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mardi 21 avril 2015
L’ère des magouilles
Il ne faut pas se faire des illusions, avec un système politique français qui se crétinise à vue d’oeil, nous sommes déjà, deux ans à l’avance, en pleine campagne pour les présidentielles de 2017. La politique n’est plus pour l’essentiel au service du bien commun et des Français, mais largement détournée dans l’intérêt des politiciens qui ne font même plus semblant d’y croire. La proportionnelle, annoncée aujourd’hui comme une éventualité sérieuse par le président de la République en vue des prochaines élections nationales, est une véritable infamie. Elle consiste à rendre le pays encore plus ingouvernable qu’il ne l’est aujourd’hui en faisant entrer en masse au Parlement les partis extrémistes, de droite comme de gauche. Son principe fondamental est de rompre le lien personnel entre les électeurs et leurs représentants, pour donner aux partis politiques, qui composent les listes, un quasi monopole sur la désignation des futurs députés. Comment mieux aggraver le fracture entre le peuple et les élites politiques? Nous avons déjà connu cela en 1986 avec la proportionnelle de François Mitterrand. Ils ne changeront donc jamais. M. François Fillon vient de son côté de révéler la vraie nature des primaires « de droite » en annonçant qu’il se « désisterait » si nécessaire au profit d’Alain Juppé: un outil au service des combinaisons politicardes et en aucun cas un moyen de faire émerger de nouvelles propositions. Pendant les deux années qui viennent, pré-électorales, nous allons voir, à droite comme à gauche et aux extrêmes, déferler une vague de mensonges, de magouilles, de tricheries, de manoeuvres et de démagogie, étouffant les débats d’idées et de projets autour des grands problèmes de notre pays. Et pendant ce temps, le navire France continuera de sombrer. Que va-t-il en sortir? Je n’en ai pas la moindre idée
vendredi 20 février 2015
Un archaïsme absurde
Ci-joint une tribune publiée ce matin par le Figaro Vox, portant sur la confusion politique croissant qui se manifeste par l’usage de l’article 49-3 de la Constitution. Depuis toujours, je trouve cet outil qui permet au gouvernement de faire adopter sans vote un projet de loi par l’Assemblée nationale, particulièrement insolite. Il me semble symboliser, pas seulement le « parlementarisme rationalisé », mais le mépris du pouvoir législatif, c’est-à-dire, du suffrage universel. Il pouvait se comprendre en 1958, par la volonté d’instaurer un gouvernement fort et de réduire la toute puissance du Parlement. Il est incompréhensible aujourd’hui, dans un contexte de profond discrédit populaire de la politique en général. A quoi sert-il d’élire des députés si, en cas de désaccord avec le gouvernement, ce dernier peut s’affranchir de leur point de vue? Aujourd’hui, cet article 49-3 se présente comme un archaïsme humiliant pour les élus du suffrage universel et donc pour les électeurs eux-mêmes. Personnellement, son usage ne me donne pas du tout un sentiment d’autorité mais plutôt de faiblesse et de déni démocratique .
mercredi 11 février 2015
Le vrai espoir de 2017
Plus le temps passe, et plus s’ancre en moi la conviction que les dés politiques sont pipés. L’américanisation ou la présidentialisation de la vie politique française est une erreur fondamentale qui est l’une des sources de l’impasse politique actuelle. Avec le quinquennat, aligné sur le mandat des députés et la mise en place « des primaires », le système politique a été largement neutralisé. L’électeur choisit avant tout un visage,
une image, une marque, un peu comme un produit de consommation. La manipulation médiatique sur la mise en valeur – ou le lynchage – d’un personnage devient un principe de fonctionnement du régime. Le débats d’idées, la confrontation des projets, le choix d’un destin collectif en sont les victimes directes. L’élection présidentielle de 2017 se présente sous les pires auspices. Elle conduit presque inévitablement au conformisme et à la continuité. Hollande ou Valls? Ils appliqueraient, par définition, la même non-politique qu’aujourd’hui, mélange de frime et d’inertie. Juppé? Il viserait naturellement au consensus et donc, au statu quo. Sarkozy? Elu de nouveau président, placé sous le feu des haines et des rancoeurs, j’ai du mal à l’imaginer s’engageant dans la voie d’une cassure profonde. Dans tous ces cas de figure, une élection au deuxième tour contre le Pen (à l’image de 2002) ne pourra que renforcer la quête de l’unité nationale, de l’apaisement, du consensus et donc, de l’immobilisme tranquille. Alors? Alors, il n’est pas impossible que nous assistions en 2017 à un basculement profond du régime. Sous la pression populaire et compte tenu de la neutralisation prévisible de l’Elysée, il ne faut pas exclure une sorte de résurrection démocratique à travers l’élection législative, un retour aux sources de la souveraineté. Il faut alors imaginer une explosion des frontières partisanes et l’émergence d’une majorité d’idées, sur la nécessaire réforme de l’économie autour de la confiance en l’entreprise, le retour à l’ordre et à l’autorité, y compris en matière d’éducation, de sécurité, d’immigration, de lutte contre le communautarisme et le fondamentalisme, l’émergence d’un puissant et courageux Premier ministre, appuyé sur cette majorité d’idées, volontaire pour prendre en main le destin du pays, sans calcul personnel, sans arrière-pensées ni tabous et assumant ainsi ses responsabilités. Je rêve? Peut-être mais il faut bien garder une chance d’espérer, aussi infime soit-elle… dimanche 18 janvier 2015
Les étrangetés de l’air du temps
Une semaine après les attentats terroristes qui ont ensanglanté Paris, l’air du temps a quelque chose d’étrange, d’extrêmement lourd, chargé d’incongruités. « Et vous, êtes-vous Charlie? » devient la question rituelle de tous les interviews, radio, presse, télévision.
