dimanche 14 octobre 2012
Face à l’islam, quelle laïcité ?
La zone euro réfléchit à de nouvelles solutions pour la Grèce
Des responsables de la zone euro réfléchissent à de nouvelles solutions destinées à réduire l'endettement de la Grèce,
les retards pris par Athènes dans les réformes et la récession sévère
qui sévit dans le pays ayant réduit à néant les chances que la
République hellénique ramène son ratio d'endettement à 120% de son PIB
en 2020.
Une analyse de la soutenabilité de la dette grecque, réalisée en mars par le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne prédit que la dette grecque grimpera à 164% du PIB en 2013 contre 160% en 2012.
Cette analyse part du principe que la récession cessera l'année
prochaine, or il est plus que probable que le pays doive une nouvelle
fois accuser une diminution de son PIB. Une contraction de 3,8% est
prévue et elle se traduirait par un gonflement de l'endettement à 179,3%
du PIB.
Dans un entretien accordé au Suddeutsche Zeitung, Jörg Asmussen
a déclaré que pour l'heure, tout laissait à penser que le ratio
d'endettement de la Grèce serait supérieur à 120% du PIB d'ici 2020.
Pour ramener son ratio à l'objectif voulu, la Grèce pourrait organiser un rachat volontaire de dette, a-t-il dit.
"Il faut réfléchir aux éléments qui pourraient rendre cet objectif
possible. L'une des possibilité est un rachat de dette", a dit Jörg Asmussen.
Le financement de l'opération pourrait provenir de la Banque centrale européenne ou du Mécanisme européen de stabilité par exemple, a dit un haut responsable.
Selon lui, pour chaque euro emprunté au MES pourrait réduire l'endettement grec de 1,5 euro, a-t-il dit.
Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE,
a de son côté déclaré que l'institution monétaire n'allait pas
rééchelonner le remboursement de la dette grecque, une solution
préconisée par Athènes.
Un autre responsable européen a dit que si l'emprunt au MES
augmenterait en soi l'endettement de la Grèce, il existait d'autres
solutions pour le réduire.
"Ce qui changerait le niveau général de l'endettement, serait qu'à un
certain niveau, en cas de recapitalisation directe des banques par le Mécanisme européen de stabilité,
on pourrait convertir en capital une partie des prêts de la zone euro
destinées à la recapitalisation ce qui pourrait aider à réduire
l'endettement, mais cela ne pourra pas se produire avant la fin de
l'année prochaine", a dit le deuxième responsable.
Le fonds provisoire d'aide à la zone euro, le Fonds européen de stabilité financière (FESF),
a déjà prêté 25 milliards d'euros à la Grèce pour qu'elle recapitalise
ses banques et 23 autres milliards sont en attente de versement.
Athènes pourrait par ailleurs utiliser les recettes des privatisations pour racheter une partie de sa dette.
Le Fonds monétaire international
pousse les gouvernements de la zone euro a restructurer la dette
qu'Athènes leur doit, près de 53 milliards d'euros prêtés lors du
premier plan d'aide au pays et 14,4 milliards prêtés lors d'un deuxième
plan.
La zone euro pourrait encore réduire les taux exigés dans le premier
plan d'aide, actuellement fixés à 150 points de base, ou étendre la
maturité des prêts ou la durée de la période durant laquelle la Grèce
est dispensée de verser les intérêts produits par sa dette.
La restructuration n'est toutefois pas la voie privilégiée par la plupart des Etats de la zone euro.
Pour aider la Grèce à renouer avec la croissance, la zone euro et le
FMI discutent d'une proposition visant à donner deux années
supplémentaire à Athènes pour dégager un excédent primaire de 4,5% de
son PIB, reportant la date butoir à 2016.
Selon Athènes, reporter cette échéance de deux ans coûterait entre 13 et 15 milliards de dollars.
Aucune décision n'a encore été prise.
La « Chinafrique »
ET LA MACHINEAFRIC AUSSI !
Un manque de désir au Parti socialiste
Congo : Yamina Benguigui fait (encore) mentir François Hollande
Selon Le Point, les équipes de l’Élysée et du Quai d’Orsay seraient particulièrement « agacées » par Yamina Benguigui,
qui avait assuré à François Hollande que Joseph Kabila, le président de
la RDC, allait mettre en place des mesures démocratiques dans son pays.
Croyant la réalisatrice bling-bling, le président de la république
avait programmé un voyage dans ce pays. Un soutien à un régime peu
démocratique qui colle mal aux beaux discours moraux des socialistes
français.
« Ou elle a survendu son affaire ou elle s’est fait rouler dans la
farine », déplorent les collaborateurs de François Hollande cités par Le
Point.
En rentrant de son voyage de préparation pour le prochain sommet de
la francophonie, en République démocratique du Congo (RDC), Yamina
Benguigui prétendait avoir obtenu l’assurance que Kabila lancerait des
réformes démocratiques dans son pays avant le sommet. Elle disait
notamment qu’il s’était engagé à créer une « commission nationale
indépendante des droits de l’homme » et une « commission indépendante en
charge de la transparence des élections ».
Ces informations de la grande diplomate Benguigui avait suffit à
convaincre le petit ami de Valérie Trierweiler d’organiser un
déplacement à Kinshasa pour le sommet de la francophonie.
