mardi 13 novembre 2012
« Je vous comprends »
Promesses
Malaises internes à l'hôpital
Il y a d'abord un contexte politique. Entre la gauche au pouvoir et les médecins, c'est souvent le règne des malentendus, et des sous-entendus. Le gouvernement viserait au portefeuille les spécialistes du dépassement d'honoraire. La gauche rêverait de matraquer la médecine libérale et de « soviétiser » le système hospitalier. Marisol Touraine, la ministre de la Santé, serait la vilaine diablesse s'en prenant aux braves médecins.
Rien de tout cela n'est exact, mais sur les réseaux sociaux, comme c'est désormais la règle, les esprits se sont vite échauffés. Une cohorte de praticiens de diverses obédiences syndicales, souvent minoritaires, s'est lancée dans une grève annoncée comme illimitée. Le détonateur en est la négociation sur les honoraires. Les contestataires n'avalent pas la barrière du tarif excessif. Le gouvernement pourtant n'a fait que tenter d'endiguer ces dépassements qui conduisent certains patients à renoncer à des soins. Ce qui ruine petit à petit, la logique de la Sécurité sociale, enjeu primordial.
Le système doit évoluer
Sur cette grogne-là, s'en est greffée une seconde, celle des internes, ces bataillons de jeunes médecins, en fin d'études, qui font effectivement tourner les hôpitaux tout en se formant. Ils sont nos médecins de demain. Ils se plaignent du présent et craignent l'avenir. Ils ploient sous les astreintes, les temps de présence démentiels, les gardes de nuit, les heures de repos grignotées, avec la crainte permanente aux tripes de ne pas réaliser le bon diagnostic ou le bon geste... Ils se plaignent d'être exploités, mal payés, et jamais entendus.
L'avenir ? Ils ont peur de perdre la liberté d'installation, au nom de la lutte contre les déserts médicaux. Peur d'être encadrés par les Mutuelles. Peur de voir leurs futurs revenus rognés. Dans ce fourre-tout de revendications et de craintes fantasmées, malheureusement, on perd de vue la seule chose essentielle, la survie de l'assurance-maladie. Quoi de plus normal que le gouvernement veuille, par exemple, mettre son nez dans les dépassements d'honoraires de certains mandarins des hôpitaux publics, y exerçant une part d'activité privée, sans réel contrôle ?
La France jusqu'à présent, grâce à une lutte permanente contre le menaçant « trou de la Sécu », a sauvé l'essentiel. Son système médical demeure l'un des plus performants au monde. Mais il doit évoluer, ne serait-ce que sous la poussée de la démographie et le vieillissement de la population.
Le paradoxe serait que, malgré toutes les négociations passées et à venir, tous les acteurs du système en ressortent mécontents. Les patients moins bien remboursés. Les médecins moins bien tarifés. L'assurance-maladie moins bien dotée. Et, au final, pas de réelle réforme. Mais un risque : celui d'un système frappé d'arthrose qui se bloque et se désagrège au fil des ans.
Ce krach obligataire que Hollande ne verra pas venir
Certains observateurs attentifs auront noté que, depuis quelques
temps, les pays émergents achètent à tour de bras tout ce qui s'offre
plus ou moins facilement à leur convoitise. Comme on va le voir, les
exemples se multiplient d'investissements étrangers en terres
européennes ou américaines et, d'achats millionnaires en prises de
participation conséquentes, un autre monde est en train d'apparaître.
Et, pendant que Flamby rote des petites phrases creuses à la télé, se
prépare très vraisemblablement un joli krach obligataire à côté duquel
la moiteur des dessous de bras au plus fort de la crise de 2009 pourrait
bien paraître printanière.
Oui, je vais un peu vite en besogne mais cependant, tout est logique.
En effet, il n'y guère besoin d'efforts énormes pour découvrir que
les pays dits émergents investissent maintenant de plus en plus dans les
pays dits développés (pour ne pas dire émergés avant de couler).
Récemment, les achats du Qatar en France ont fait, plusieurs fois, les
gros titres des journaux tant on pouvait sentir la fibre nationale de
nos minustres s'agiter à l'idée de perdre des sources faciles de dessous
de table. Et en plus, on ne parle pas ici de quelques prises de
participations dans d'obscures sociétés de second rang, mais bien de dix milliards d'euros... pour le moment.
Pour le moment parce que lorsqu'on sait que les Qataris se rapprochent des banques d'affaires
pour mieux contrôler leurs avoirs et étendre leurs participations, on
comprend que ces investissements français font partie d'une stratégie
globale.