Ne pas être Charlie revient à se singulariser, ringardiser, se placer à contre-courant, endosser une image douteuse. Nous assistons à un curieux basculement, qui voit le chantre de l’anticonformisme et de la contestation par l’humour devenir un label de convenance. Ses créateurs auraient-ils apprécié? Qui peut le dire? Hier matin dans le bus qui m’emmenait à mon travail, j’entendais cette histoire d’un homme d’une trentaine d’années, ayant fait la queue devant le kiosque à journaux dès 5 heures du matin, pour acheter un stock d’exemplaires et les revendre plusieurs fois leur prix au marché noir. La « récup », c’est maintenant… Et puis, en vertu de l’union sacrée, un silence pesant écrase le pays. Pour qui se souvient des suites de l’affaire Mehra en mars 2012, l’absence aujourd’hui de toute polémique, de toute discussion, voire velléité de questionnement sur les failles éventuelles de la puissance publique dans ce bain de sang, a quelque chose de sidérant. Souvenons nous de la mise en cause violente du président de l’époque, de son ministre de l’Intérieur, des services de renseignement. Le silence aujourd’hui, l’Omerta qui règne est invraisemblable. On sait que les médias sont largement acquis au pouvoir actuel, à 80%. Oui, mais là, c’est grave car ce genre de questions fait partie de la démocratie. L’union nationale, même sous la Grande Guerre de 1914-1918, n’a jamais interdit de légitimes interrogations sur la conduite des opérations, qui s’exprimaient alors à la Chambre. Mais il y a plus grave. Certes ce drame a profondément traumatisé la France. Mais il ne donne pas lieu, sauf exception, au débat de société qui devrait s’imposer. Il soulève à mes yeux des questions fondamentales de civilisation sur l’échec du monde occidental face à l’islamisme radical, le séisme planétaire que représente l’instauration de l’Etat islamique d’Irak (daesh) et l’impuissance du monde occidental, le désastre engendré dans les sociétés européennes par le modèle communautariste et le repli identitaire, l’effroyable chaos des « cités de non droit », largement occulté et ignoré par « la France d’en haut », la fragmentation de la société française qui remonte à des décennies et ne fait que s’aggraver, sa violence, verbale, physique, le déclin de l’autorité, au sens noble du terme, et de la solidarité nationale – le lien de fraternité. Le silence qui pèse sur ces sujets fondamentaux, tenant à la conception même du monde, de la société et de son Etat, ses orientations et son devenir, ne fait qu’aggraver la tension perceptible en ce moment, le désarroi général et le sentiment de fatalisme.
NB: je remercie par avance les auteurs de commentaires, et je demande à certains de bien vouloir comprendre qu’un modeste blog d’échanges et de réflexion partagée comme celui-ci, n’a pas vocation à héberger des propos partisans ou de propagande en faveur de personnalités ou de partis, et encore moins des déclarations fustigeant des personnes, des groupes de personnes. Des mots déplacés ou scandaleux auraient pour effet immédiat de m’obliger à mettre fin à ce blog dont je suis personnellement responsable du contenu. Or, il est ma créature de quatre années, reçoit désormais 1000 à 2000 visites chaque jour; j’y tiens beaucoup, et je le protègerai jusqu’au bout en empêchant ce genre de dérapages. C’est ainsi. La « toile » est vaste et il existe de multiples blogs ou sites se prêtant mieux au défoulement des passions. Sincèrement, merci de votre compréhension.