Les lolos de Benguigui....bien socialistes, non ???? |
Même s’il ne s’agit pas du premier reniement de François Hollande, qui a déjà accueilli discrètement plusieurs dictateurs à l’Élysée, cette affaire illustre la pratique d’un parti déconnecté et idéologisé qui pense qu’un beau symbole vaut mieux qu’un bon ministre.
Les observateurs s’interrogent sur la manière dont Kabila a embobinée la ministre : lui aurait -il prêté une esclave pour s’occuper de ses cheveux ? Auquel cas, l’artiste n’aura pas pu résister à une telle attention. Après tout, à chacun sa vision de la démocratie !
On ne va pas revenir sur le caractère de star du cinéma de celle qui estime qu’à « qualité égale, priorité au beur ». Elle est incompétente et déconnectée, ça on le savait. Le problème, c’est que des professionnels de la politique, censés être responsables de notre pays, aient pu nommer une telle femme à un poste de ministre.
Il se murmure que ses heures aux ministère seraient comptées. Il serait temps !!
On a vraiment l’impression d’avoir un gouvernement d’incompétents qui naviguent à vue et qui sont dépassés par la pression et l’ampleur de la tâche.
Le reniement, c’est maintenant !
Argent public : nouveau scandale autour de Yamina Benguigui
Yamina Benguigui, la ministre de la Francophonie, est au cœur
d’un énième scandale. Le Canard enchaîné a révélé qu’elle avait exigé
de se rendre au Congo avec un Falcon 900 de la république, au lieu de
prendre un avion de ligne. Selon les journalistes de l’hebdomadaire, le caprice de la star aurait coûté 140.000 euros au contribuable français.
L’article du Canard enchaîné explique ainsi que Yamina Benguigui
« s’est fait tirer les oreilles par l’Élysée » pour avoir utilisé un
avion de luxe lors de son déplacement pour le Sommet de la francophonie,
qui se tient à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC). Il y
est précisé que ce choix inapproprié a couté 140.000 euros.
Selon un « argentier de l’Élysée » cité dans l’article, « les
consignes étaient d’utiliser un avion de ligne. Elle est passée outre ».
Yamina Benguigui, la grande classe !
Pour défendre la diva, un de ses collaborateurs a déclaré que « la
procédure a été respectée à la lettre et validée par Matignon. Et
contrairement à ce qu’avance « le Canard », cela n’a pas coûté 140.000
euros mais 88.000 euros ». A bon, si le caprice de Yamina n’a couté que
88.000 euros à l’état, ce n’est pas grave alors ! Après tout, on a les
moyens en ce moment…
Pour rappel, en
2010, un ministre de droite avait été débarqué de son poste quelques
semaines après s’être fait griller, dans les mêmes circonstances, car il
avait emprunté un jet privé pour un montant de 116.000 euros, afin de
se rendre en Martinique. On verra si les belles leçons d’exemplarité de François Hollande sont suivies d’effets !
Il s’agit tout de même du troisième couac de Yamina Bengugui autour du Sommet de la francophonie organisé au Congo,
après l’affaire de la coiffeuse présente 24/24 à ses côtés aux frais de
la princesse et après l’humiliation qu’elle a infligé à François
Hollande face à Kabila.
Désormais, on sait à quoi sert la « charte de déontologie »
démagogique que Hollande et Ayrault avaient fait signer à leurs
ministres afin qu’ils « ne mélangent pas les genres et qu’ils soient
exemplaires » : Benguigui l’aurait-elle oubliée dans ses toilettes ?
Face à l’islam, quelle laïcité ?
Le mythe de la Grande crise
En 2014, il sera moins question de Grande crise, cette
apocalypse du capitalisme redoutée par certains mais que d'autres
désirent pour le remplacer par on ne sait d'ailleurs quoi.
En économie, prévoir à long terme - disons sur trois à cinq ans - est
plus facile que d'annoncer le taux de croissance de l'année qui vient.
Ce qui devrait se comprendre sans trop de peine. Dans la relative longue
durée, la croissance est à peu près inévitable parce qu'elle obéit à
des ressorts profonds. Le premier est l'innovation technique et
scientifique : celle-ci est un processus cumulatif qui conduit de
manière quasi nécessaire à de futurs produits et services. Il se trouve
qu'en raison du ralentissement économique des quatre dernières années,
se sont additionnées dans les laboratoires d'Amérique du Nord, du Japon
et de l'Europe, quantité de novations qui vont changer notre vie, en
particulier dans nos modes de soins, de communiquer, de nous déplacer,
d'habiter. Une autre découverte va réduire considérablement les coûts de
production industriels en Amérique du Nord et en Europe, la
généralisation de la production de gaz naturel par fracturation des
roches : l'Amérique du Nord est aujourd'hui à la veille de son
indépendance énergétique et l'Europe pourrait le devenir. Ceci conduira à
une ré-industrialisation de nos "vieux" continents.
Les innovations activent la croissance de long terme à condition que
des entrepreneurs prennent le relais des savants : or, la planète n'a
jamais connu une telle masse d'entrepreneurs parce que toutes les
nations, ou presque, Afrique et monde arabe inclus, se sont ralliées à
l'économie de marché : il est dorénavant permis d'entreprendre partout.
