanc-beur ne pouvait, d’un coup, effacer toutes les difficultés, les incompréhensions, les tensions et les injustices d’une nation qui, déjà, s’interrogeait sur elle-même.

On savait bien qu’il y aurait des revers de fortune — et il y en eut en 2002 — mais ce succès était resté un acquis, une étoile scintillante dans notre imaginaire, comme celle du maillot des tricolores.

Cette petite lumière vacillante est en train d’être soufflée par la déflagration médiatique de l’incroyable affaire des quotas. C’est triste. Très triste. Mais ce n’est pas étonnant.

Car cette polémique n’est ni un accident, ni un hasard, ni une boulette. C’est une convulsion. Le résultat symptomatique de l’obsession politique entretenue depuis des mois et des mois sur la question de l’immigration et de l’identité nationale.

A force de remuer jour après jour les fantasmes et les peurs, à force de multiplier les discours sur les échecs de l’intégration et les dangers de l’hospitalité, on a fini par instiller le doute sur la réalité d’une société française pourtant multiraciale et multiculturelle depuis longtemps.

On a fait circuler le poison avec inconscience. Et c’est ainsi que les cadres d’une Fédération Française de Football en sont venus à réfléchir sérieusement aux méfaits de la double nationalité sur la sélection des futures élites du ballon rond. Qu’on en est venu à discourir sur les qualités physiques présupposées et le jeu musclé des joueurs noirs… Et que le sélectionneur se retrouve sur le banc des accusés. Un délire complet.

Car Laurent Blanc n’est pas raciste. C’est un homme compétent et estimable qui doit affronter aujourd’hui d’insupportables soupçons.

Mais, si on en juge par ses déclarations, il a été, c’est vrai, entraîné dans une réflexion inepte de café de commerce qui aurait dû être stoppée net.

Comment a-t-on pu, comme le soulignent justement Lilian Thuram et Patrick Vieira, envisager de discriminer des mômes de 12 ans au motif qu’ils pourraient être tentés d’aller, à leur majorité, jouer pour l’Algérie ou la Côte d’Ivoire ?

Le risque d’une perte sèche, est réel, c’est vrai, mais au lieu de calculer la France ne peut-elle pas, au contraire, l’assumer avec la générosité d’une très grande nation de football ?

Accepter le principe de la double identité d’une partie de ses enfants, et la voir comme une richesse, ce serait le message d’un pays fort et sûr de lui, à la hauteur de la magie de 1998, et des devoirs qu’elle impose. (Lire aussi en cahier Sports)

Ben Laden est mort, mais la France reste menacée

Affirmer que le terrorisme islamiste n'est plus une menace globale parce qu'il n'a plus de « chef » paraît un raccourci hâtif.
Depuis la mort de Ben Laden, nombre « d'experts » affirment que les révolutions arabes ont balayé l'option terroriste d'al-Qaida au profit d'un nouvel islam politique, non violent et démocratique. Certes, ces révolutions constituent un espoir. Mais dire que les partis islamistes qui préparent les élections en Tunisie ou en Egypte seront soit minoritaires, soit de bons « démocrates », risque de pousser à baisser la garde. Or le fait même que le leader du Hamas, soutenu par les Frères musulmans égyptiens du Parti de la liberté et de la justice, ait rendu hommage au « martyr » Ben Laden incite à rester méfiant. Parallèlement, l'attentat de Marrakech a rappelé que les terroristes tentent de déstabiliser par la terreur les pays arabes les plus réformistes. En fait, la conséquence immédiate des révolutions arabes pour la sécurité européenne a été l'afflux d'immigrés clandestins, dont des centaines de repris de justice, ex-miliciens ou anciens terroristes échappés des prisons. Rappelons par ailleurs qu'entre 1989 et 2006, les groupes terroristes algériens ex-GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) ou de l'ex-GIA, qui ont mis l'Algérie à feu et à sang et perpétré les attentats de 1995-1996 en France (« réseau Kelkal ») avant de devenir al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), ont longtemps été autonomes avant de prêter allégeance à Ben Laden. Leur autonomie et leur rivalité vont réapparaître après sa mort. En réalité, en dehors du Pakistan, de l'Afghanistan et de la péninsule Arabique, les terroristes salafistes sont indépendants d'al-Qaida ou ne s'y sont affiliés que pour être plus médiatisés et augmenter le prix des rançons. Leur guerre contre la France et l'Occident n'est pas conditionnée à la vie de Ben Laden. En revanche, la volonté de « venger » ce dernier sert de prétexte pour recruter et préparer de nouveaux attentats, notamment en France, pays laïc « infidèle » et ancienne puissance coloniale, bête noire des islamistes maghrébins. L'avertissement du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, et du préfet Bernard Squarcini, patron de la Direction centrale du renseignement extérieur (DCRI), selon lequel l'exécution de Ben Laden risque d'entraîner des représailles et donc des menaces d'attentats sur la France, doit donc être pris au sérieux.

Le Portugal à vendre


Le gouvernement portugais démissionnaire a présenté jeudi le programme de rigueur qui prévoit, à partir de l’année prochaine, une série de mesures supplémentaires, afin de ramener un déficit public de 9,1 % du PIB en 2010 à 3 % fin 2013. Ce programme vient en contrepartie de l’aide financière de 78 milliards d’euros de l’Union européenne et du FMI. Sans compter le taux d’intérêt qui évoluera, au cours des années de remboursement, de 3,25 à 4,25 %. Tandis que, dans le même temps, la BCE envisage de rehausser son taux directeur.

Au chapitre des réductions de dépenses, ce programme prévoit notamment le gel des salaires des fonctionnaires et des retraites jusqu’en 2013, la baisse des retraites supérieures à 1 500 euros, la réduction de 15 % des coûts dans les entreprises publiques, la réduction de la durée et le plafonnement des allocations chômage, etc.

A celui des recettes, le plafonnement des déductions fiscales à l’impôt sur le revenu pour les dépenses de santé, éducation et logement, l’imposition des revenus sociaux, la hausse des taxes à la consommation, etc.

Entre autres…

« C’est un programme dur, mais nécessaire et juste », a déclaré à Lisbonne le chef de la mission de la Commission européenne, Jürgen Kröger, tandis que son homologue du FMI, Poul Thomsen, l’a qualifié d’« ambitieux et réaliste ».

Jürgen Kröger a cependant assorti sa satisfaction d’un avertissement, à savoir que l’exécutif qui « sortira des prochaines élections devra assumer la responsabilité de ce programme » sous peine de se voir « limiter » les transferts de fonds prévus dans l’accord conclu mardi.

Le président du parti social-démocrate, principal parti de l’opposition, a affirmé, comme il l’avait déjà dit auparavant (Présent du 8 avril), son « total engagement avec les objectifs » du programme économique. Pedro Passos Coelho est, il est vrai, considéré comme le favori des prochaines élections législatives, et pourrait ainsi succéder comme Premier ministre à José Socrates…

INTER

Efforts de la population…

Ce plan de sauvetage du Portugal exigera des « efforts majeurs de la population », ont cependant averti jeudi le Commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, et le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn. « Dans ce contexte, nous soutenons vivement l’intention des autorités de protéger les groupes les plus vulnérables et d’assurer qu’il sera mis en place d’une manière socialement équilibrée », précisent-ils toutefois.

Sans rire… L’actuel ministre des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, a d’ores et déjà indiqué que ce plan entraînerait une contraction de l’économie – pourquoi ne pas parler de récession ? – « d’environ 2 % en 2011 et 2012 » et que le chômage pourrait atteindre les 13 % d’ici 2013.

« Les conditions de vie des travailleurs, des retraités et d’une grande partie de la population risquent de s’aggraver », a traduit Manuel Carvalho da Silva, secrétaire général de la CGTP, la principale confédération syndicale du pays.