mardi 16 décembre 2014
La course au ridicule
L’ump est dans tous ses états. Elle s’est aperçue que l’une de ses nouvelles promues dans l’organigramme, issue de la « diversité » était aussi membre du « siel », un groupuscule apparenté au front national. Siel, ma vertu! Vent de panique, Mme NKM, à l’origine de cette nomination, voyant sa belle robe immaculée dangereusement exposée à la salissure médiatique, a juré qu’elle « ne savait rien » et l’heureuse élue a été éjectée sans autre forme de procès. Le parti lepéniste suit le cheminement inverse, exhibant fièrement, comme un trophée, sa nouvelle coqueluche, prise de guerre médiatique à l’ump, désormais « chargée de la culture ». C’est fou comme les gens, un peu partout, sont prêts à vendre leur âme dans la perspective d’un siège parlementaire ou d’un maroquin ministériel. Quant au parti socialiste, à travers le président de la République en visite à la Cité de l’immigration (le crime de notre système politique est d’avoir confondu, depuis Mitterrand, chef de parti et chef de l’Etat), il vient de nous ressortir « le vote des étrangers ». 35 ans, oui 35 ans, 35 ans, que cette promesse a été formulée, dans les 110 propositions! Ils ont été 17,5 ans au pouvoir (5+5+5+2,5). Et ils ne l’ont jamais fait. Et ils n’ont même jamais essayé. Et ils continuent, sans le moindre complexe, à ressortir périodiquement ce vieux serpent de mer tout en sachant qu’ils ne le feront jamais. L’évoquer, cela divise la « droite » (tiens, on apprend au passage que M. Raffarin y est « personnellement favorable »). Cela fait gagner quelques points au front national, ce qui est toujours bon à prendre, avant les élections, pour affaiblir « la droite ». Cela resserre les rangs à gauche avec un petit parfum gauchisant qui plaît aux militants. Franchement, cette classe politique, dans sa course au ridicule, franchit les bornes du supportable. Pendant ce temps, le pays s’enfonce dans le marasme du chômage de masse, de l’exclusion des jeunes et la désintégration, sans que cela n’intéresse plus personne. Samedi soir, j’ai dîné avec l’un de mes amis, ingénieur issu d’une grande école d’aéronautique, agrégé de maths, un « tête bien faite », comme dirait l’autre. Il m’a dit: « je n’accepte plus d’être pris pour un con, j’ai déchiré ma carte d’électeur, je ne voterai plus jamais. » Comment ne pas le comprendre? C’est aussi une question de dignité.a
mardi 9 décembre 2014
Un pays à la dérive
Un pays à la dérive
Hier soir, M. Manuel Valls a annoncé son intention de rester à Matignon jusqu’à la fin du mandat de François Hollande, n’étant pas un « déserteur ». Est-ce vraiment la question? C’est le président et lui seul qui nomme le Premier ministre et lui demande le cas échéant de remettre sa démission, en fonction des résultats d’une politique. Or, la France est dans un état de délabrement qui fait peur. Un rapport de l’OCDE révèle que notre pays est celui où l’on travaille le moins dans le monde occidental. D’où, bien entendu, l’effondrement de l’économie, la désindustrialisation, les déficits, le chômage pulvérisant tous les records historiques. La chancelière allemande Mme Merkel, se permet d’invectiver la France en critiquant l’insuffisance de ses réformes. Sur le fond, elle a raison, mais de quel droit cette ingérence dans les affaires de notre pays, et de l’Italie. Veut-elle donner corps à l’image en vogue du diktat germanique sur l’Europe? Je ne suis pas sûr qu’avec Sarkozy, ni même avec Chirac, Mitterrand, encore moins VGE, Pompidou, sans même parler de de Gaulle, un dirigeant allemand se fût jamais permis un tel dérapage. A Créteil, un fait divers abominable, une jeune femme de 19 ans violée dans un appartement devant son compagnon sur un mobile antisémite, souligne l’invraisemblable chaos et qui s’est emparé des banlieues populaires de notre pays. Il faut ne jamais sortir des beaux quartiers et des collèges d’excellence, ou bien être totalement obtus pour ne pas s’en apercevoir. Qui profite de cette effroyable pagaille? L’extrême droite française, qui n’existe que par sa culture de haine et sa démagogie, florissante dans les enquêtes d’opinion. Deux ans et demi à attendre avant l’alternance, dans ces conditions, cela paraît une éternité. D’autant plus qu’aucune dynamique de changement profond, des hommes, des institutions et des politiques ne semble en voie de s’esquisser. La France est épuisée des mêmes visages, parfois depuis 30 ans, mêmes clans, mêmes noms, mêmes familles. Les batailles d’image et fanatismes de l’ego, les gesticulations, les magouilles de partis, les calculs salaces et les jacasseries politicardes n’intéressent plus personne. Il suffit de descendre dans la rue et d’ouvrir les oreilles pour comprendre la gravité et la profondeur de la défiance que la politique inspire. L’abstentionnisme et le vote protestataire ou extrémiste, aussi massif qu’il est sans issue, sont le signe d’un véritable désespoir collectif de nos concitoyens. Aucune lueur d’espérance pour l’instant dans un horizon politique totalement bouché, une démocratie confisquée, une personnalisation des enjeux et des intérêts qui confine au grotesque. Au premier frémissement positif, d’où qu’il vienne, promis, je serai le premier à m’en réjouir.