Cette combinaison de la science et du capitalisme est une force de
développement économique irrésistible dont on ne voit pas ce qui
pourrait l'interrompre. Il faudrait une catastrophe naturelle, brutale
et imprévisible par définition : même un hypothétique réchauffement
climatique susciterait un surcroît d'investissement capable d'en
contenir les effets.
Le court terme est, en revanche, plus aléatoire. Il est le champ des
paris qui garantissent la fortune ou la ruine des spéculateurs,
financiers, économistes à tendance prophétique, pseudo experts
gouvernementaux ou du FMI (à quoi sert le FMI ? Mystère...). Le court
terme répond à des impulsions politiques et psychologiques difficilement
quantifiables. Ainsi, aux États-Unis, les entrepreneurs attendent les
résultats des élections présidentielles et sénatoriales dont dépendront
leurs coûts de production futurs, masse salariale avec ou sans
assurance, exploitation massive ou non des énergies fossiles locales.
Mais, quel que soit le résultat, ces entrepreneurs s'adapteront, ils
recommenceront à investir et à tirer la croissance mondiale. La
situation est comparable en Europe : les anxiétés majeures sur l'Euro se
dissipent mais le cadre légal et politique de l'économie future reste
flou. Donc on attend : à la fois les consommateurs, les épargnants et
les investisseurs, avant de s'aventurer. L'incertitude politique règne
aussi en Chine, en Corée du Sud, au Japon et au Brésil : elle devrait se
dissiper dans les prochains mois.
Par une coïncidence extraordinaire, tous les pays moteurs de la
croissance mondiale, au début de l'année prochaine, devraient être dotés
de gouvernements nouveaux et de stratégies économiques claires. On en
conclura que les entrepreneurs retrouveront alors leur dynamisme
naturel. Les banques suivront : dans le long terme, pour elles aussi,
il est plus rémunérateur de financer des investissements privés que
d'acheter des Bons du Trésor à taux faible, ce qui est leur pratique
actuelle dictée par l'angoisse du lendemain.
On n'en trompettera pas que la croissance sera forte en 2014, parce
qu'il faudra du temps pour remettre en route les investissements et plus
encore recruter du personnel. Disons qu'en 2014, il sera moins question
de Grande crise, cette apocalypse du capitalisme redoutée par certains
mais que d'autres désirent pour le remplacer par on ne sait d'ailleurs
quoi.
TVA sur les cadavres : Bercy pense à tout !
Les prestations de transport de voyageurs bénéficient d’un
taux de TVA réduit. Mais pour Bercy les cadavres sont-ils des voyageurs ?
Les prestations de transport de voyageurs bénéficient d’un taux de
TVA réduit. À l’origine, l’administration fiscale avait donc conclu que
le transport du corps lors d’un convoi funéraire devait lui aussi
bénéficier de ce taux réduit.
Soucieux d’éviter les accusations de rigidité cadavérique, le fisc a
donc préféré donner au défunt le statut de voyageur (vers sa dernière
demeure ?) plutôt que celui de marchandise transportée, taxée, elle, à
19,6%.
En effet, le Conseil d’État ayant interprété l’instruction de l’administration comme accordant le taux réduit, que le corps soit transporté par véhicule ou par porteur, Bercy réagit en précisant que la TVA au taux réduit se bornait au cadavre convoyé par véhicule, excluant de la mesure le corps porté à bout de bras !
L’inhumation est taxée plein pot
L’administration a même exposé avec force détails les conditions que devait remplir le trépassé pour optimiser fiscalement son enterrement :
Seules les prestations de transport de corps, avant (donc, pas besoin de cercueil…) et après mise en bière, réalisées par les prestataires agréés (pas question de se faire enterrer par n’importe qui…) au moyen de véhicules spécialement aménagés à cet effet sont soumises au taux réduit.Attention, le corps doit en être un ! Ainsi, le fisc rappelle que la dispersion des cendres sera taxée au taux normal de 19,6%. De même, le taux réduit s’arrête à la descente du corbillard : l’inhumation elle-même sera donc taxée plein pot, de même que l’exhumation éventuelle.
Cela dit, le fisc français n’a pas craint, au risque de contrevenir à la laïcité d’État, de prévoir explicitement l’extension du taux réduit aux transports des personnes réalisés pendant la cérémonie dans des voitures du clergé (sic)…
D'Olivier Bertaux vous pourrez lire l'excellent Au nom du fisc, enquête au pays de l'impôt.
Travail forcé et servitude : l'Europe sanctionne le droit français
La servitude existe encore, même sur le territoire français,
de manière souterraine et dans une relative indifférence. La Cour
européenne, dans un arrêt C.N. et V. du 11 octobre 2012 vient nous le rappeler.
La servitude, communément assimilée à l'esclavage, est souvent
perçue, dans notre société, comme l'objet de ce devoir de mémoire, si
souvent invoqué. Elle relève d'un passé coupable, d'une époque
heureusement révolue, grâce au célèbre décret Schoelcher de 1848 qui l'a
définitivement abolie. Le problème est que la servitude existe encore,
et pas seulement dans quelques États défaillants. Elle existe sur le
territoire français, de manière souterraine et dans une relative
indifférence. La Cour européenne, dans un arrêt C.N. et V. du 11 octobre 2012 vient nous le rappeler.