Quand on connaît un peu le Portugal, on sait que ses habitants ont, pour la plupart, déjà mal vécu le passage à l’euro, et qu’ils n’arrivent plus à faire face à l’augmentation du coût de la vie. On peut donc faire pire ?

L’Allemagne a d’ailleurs tenu à mettre les points sur les i. « Nous allons faire attention à ce que les données livrées, telle que la croissance économique, soient réalistes », a déclaré Angela Merkel.

A Berlin, certains vont plus loin encore ! « Avant de risquer l’argent des autres, le Portugal devrait vendre ses bijoux de famille, et notamment ses réserves d’or. Toute autre attitude serait contraire à la solidarité », a ainsi déclaré Frank Schäffler, député du FDP, le parti libéral-démocrate. On ne suppose tout de même pas que ce député (ou son traducteur) envisage d’émasculer un pays…

En réalité, il s’agit donc de vendre le Portugal à l’encan. Frank Schäffler avait d’ailleurs demandé l’année dernière que la Grèce vende certaines de ses îles pour se renflouer, ce qui est encore plus clair…

Cette démocratie européenne qui détruit les pays qui ont eu la faiblesse d’y entrer me fait irrésistiblement penser au Saturne de Goya dévorant ses enfants. Barroso et Strauss-Kahn pourront toujours proposer de mettre un euro sous la langue des pays qui en mourront, mais il n’est pas sûr que Charron accepte de leur faire traverser le Styx pour une monnaie de singe !

8 mai 1945 : la paix, 9 mai 1950 : l'Europe


Voici de nouveau venue la commémoration des souvenirs, glorieux sans doute, mais douloureux aussi. Le 8 mai 1945, la guerre se terminait en Europe. Grâce aux sacrifices de centaines de milliers de combattants, le totalitarisme nazi était abattu. La paix revenait, mais sur d'effroyables décombres. On allait reconstruire, mais pas seulement matériellement.

Très vite naquit la volonté d'éviter le retour de pareils affrontements et jaillit l'idée de la Communauté européenne qui allait cheminer dans les esprits, puis dans les réalités. Ainsi, était lancée, le 9 mai 1950, la fondation de cette Europe alors encore timide et amputée de près de moitié par un autre totalitarisme qui allait nous plonger dans une interminable guerre froide. Il faudra attendre les années 1990 pour retrouver les frères de l'Est et les associer à cet avènement extraordinaire d'une communauté humaine de plusieurs centaines de millions de personnes que ne sépareraient plus les multiples barrières des frontières.

Au début, il s'agissait de bâtir une communauté, ce qui est beaucoup plus qu'une union. Il est regrettable que cette première appellation ait quasiment disparu. En effet, une Union européenne telle qu'elle est vue aujourd'hui consiste en une sorte de rapprochement des nations, mais celles-ci ont toujours tendance à se singulariser comme si elles devaient d'abord défendre les intérêts de leurs ressortissants.

Dans une communauté, sans négliger bien au contraire les intérêts des membres, c'est d'abord l'intérêt de tous, l'intérêt global qui est considéré, car c'est la meilleure manière de favoriser en définitive l'intérêt de chacun. Cela confère à la communauté en question une intensité beaucoup plus importante, avec tout ce qui en découle : prestige, efficacité, capacité d'agir dans le monde.

Une communautéplus efficace

C'est aussi un exemple plus radical qui pourrait donc inspirer utilement d'autres groupes de pays, notamment en Afrique, au Moyen-Orient, surtout en ces temps de recomposition. C'est ainsi que le prince Hassan de Jordanie, oncle du roi Abdallah, pionnier du dialogue entre les religions et les pays, estime que « nous (pays arabes) devrions créer une communauté pour l'eau, l'énergie et l'environnement, l'équivalent arabe de la Ceca de Robert Schuman et de Jean Monnet, faute de quoi les appareils militaro-sécuritaires pourraient être tentés d'intervenir pour prévenir l'anarchie... Si on veut éviter la guerre, cela commence par la création d'une communauté régionale pour traiter les problèmes communs, créer des emplois, réduire la pauvreté » (1).

C'est cette communauté européenne qui pourrait agir de façon bien plus adaptée pour traiter les considérables problèmes de migrations, par exemple, qui se posent aujourd'hui et vont se poser dans les mois et les années qui viennent avec beaucoup plus d'acuité encore. Au lieu de cela, malgré quelques essais timides, on assiste à une regrettable attitude de repli de certains pays derrière leurs petites frontières, ce qui est le contraire de la communauté. Il est grand temps de se ressaisir et d'envisager ces questions globalement pour mieux les résoudre dès aujourd'hui et mieux préparer les solutions de demain.

C'est l'Europe en tant qu'Europe, par exemple, qui devrait oeuvrer puissamment en faveur du développement indispensable de ces pays d'où partent les migrants et qui actuellement cherchent leur voie. Ils pourraient ainsi freiner les migrations. L'Europe communauté aurait une plus grande efficacité que chaque nation européenne individuellement. Une telle action, coordonnant les efforts de tous les Européens, serait aussi un moyen de relancer l'Europe elle-même.Quoiqu'il en soit, réjouissons-nous que, depuis soixante-six ans, deux tiers de siècle, il n'y ait plus eu de conflits aussi graves que ceux que notre continent a subi en soixante-quinze ans, de 1870 à 1945. Nous savons que nous devons cela à cette Europe que la paix et la fraternité nous imposent de réussir.



(1) La Croix, 6 mai 2011

Le populisme transatlantique

La montée des partis populistes sur notre continent semble faire écho au succès du Tea Party aux Etats-Unis. Les deux mouvements n'ont pourtant pas la même histoire, explique le correspondant à Washington du Morgen. Même si le résultat est le même : les gouvernements risquent la paralysie. Extraits.

Dans les médias américains, il a été question récemment du "Tea Party européen". Le Vieux continent aurait fait connaissance avec ce mouvement depuis la victoire des Vrais Finlandais aux élections dans ce pays et les performances — pour le moment dans les sondages — de la présidente du Front National, Marine Le Pen, en France.
Les sentiments qui animent le Tea Party s’exporteraient en Europe, paraît-il. Quand il pleut à Washington, il goutte à Helsinki, à Paris et en Flandre. Et quand le Tea Party américain s’insurge contre Washington, le Tea Party européen se soulève contre Bruxelles.



La notion de Tea Party européen n'a strictement aucun sens

Soyons clairs : en dehors de quelques cas isolés qui ont une page Facebook, la notion de "Tea Party européen" n’a strictement aucun sens. C’est justement l’inverse. Le Tea Party est l’expression américaine de sentiments qui en Europe trouvent un exutoire depuis des années déjà dans des partis comme le Vlaams Blok devenu le Vlaams Belang [VB, parti nationaliste flamand d’extrême droite] en Flandre, le Front National en France, la Liste Pim Fortuyn [dissous en 2008] aux Pays-Bas ou la Ligue du Nord en Italie.
Philip Dewinter [le chef du VB] prononçait déjà ses discours quand Sarah Palin [l’égérie des Tea Parties américains] se contentait encore d’aider son mari dans son entreprise de pêche à Wasilla, en Alaska. Nous sommes donc en droit de revendiquer la paternité de ce qui se déroule chez nous.


On peut aussi faire remarquer que ce que l’on appelle le "Tea Party européen" se préoccupe du maintien des acquis sociaux, tandis que la version américaine est au contraire remplie d’effroi à l’idée d’un Etat providence sur le modèle européen. Barack Obama ne peut pas prendre la moindre initiative sur le plan social sans que l’on s’écrie que le communisme est en marche. Les différences sont donc légions.
Il n’empêche que les origines du ressentiment sont très semblables. 