Stratégie globale qu'on retrouve pour d'autres émirats (Dubaï par exemple), pour la Chine, la Russie ou encore le Brésil
et qui peut se résumer à une frénésie discrète mais bien réelle
d'achats en tous genres, et un intérêt accru des banques d'affaires sur
place pour motiver de nouveaux riches clients à diversifier leurs
portefeuilles.
Tout ceci n'est évidemment pas fortuit.
Historiquement, lorsqu'un pays se développe, ses citoyens qui
parviennent à une nouvelle richesse investissent d'abord dans les avoirs
les moins risqués dont l'art, l'or et ... les devises et bons d'états
de pays étrangers solides. Et, au fur et à mesure que le pays se
stabilise dans sa nouvelle situation, les investissements se modifient
en laissant progressivement les bons d'état pour accéder aux domaines
plus risqués (actions d'entreprises étrangères, par exemple).
Si l'on transpose à la situation courante, on observe le même
phénomène avec un élément supplémentaire : la taille des pays qui
émergent de la pauvreté est absolument gigantesque d'une part, et
d'autre part, l'accroissement des investissements dans les pays
étrangers est, véritablement, exponentielle. Il suffit pour s'en
convaincre de jeter un oeil rapide aux graphiques ci-dessous (issus de
la Banque Mondiale). Le premier montre l'ampleur des investissements
étrangers vers les pays de l'OCDE.
Le second, ci-dessous, permet d'apprécier la répartition nord/sud des investissements effectués, ce qui permet de voir que non seulement, les pays émergents investissent de plus en plus vers les autres pays, mais aussi de plus en plus vers eux-mêmes, ce qui donne une bonne idée de la quantité de richesse qu'ils ont su dégager.
Tout ceci est bel et bien bon, mais comment en vient-on à claquer la boîte à sucette de ce pauvre Hollande qui ne l'avait pas vue venir (mais la mérite largement quand même) ? De façon fort simple, à mesure que les fortunes de ces pays grossissent, petit à petit, les bons d'états deviennent moins intéressants.
À tel point que, par exemple, la nervosité se lit dans les déclarations du patron de la Banque d'Angleterre, qui comprend bien qu'il faudrait arrêter de croire qu'on pourra imprimer la dette jusqu'à son évaporation mais qu'on oblige plus ou moins ouvertement à continuer...
Concrètement, pour les pays émergents, les obligations d’État n'offrent plus un rapport sûreté / rendement suffisant.
Et double effet kiss-cool, l'arrivée de ces fonds de plus en plus importants dans des banques européennes permettent à ces établissements parfois mal en point de mieux respecter leurs différents ratios imposés par Bâle III, qui ont d'ailleurs d'autant plus de facilité à le faire actuellement qu'elles ont été légalement tenues de se gaver d'obligations d'état précédemment.
En résumé, nous sommes à un tournant : dans les prochains mois tout au plus, les bons d’États auront de plus en plus de mal à trouver preneur. Les Russes, les Chinois, les Indiens et les Brésiliens sont peut-être en voie de développement mais certainement pas stupides et ont compris que les papiers décorés qu'on leur envoie ne sont que ça, des papiers décorés. D'un autre côté, les établissements bancaires (les moins stupides d'entre eux, en tout cas) ont eux aussi compris l'intérêt qu'il y avait à ne pas surcharger leur barque de ces obligations et à se concentrer, une fois les ratios légaux atteints, dans d'autres investissements plus lucratifs.
Autrement dit, pour attirer le chaland, les États vont devoir augmenter leurs taux ou diminuer leurs émissions de dette.
Bien sûr, à ce moment là, il serait de bonne guerre de dire "C'est bien fait !" car ils l'auront bien mérité. Mais malheureusement, dans cette histoire, ce seront toujours les mêmes qui vont trinquer et les responsables, les socialauds, s'en tireront avec une pirouette.
François Hollande est au pouvoir depuis six mois. Il a perdu beaucoup de temps, mais il n'a pas encore perdu la partie. Il lui reste quelques semaines pour devenir l'homme d'État qui aura redressé la France. À une condition : qu'il prenne le chemin difficile déjà emprunté par d'autres sociaux-démocrates comme le chancelier Gerhard Schröder en Allemagne ou le Premier ministre Göran Persson en Suède, qui, grâce à une politique de débourbage, ont remis debout leurs pays respectifs.