jeudi 20 novembre 2014
L’éternelle lâcheté internationale
Ce qui se passe dans « l’Etat islamique » rejoint les pires atrocités de l’histoire de l’humanité, en particulier pour évoquer les plus récentes les génocides cambodgie
n en 1975-1979, quand les Khmers rouges ont éliminé un tiers de la population du pays, ou le massacre des Tutsi par les Hutus au Rwanda dans les années 1990. L’extermination des chrétiens d’Irak et des Yazidis, la décapitation des prisonniers de guerre syriens et des otages occidentaux sont des faits qui atteignent un degré dans la barbarie criminelle rarement atteints depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Face à la folie meurtrière, l’histoire de l’impuissance internationale est un éternel recommencement. Bombarder timidement quelques sites supposés stratégiques n’est évidemment pas à la hauteur du drame en train de se produire et ne fait qu’exciter des fanatiques sanguinaires. Une offensive majeure d’une coalition internationale pour détruire ces monstres est la seule attitude digne des grands Etats. Leur lâcheté collective nous révulse: coupables, devant l’histoire, de non assistance à personnes en danger. Et qu’on ne nous dise pas qu’il faut éviter de reproduire l’attaque de l’Irak en 2003 qui avait déstabilisé ce pays. La situation actuelle n’a strictement rien à voir: nous assistons, les bras ballants, à un nouveau génocide en cours et de grande ampleur. Nous (les occidentaux) sommes en train de reproduire la même lâcheté, la même faiblesse que face au « Kampuchéa » de Pol Pot ou le massacre rwandais. Il est invraisemblable que les chefs d’Etats occidentaux et les autres volontaires ne se réunissent pas dans les meilleurs délais pour mettre au point cette intervention militaire qui est de leur devoir. Il en va de la dignité de l’espèce humaine. « Vous avez choisi le déshonneur pour éviter la guerre? Vous aurez le déshonneur et la guerre » Winston Churchill.
n en 1975-1979, quand les Khmers rouges ont éliminé un tiers de la population du pays, ou le massacre des Tutsi par les Hutus au Rwanda dans les années 1990. L’extermination des chrétiens d’Irak et des Yazidis, la décapitation des prisonniers de guerre syriens et des otages occidentaux sont des faits qui atteignent un degré dans la barbarie criminelle rarement atteints depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Face à la folie meurtrière, l’histoire de l’impuissance internationale est un éternel recommencement. Bombarder timidement quelques sites supposés stratégiques n’est évidemment pas à la hauteur du drame en train de se produire et ne fait qu’exciter des fanatiques sanguinaires. Une offensive majeure d’une coalition internationale pour détruire ces monstres est la seule attitude digne des grands Etats. Leur lâcheté collective nous révulse: coupables, devant l’histoire, de non assistance à personnes en danger. Et qu’on ne nous dise pas qu’il faut éviter de reproduire l’attaque de l’Irak en 2003 qui avait déstabilisé ce pays. La situation actuelle n’a strictement rien à voir: nous assistons, les bras ballants, à un nouveau génocide en cours et de grande ampleur. Nous (les occidentaux) sommes en train de reproduire la même lâcheté, la même faiblesse que face au « Kampuchéa » de Pol Pot ou le massacre rwandais. Il est invraisemblable que les chefs d’Etats occidentaux et les autres volontaires ne se réunissent pas dans les meilleurs délais pour mettre au point cette intervention militaire qui est de leur devoir. Il en va de la dignité de l’espèce humaine. « Vous avez choisi le déshonneur pour éviter la guerre? Vous aurez le déshonneur et la guerre » Winston Churchill.
vendredi 7 novembre 2014
Scrutin proportionnel : l'ultime manoeuvre de François Hollande pour garder le pouvoir ?
La controverse sur le mode électoral est presque aussi ancienne que la République elle-même. Dans les années 1880, elle constituait un enjeu politique extrêmemement passionnel, opposant Léon Gambetta, favorable au scrutin de liste à la proportionnelle - qu'il jugeait plus conforme aux intérêts de la gauche - et Jules Ferry, chantre du scrutin majoritaire. Le second l'emporta et le mode de votation qu'il préconisait s'imposa sous la IIIe République. Il fut abandonné sous la IVe qui privilégia la proportionnelle avant que la Ve ne revînt au scrutin majoritaire.