Esclavage ordinaire à Ville d'Avray
Indulgence des juges
C'est seulement en 1999 que les deux sœurs parviennent à s'enfuir, pour rejoindre l'association Enfance et Partage. Le parquet de Nanterre ouvre une enquête, et obtient du directeur général de l'Unesco la levée de l'immunité de juridiction de M. M. Après avoir multiplié les recours pendant six années, à la fois sur la question de l'immunité et sur une première ordonnance de non-lieu partiel, les époux M. sont enfin jugés par le tribunal correctionnel le 17 septembre 2007, pour avoir soumis des personnes vulnérables à des conditions de travail et d'hébergement indignes. M. M. est condamné à douze mois d'emprisonnement, Mme M. à quinze mois, car elle est aussi poursuivie pour violences aggravées. Tous deux bénéficient du sursis. À cela s'ajoute une amende de 10 000 € et 24 000 € de dommages intérêts. Cette condamnation, bien légère, est largement atténuée par la Cour d'appel de Versailles le 29 juin 2009. Elle estime que les conditions de vie des jeunes filles étaient certes "mauvaises, inconfortables et blâmables", mais qu'elle n'emportaient pas réellement d'atteinte à leur dignité. Ne subsiste donc que la condamnation pour violence aggravée à l'égard de Mme M., qui se traduit par une amende de 1500 €. Cette décision est ensuite confirmée par la Cour de cassation, le 23 juin 2010.
Victimes du principe de non rétroactivité
Observons que les jeunes requérantes sont les victimes directes des époux M., et indirectes du principe de non rétroactivité. À la suite de différentes affaires d'esclavage domestique, la loi du 18 mars 2003 a en effet ajouté au Code pénal un article 225-13 qui punit "le fait d'obtenir d'une personne, dont la vulnérabilité ou l'état de dépendance sont apparents ou connus de l'auteur, la fourniture de services non rétribués ou en échange d'une rétribution manifestement sans rapport avec l'importance du travail accompli". Cette infraction est assortie d'une peine particulièrement lourde, de cinq ans d'emprisonnement et de 150 000 Euros d'amende.
Le problème est que les époux M. ne peuvent être condamnés sur ce fondement, puisque les faits de l'espèce sont antérieurs à 2003. On peut néanmoins s'étonner que les juges n'aient pas utilisé l'arsenal juridique à leur disposition (atteinte à la dignité de la personne, abus de faiblesse...) pour prononcer des peines un peu en plus en rapport avec les exigences de la nouvelle législation.
Heureusement pour l’État de droit, les jeunes victimes, soutenues par Enfance et Partage, n'ont pas abandonné le combat et sont allées devant la Cour européenne. Celle-ci se fonde directement sur l'article 4 de la Convention européenne qui sanctionne "l'esclavage et le travail forcé" (al. 2) ainsi que la "servitude" (al. 1).
Travail forcé et servitude
La Cour définit le travail forcé comme celui exigé "sous la menace d'une peine quelconque"et contraire à la volonté de l'intéressé. Tel est bien le cas en l'espèce, notamment pour l'aînée des deux sœurs, contrainte à des travaux dont la difficulté et le volume dépassent largement ceux qu'il est possible de demander à des enfants, dans le cadre d'une vie familiale. Les deux sœurs étaient d'ailleurs menacées d'être renvoyées au Burundi si elles n'exécutaient pas les corvées qui leur étaient imposées.
Au-delà du simple "travail forcé" (al. 2) , la Cour européenne estime que la situation des deux sœurs s'analyse comme une "servitude" (al. 1). En effet, la servitude peut être définie comme une situation de travail forcé, dans laquelle l'intéressé se trouve dans l'impossibilité de changer sa condition. Tel était le cas en l'espèce, dès lors que les deux sœurs étaient convaincues qu'elles seraient en situation irrégulière si elles quittaient le domicile de M. M. et qu'elles ne pourraient jamais travailler à l'extérieur, faute d'une formation professionnelle adéquate.
À partir de faits identiques, les juges français condamnaient pour violences, et la Cour européenne se fonde sur la servitude.
Servitude et esclavage
Aux yeux de la Cour, la servitude se distingue néanmoins de l'esclavage. Dans un article Siliadin c. France du 25 juillet 2005, à propos d'une jeune Togolaise de quinze ans contrainte de travailler dans une famille sans aucun jour de congé, ses papiers lui ayant été confisqués, la Cour a estimé qu'il n'y avait pas esclavage, car ses employeurs n'exerçaient pas sur elle un véritable droit de propriété. En revanche, une relation de servitude lui était imposée, ce qui suffit à fonder une violation de l'article 4.
Dès lors, le droit français de l'époque ne permettait pas de lutter efficacement contre la servitude, puisqu'aucune infraction spécifique ne figurait dans le Code pénal. La Cour fait d'ailleurs observer que le parquet n'a pas fait de recours en cassation contre la relaxe de M. M. par la Cour d'appel, ce qui montre, à ses yeux, une certaine négligence des autorités judiciaires françaises dans ce type d'affaire. C'est cette négligence qui est sanctionnée, par une satisfaction équitable évaluée à 30 000 €.