Alors qu'ils infligeaient des remèdes de cheval à leurs concitoyens, dans les années 2000, ces deux hommes ont essuyé bien plus de lazzis que Jean-Marc Ayrault. Aujourd'hui, ils sont vénérés parce qu'ils ont eu le courage d'en finir avec les corporatismes et les lâchetés qui mettaient leur modèle en péril. Un jour, il faudra bien qu'un homme d'État français, au lieu de se contenter d'assommer le pays de taxes et d'impôts, taille, coupe et tranche dans la graisse, la gélatine et les corsets qui étouffent notre économie. François Hollande peut être celui-là et entrer dans l'Histoire. À condition qu'il force sa nature, oublie ses calculs politiques, se fiche de plaire à son parti et rompe dès maintenant avec trente ans de bêtises et de cynisme. Il n'a pas d'autre choix s'il veut que la France reste un pilier de l'Europe au lieu d'en devenir l'un de ses boulets.
Sinon, après avoir fait quelques ronds dans l'eau qu'il aura à peine effleurée de petits coups d'aile, il n'aura été qu'un oiseau de passage, comme certains de ses prédécesseurs.
Où sont les "néoracistes" ? Si l'on en juge par les réactions qu'a provoquées notre une de la semaine dernière, consacrée à "Cet islam sans gêne", il n'y a plus de doute : notre pays est affligé d'une nouvelle engeance aveugle et sourde, mais, hélas, pas muette.
Elle prolifère sur la Toile, dans les médias et l'intelligentsia, du moins dans celle qui a cessé de penser depuis la chute du mur de Berlin. Elle fonctionne au réflexe conditionné et ne sort de sa naphtaline que pour des indignations sélectives qui nous ramènent au temps de Panurge, son idéologue officiel. Elle n'avance qu'en meute et ne s'exprime qu'en choeur.
Son cogito : "Je m'insurge, donc je suis. " Ou bien, plus consternant encore : "Je twitte, donc je suis." Il a suffi que nous mettions le focus sur une fraction de l'islam, comme l'indique sans ambiguïté, sur notre couverture, l'adjectif démonstratif "cet", pour que nous fussions aussitôt accusés de racisme anti-arabe ou anti-noir. Les bouffons ! Ils font preuve d'un insondable mépris envers ces collectivités humaines pour les réduire aux dérives marginales d'une religion dont on n'a pas omis de dire, dans ce journal, le respect qu'on lui devait.
Il est permis de secouer comme un cocotier le haut clergé catholique, pape compris, de fouiller dans ses poubelles pédophiles ou de se gausser, non sans raison, des excès des born again américains, mais, devant cet islam sans gêne qui nous occupe, il faut rester le doigt sur la couture du pantalon. Passez votre chemin, de préférence en fermant les yeux ; sinon, vous stigmatisez, et c'est interdit.
Or la vocation du journalisme, s'il en a une, n'est-elle pas de déterrer, d'exposer, de démasquer, donc de stigmatiser ? Nos flics idéologiques n'ont pas compris cela. Ils n'ont pas compris non plus qu'ils confondent les peuples et les religions. Nul ne dira jamais que tous les Américains sont mormons, tous les Allemands, luthériens ou tous les Britanniques, anglicans. Ou inversement. En revanche, il faudrait que tous les Arabes et tous les Noirs soient musulmans, appartenant de surcroît au courant revendicatif et minoritaire que nous décrivions dans notre numéro.
Nos marchands d'anathèmes montrent ainsi leur vrai visage. Ce sont des "néoracistes", il n'y a pas d'autres mots pour les qualifier. Ils ne le font pas exprès, bien sûr, mais par peur, suivisme ou paresse, ils enferment, comme les colonialistes d'antan, des populations entières dans une identité religieuse qu'on peut être en droit de considérer comme simplificatrice ou caricaturale. Tels sont les effets de l'ignorance et de la condescendance.
Honte à ces "néoracistes" !
"C'est se foutre du monde"
C'est cet homme-là qui va s'expliquer devant nous durant deux heures cet après-midi pour nous dire qu'il a choisi, après six mois de tergiversations, de faire à peu près la même chose que ce que faisait cette ordure de Sarkozy. C'est se foutre du monde. Entre-temps, la France aura perdu beaucoup d'argent, beaucoup d'emplois, beaucoup de crédit et l'amitié de l'Allemagne. Cela s'appelle le socialisme en marche vers le réenchantement du rêve.