Au fond, il est toujours question des angoisses existentielles des travailleurs blancs et de la classe moyenne. Des deux côtés de l’océan Atlantique, le citoyen blanc craint de voir son pays pris en otage, d’être évincé par les immigrés et d’assister à la disparition d’un monde où il a si longtemps vécu dans le confort. Aussi, des deux côtés de l’océan, il y a cette aversion de toutes sortes d’élites arrogantes qui regardent avec mépris les gens ordinaires et dédaignent leurs propres caractéristiques nationales.

Les échanges des droites populistes américaines et européennes

Des deux côtés de l’océan, la droite populiste entretient d’ailleurs de nombreux échanges téléphoniques. Encore récemment, Tim Phillips, président d’Americans for Prosperity, un des lobbies républicains dans l’ombre du Tea Party, était en Norvège pour enseigner au Parti du Progrès, une formation d’extrême droite, comment faire surgir en un rien de temps un mouvement "spontané" partant de la base.
On connaît aussi les liens du Vlaams Belang avec les Etats-Unis. Le leader nationaliste flamand Bart De Wever [du parti N-VA] puise son inspiration auprès du journaliste britannique Theodore Dalrymple, dont on apprécie aussi la prose dans les cercles du Tea Party américain. Et le conseiller personnel de Geert Wilders [chef du PVV, parti populiste néerlandais] est Paul Beliën, l’époux d’Alexandra Colen, députée du Vlaams Belang qui a d’excellents contacts avec la droite américaine.


Le point commun est une paranoïa anti-islamique. La théorie de l’"Eurabie" qui veut que les immigrés musulmans soient la cinquième colonne de l’islamisation de l’Europe, est populaire des deux côtés de l’océan. Dans un certain nombre d’Etats américains, des initiatives cherchent à interdire l’application de la charia [loi islamique] dans les tribunaux, ce qui pourtant ne se produit jamais.

Partout des complots contre le petit citoyen blanc sont redoutés

Cela indique que le Tea Party est plus proche de personnes comme Geert Wilders et Philippe De Winter qu’on ne pourrait le penser.

On ne saurait s’en étonner. En 1964 déjà, l’historien américain Richard Hofstadter décrivait dans son essai devenu classique, The Paranoid Style in American Politics, ces élites régissant tout dans l’ombre. Tandis que les membres des Tea Parties pensent qu’Obama est un agent secret islamique, leurs confrères européens sont persuadés qu’à Bruxelles, on tente de mettre sur pied un super-Etat européen dictatorial.
Que ce soit ici ou là-bas, partout des complots contre le petit citoyen blanc sont redoutés.

 On comprend d’ailleurs que la situation tourne à l’abcès dans tout l’Occident. Le vieux monde où l’on se sentait en sécurité ne reviendra jamais. Des deux côtés de l’Atlantique, la grande récession a fait des victimes. Le chômage, la pauvreté et les incertitudes vis-à-vis de l’avenir prolifèrent. Des problèmes d’immigration se posent. A cela s’ajoute une série de révoltes à l’issue incertaine au Moyen-Orient. On serait inquiet à moins.


Cette situation provoque dans un nombre croissant de pays des réactions hostiles de l’électorat, qui essaie de se convaincre, en se prévalant d’un passé idyllique qui dans l’imagination se situe à peu près vers les années 1950, que tout se passerait beaucoup mieux sans le reste du monde. Tous ceux qui ne sont pas de cet avis sont des intellectuels éloignés du peuple, de "mauvais Flamands" ou ne sont pas de "vrais" Américains ou Finlandais. Ainsi, l’agitation légitime face à l’état du monde menace de basculer dans des réactions irrationnelles qui ne font que tout aggraver.

 


Ce qui menace de se produire, des deux côtés de l’Atlantique, c’est un cercle vicieux autodestructeur. Il est fort probable que ceux qui soutiennent actuellement les populistes adoptent un comportement encore plus hostile au moment d’aller voter, ce qui permettra aux populistes de continuer à gagner du terrain et rendra encore plus difficile de trouver des solutions rationnelles à des problèmes qui n’en sont pas moins réels.


En attendant, sans parler des éventuelles catastrophes, la situation se traduit de plus en plus à tous égards par une impossibilité de gouverner, une impuissance croissante à agir pour résoudre les grandes questions du jour. On le constate à Washington comme à Helsinki ou à La Haye, et dans les incarnations européennes et belges de Bruxelles.

Cacophonie sur la succession de M. Trichet à la BCE

Alors que l'affaire semblait presque conclue, la succession de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne vient de connaître un  nouveau rebondissement. Selon une information publiée vendredi 6 mai par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, la chancelière Angela Merkel est opposée à la candidature de Mario Draghi à la présidence de la BCE en raison de la piètre situation de l'Italie en matière de dette.

Or cette position met la chancelière allemande en porte-à-faux avec ses pairs de la zone euro. Quelques heures auparavant, la ministre des finances française, Christine Lagarde, avait affirmé sur i-Télé et Radio Classique que son homologue allemand, Wolfgang Schaüble, appuyait, tout comme Paris, la candidature de Mario Draghi. Longtemps archi-favori dans la succession de Jean-Claude Trichet, dont le mandat s'achève fin octobre, l'ex-gouverneur de la Banque centrale allemande, Axel Weber, a jeté l'éponge en février.
Mario Draghi, gouverneur de la Banque centrale italienne et président du Conseil de stabilité financière, a aussitôt pris le titre de favori et reçu mardi le soutien direct de la France.
DRAGHI AU FMI ?
Toujours selon Der Spiegel, Angela Merkel souhaiterait à la fois la nomination de deux Allemands à des postes financiers clés au niveau européen ainsi que de nouvelles conditions dans le cadre de la mise en place du MES, le mécanisme européen de stabilité, le fonds d'urgence permanent de la zone euro. L'hebdomadaire allemand affirme que la chancelière s'oppose désormais purement et simplement à la candidature de Draghi.
Sans citer de sources, Der Spiegel affirme en outre qu'Angela Merkel serait favorable à ce que Mario Draghi succède à Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du Fonds monétaire international. Un souhait en forme de rebuffade pour Paris, qui souhaite envoyer un autre Français aux commandes du FMI, Christine Lagarde étant présentée comme une candidate potentielle.
Le mandat du Français Jean-Claude Trichet s'achève le 31 octobre prochain.

vendredi 6 mai 2011

Chef d’Etat candidat

Ceux qui ont lu ou vont lire les dix pages d’interview de Nicolas Sarkozy à L’Express n’auront plus aucun doute : le président de la République a décidé de se représenter et, même s’il se garde de l’annoncer, il prépare activement sa campagne. Il ne renonce pas à ses références de 2007, le travail, l’autorité, la sécurité, le refus de l’assistanat, mais il n’est plus le même homme car c’est bien un chef d’Etat et non un candidat ordinaire qui se représentera en 2012. Souvent brocardé et critiqué pour sa manière d’exercer le pouvoir, Nicolas Sarkozy apparaît, peut-être pour la première fois, comme un président de la République pénétré de son rôle et de ses responsabilités de chef d’Etat et de commandant en chef face aux crises et aux guerres dans un monde multipolaire. Interrogé sur son image, il répond sur son « devoir d’Etat » et sur « la servitude » du pouvoir. Quand on évoque telle ou telle mesure qui passe mal dans l’opinion, il rétorque que « le rôle du chef de l’Etat n’est pas de se demander si une initiative va plaire ou déplaire » et si on lui demande s’il est un président normal, il répond que « c’est une fonction qui ne l’est pas ». Posture gaullienne ? Certes, mais c’est plus qu’une posture de candidat, c’est une réflexion profonde sur l’exercice du pouvoir présidentiel dans la Ve République. Ce n’est pas par hasard si à propos de la prime aux salariés il évoque le général de Gaulle de 1967 forçant la main au nom de la justice à un patronat récalcitrant. Le Nicolas Sarkozy de 2012 veut s’en prendre à « une élite arrogante, moralisatrice et donneuse de leçons ». On se demande à qui il pense !