Satisfaction équitable, certes, et les deux requérantes sont justement indemnisée d'un préjudice incontestable. Reste que les auteurs des mauvais traitements ont bénéficié d'une réelle mansuétude, et ne seront plus poursuivis. Alors que bon nombre d'auteurs d'infractions sont cloués au pilori par la presse, ceux-là bénéficient d'un anonymat tout à fait exceptionnel. Et si les victimes révélaient le nom de ceux qui les ont tenues en servitude, en attendant ensuite, avec sérénité, une éventuelle plainte en diffamation ?
Les vignerons ne veulent pas de châteaux en Amérique
L'interdiction des
importations de vins américains étiquetés "château" pourrait être levée
par la Commission européenne. Dans le Bordelais, la nouvelle est
difficile à avaler.
Lorsque Dominique Haverlan colle ses étiquettes "Vieux Château
Gaubert" sur ses bouteilles, voilà ce qu'il promet à ses clients : quatre
cents ans de patrimoine français, le fruit de 35 hectares de vignes cultivés
avec des soins de mère à l'ombre de bâtiments palladiens restaurés pour près de
deux millions de dollars [1,54 millions d'euros] et le glorieux héritage vigneron du plateaux de
Graves, dans la région de Bordeaux.
Dès lors, se demande Haverlan, comment
des vignerons américains pourraient-ils revendiquer le droit d'écrire
"château" sur leurs vins du Nouveau Monde ? Quels
châteaux ? Ils ont des châteaux, en Amérique ? Le mot lui-même est
français,
fait-il observer, et le vieux château Gaubert, anciennement Le
Bordillot, se dressait déjà quand l'Amérique n'existait pas. Comment les
marchands
américains peuvent-ils donc prétendre vendre de tels vins en Europe?
Pire encore : en
France, et peut-être même dans le Bordelais !?
De fait, la Commission européenne étudie la possibilité de lever l'interdiction sur les importations de vins américains étiquetés "château" ou "clos" (terme plus souvent utilisé en Bourgogne, où la vigne était traditionnellement travaillée par les moines). Le Comité de gestion de l'Organisation commune des marchés (OCM unique) devrait rendre sa décision ce 25 septembre. Celle-ci sera ensuite soumise à la Commission européenne qui, compte tenu de l'actuel mouvement pro-mondialisation en Europe, a de bonnes chances de l'approuver. "Ils essaient de nous voler notre réputation, s'indigne Haverlan en arpentant ses terres inondées de soleil. Les vrais châteaux ne sont certainement pas aux Etats-Unis".
La protection de l'appellation "château" sur les bouteilles de vin n'est qu'un chapitre parmi d'autres dans le long combat entre tradition et mondialisation. Dans tout le pays, les artisans et les agriculteurs se battent pour préserver la valeur d'un héritage vieux de plusieurs siècles – l'excellence du fromage, la perfection de la robe – face à l'invasion de mauvaises imitations tout juste débarquées d'un conteneur. Alors que les frontières disparaissent et que le commerce se désintéresse de plus en plus de l'origine des produits, leur voix peine de plus en plus à se faire entendre.
En 2011, les Français ont consommé en moyenne 46,1 litres de vin par personne. Ce secteur emploie près de 50 000 personnes, soit une part non négligeable de l'économie dans un pays où le chômage atteint les 10%. Les exportations représentent presque neuf milliards de dollars [près de 7 milliards d'euros] et contribuent rééquilibrer le solde d'une balance commerciale largement déficitaire. Le prestige des vins de Bordeaux attire depuis longtemps les étrangers.
Des Britanniques fortunés viennent acheter des châteaux dans le Bordelais depuis le 19e siècle, et même avant. Sont venus par la suite de riches Américains, puis des Japonais, dans les années 70. Aujourd'hui, c'est au tour des Chinois. Ils ont rachété une trentaine de châteaux dans la région de Bordeaux (qui en compte 7 400) au cours des trois dernières années.
Une querelle vieille de plusieurs années
Le problème n'est pas que des étrangers achètent des propriétés, souligne toutefois Haverlan. Cela aussi fait partie de la tradition bordelaise. Le problème est qu'en France, l'appellation "château" se rattache à une définition précise à laquelle les vins américains ne correspondent pas. Selon la réglementation française, seul un vin produit sur place et à partir des vignes de la propriété peut porter l'appellation "château".
La querelle sur l'étiquetage des vins américains remonte à plusieurs années. En 2006, les producteurs américains ont obtenu une dérogation de trois ans à l'interdiction d'exporter leurs "châteaux" en Europe. En contrepartie, les autorités américaines s'engageaient à lutter contre l'utilisation abusive d'appellations comme "Bourgogne", "Chablis" ou "Champagne" pour des breuvages produits très loin de ces régions françaises.
Voyant que les vignerons américains continuaient d'utiliser ces étiquetages, les autorités européennes ont décidé de mettre un terme à cette dérogation en 2009. Depuis, les Etats-Unis s'efforcent d'obtenir une nouvelle levée de l'interdiction pour leurs vins de "châteaux". Ils ont renouvelé leur demande à l'occasion d'une révision de la réglementation européenne sur les importations et les exportations de vins qui, sans cela, se serait déroulée dans la discrétion feutrée de la bureaucratie bruxelloise.
Lorsque Dominique Haverlan colle ses étiquettes "Vieux Château Gaubert" sur ses bouteilles, voilà ce qu'il promet à ses clients : quatre cents ans de patrimoine français, le fruit de 35 hectares de vignes cultivés avec des soins de mère à l'ombre de bâtiments palladiens restaurés pour près de deux millions de dollars [1,54 millions d'euros] et le glorieux héritage vigneron du plateaux de Graves, dans la région de Bordeaux.