Dérapage de la masse salariale de l'État
Les dépenses de personnel de l'État et certaines prestations sociales coûteront plus cher que prévu. Mais ces surcharges seront compensées.
Principaux responsables de ce dérapage: la Défense (pour 280 millions) et l'Éducation nationale (pour 161 millions). Les primes accordées aux militaires en opération extérieure (en mission à l'étranger) ont été sous-évaluées dans le budget initial. «À l'Éducation, l'erreur de prévision est faible comparée aux 40 milliards des dépenses de personnel. Les écarts sont inévitables car il est impossible de prévoir les jours de grève ou d'absence», se défend-on dans l'entourage de Jérôme Cahuzac, le ministre délégué au Budget. Où l'on ajoute: «Pour l'ensemble de l'État, corriger de 582 millions une masse salariale de plus de 80 milliards n'a rien d'extraordinaire. L'erreur est d'à peine 0,7%.»
Une chose est certaine: le gouvernement Fillon avait fait pire. En 2010, la masse salariale avait été supérieure de 760 millions à la programmation initiale! À l'époque, l'exécutif avait notamment mal évalué le nombre de départs à la retraite.
Réserve de précaution
Le projet de loi de finances rectificative pour 2012, qui sera présenté mercredi en Conseil des ministres, prendra acte de cette charge supplémentaire de personnel. Il accordera également des rallonges pour financer certains budgets sociaux: 313 millions pour l'allocation adulte handicapé, 259 millions pour les aides au logement, 146 millions pour les bourses étudiantes. Autant de postes systématiquement sous-budgétés année après année. S'y ajouteront 300 millions pour les contrats aidés, le gouvernement Ayrault ayant décidé d'en accroître le nombre.Toutefois, tout ceci n'accroîtra pas le déficit de l'État en 2012. En début d'année, chaque gouvernement met de côté certaines sommes. Les nouvelles dépenses de 2012 seront financées sur cette réserve de précaution. C'est la recapitalisation de Dexia qui augmentera le déficit budgétaire de 2012, le faisant passer de 83,6 milliards à 86,2 milliards.
Cette année, les dépenses de l'État, hors charge de la dette et pensions, devraient même être inférieures de 1,7 milliard à celles de 2011. Une rupture dans la longue tradition française de hausse des dépenses! En prenant en compte la charge de la dette et le coût des pensions de retraite (en nette hausse), la hausse des dépenses ne sera que de 700 millions entre 2011 et 2012.
Grèce : les Européens s'apprêtent à repousser le problème
L'Eurogroupe se penche une nouvelle fois, lundi, sur la situation grecque. Sans proposer de solution de long terme.
Le volontarisme de Mario Draghi
a porté ses fruits. Depuis l'annonce d'une possible intervention
"illimitée" de la BCE pour racheter des obligations en circulation
émises pour moins de trois ans, les investisseurs sont rassurés. Signe
de la confiance retrouvée, les fonds monétaires américains, qui avaient
fui la monnaie unique, sont de retour en Europe.
Avant même d'avoir été injectée, la piqûre de calmant proposée par
l'institution de Francfort a donc soulagé le malade. Mais cela ne veut
pas dire pour autant qu'il est guéri. Loin de là.
Alors que la zone euro s'enfonce dans la récession, elle doit toujours traiter un de ses principaux foyers d'infection, la Grèce.
Deux plans d'aide, le premier de 110 milliards d'euros, accordé en mai
2010, le second en octobre 2011, n'ont pas suffi à remettre le pays dans
le droit chemin. Pas plus que la perte infligée aux investisseurs
privés - banques, fonds et autres assureurs... - pour réduire de plus de
50 % la dette grecque qu'il détenait (107 milliards sur 200).