Le poids des photos

Nous vivons plus que jamais dans la société de l'image et des images : chacun de nous ou presque dispose avec son téléphone portable d'un appareil photo et en use sans modération. Paris-Match avait inventé le slogan publicitaire du poids des mots et du choc des photos, aujourd'hui, on devrait réviser le concept en parlant du poids des photos. Deux exemples de l'actualité.

– Dominique Strauss-Kahn, en visite à Paris pour préparer sa candidature, est photographié en train de monter avec Anne Sinclair dans une Porsche Panamera. Un bolide de 150.000 € qui appartient à l'un de ses communicants. Aussitôt, cette photo devient un symbole et alimente les critiques de ses adversaires qui en font l'archétype de la gauche « caviar et vroum vroum », ce qui est pour eux une manière de répondre au sarkozysme « bling-bling » de 2007. Il faudra s'habituer à ce genre de boules puantes pendant la campagne très méchante qui s'annonce pour 2012.

– Beaucoup plus grave est l'affaire des photos de l'exécution de Ben Laden. Après trois jours de réflexion, le président Obama a décidé de ne pas les publier pour ne pas en faire des trophées et exciter les passions au Pakistan et ailleurs. La préoccupation est noble, mais je pense qu'il a eu tort et qu'il sera contraint de faire sortir ces photos, ne serait-ce que pour contrer les phantasmes et les récits de type conspirationniste qui fleurissent sur Internet. Certes, ces négationnistes diront que les photos sont truquées, mais pour beaucoup de gens qui doutent de bonne foi, il est nécessaire de les montrer comme le furent en d'autres temps celles de Che Guevara et de Saddam Hussein.

Les VRP du bilan Sarkozy en route

Le casting de l'Élysée est fin prêt, la machine électorale lancée. Toutes les pièces du dispositif 2012 sont en place : le QG, le retour du fidèle Hortefeux, le projet, un fascicule dressant le bilan flatteur de quatre ans de présidence. Jusqu'à « l'ultrasarkozyste » Carla Bruni, déjà à la manœuvre. Pour elle aussi, ce second mandat, c'est du sérieux ! Comme tous les présidents en exercice, Nicolas Sarkozy se déclarera le plus tard possible. Si l'on en croit le plan médias, il n'est pas en campagne mais en action. Disons en action au service de sa réélection. En campagne et aux affaires matin, midi et soir, sillonnant la France à la reconquête de publics perdus. Tentant de dissuader les candidatures de diversion, d'apaiser les doutes des députés UMP, de se redonner une stature à travers l'international. François Fillon, qui s'est vu reprocher sa frilosité, a été invité à assurer la pédagogie des réformes ; Jean-François Copé, à mettre les troupes UMP en ordre de bataille et les deux meilleurs ennemis de la droite à oublier leurs rancœurs. C'est la force de Nicolas Sarkozy. Il est affaibli, critiqué, il a beaucoup parlé, beaucoup promis et beaucoup déçu mais il y croit, il « la» sent. Voilà les socialistes prévenus. Jamais un président n'a suscité une telle défiance, joui d'une telle impopularité et pourtant il ne leur suffira pas de se réjouir qu'un désir de gauche monte dans le pays pour réussir l'alternance. Le président-candidat ne lâchera rien, contre vents et marées il se battra. Il a un an pour retourner la situation. Et un an pour régler un problème qui n'a rien de futile, rien d'anodin, celui du style présidentiel. Au moins autant que la perception des réformes par les Français, sa personnalité semble bien constituer sinon un facteur de rejet, du moins un grand sujet de perplexité.

Candidats


Notre Président serait déjà candidat. Prêt à rempiler cinq ans. Faut-il qu’il aime ça... Parce qu’être Président, c’est être contraint de travailler avec des individus comme Hervé Morin. Mais oui, vous le reconnaissez, le soldat fidèle de François Bayrou en 2007, qui le trahit pour devenir ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy. Il y gagna le sobriquet de «Morin, traître». Il lui fait honneur aujourd’hui, après trois années et demi de service servile et militaire, crachant dans le rata pour trahir son dernier maître et devenir candidat. On lui préférera le postier Olivier Besancenot, qui renonce aux honneurs du candidat pour mieux continuer de militer, à la base. Sans accuser personne, tout simplement parce que c’est son choix d’homme libre. Parions que notre Président, avant d’en reprendre pour cinq ans, aura une pensée pour Morin traître et le postier de Neuilly...

Style fatal

L’Histoire immédiate nargue l’analyse et s’y dérobe. Depuis le « bilan globalement positif» dressé par Georges Marchais sur les démocraties populaires de l’Europe de l’Est, l’appréciation d’une forme de pouvoir est définitivement sujette à caution.

Le manque de recul, l’esprit partisan, les rancœurs, les rivalités, les stratégies et l’infernale complexité de l’époque se liguent pour rendre tout jugement de ce genre parfaitement artificiel.

C’est ainsi : l’ingratitude exigeante des démocraties porte les peuples à regarder délibérément devant eux. S’il est parfaitement naturel pour un président de la République de chercher à convaincre l’opinion de l’importance de son œuvre, la démarche n’en est pas moins vaine.

Toutes les tonnes de papier glacé, toute l’encre d’une promotion valorisante et tous les séminaires d’autopersuasion n’y changeront rien : le pouvoir est mal placé pour évaluer le pouvoir. Presque illégitime pour s’autocongratuler, ce qu’il manque rarement de faire, pourtant.

On peut comprendre l’ardeur du Premier ministre à défendre l’action de celui qui l’a désigné et les résultats de l’équipe qu’il a nommée. Mais le fossé entre les dirigeants du pays et le peuple se serait-il à ce point creusé pour que le très faible pourcentage des Français (17 % à 27 %) trouvant satisfaisant le bilan de M. Sarkozy soit en décalage avec le satisfecit adressé par François Fillon au chef de l’État ?

A la cécité volontaire empêchant de voir le malaise français fait face un antisarkozysme aveugle qui refuse d’admettre les incontestables avancées de ce quinquennat. Il y en a, en effet. La réforme constitutionnelle, l’autonomie des universités et le Grenelle de l’environnement, par exemple, sont autant de jalons fondateurs pour la France de demain.

En revanche, les échecs de la politique sécuritaire, les banlieues largement abandonnées, une réforme de l’État comptable et castratrice qui pense surtout à faire des soustractions de fonctionnaires, le naufrage du travailler plus pour gagner plus, ne sont pas de simples accidents de parcours. Ils sont les marqueurs d’une promesse impossible : celle d’une France où tout serait possible.

La crise a sans cesse contrarié les envolées présidentielles. Mais dans une France qui s’est largement droitisée depuis 2007, le président a plongé seul dans les sondages quand le chef de gouvernement se maintenait, lui, à un niveau assez élevé.

Comment mieux mettre en évidence le rejet d’un homme plutôt que celui de sa politique ? Car c’est d’abord le style de l’omniprésident qui est en question. La conception d’une gouvernance qui est remise en question. La prétention de l’omniscience et l’égotisme forcené qui sont en cause.

Le coup par coup opportuniste de l’Élysée a ruiné l’ambition de 2007 et fragilisé un peu plus une France qui n’allait déjà pas très bien. Mais chacun sait qu’une élection ne se joue pas sur un bilan, bon ou mauvais.