Il est nécessaire de rappeler les termes du débat. Dans un cas, l'électeur se prononce pour une liste de noms, en compétition avec d'autres listes, à l'échelle du pays, du département, voire de grandes régions. Le nombre de sièges remporté est proportionnel à celui des voix obtenues. Dans le scond, le vote porte sur le choix d'un homme opposé à d'autres candidats, dans le cadre d'une circonscription. Celui qui obtient la majorité est élu.
Chaque système a ses avantages et ses défauts.
La proportionnelle est un facteur d'équité politique: les différentes formations sont représentées au Parlement en proportion du vote des électeurs: 28% des voix déboucheront sur 28% des sièges. En revanche, elle favorise l'éparpillement de la représentation au Parlement - où de nombreux partis vont être représentés - et rend difficile la constitution d'une majorité homogène capable de gouverner. La IVe République fut ainsi victime de de système qui rendait quasiment impossible l'émergence d'un gouvernement stable.
Le scrutin majoritaire produit les effets inverses. Il amplifie considérablement l'impact, en nombre de sièges d'une victoire électorale. Imaginons un pays avec 100 circonscriptions. Si les candidats du même parti politique l'emportent partout avec 51% des voix contre 49%, ils obtiendront la totalité des sièges au Parlement, alors que le rapport de force est quasi équilibré... Ce système facilite donc la constitution de majorité et favorise la stabilité gouvernementale. En revanche, il est considéré comme injuste du point de vue de la représentation nationale.
Les partis politiques marginaux, «hors système», ou disposant d'une faible implantation locale en l'absence de notables locaux susceptible de les représenter, réclament la proportionnelle: écologistes, Front de gauche, centristes, Front national. En revanche, les puissants partis de gouvernement, bénéficiant d'un fort ancrage sur le terrain, l'ump et le ps seront plus portés vers le scrutin majoritaire qui leur assure à l'un comme à l'autre, en cas de victoire électorale, une confortable majorité pour fomer un gouvernement stable.
En France, les deux systèmes sont en vigueur. L'Assemblée nationale est élue au scrutin majoritaire. Cependant, les députés européens français sont élus à la proportionnelle par grandes régions, comme ceux de la plupart des autres pays de l'Union (avec des nuances).
Au-delà des arguments des uns et des autres, qui reflètent des intérêts électoraux et politique, le choix du système de vote reflète une conception de philosophie politique.
Le scrutin proportionnel met en avant le parti politique. La liste proposée à l'électeur est composée par un état major partisan. Ainsi, lors du scrutin européen de juin 2014, on a vu des députés nationaux battu en 2012, lors des élections nationales par les électeurs au scrutin majoritaire, recasés ensuite comme tête de liste par leurs partis aux élections européennes grâce à la proportionnelle, ce qui leur a permis de retrouver un siège. Ce système revient à faire désigner les futurs députés par le parti politique.
En revanche, le vote majoritaire met en avant la personne, le candidat - même si celui-ci peut bénéficier d'un parrainage d'un parti. L'électeur ne vote pas principalement pour le parti, une liste composée par un état-major, mais avant tout pour un homme ou une femme, dans une logique de lien de proximité. Le scrutin majoritaire reflète une vision plus portée sur la confiance, le choix de l'électeur qui accorde sa voix à celui qu'il charge personnellement de le représenter. C'est avant tout l'électeur qui choisit le député, et non l'état major du parti politique. A l'heure où la fracture entre le peuple et les élites ne cessent de se creuser, il serait suicidaire de briser ce lien direct entre le citoyen et son représentant à l'Assemblée permis par le vote majoritaire.
Il n'existe donc pas de système parfait. Ce que l'on peut déplorer, c'est l'utilisation du mode de scrutin à des fins de manoeuvre politicienne. En 1986, François Mitterrand rétablit la proportionnelle afin de limiter la victoire de la droite et tenter de la priver de majorité stable en introduisant le Front national à l'Assemblée. Il est regrettable qu'avant chaque grande échéance électorale, certains partis soient tentés de trafiquer le système de vote pour garder le pouvoir.