Sortie de route
Toutes les prévisions économiques du FMI, de la BCE et de la Commission - la fameuse troïka, chargée de définir et contrôler la bonne application du traitement - ont été démenties. Dans les plans initiaux du FMI, l'endettement devait grimper de 115 % du PIB en 2009 à 149 % cette année, avant d'amorcer une décrue à partir de 2014. Malgré la restructuration de la dette, il n'en sera rien. En février dernier, le Fonds révisait sa prédiction à 168 % du PIB pour l'année prochaine. Et, depuis, la situation s'est encore aggravée. Impossible, dans ces conditions, de tenir l'objectif de revenir à 120 % en 2020, le niveau maximum considéré comme soutenable pour se financer sur les marchés... C'est que, malgré les efforts considérables pour réduire le déficit, celui-ci n'a fait que s'aggraver, entraîné par la récession. Censé revenir à 7,6 % du PIB en 2011 et à 6,5 % en 2012 dans les plans initiaux du FMI, il a finalement atteint plus de 9 % à la fin de l'année dernière. L'argent semble avoir été déversé dans le tonneau des Danaïdes.La troïka positive
Face à une telle fuite en avant, les Européens doivent maintenant prendre plusieurs décisions. Lundi, les ministres des Finances de la zone euro se réunissaient pour étudier le sixième rapport de la troïka sur l'état de l'économie et sur l'application des réformes. C'est sur la foi de ce rapport qu'ils décideront ou non de débourser une nouvelle tranche du plan d'aide, de 31,5 milliards d'euros, dont Athènes a besoin pour faire face à ses engagements à très brève échéance.Bonne nouvelle, la troïka aurait décerné un satisfecit au gouvernement d'Antonis Samaras, pour l'application des réformes demandées, à en croire Jean-Claude Juncker. Selon le chef de file de l'Eurogroupe, son nouveau rapport "est fondamentalement positif, car les Grecs ont tenu leurs promesses". La fragile coalition rassemblant la droite modérée, le parti socialiste (Pasok) et la Gauche démocratique a notamment adopté, dimanche soir, les nouvelles mesures demandées pour continuer à financer le pays.
Une dette insoutenable ?
Mais le versement d'une nouvelle partie du plan d'aide ne suffira pas. Pour s'en sortir, Athènes demande maintenant deux ans supplémentaires afin de ramener son déficit à 3 % du PIB. Mais qui dit plus de temps dit encore plus d'argent. S'il était accordé, le sursis devrait coûter 32,6 milliards d'euros supplémentaires, selon le rapport -encore provisoire- de la Troïka. Pour les financer, les Européens planchent sur un rééchelonnement de la dette qu'ils détiennent, une réduction des taux d'intérêt demandés ou des rachats d'obligations qui arrivent à échéance.Reste à savoir si tout cela permettra à Athènes de rendre sa dette soutenable. Selon Der Spiegel, la troïka elle-même n'y croit pas. Elle aurait appelé fin octobre les Européens à prendre leur perte, pour alléger définitivement le fardeau. Ce serait la première fois que les contribuables européens perdraient de l'argent dans le sauvetage grec. Depuis le début de la crise, ils n'ont fait que lui prêter moyennant remboursement et intérêts. Selon un rapport du Sénat de juillet 2012, ils ont déjà accordé près de 56 milliards d'euros sous la forme de prêts bilatéraux, dont 11,4 milliards rien que pour la France. Le fonds de secours provisoire de la zone euro, le FESF, qui a pris le relais, est, lui, engagé à hauteur de 120 milliards d'euros (soit 31,6 milliards pour la France).
De tels chiffres expliquent pourquoi nombre d'États ne veulent pas entendre parler d'un effacement de la dette. Un défaut grec sur la totalité de sa dette coûterait en effet 66 milliards d'euros à la France, selon Éric Dor, directeur de la recherche à l'IESEG School of Management. Encore plus pour l'Allemagne. Ils pourraient donc bien repousser le problème à plus tard. Notamment après les élections législatives en Allemagne, prévues en 2013.
Les dévots de La pensée mythique
Nos Excellences ne prennent du rapport Gallois que ce qui les intéresse pour fonder le raisonnement suivant : si la France va mal (et c’est le cas), si son industrie s’est rabougrie (et c’est la réalité), si elle exporte moins (et cela ne se discute pas), c’est parce que le travail coûte trop cher. En vertu de quoi, une économie massive sur les « charges » (qui sont la partie du salaire consacrée aux cotisations sociales ) devrait remettre la machine en marche et la faire repartir comme par miracle. Amen.
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| Un autre donneur de leçon |
Les hauts dignitaires de l’Eglise médiatique ne rentrent pas dans ce genre de considérations. Le coût du travail est leur nouveau mantra, et nul ne les fera dévier de leur mission évangélisatrice. Habitués à se tromper, ils persistent et signent. Tout comme ils étaient pour le traité de Maastricht en 1992, pour le traité européen en 2005, pour le nouveau traité européen signé par François Hollande, ils sont pour la version « coût du travail » du choc de compétitivité, notion imposée dans le débat public par les tenants de l’orthodoxie néolibérale grâce aux tergiversations d’un PS qui ne sait plus sur quel pied idéologique danser.