Dès lors, se demande Haverlan, comment des vignerons américains pourraient-ils revendiquer le droit d'écrire "château" sur leurs vins du Nouveau Monde ? Quels châteaux ? Ils ont des châteaux, en Amérique ? Le mot lui-même est français, fait-il observer, et le vieux château Gaubert, anciennement Le Bordillot, se dressait déjà quand l'Amérique n'existait pas. Comment les marchands américains peuvent-ils donc prétendre vendre de tels vins en Europe? Pire encore : en France, et peut-être même dans le Bordelais !?
"Ils veulent nous voler notre réputation"
De fait, la Commission européenne étudie la possibilité de lever l'interdiction sur les importations de vins américains étiquetés "château" ou "clos" (terme plus souvent utilisé en Bourgogne, où la vigne était traditionnellement travaillée par les moines). Le Comité de gestion de l'Organisation commune des marchés (OCM unique) devrait rendre sa décision ce 25 septembre. Celle-ci sera ensuite soumise à la Commission européenne qui, compte tenu de l'actuel mouvement pro-mondialisation en Europe, a de bonnes chances de l'approuver. "Ils essaient de nous voler notre réputation, s'indigne Haverlan en arpentant ses terres inondées de soleil. Les vrais châteaux ne sont certainement pas aux Etats-Unis".
La protection de l'appellation "château" sur les bouteilles de vin n'est qu'un chapitre parmi d'autres dans le long combat entre tradition et mondialisation. Dans tout le pays, les artisans et les agriculteurs se battent pour préserver la valeur d'un héritage vieux de plusieurs siècles – l'excellence du fromage, la perfection de la robe – face à l'invasion de mauvaises imitations tout juste débarquées d'un conteneur. Alors que les frontières disparaissent et que le commerce se désintéresse de plus en plus de l'origine des produits, leur voix peine de plus en plus à se faire entendre.
En 2011, les Français ont consommé en moyenne 46,1 litres de vin par personne. Ce secteur emploie près de 50 000 personnes, soit une part non négligeable de l'économie dans un pays où le chômage atteint les 10%. Les exportations représentent presque neuf milliards de dollars [près de 7 milliards d'euros] et contribuent rééquilibrer le solde d'une balance commerciale largement déficitaire. Le prestige des vins de Bordeaux attire depuis longtemps les étrangers.
Des Britanniques fortunés viennent acheter des châteaux dans le Bordelais depuis le 19e siècle, et même avant. Sont venus par la suite de riches Américains, puis des Japonais, dans les années 70. Aujourd'hui, c'est au tour des Chinois. Ils ont rachété une trentaine de châteaux dans la région de Bordeaux (qui en compte 7 400) au cours des trois dernières années.
Une querelle vieille de plusieurs années
Le problème n'est pas que des étrangers achètent des propriétés, souligne toutefois Haverlan. Cela aussi fait partie de la tradition bordelaise. Le problème est qu'en France, l'appellation "château" se rattache à une définition précise à laquelle les vins américains ne correspondent pas. Selon la réglementation française, seul un vin produit sur place et à partir des vignes de la propriété peut porter l'appellation "château".
La querelle sur l'étiquetage des vins américains remonte à plusieurs années. En 2006, les producteurs américains ont obtenu une dérogation de trois ans à l'interdiction d'exporter leurs "châteaux" en Europe. En contrepartie, les autorités américaines s'engageaient à lutter contre l'utilisation abusive d'appellations comme "Bourgogne", "Chablis" ou "Champagne" pour des breuvages produits très loin de ces régions françaises.
Voyant que les vignerons américains continuaient d'utiliser ces étiquetages, les autorités européennes ont décidé de mettre un terme à cette dérogation en 2009. Depuis, les Etats-Unis s'efforcent d'obtenir une nouvelle levée de l'interdiction pour leurs vins de "châteaux". Ils ont renouvelé leur demande à l'occasion d'une révision de la réglementation européenne sur les importations et les exportations de vins qui, sans cela, se serait déroulée dans la discrétion feutrée de la bureaucratie bruxelloise.
“Même le camembert a perdu sa saveur”
C’est bien connu, les
Français adorent se plaindre. Mais, en cette rentrée, ça frôle la
pathologie, constate ce correspondant italien. Au cinéma, dans les
livres, à la radio, un seul leitmotiv : la déprime.
Même s’ils refusent de l’admettre, à commencer par François Hollande, les Français savent que l’Etat social auquel ils sont attachés (parce qu’il fonctionne bien mieux qu’en Italie, pour le même tarif) n’est plus viable.Résultat : la cote de popularité du tout nouveau président est en chute libre, 11 points perdus au mois d’août [soit 44 % de jugements favorables selon le baromètre Ipsos]. Hollande, à vrai dire, n’est pas responsable d’une situation dont il a largement hérité. Mais il semble à court de solutions pour en sortir. La crise des idées s’est répercutée sur l’optimisme des ménages.