Dans les grandes démocraties, le système de vote fait partie de la tradition politique, du consensus sur la règle du jeu que personne ne conteste, par exemple au Royaume-Uni avec le système majoritaire à un tour. En Allemagne, le mode de scrutin est fondé sur le vote majoritaire assorti d'une dose de proportionnelle. En France, il serait souhaitable de sanctuariser le mode électoral et le plaçant au-dessus des passions et des calculs politiciens. En s'inspirant du modèle allemand, dans le cadre d'un consensus politique, on pourrait envisager de consacrer définitivement en l'inscrivant dans la Constitution le scrutin majoritaire, qui est au coeur de la tradition républicaine française, et l'assortir une petite part de proportionnelle pour permettre aux différents partis d'être représentés sans mettre en cause l'équilibre gouvernemental permis par le scrutin majoritaire.
mardi 28 octobre 2014
Par delà les incohérences de l’opinion
Les sondages se présentent comme une photographie de l’opinion publique à un moment donné. Pour être honnête, on ne peut pas les accepter quand ils vont dans un sens qui nous convient et les rejeter quand ils dérangent. Ils nous montrent en tout cas une opinion publique peu rationnelle, inconstante, versatile, voire même contradictoire. L’une des difficultés d’un responsable politique est d’interpréter un phénomène aussi insaisissable et en apparence, incohérent. Ainsi, l’idée d’une radicalisation conservatrice ou « droitière » de l’opinion publique est aujourd’hui couramment admise. Elle se retrouve dans le fameux sondage CEVIPOF de janvier 2014, selon lequel 50% des Français seraient « favorables à la peine de mort », 67% estime « qu’il y a trop d’immigrés », 47% souhaitent « se protéger du monde » et 35% (seulement) jugent que l’Union européenne « est une bonne chose ». Cependant, les enquêtes d’opinion sur la popularité des personnalités politiques paraissent démontrer l’inverse et plutôt le rejet des options clivantes, une attirance vers le consensus, le centre, l’apaisement. Le dernier sondage IFOP Paris Match sur le classement des hommes et femmes de pouvoir le souligne clairement avec Jack Lang en tête (66%), suivi de Jean-Louis Borloo (65%), d’Alain Juppé (63%) et de Bayrou (60%). Le premier ministre est lui aussi bien placé, du fait sans doute de son positionnement « social démocrate » (55%). En revanche, les personnalités clivantes, partisanes, porteuses d’une image de cassure, plus conformes à l’idée d’une radicalisation de l’opinion, se retrouvent, à l’exception de Montebourg, en queue du classement en tout cas dans le seconde moitié de celui-ci. Une explication possible de ce phénomène pourrait tenir à la distinction entre le fond et la forme. Les préoccupations, angoisses, demandes d’autorité et d’ordre sont bien présentes en toile de fond de l’actualité politique. Cependant, elles se conjuguent avec le besoin de sagesse, d’apaisement, de paix civile, de tolérance, de consensus et d’ouverture qui s’exprime dans les cotes de popularité des personnalités politiques. Les succès électoraux de l’avenir, en particulier de 2017 reposent peut-être dans l’aptitude à analyser et surmonter cette contradiction apparente.
samedi 25 octobre 2014
La Martinique, c’est la France
La Martinique, c’est la France
Ma tournée Outre-Mer dans le cadre de mon travail se termine bientôt, avec la fin d’un bref séjour en Martinique. Malgré des journées surchargées qui ne me laissent pas une seconde de loisir, j’ai découvert ce coin de paradis français à 7000 kilomètres de la capitale. Où que l’on se trouve, le bleu de la mer est partout présent entre les collines. Pour les nostalgiques dont nous sommes tous plus ou moins, ce département a gardé les traits de l’ancienne France, celle d’autrefois. On y parle le plus beau des français, avec des tournures de phrases oubliées. Les élucubrations de la vie médiatique et politicienne nationale, les polémiques, petites phrases, déclarations haineuses ou à l’emporte-pièce, bref la folie hexagonale, sont étrangement absents. Le respect des autres, à pied dans le rue ou sur la route imprègne la vie quotidienne. On ne croise personne sur un chemin sans lui dire « bonjour Monsieur », ou « bonjour Madame » et « je vous en prie » en réponse au « merci ». Le dimanche, les dames mettent leur robe blanche pour aller à la messe ou au temple. Le sourire est ici empreint de sérieux, de retenue et d’une infinie générosité. Mais le paradis sur terre recèle un drame douloureux et omniprésent. Une partie du territoire de l’île a été empoisonné pendant des années par un pesticide, utilisé dans la culture de la banane, lechlordécone, aux effets cancérigènes. Son impact mettra de 50 à 600 ans avant de se dissiper. Interdit aux Etats-Unis en 1976, son usage n’a été prohibé en France métropolitaine qu’en 1990 et – aussi incroyable que cela puisse paraître – dans les départements d’Outre-Mer en 1993… Donc, c’est en toute connaissance de cause que ce produit a été laissé en usage en Martinique comme en Guadeloupe, 17 ans après son bannissement aux Etats-Unis et 3 ans après son interdiction en métropole. Face à la beauté indescriptible de cette île et à la gentillesse tout aussi indescriptible de ses habitants, on se demande aujourd’hui comment un tel cynisme, un tel mépris, une telle désinvolture, et sans doute une telle lâcheté ont été possibles… Qui sont les responsables, les bureaux? Les politiques? Voilà, bien identifiée, la source du mal collectif: l’incapacité à décider, à choisir, à assumer une responsabilité. En tout cas, la Martinique, j’y reviendrai, sans cravate et sans ordinateur, et vite, cela ne fait aucun doute.