Rapport Gallois : « les feuilles mortes se ramassent à la pelle ».
Les 22 propositions du rapport de Louis Gallois [lire
http://www.lefigaro.fr/assets/pdf/Rapport-LG.pdf] doivent inspirer le
Gouvernement dans ses mesures pour soutenir la compétitivité. Auparavant
[pour ceux qui n'ont pas la mémoire courte], le rapport de la
Commission pour la libération de la croissance française, dit rapport
Attali, préconisait déjà une série de mesures : 314 propositions pour la
plupart restées « lettres mortes ».
A cet égard, l'intérêt économique de la réduction des délais de
paiement, notamment pour les petites et moyennes entreprises dont la
gestion de trésorerie est plus délicate, avait notamment été souligné
par le rapport Attali de 2010 (voir le Rapport de la Commission pour la
libération de la croissance, « Sortir de la crise : une ambition pour
dix ans », 2010, p. 113).
Alors que le rapport Attali préconisait des délais de paiement à
30 jours, la loi de modernisation de l'économie (LME), adoptée par les
parlementaires en juillet 2008, plafonnait le délai de paiement
Même exigence du côté du rapport Gallois qui précise [page 40] : « Les exigences de la LME de 2008 sont trop souvent contournées… Les fournisseurs hésitent à aller devant les tribunaux contre leurs clients. Il devrait être confirmé aux Commissaires aux comptes qu’ils doivent obligatoirement joindre à leurs avis sur les comptes de l’entreprise, le Rapport prévu et trop souvent absent sur le crédit interentreprises…. Des sanctions administratives (DGCCRF) devraient être prévues en cas de manquement ».
Ainsi, la dix-septième proposition est de confirmer aux commissaires aux comptes « qu'ils doivent obligatoirement joindre à leur avis sur les comptes de l'entreprise, un rapport sur le crédit interentreprises ». Dans une précédente chronique [mai 2010], nous doutions déjà du « zèle » des commissaires aux comptes ( lire http://www.finyear.com/Reforme-des-delais-de-paiement-la-coupe-est-pleine-_a14543.html ).
Enfin selon le rapport Gallois, il faudra aussi prévoir des sanctions administratives (via la DGCCRF) en cas de manquement aux règles sur les délais de paiement.
Là encore dès 2008, nous nous interrogions en effet sur la capacité pour un fournisseur de faire réduire les délais de paiement abusifs : « Seul un tribunal peut prononcer de telles sanctions. Mais en pratique, imagine-t-on un fournisseur, un sous-traitant ou un prestataire de service qui prendrait le risque d’assigner devant les tribunaux son donneur d’ordre ? Quelle chance aurait-il dans ces conditions de garder son client ? Les PME auraient sans doute souhaité que le législateur donne davantage de moyens à la DGCCRF, afin de lutter contre les mauvaises pratiques » ( lire http://www.finyear.com/LME-ce-chien-de-Jean-de-Nivelle-qui-s-en-va-quand-on-l-appelle_a7287.html ).
Dès l’origine, la réforme des délais de paiement était « condamnée », comme je l’indiquais dans l’ouvrage « Réforme des délais de paiement et modernisation de l’économie. De l’intention aux actes ? », publié en septembre 2009 aux éditions « Lignes de Repères » ( voir http://www.lignes-de-reperes.com/catalogue/modernisation-economie.htm ).
Si les feuilles mortes se ramassent à la pelle, comme le chantait Yves Montant, les souvenirs et les regrets aussi.
L’ombre embarrassante
lundi 12 novembre 2012
Cahuzac sur le pacte Ayrault : "une politique intelligente que la droite n'a jamais faite"
Recordmen d'impopularité : les déçus de François Hollande sont-ils les mêmes que ceux de Nicolas Sarkozy ?
Six mois après son élection, François Hollande est déjà passé sous la barre des 50% d'opinions positives. Comme Nicolas Sarkozy, il est donc confronté à une forte impopularité. Celle-ci est-elle de même nature ?
Qui sont les déçus de François Hollande ? A quelles catégories socio-économiques appartiennent-ils ?
Durant la campagne présidentielle, François Hollande avait réussi a récupérer une partie des classes populaires qui ces dernières années échappaient à la gauche. Est-il en train de perdre de nouveau ces catégories qui au premier tour s'étaient parfois tournées vers les extrêmes ?