L'année de tous les possibles


Quatre ans après, un an avant. Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy était brillamment élu. Il lui reste un an pour se lancer dans un éventuel second mandat. Le temps viendra de dresser son bilan. Alors qu'il est au plus mal dans les sondages, autant à cause de sa gouvernance que de ses réformes, contentons-nous de noter que la seule certitude, c'est qu'il n'y en a pas !

On nous prédit pléthore de candidats. Ils étaient douze en 2007 et seize en 2002. Compte tenu du coût d'une campagne et du risque d'offrir une place au Front national sur le podium du second tour, beaucoup devront réfléchir. La question de la responsabilité d'un 21 avril ¯ à l'envers ou pas ¯ se posera, un mois ou deux avant l'échéance, autant aux écologistes qu'à Dominique de Villepin, autant à Jean-Louis Borloo, candidat quasi déclaré, qu'à Jean-Pierre Chevènement.

Marine Le Pen au second tour ? Rien n'est sûr : aux dernières cantonales, le Front national a totalisé moins de voix qu'en 2004. Une bonne pédagogie autour des projets et une forte mobilisation des électorats modérés éloigneraient ce scénario. À condition qu'il n'y ait pas une multiplicité de candidats, telle que chacun, excepté le FN, ne réaliserait qu'un médiocre score.

On nous dit, pas seulement à gauche, que Nicolas Sarkozy a déjà perdu. Le président sortant est peut-être un problème pour la majorité, mais il n'en demeure pas moins l'une des solutions. Il ne doute pas, à l'heure qu'il est, de sa candidature, mais il l'annoncera le plus tard possible. Il faut d'autant moins le sous-estimer que nul ne connaît l'environnement international du moment. Les peurs procurent souvent un avantage au pouvoir en place.

Ceux qui rêvent de le faire trébucher se bousculent pourtant : Dominique de Villepin, s'il réussit à convaincre les banques de lui prêter l'argent pour financer sa campagne. Et surtout Jean-Louis Borloo, qui assure vouloir incarner le nouveau leadership de la majorité à travers une candidature centriste hostile à Nicolas Sarkozy. À défaut, Hervé Morin se lancera, sans que cela ne dissuade François Bayrou.

On spécule beaucoup sur la victoire annoncée de Dominique Strauss-Kahn. Attendons de voir comment va se passer l'atterrissage, sur le sol politique national, du symbole de l'économie mondialisée. Sa cote, très différente des intentions de vote, risque de baisser au fur et à mesure qu'il déclinera les promesses, forcément limitées, qu'il estimera pouvoir tenir. La question se pose même de savoir ce qu'il adviendrait si la courbe ascendante de François Hollande finissait par croiser, durant la primaire, celle descendante du patron du FMI.

On nous assure enfin que Nicolas Hulot ne va faire qu'une bouchée d'Eva Joly. Le lancement peu réussi de la candidature de l'écologiste pourtant le plus médiatique, la concurrence de Jean-Louis Borloo et les crispations au sein de sa famille d'adoption ¯ on a vu des antinucléaires s'opposer à lui à Fessenheim ! ¯ rendent l'issue de son parcours très imprévisible.

Autant de spéculations qui signifient que tout est possible. Aucune enquête n'ayant jamais prédit le nom d'un vainqueur un an à l'avance, concluons provisoirement, avec le socialiste Pierre Moscovici, que si Nicolas Sarkozy aura beaucoup de mal à gagner, la gauche peut encore perdre.





jeudi 5 mai 2011

Le pari arabe des Européens

On n'arrête pas la marche de l'Histoire. Nous en avons fait l'expérience, après la chute du Mur de Berlin, avec la réunification allemande. Tous ceux qui n'en voulaient pas n'ont rien pu faire pour s'y opposer. Ils ont finalement eu la sagesse de l'accompagner, ainsi que d'accueillir dans l'Europe des peuples qui en avaient été coupés artificiellement. La jeunesse européenne, aujourd'hui, circule et échange comme jamais. En dépit de sérieuses difficultés économiques et politiques, l'Europe de demain se fait là.
De même, nous sommes devant un tournant dans le monde arabe et sans doute africain. Dans sa Géopolitique des émotions (Flammarion 2008), Dominique Moïsi a montré que cette partie de la planète était habitée par un sentiment d'humiliation, que Ben Laden tentait d'utiliser. Les révoltes actuelles sont une tentative de surmonter cette humiliation. Les Tunisiens et les Égyptiens d'abord, les Libyens et les Syriens aujourd'hui, ont affirmé qu'ils aspiraient aux valeurs démocratiques de liberté et de responsabilité. Ils veulent tenter l'expérience de les incarner dans leurs cultures propres, notamment marquées par l'islam.

Nous nous en sommes réjouis, dans un premier temps, accueillant ces révoltes comme un soulagement . Mais la peur est là également. Les débats autour de l'islam et de l'immigration en sont marqués. Les peuples européens se sentent menacés. Dans leur identité et dans leur sécurité matérielle. La mondialisation a mis en question l'ancienne domination politique et économique occidentale. Et pourtant, le mouvement qui anime le monde arabe est une chance pour nous.

Depuis des années, de part et d'autre de la Méditerranée, nous peinons à digérer l'histoire coloniale et la décolonisation. Les ressentiments et la méfiance n'ont cessé de rendre les relations difficiles. Voilà que nous pouvons nous découvrir des valeurs communes, autour de la démocratie et des libertés. Qui plus est, il se trouve parmi les jeunes élites arabo-musulmanes, comme on l'a vu avec les nouveaux ministres tunisiens venus à Paris ces jours derniers, des personnalités remarquables, ouvertes, disposées à envisager l'avenir de manière dynamique et sans oeillères.

Nous sommes devant une occasion historique de réconcilier les deux rives de la Méditerranée. Nous avons tout à y gagner : la jeunesse du monde arabe représente un potentiel formidable de progrès et de développement, qui peut apporter un indispensable contrepoids à la puissance asiatique, en particulier chinoise. Pourtant, c'est une image de fermeture et de mépris que nous renvoyons avec les interpellations de migrants par centaines, comme cela s'est produit à Paris et à Marseille. Comme si nous craignions d'être assaillis par des hordes incultes et misérables !

S'il faut avoir peur, c'est plutôt de décevoir les espoirs de ces peuples. Pensons à ce que signifierait pour eux le sentiment d'être rejetés aujourd'hui. Craignons de confirmer chez eux, pour l'avenir, le ressentiment et la méfiance du passé. Plutôt que de dresser des barrières, qui, en dépit de tous les contrôles policiers, n'arrêteront pas les flots de migrants, il importe que nous tissions des liens de collaboration, et que nous facilitions la circulation dans les deux sens... Souvenons-nous que l'Europe est née de l'intelligence de ceux qui ont cru que les ennemis héréditaires ¯ la France et l'Allemagne ¯ pouvaient se réconcilier et travailler ensemble. C'est le pari auquel nous sommes invités avec le monde arabe.