mardi 21 octobre 2014
Réflexions de mi-mandat
A mi-mandat, 2 ans et demi, il me faut reparler de François Hollande. Un sondage Opinion Way le Figaro estime la cote de satisfaction du président de la République à 15% et un taux de rejet de 85%, nouveau record absolu dans l’histoire.
Soyons clair, je n’ai pas l’intention de l’accabler. Rien ne me révulse davantage que toutes ces créatures, ministres, députés, presse, responsables politiques, monde médiatique, simple électeur, qui l’ont adoré, portés aux nues et se joignent aujourd’hui à la curée ou se préparent à l’achever. Je ne joindrai pas ma salive à leurs crachats; jouer la mouche du coche, tirer sur une ambulance, cogner un homme à terre n’est pas dans mon style. La vérité, la voici. Hollande n’est pas pire que la moyenne du politicien français, il en est représentatif et c’est pourquoi il est arrivé si haut. Les aléas de sa vie personnelle qui lui coûtent si cher? Ils sont à l’image de la classe politique nationale dans sa globalité sauf exceptions bien entendu. Les politiciens nationaux (les grands), pour la plupart – pas tous, j’insiste – souffrent d’une maladie de l’esprit, l’hypertrophie de l’ego principal moteur de leur engagement mais qui s’exprime aussi dans les débordements de leur libido et le nihilisme moral. C’est un phénomène banal, non généralisable mais étendu, des plus communs, triste mais observable de tous ceux qui ont approché ce milieu… François Hollande qui en émane et l’incarne si bien est devenu une sorte de bouc émissaire national, haï plus encore par la gauche que par la droite. Pourtant, il n’est rien d’autre que le reflet de la France politique et médiatique actuelle, notamment de celle qui l’a soutenu et s’en détourne lâchement en se lavant les mains avec un air dégoûté.
Bien sûr, le président porte le chapeau de ses erreurs, reculs, annonces démenties par les évènements sur le chômage notamment. Mais voulez-vous parier avec moi? Dans le contexte d’un pays ingouvernable, rongé par une impuissance politique chronique, aucun des prétendants à la magistrature suprême (en incluant bien entendu les extrêmes de droite ou de gauche) ne se porterait mieux après quelque temps à l’Elysée. Au bout de 6 mois, tous seraient cramés, atomisés, déglingués, comme lui. Bien entendu, certains s’y prendraient plus habilement que lui pour faire semblant et détourner l’attention des foules, mais leur répit ne serait que de courte durée. D’ailleurs, depuis l’ère de Gaulle/Pompidou, la cote de popularité des présidents ne cesse de s’effondrer. 70% d’opinions favorables à l’époque. Aujourd’hui 15% de confiance pour un chef de l’Etat dont la mission fondamental est d’incarner et guider le pays: un désastre national. Mais détester Hollande, le moquer, le renier, le lyncher est une attitude désormais banale de lâcheté et lâche de banalité. Nous vivons dans une impasse politique totale, bien au-delà de sa personne. L’obsession des dirigeants est celle de leur image. Dès lors, ils se refusent, les uns après les autres, à engager les vraies réformes de fond douloureuses nécessaires, sachant que l’idée d’un « remède miracle » comme la sortie de l’Europe est une véritable imposture qui ne réglerait strictement rien du drame d’un pays qui, globalement, vit au-dessus de ses moyens et se sclérose, paralysé par les rentes de situation, l’immobilisme, les inégalités dans la répartition du travail et des responsabilités.