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| Plus con on ne sait pas faire.... |
La chute de popularité de François Hollande est-elle homogène dans toutes les catégories d'âge ?
L'érosion de Nicolas Sarkozy a-t-elle été, elle aussi, homogène dans toute les catégories de la population ou a-t-elle été plus marquée dans certaines catégories ?
Si l'on compare l'effondrement des cotes de popularité de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, on s'aperçoit que les déçus de l'ancien président de la République comme ceux du nouveau locataire de l’Élysée appartiennent à toutes les catégories socio-économiques. Cela signifie-t-il qu'il n' y a plus de "vote de classe" en France ? Comment analysez-vous cette évolution ?
A la fin de son mandat, Nicolas Sarkozy était impopulaire dans toutes les catégories socio-économiques, mais résistait chez les personnes âgées (65 ans et plus). A l'inverse, François Hollande était le candidat le plus populaire chez les jeunes et s'effondre désormais plus rapidement chez les 50-64 ans. Le véritable clivage politique en France aujourd'hui est-il générationnel ?
Les blogs libéraux deviennent plus influents
Selon le classement Ebuzzing, les blogs libéraux gagnent en influence. L'éditorialiste de Contrepoints talonne désormais Mélenchon !
Le classement Ebuzzing [1] des blogs politiques les plus influents de novembre est sorti. Le blog le plus influent est celui de Mélenchon,
le leader du Front de gauche ne ménage pas sa peine avec un rythme de
publication soutenu et de longs billets. Il a beaucoup d'amis qui
répercutent ses propos.
Mon blog politique Libertarien est 7e, je publie beaucoup en ce moment, et certains de mes articles ont eu un fort écho dans les réseaux sociaux (image ci-dessous).
Dans le classement Ebuzzing vous pouvez voir pour chaque blog quels sont les articles qui ont été le plus partagés sur Facebook, Twitter, et les autres blogs (billets remarquables).
L'Hérétique, blogueur centriste très prolifique, est 15e. Objectif Liberté, le blog de Vincent Bénard, 41e, progresse fortement. Le très dynamique Parisien Libéral est malheureusement pénalisé parce que la plateforme blogspot qu'il utilise change d'url à tout bout de champ, entre le .com, le .fr , le .ch, etc. ce qui rend la mesure d'influence (basée sur le nombre de liens entrants, de tweets et de likes) problématique. Il faudrait que les développeurs d'Ebuzzing arrivent à fixer ce problème.
L'excellent économiste Jean-Louis Caccomo (3986e) mériterait d'être beaucoup mieux connu, mais Jean-Louis publie ses articles sur toutes sortes de médias et ne reprend malheureusement pas tout sur son blog Chroniques en liberté. Thierry Falissard publie peu mais bien, son récent plaidoyer pour la fin du monopole de la sécurité sociale s'attaque courageusement à un tabou français (tabou qui n'existe ni en Suisse, ni en Allemagne). Je vous conseille aussi Analyse Libérale de Vladimir Vodarevski, lisez donc son billet dans lequel il propose de faire du 9 Novembre une journée européenne de la chute du mur de Berlin : une sacrée bonne idée !
Le vrai Obama, c’est maintenant
Match Fillon-Copé, vainqueur Sarkozy
Davantage d'Europe... c'est urgent !
Retour de Chine
dimanche 11 novembre 2012
Amnésie nationale
Il y a bien longtemps que les notes du clairon qui sonna l’arrêt des combats se sont perdues dans le vent de l’histoire. Verdun 1916 ou Marignan 1515 se confondent dans les pages jaunies de notre mémoire collective. Une mémoire bien mal en point, à en juger par les sondages qui témoignent d’une méconnaissance grandissante de l’histoire commune, ciment d’une nation.
Pourtant, à en croire les discours officiels, le souvenir est une grande cause nationale. Tourisme mémoriel, lieux ou devoirs de mémoire : toute cette recherche de nos souvenirs perdus est prétexte à colloque. On croirait la France atteinte d’une forme désespérée amnésie nationale, à deux ans de la célébration du centenaire de la Première Guerre mondiale. Les savants multiplient, en vain, les ordonnances : les méninges de Marianne sont en charpie.
Cent ans, c’est si loin, à l’heure de la quête désespérée de la jeunesse éternelle. Les combattants du Vieil-Armand ou du Chemin des Dames ont perdu la leur pour gagner l’éternité des monuments de granit. Ils avaient 18 ou 20 ans quand ils sont tombés au champ d’honneur. Ils auraient aimé vivre. La folie qui a saisi l’Europe en a décidé autrement.