Jour de honte pour l’Europe

Les Etats-Unis sont bien seuls à mener la lutte contre le terrorisme, estime le Handelsblatt. L'Europe, qui se demande avant tout comment sortir d'Afghanistan, devrait avoir honte de son inaction. Extraits.
Depuis le 11 septembre 2001, il y a eu 16 000 attentats à la bombe dans le monde, décompte le rédacteur en chef du Handelsblatt, faisant 110 000 morts, dont principalement des mères, pères et enfants et beaucoup moins de soldats. Voilà pourquoi Gabor Steingart défend bec et ongles la guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis sans grand soutien des Européens.
"Peut-on se réjouir de l’exécution d’un homme ? La réponse courte est non. Une réponse plus longue serait : dans le cas présent, oui, car avec la mort violente d’Oussama ben Laden surgit l’espoir que ce décès pourrait en épargner de nombreux autres. Nul ne sait ce que le bon Dieu répondrait à un tel argument.
La persévérance politique et militaire des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme a payé. Bien qu’éprouvée sur le plan économique, la première puissance mondiale a pris les choses en main dans une zone difficile d’accès, la frontière pakistanaise, quand tous ses alliés prenaient la tangente. Ceux-ci ne sont pas allés se cacher dans les fourrés des hauts plateaux pakistanais, soulignons-le – les alliés européens des Etats-Unis ne sont jamais arrivés jusque-là. Mais dans les rhododendrons des parterres de la chancellerie, de Downing Street et du Palais de l’Elysée."

"Cette guerre doit être gagnée", proclamait Barack Obama avant même d'entrer à la Maison Blanche, rappelle Steingart. Mais plutôt que d'écouter ce message, l'Europe qui était pourtant en pleine obamania, réfléchissait seulement à la manière de retirer ses soldats d'Afghanistan.
"Les Etats-Unis ont lutté seuls et ne sont donc pas tenus de partager avec quiconque les lauriers du pistage et de l’élimination de Ben Laden : félicitations, l’Amérique. Ton ADN de première puissance mondiale est intact. Le dollar se porte mal et la situation budgétaire est tendue, mais l’armée, elle, est en pleine forme. Si l’Allemagne produit les meilleures voitures et la Chine les Pères Noël les moins chers de la planète, en matière de sécurité, les Etats-Unis sont les rois. Certes, la sécurité est un produit qui coûte horriblement cher et qui ne présente pas toujours très bien, mais ses mécanismes sont parfaitement huilés."
Depuis longtemps, la politique de sécurité est synonyme de politique économique, note Steingart. La surveillance des aéroports et des moyens de communication, les scanners corporels et passeports biométriques tant détestés par les Européens en font partie. Mais seuls les Etats-Unis l'auraient, selon lui, compris.
"La victoire américaine doit réjouir les Européens que nous sommes – et nous couvrir de honte par la même occasion. Notre continent, dont la population et la puissance économique sont comparables à celles des Etats-Unis, n’a visiblement aucune envie de défendre ses valeurs, sa prospérité, ni de se défendre tout court. La plupart des Européens – car les Allemands ne sont pas les seuls dans ce cas – refusent de comprendre la nature de cette lutte contre le terrorisme international qui dure depuis maintenant dix ans : cette guerre n’est pas une guerre telle que l’on peut en voir dans nos livres d’histoire. Il n’y a pas eu de déclaration de guerre comme il n’y aura jamais d’acte de capitulation. L’adversaire ne porte ni casque, ni treillis, et serait bien en peine de piloter un tank sans provoquer d’accident. Le matin, il s’accroche une ceinture d’explosifs autour de la taille et se rend au marché le plus proche de chez lui. Cette guerre ne pourrait être gagnée et pourtant ne peut pas être perdue. C'est notre non-compréhension de cette guerre qui fait figure de meilleur complice du terrorisme".




Réactions européennes

Une satisfaction généralisée

La mort d'Oussama ben Laden a été accueillie en Europe par "une satisfaction généralisée" tempérée par des précautions et des mises en garde sur la continuité de son héritage, écrit El País, au lendemain de l'annonce de l’exécution du chef d'Al Qaïda lors d'un raid de l'armée américaine mené au Pakistan. Les dirigeants européens sont unanimement conscients "qu’il ne faut pas baisser la garde face au terrorisme islamique" ou aux éventuels actes de vengeance, note le quotidien espagnol, conduisant "quelques gouvernement à mettre en état d’alerte leurs ambassades et leurs concitoyens". A Bruxelles, note encore El País, "les responsables des institutions communautaires estiment que la disparition de Ben Laden "transforme le monde en un lieu plus sûr", comme l’ont affirmé le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et celui de la Commission José Manuel Barroso, en ajoutant qu’il "faudra augmenter nos efforts pour en finir avec le terrorisme dans le monde". Des déclarations, précise le quotidien, dont une député européenne a demandé qu’ils viennent rendre compte devant le Parlement européen.

Exclusif :Luc Besson met en vente son hôtel particulier à côté de l’Elysée

Luc Besson va bientôt se séparer de son hôtel particulier du XIXe siècle, situé au 137 rue du Faubourg Saint-Honoré. Selon nos informations, le réalisateur et producteur français a en effet mis en vente ce magnifique bâtiment de 3900 mètres carrés, situé à deux pas de l’Elysée, qui abrite sa société de production, Europacorp, et, au rez-de-chaussée, deux restaurants, l’étoilé Apicius et l’italien Ante Prima. Il l’avait acheté à Unibail en 2003 via sa holding personnelle, Frontline.
Euracorp va en effet bientôt vider les lieux et déménager dans ses nouveaux bureaux de la Cité du Cinéma, en cours de construction à Saint-Denis. Lors d’une visite de chantier organisée pour la presse et les analystes financiers ce matin, la direction a indiqué que le calendrier serait respecté et que les 120 salariés de l’entreprise quitteraient le 8e arrondissement dans un an. Mais plutôt que de chercher un nouveau locataire, Luc Besson a semble-t-il décidé de céder son bien immobilier.
Très endetté à titre personnel, le metteur en scène du « Grand Bleu » pourrait trouver là un moyen de se remettre à flot. Il ne peut pas compter, en effet, sur Europacorp. La société n’a pas versé de dividendes depuis 2009 à cause de ses pertes, qui auraient atteint 31 millions d’euros en 2010 selon la société de Bourse Gilbert Dupont.

Une année qui s’annonce difficile

Le plan de sauvetage de 78 milliards d'euros accordé le 3 mai par l'UE et le FMI pour sauver le Portugal de la faillite permettra finalement une réduction du déficit plus graduelle que prévu, au grand soulagement des Portugais. Les temps s'annoncent toutefois toujours très difficiles, prévient le Jornal de Negócios 

Quand Pedro Passos Coelho [chef de l’opposition conservatrice] a demandé à Bruxelles il y a quelques mois si le Portugal pouvait bénéficier d’un an de plus pour réduire son déficit, il a été traité d’immature, d’irresponsable, et on lui a reproché d’exercer une influence déstabilisante.
Hier, le Portugal a décroché précisément ce qu’il avait réclamé. Grâce à Dieu. Mais maintenant, qu’allons-nous faire, si l’on ne veut pas que cette année de répit ne soit qu’une année de plus ?
C’est aujourd’hui même que nous en saurons plus sur le programme d’austérité du FMI, de la BCE et de l’UE. Il sera plus rude que le PEC IV (quatrième Programme de stabilité et de croissance). Mais pas aussi brutal que le “PEC V” que l’on nous concoctait.

La joie superfétatoire de José Socrates

Nous voici désormais témoin du débat sur la victoire politique : la question n’est plus d’affirmer que "c’est leur faute", mais plutôt que "c’est grâce à nous". Les acteurs, eux ne changent pas : le PS (Parti socialiste), le PSD (Parti social-démocrate) et le PP (Le parti populaire). Or, ils sont effectivement trois à mériter des louanges pour la tolérance dont a bénéficié hier le Portugal. Mais ce ne sont pas ces trois-là. Il s’agit en réalité du FMI, de l’UE et de la BCE. Il vaudrait mieux faire preuve d’un peu de reconnaissance, plutôt que de fierté.
En Grèce, l’intervention extérieure a été autoritaire, féroce et improvisée. Au Portugal, elle n’a été qu’autoritaire. La troïka nous laisse un an pour réduire le déficit budgétaire, pas par bonté d’âme, mais parce qu’elle pense qu’ainsi, son "plan" a davantage de chance de réussir.
En revanche, la joie affichée hier par le Premier ministre José Socrates a quelque chose de superfétatoire. L’austérité que nous nous sommes déjà imposée et les nouvelles mesures qui se profilent ne peuvent que nous inciter à l’humilité. Mais les élections sont un carnaval, aussi, personne n’en prend ombrage : les homems politiques ne sont que des masques.
Après la bonne nouvelle d’hier, voici aujourd’hui les détails du programme. Il y a trois types de mesures : une consolidation fiscale pour réduire le déficit et la dette ; une politique économique favorable à une hausse de la croissance potentielle ; et une politique qui vise à garantir la viabilité du système financier.