Les perspectives nationales sont tout sauf encourageantes : selon les derniers sondages, 68 % des Français se disent pessimistes pour leur avenir [sondage Ifop].La culture, dans l’un des rares pays à la prendre encore au sérieux, reflète ce mal-être. Prenez une autre des exceptions françaises les plus typiques : la rentrée littéraire, ce raz de marée de romans qui s’abat sur les rayons des librairies en septembre, véritable tsunami littéraire de plus de 500 nouveaux titres [646 livres sont sortis entre août et octobre]. Les deux ouvrages les plus prometteurs, en termes de ventes et en prévision des prix littéraires, sont tout sauf optimistes. Les Lisières, d’Olivier Adam [éd. Flammarion], a déjà été vendu à plus de 70 000 exemplaires.
Son protagoniste, alter ego de l’auteur, largué par sa femme avec qui il vivait en Bretagne, revient sur les lieux de son enfance en banlieue parisienne et découvre, naturellement, combien les lieux se sont dégradés. A dire vrai, tout a empiré : sa mère perd la tête, son père, ex-communiste, est tenté par le Front national (et donc, vu de gauche, timbré lui aussi), la périphérie est peuplée de classes moyennes appauvries et délogées du centre-ville, les classes défavorisées sont reléguées plus loin encore, alors que sur les écrans défilent les images de Fukushima et du tsunami. Ambiance.Autre best-seller, autres désastres. Le sujet d’Une semaine de vacances de Christine Angot [éd. Flammarion] est l’inceste.
La scène d’ouverture montre le père bourreau posant une tranche de jambon sur son sexe et proposant à sa fille de la manger. A droite, c’est-à-dire au Figaro, journal qui ne brille guère par son objectivité (depuis que les socialistes sont au pouvoir, il pleut tous les jours sur la France, plus personne n’ose rire et même le camembert a perdu sa saveur), on s’interroge : “La culture française est-elle déprimée ?” Le critique Charles Dantzig tire à vue sur le “populisme littéraire” auquel les auteurs français s’abandonnent (“J’appelle populisme littéraire une fiction destinée à flatter des sentiments hargneux”). Michel Houellebecq, fondateur du courant “déprimiste” de la République des lettres, a toujours peint le désespoir avec ironie. Aujourd’hui, alors que les réserves d’ironie semblent épuisées, seul demeure le désespoir.
Le cinéma se fait également l’écho de cette tristesse. A côté des incontournables comédies légères sentimentales, les maladies, physiques ou sociales, prolifèrent sur grand écran : c’est une litanie de chômeurs rongés par le désespoir et l’agressivité, sur fond de banlieues dégradées et violentes… Même la chanson a succombé au virus de l’anxiété : “La mélancolie c’est communiste / Tout le monde y a droit de temps en temps / La mélancolie n’est pas capitaliste / C’est même gratuit pour les perdants”, soupire le Breton Miossec (si son nom vous est inconnu, rassurez-vous : la variété française a tendance à vivre en autarcie et dépasse rarement les frontières de l’Hexagone). Et le populaire Benjamin Biolay de lui répondre : “Il n’y a plus de cosmos au-dessus de nos balcons / Il n’y a que des fosses, plus que des dalles de béton.
”En France, depuis toujours, pleurer sur son sort est un sport national. Aujourd’hui, pourtant, c’est en train de dégénérer en pathologie. L’écrivain Michel Onfray parle de “haine de soi française” et l’explique ainsi [dans un article paru en août dans l’hebdomadaire Marianne] : “Les Français, qui furent longtemps des coqs juchés sur leur tas de fumier, sont devenus désormais des poulets de batterie.” Pourquoi pas ? Mais l’observateur étranger aura du mal à cacher sa perplexité. La France est peut-être bien déprimée, mais sûrement pas déprimante.
Sénégal : Hollande, s'il vous plaît ne nous offensez pas !
En 2007, le président français Nicolas Sarkozy avait, à Dakar, tenu un discours qui avait choqué le continent. Aujourd'hui, son successeur, François Hollande, se livre à l'exercice périlleux devant le parlement sénégalais. Fera-t-il mieux ? Le chroniqueur et écrivain Fadel Dia est sceptique.
Leur objectif principal n'est pas de prendre le temps de nous connaître, mais de se faire acclamer par des foules dont l'enthousiasme est à la mesure des primes reçues et que leurs médias portent au loin leurs paroles et leurs actes.
C'est du reste mieux ainsi, parce que leur séjour perturbe notre quotidien, nous coûte cher en logistique, que nos services de protocole et de sécurité en sortent épuisés, mais surtout, frustrés d'être dépossédés de leurs responsabilités par l' ”assistance” étrangère. François Hollande est donc chez nous, et, au Sénégal comme en France, on spécule. Va-t-il tenter d'”effacer” le discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007, rassurer les Africains et donner à ses hôtes l'image d'une France plus généreuse et mieux instruite de leur histoire ?
Ce n'est pas ce que nous devrions attendre de ce voyage et ce serait d'ailleurs une illusion que de croire qu'un simple discours peut réparer les dégâts d'une adresse qui n'a jamais été reniée par son auteur. Il n'appartient même pas à François Hollande de répondre à Sarkozy : les Français n'étaient pas les destinataires des propos et ce n'est pas leur histoire qui a été mise en cause.
Enfin, c'est aller trop vite en besogne que de croire que l'alternance politique qui a eu lieu en France suffit pour faire changer les choses.