Peut-être aurait-il fallu, à côté des noms de ceux qui furent fauchés par centaines de milliers, ajouter leur âge. Frantz 20 ans, Jules 18 ans : ils avaient l’âge de ceux que leur sacrifice indiffère. Avant d’être alignés comme à la parade dans les cimetières militaires ou mêlés anonymement aux racines des forêts d’Argonne, ils ont aimé, cru qu’ils reviendraient dans leur village pour vieillir tranquillement. Le sort des armes en a décidé autrement.
Le 11 Novembre n’est pas un banal jour férié. C’est l’anniversaire d’une génération à qui on a volé sa jeunesse et qui mérite, au moins, une pensée.
Le temps perdu se rattrape-t-il ?
La France, elle, continue de creuser son déficit de la balance commerciale. Nous perdons régulièrement des parts de marché dans le commerce mondial. Pour compenser ce manque à gagner et pour éviter que les revenus ne baissent, les prestations sociales ont pris le relais. Elles ont augmenté, réduisant encore notre capacité de résistance à la concurrence.
Le candidat qui avait promis le changement a placé le président dans une situation très inconfortable. Il est contraint de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB pour éviter de devoir recourir à l'emprunt à des taux prohibitifs.
Ce président de gauche est condamné à tailler dans les dépenses publiques, à mécontenter les fonctionnaires, à se fâcher avec son camp. Il est amené à augmenter les impôts, en ciblant en priorité les plus riches, certes, mais sans pouvoir épargner totalement les classes moyennes.
Mais le pire est encore à venir. Ces efforts risquent d'être insuffisants. Le budget 2013 a été bâti sur une prévision de croissance de 0,8 % en 2013. Si elle est en deçà, a fortiori si la croissance se transforme en récession, les recettes fiscales seront insuffisantes, et les coupes dans le budget aussi.
Nous paierions ainsi le retard pris par notre pays depuis le début des années 2000 dans la bataille, vitale, de la compétitivité de notre économie. Seule, la qualité de notre production, notre capacité à vendre à l'étranger nous permettront de maintenir notre train de vie et de réduire ce scandale français d'un chômage haut, ancien et constant.
Xi et Barack, le choc des titans
C’est sous une pluie de confettis que le nouveau « patron » des
États-Unis a été salué. C’est en manches de chemise et en écrasant une
larme qu’il a remercié son équipe de campagne. C’est dans un bunker aux
allures staliniennes et protégé par la troupe que celui de la Chine a
été intronisé. Les deux principaux « monstres froids » de la planète ont
trouvé un chef la même semaine.
Depuis vingt ans, l’administration américaine, les entreprises, les universités travaillent sur une solution à leur dépendance énergétique. Et ils l’ont trouvée. L’exploitation du gaz de schiste est en plein développement. Les experts prévoient que les États-Unis n’importeront plus de pétrole du Moyen-Orient en 2020. Cette région du monde ne sera plus leur problème, mais celui des Européens. Les États-Unis regarderont, avec plus d’insistance encore, vers le Pacifique, là où se battent des records de croissance.
Leur partenaire principal, leur principal concurrent aussi, sera plus que jamais la Chine. Malgré le ralentissement actuel de sa croissance, malgré les difficultés sociales, environnementales, et énergétiques que posent les besoins colossaux de son immense population, la Chine ne sera rattrapée par personne. La deuxième puissance économique mondiale pourrait même devenir la première dans les toutes prochaines années.
Elle cherche et cherchera à imposer sa loi autour d’elle, pour sécuriser ses approvisionnements, maîtriser les voies maritimes, accéder aux matières premières, restaurer la propriété sur ce qu’elle dit être ses terres, et ses eaux. Et dans cette grande région du monde qu’elle considère comme la sienne, elle rencontrera forcément l’autre géant, la superpuissance américaine.
C’est une confrontation au sommet qui attend le monde, voire un choc de titans. Il n’est pas obligatoire d’ajouter de l’inquiétude au pessimisme ambiant, mais il est bon de prévoir les périls afin d’éviter leur montée. Deux journalistes spécialistes de relations internationales, Alain Frachon et Daniel Vernet, viennent de publier un livre éclairant sur un sujet qui fait peur.
« La Chine contre l’Amérique, le duel du siècle », d’Alain Frachon et Daniel Vernet, éditions Bernard Grasset
