Ceux au pouvoir ne sont pas Portugais mais décident pour le Portugal

Les retraites supérieures à 1 500 euros feront l’objet de réductions. Environ 1,4 million de membres des familles de salariés et de retraités de la classe moyenne paieront plus d’impôts sur le revenu (par le biais de limites imposées aux allocations de santé et d’éducation).
L’Etat va privatiser tout ce qu’il pourra à des prix défiant toute concurrence. Les allocations chômage seront réduites, le licenciement coûtera moins cher aux entreprises. Les aides à l’achat des biens immobiliers seront limitées, les banques contraintes de moins prêter. Le budget des compagnies de transport public sera amputé. Et une augmentation de la TVA est envisagée pour compenser la baisse des cotisations sociales des entreprises.
Pourquoi va-t-on faire tout cela ? Pour remettre à flot un pays qui est en train de couler. La troïka n'a pas endossé le costume d'un agent de recouvrement venu réclamer le paiement des dettes. Comme nous allons le voir, elle a apporté un plan pour améliorer l'économie et la rendre plus compétitive. Les Portugais, qui sont conservateurs, vont le détester. Mais les libéraux (la troïka) ont le pouvoir en ce moment. Ils ne sont pas Portugais et n'ont pas été élus par les Portugais, mais ce sont eux qui décident.
Les banques subiront un retour de bâton, mais leur accès aux liquidités sera protégé. Ces liquidités seront injectées dans l'économie, mais sous certaines conditions. La législation du travail sera assouplie, la mobilité sociale s'améliorera, les augmentations de salaires dépendront de la productivité au lieu de l'inflation et nous devrons apprendre à mener une vie basée sur une économie nominale, sans levier.
Les entreprises des secteurs protégés perdront leurs privilèges, il y aura davantage de concurrence. Et si tout va bien, la justice portugaise sera réformée. Nous avons un an pour accomplir cette tâche. Heureusement. Ce ne sera pas drôle, mais fastidieux. Cela devrait changer notre vie. Il vaut mieux que ce soit notre vie que notre monnaie, notre souveraineté ou notre pays. Bonne et heureuse année à tous.

mercredi 4 mai 2011

Désespérés et résignés

Usés par les plans de rigueur à répétition, les Grecs désemparés ne croient plus en leur gouvernement. Et tandis que le populisme gagne des voix, l’europhilie est en chute libre, rapporte l’envoyé spécial de Libération à Athènes.
L’incident n’a pas été ébruité afin de ne pas nuire à l’image du Premier ministre, Georges Papandréou. Il a eu lieu à Hydra, une île très chic au large du Péloponnèse, à une heure et demie d’Athènes, où le Premier ministre grec passait Pâques, LA fête de l’année en Grèce, un concentré de Noël et du jour de l’an. Le 22 avril, jour du vendredi saint, Papandréou se rend à la messe dite de la levée du corps, non pas à la petite cathédrale située sur le port mais, plus discrètement, dans l’une des nombreuses églises disséminées dans la ville. A peine arrivé, il est violemment pris à partie par les fidèles qui lui reprochent sa politique de rigueur. Les noms d’oiseau volent, la police locale doit l’exfiltrer.
Il y a encore quelques mois, le même homme pouvait participer au marathon d’Athènes, accompagné seulement de deux officiers de sécurité, sous les applaudissements de la foule. Depuis, le climat s’est singulièrement dégradé. Les Grecs sont de plus en plus désespérés : le chômage explose, les salaires baissent, les petites entreprises ferment les unes après les autres. Ils ont la nausée des plans d’austérité qui se succèdent sans discontinuer depuis un an – le dernier a été annoncé le 15 avril.

Tous les jours, les mauvaises sont mauvaises, d'où qu'elles viennent

Après trois ans de récession économique, c’est le moral qui est entré en récession. "Il y a une atmosphère de désespoir", souligne un diplomate européen. "Tous les jours, les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent", soupire Léna, qui possède plusieurs commerces dans les environs de la place Syntagma, au cœur d’Athènes. "Comment voulez-vous que les gens, même ceux dont les salaires n’ont pas baissé, aient envie de consommer dans un tel climat ? C’est tellement vrai que lorsque les médias grecs ont fait grève pendant quatre jours, le moral est remonté et la consommation a repris…"
"Ce ne sont pas les sacrifices et les changements qui dépriment les gens, c’est l’absence de résultat et donc d’issue claire à la crise", estime Yanis Prétendéris, éditorialiste influent. "On ne voit pas encore de preuve que la Grèce dispose enfin d’un Etat organisé", confirme Léna, qui note cependant un recul de la corruption. Sans doute parce que les Grecs n’ont plus d’argent pour remplir les fakelaki (petites enveloppes): "La récession a tué la corruption", s’amuse Prétendéris.
"On savait que 2011 serait plus difficile que 2010, tempère un diplomate européen. Les sacrifices ont été faits, mais les résultats ne sont pas encore là. Les réformes sont laborieusement appliquées, l’Etat reste largement inefficace, les riches échappent toujours en grande partie à l’impôt…" D’où l’ambiance actuelle.

"L'UE ne pense pas au peuple mais à l'économie"

Les citoyens "reprochent à Papandréou son incompétence, son incapacité à faire vraiment changer le pays", affirme Prétendéris. Cependant, déprime ne veut pas dire révolte, même si les grèves et manifestations contre l’austérité se succèdent à un rythme accéléré (le centre-ville d’Athènes a été fermé partiellement ou totalement 496 fois en 2010, selon la police). "Le pays n’est pas au bord de l’explosion, il est bord de la dépression", estime Yannis Prétendéris.
Ilias Iliopoulos, le secrétaire général de l’Adedy (le principal syndicat de la fonction publique), et Georges Pontikos, le secrétaire aux relations internationales du Pame, syndicat proche du KKE (un parti communiste stalinien), partagent le même diagnostic : "Il y a un ras-le-bol général, mais la Grèce est loin de la révolution." D’ailleurs, les manifestations sont loin de faire le plein. La "colère" risque de se manifester autrement, dans les urnes : toujours en tête dans les sondages, à 21%, le Pasok (Parti socialiste) a perdu 23 points depuis 2009.
Avec les conservateurs de la Nouvelle Démocratie, les deux principaux partis qui rythment la vie du pays ne représentent plus qu’environ 40 % du corps électoral contre près de 80 % jusque-là. Ce sont les populismes de tous bords qui font leur miel de la crise : le KKE et la Laos (peuple) notamment. Et, corollaire, l’europhilie est en chute libre : "L’Union ne pense pas au peuple, mais à l’économie", peste Ilias Iliopoulos qui appelle à "l’unité patriotique" pour résister à l’austérité.