La manière a changé, le contenu bien moins, et le discours et les actes du plus populaire des ministres [allusion à Manuel Valls, ministre de l'Intérieur] de François Hollande ne sont pas très éloignés de ceux tenus ou conduits sous son prédécesseur.
Mais le malentendu est aussi à un autre niveau. Que pourrait nous dire François Hollande pour effacer le discours de Sarkozy ? Rétablir la vérité historique ? C'est commettre une grosse erreur que de croire que c'est par ses connotations historiques que le discours de Sarkozy est blessant.
L'histoire de l'Afrique n'est pas une terra incognita et il suffisait à Sarkozy (ou à sa plume) de se plonger un court instant dans l'ouvrage que d'éminents historiens lui ont consacré sous l'égide de l'Unesco [Collection Histoire générale de l'Afrique lancée depuis 1964], pour éviter de tomber dans les poncifs.
Le discours de Dakar choque parce qu'il est politique, ses inexactitudes historiques sont moins flagrantes que le mépris qui s'en dégage. La réponse qui doit lui être donnée doit venir, non des historiens, mais des politiques, et elle ne peut être qu'africaine.
Nos chefs d'Etat ont manqué à leur devoir en gardant le silence devant cette agression. Que reste-t-il comme recours aujourd'hui ?
Il nous faut d'abord observer que l'exercice auquel se prêtent les présidents français a cette particularité qu'il ne prévoit aucune réponse : l'invité livre son ”message”, se fait applaudir et s'en va !
C'est une prestation sans risque puisque les auditoires qui y sont conviés sont composés de gens sages et mesurés, triés sur le volet. Sarkozy s'était exprimé devant le gratin de l'Université et de la nomenklatura politique et il ne s'était trouvé personne pour quitter la salle, comme les pays occidentaux le font aux Nations-Unies, quand s'expriment les présidents de l'Iran, du Zimbabwe ou de Cuba.
Hollande est encore plus à l'abri des chahuts puisqu'il s'exprimera devant le Parlement, instance peu familière aux rebellions. La réponse n'a donc pas eu lieu quand il le fallait.
Aujourd'hui, ce qui s'impose à nous c'est de faire plus qu'un discours, c'est de changer radicalement de comportement. C'est de rompre avec cette ”inégalité des termes de l'échange” qui nous lient avec l'ancienne métropole, en matière de diplomatie comme tout simplement en dignité.
La Françafrique n'existe pas seulement parce que la France l'a voulue, mais d'abord parce que les Africains s'en accommodaient. ”Dieu ne change pas le sort des hommes tant qu'eux-mêmes n'ont pas changé”, dit un verset du Coran. On pourrait paraphraser cette sentence divine en affirmant que la Françafrique ne disparaitra pas tant que les Africains eux-mêmes, et non la France, ne lui refuseront pas le droit d'existence.
Si le Commonwealth [organisation des pays, anciennes colonies britanniques] ne connait pas de dérives de ce genre, c'est qu'on y respecte ce principe intangible des relations entre nations qu'est la réciprocité.
Qu'ils cessent d'intriguer pour que leur pays soit le premier à accueillir le président de la République française (ou celui des Etats-Unis), comme si c'était la seule consécration qui avait un sens à leurs yeux.
Que nos gouvernants cessent de donner de nous, l'image de peuples plus enclins à la bamboula qu'au travail et refusent de paralyser notre économie et notre administration, sous prétexte que nous recevons, pour quelques heures, la visite d'un hôte venu des pays du Nord, alors que les visites de nos chefs d'Etat dans ces pays passent inaperçues. A moins que cette frénésie populaire ne soit la contrepartie de l'aide qu'ils nos apportent, ce qui serait bien mesquin !
Qu'ils refusent de laisser nos hôtes du Nord se comporter chez nous comme en pays conquis et fassent chez nous ce qu'ils nous refusent chez eux.
Certes, il faut condamner la violation des droits de l'homme, mais à condition de le faire partout où ça se passe, et pas en aparté en Chine et avec éclat en Afrique. La situation des libertés est bien plus aléatoire en Arabie Saoudite qu'en RDC [République démocratique du Congo] et pourtant, on n'a jamais entendu une autorité française exiger des élections libres et transparentes dans la monarchie pétrolière.
Quant à la bonne gouvernance, la situation qui prévaut actuellement en Grèce montre que les Européens devraient aussi balayer devant leurs portes. Mais , pour en revenir au discours de Sarkozy, ce qu'il nous faut refuser désormais c'est cette propension des chefs d'Etat du Nord à se servir de nos capitales comme tribunes pour nous faire la leçon, nous tancer ou nous menacer, nous dire ce que nous devons faire pour leur plaire. A Dakar, Sarkozy était allé encore plus loin. Il avait convoqué les Africains devant leur misère, dont ils étaient les seuls responsables selon lui. Il avait justifié l'injustifiable et, lui qui n'avait encore que quelques mois d'expérience présidentielle, leur avait livré un kit de développement pour sortir de la nuit.
Si François Hollande veut, non pas effacer mais marquer sa différence avec Sarkozy, qu'il s'abstienne donc de s'ériger en donneur de leçons, qu'il parle de la France et de ce qu'elle peut offrir en fraternité, et ne donne pas l'impression qu'il connait nos intérêts mieux que nous-mêmes, qu'il exprime non de la compassion mais du respect.