Polémique

La contestation de Papandréou contestée

La mésaventure du Premier ministre grec à Hydra a-t-elle été pour le moins exagérée par Jean Quatremer ? A en croire le bureau de George Papandréou, l’envoyé de Libération aurait "grossi l’affaire" ; la correspondante de Presseurop à Athènes affirme que plusieurs journalistes, ainsi que "le bureau de Papandreou et le chef de la police démentent formellement" ce qu’écrit Jean Quatremer sur Hydra. Quant à ce dernier, il "maintient évidemment [sa] version des faits, [ses] sources étant excellentes…"

Révélateur

L'exécution de Ben Laden par un commando des « navy seals », les forces spéciales américaines, sur ordre du président des Etats-Unis, constitue un marqueur du XXIe siècle et un révélateur de l'opinion au travers des réactions françaises.

– Marqueur du siècle qui avait commencé en 2001 avec l'attentat de New York. Celui-ci annonçait une véritable guerre des civilisations entre le monde occidental judéo-chrétien et le monde de l'islam. Les démocraties, au premier rang desquelles l'Amérique, contre les promoteurs du califat islamique par les moyens de la terreur.
Cette décennie marquée par deux guerres et de nombreux attentats à travers le monde se termine au profit des démocraties : Ben Laden en est un symbole, mais les révolutions arabes libertaires sont la réalité profonde de ce changement et de ses espérances. Le terrorisme n'est pas mort, mais il est en déclin.

– Révélateur d'opinion en France où, fort heureusement, l'anti- américanisme primaire est en perte de vitesse. Nicolas Sarkozy et François Fillon approuvent Obama comme MM. Juppé et Longuet, mais aussi au Parti socialiste les deux anciens Premiers ministres Lionel Jospin et Laurent Fabius et la première secrétaire Martine Aubry. Aucun de ceux-là n'a d'états d'âme, aucun ne pleure Ben Laden, aucun n'entretient de polémique déplacée. Ne restent à l'écart de ce mouvement de fond que les négationnistes (Ben Laden n'est pas mort), les « complo-maniaques » et les populistes d'extrême droite et d'extrême gauche. C'est affligeant pour ceux qui pensent que le peuple prendra en 2012 leurs vessies pour des lanternes.

Justice est faite

Quelle que soit la manière dont on la considède, sous l’angle de la politique, de la morale ou de la justice, la mort d’Oussama Ben Laden sous les balles d’un commando des forces spéciales américaines au Pakistan est une bonne nouvelle pour la planète. Je comprends que certains regrettent que le responsable des attentats de New York, près de 3.000 morts, et des attentats d’al-Qaida perpétrés dans le monde au cours de cette décennie n’ait pu être capturé vivant pour être jugé un jour aux Etats-Unis. Mais on aurait préféré aussi qu’Adolf Hitler soit jugé et condamné à Nuremberg ! On ne saura peut-être jamais si l’ordre de s’emparer de Ben Laden mort ou vif était assorti d’une recommandation des responsables américains, au premier rang desquels se trouve le président Obama. Mais, en toute hypothèse, celui-ci a eu raison et il a remporté une victoire décisive : pour une grande majorité des Américains, il sera le président qui a proclamé que « justice est faite » et qui a vengé l’Amérique de la tragédie du World Trade Center en 2001. Ils en tiendront compte pour le réélire. Bien sûr, la mort de Ben Laden n’est pas un coup de baguette magique qui met fin au terrorisme international des islamistes, mais c’est un coup psychologique terrible pour cette cause. Déjà le processus de libération d’un certain nombre de pays arabes avait souligné l’absence des islamistes dans ces révolutions démocratiques. Presque toujours dans l’histoire du monde, la mort du chef charismatique a précédé et entraîné la débandade ou la démoralisation des troupes ; c’est peut-être un espoir pour nos otages et pour l’islam pacifique.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Défendre la liberté de la presse


À Damas, à Pékin, à Ciudad Juárez au Mexique, le métier de journaliste est un métier dangereux. Mortel, parfois. Sous les coups d'un régime syrien aux abois, qui ne voit d'autre issue pour survivre que de réprimer tout ce qui le menace ; sous la pression d'un régime chinois, terriblement préoccupé par l'onde de choc que les révoltes arabes disséminent autour du globe ; sous la pression des cartels de la drogue, les plus imprévisibles sans doute, qui liquident tout ce qui se trouve sur leur chemin.

On pourrait citer, bien sûr, l'Iran, ou la Corée du Nord et d'autres pays encore. Le classement des pays qui bafouent la liberté de la presse, dont on célébrait hier la journée mondiale, varie chaque année. La liste, elle, est toujours aussi longue. Selon l'organisation Reporters sans frontières, trente-huit chefs d'État ou chefs de guerre sèment la terreur parmi les journalistes.

Dans les conflits, les photo-reporters sont souvent les plus visés. Dans les dictatures, les plumes dérangeantes de la presse écrite finissent généralement sous les verrous. Rejointes, et c'est un phénomène relativement récent, par les blogueurs. On l'a vu à Tunis et au Caire, avant la chute des autocrates en place. On le constate à Damas, au Yémen, à Barheïn. À Téhéran aussi où, depuis juin 2009, plus de deux cents journalistes ou blogueurs ont été arrêtés.

Les nouvelles technologies modifient la pratique du journalisme, elles bousculent l'économie de la presse écrite et des médias en général, mais elles n'en changent pas nécessairement la mission. Celle d'informer et de débattre. Deux aspirations considérées désormais, et depuis des lustres sous nos latitudes, comme des conditions sine qua non de l'exercice démocratique. Comme un quatrième pilier que Montesquieu, s'il revenait, ajouterait à l'édifice. Cette vision est d'ailleurs largement partagée dans le monde, comme les événements dans le monde arabe viennent, avec force, de le démontrer.

Partout, les atteintes ne sont pas de même nature. Il y a une sorte de gradation selon les contextes. Les dictatures partagent souvent les mêmes réflexes et les mêmes techniques d'étouffement systématique de la parole. Black-out. Pas un mot. En public, du moins. Car, en privé, ce que personne ne peut dire, tout le monde le sait. Les cartels latino-américains, ou plus généralement la criminalité organisée, font, eux, régner la peur à leur manière, brutale et imprévisible.

Et chez nous ? La liberté de la presse est-elle menacée ? La comparaison avec les exemples précédents est plutôt rassurante. Chez nous, les menaces sont plus subtiles. Les caricatures se portent bien, et c'est bon signe. Mais d'autres périls avancent masqués : l'emprise de l'argent, le déferlement de la « com », le rythme pulsionnel de la machine audiovisuelle. Sans parler de la restauration du cordon ombilical entre le pouvoir politique et l'audiovisuel public.

La dictature du temps court est une menace pour la pensée, et donc pour l'opinion et la liberté. La presse écrite a, de ce point de vue, un beau défi à relever, car la liberté qu'elle incarne est un bien collectif qu'il s'agit de servir, pas la propriété des journalistes ou des éditeurs.





Mortels


Politique ne rime pas toujours avec polémique. Et les petites phrases ne sont pas condamnées à être vaines. Hier, l’Assemblée nationale a fait le buzz, comme on dit, avec l’émotion des députés devant la mort d’un des leurs, Patrick Roy. Il était venu leur confier en février qu’il souffrait d’un cancer du pancréas. Comme Bernard Giraudeau avant lui, ou Laurent Fignon, il avait choisi de le dire publiquement, pour que les députés pensent avec lui aux millions de victimes du cancer luttant pour la vie. Patrick Roy siégeait à gauche. C’était une grande gueule qu’on aimait, a dit son collègue de droite, Jacques Myard. Car hier, les députés ne reconnaissaient plus qu’un parti, celui dont nous sommes tous adhérents – le parti des mortels. En février, de sa voix fatiguée, éraillée, Patrick Roy avait lancé à l’assemblée : « La vie est belle ». Et la politique, c’est la vie, aussi, parfois.