Non, cette situation dramatique de la « gouvernance française », qui s’exprime dans la chute sans fin de la cote du chef de l’Etat, pourrait être au contraire l’occasion d’engager un débat de fond, sur l’excès de personnalisation du pouvoir, sur l’avenir de la présidence de la République, des institutions, sur la nécessité de repenser la démocratie, de revenir à une conception plus collective et anonyme du pouvoir – donc moins axée sur l’image – la souveraineté du Parlement, l’efficacité de l’Etat et de l’action publique, la question de savoir pourquoi les politiques quels qu’ils soient, ne parviennent plus à régler les problèmes, le renouvellement de la classe dirigeante, de la représentation nationale. Eh bien non. Circulez, braves gens, il n’y a rien à voir…
lundi 13 octobre 2014
Impuissance mondiale face à la barbarie
Impuissance mondiale face à la barbarie
« L’Etat islamique » en Irak et en Syrie poursuit ses atrocités dans une indifférence croissante : le monde s’habitue vite à la barbarie. Ainsi, 4 femmes ont été récemment décapitées, dont deux médecins restés sur place pour s’occuper des enfants et une juriste. Ce qui est étrange, c’est l’impuissance de la communauté internationale. Lesjihadistes sont 30 000 combattants au maximum. Ils ont contre eux les armées des pays arabes, l’Iran, la Turquie juste à côté, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, Israël, bref, quasiment la terre entière. Il n’est pas question de parler de « guerre des civilisations » puisque justement le monde occidental et la plupart des pays musulmans – les communautés musulmanes en général – sont en plein accord pour combattre le fléau. Ce conflit est celui de l’humanité contre la Terreur. Mais on ne parvient pas à s’entendre pour mettre fin aux massacres. L’humanité est en échec contre la Terreur. La situation rappelle un peu – éternel recommencement – ce que le monde a vécu dans les années 1970 avec le Cambodge de Pol Pot, ou le Rwanda 20 ans après. Une poignée de tueurs, un groupuscule, tient tête à l’humanité, à une communauté internationale dominée par l’indécision, la faiblesse, l’incapacité à agir. Il est incompréhensible, consternant, que les armées internationales ne parviennent pas – mais l’essayent-elles vraiment – de faire lever le siège de Kobané, localité voisine de la Turquie. Cette impuissance incroyable, non seulement de l’ONU, de l’Europe, de la Ligue arabe, mais aussi des géants politiques et militaires de la planète est une autre grande leçon de notre époque, montrant une communauté internationale telle un colosse aux « pieds d’argile »et soulignant à quel point la paix mondiale est fragile.
samedi 11 octobre 2014
Le mystère Eric
Le mystère
Eric
Eric
Depuis une semaine environ, Eric Zemmour est omniprésent dans le monde médiatique pour parler de son livre, le suicide français (Albin Michel). Ouvrage brillant et passionnant, mais là n’est pas mon propos. Ce qui me sidère, dans le phénomène médiatique en cours, c’est le contraste entre l’extraordinaire couverture qui lui est offerte et la haine et la violence qui s’expriment à son égard. Outre les insultes de base, l’accusation pavlovienne et mensongère de « lepénisme » voire « d’extrémisme », on entend des choses totalement hallucinantes, invraisemblables qui dépassent largement le niveau des habituelles violences verbales: des allusions à sa religion, venues tout droit d’une autre âge, qui font froid dans le dos, et même l’invocation de sa famille, de son épouse. Et nul ne relève l’abomination de tels propos. Le débat de fond se voit ainsi noyé dans les attaques personnelles, les procès en inquisition et la déferlante des injures. Eric parle, en creusant dans l’histoire, du déclin de la France depuis le départ du Général de Gaulle: un constat évident mais insupportable au monde médiatique, ébloui par les paillettes de l’immédiat. Sa nostalgie est intolérable pour les maîtres à penser d’une époque qui sublime la table rase. Le monde médiatique aurait le moyen commode de tuer un livre qui lui répugne: l’ignorer tout simplement. Eh bien non, il fait le contraire lui assurant une fulgurante promotion… Comment interpréter cette apparente contradiction? Voilà ce qui m’intrigue. Le monde médiatique joue un jeu sordide, ambigu. Il exhibe Eric Zemmour sur les plateaux et les studios dans l’objectif, à travers lui, d’écraser à coup de masse le dernier vestige d’un univers idéologique que l’on pensait définitivement mort, éteint à jamais, en particulier sur les valeurs traditionnelles, débusquer l’intolérable, l’inadmissible, afin d’en finir une fois pour toute. Mais lui résiste, et seul contre tous, dans la position de la victime, du taureau de la corrida, du gibier de potence traqué – qu’il est réellement – seul contre la meute de ses détracteurs, parfaite antithèse du conformisme médiatique, miroir inversé du politiquement correct, retourne la situation en sa faveur et la sympathie de l’opinion, bien au delà des clivages partisans. D’où son extraordinaire succès de librairie qui dépasse celui de « Merci pour ce moment« … Nous ne partageons pas forcément sa philosophie générale, sa vision du monde, de la société et de l’économie. Nous ne sommes pas d’accord avec l’idée d’une France qui pourrait se soustraire à l’impératif d’une adaptation douloureuse et profonde à la réalité de la globalisation, ni avec sa vision des rapports hommes/femmes. N’empêche: les politiques et les intellectuels, de droite ou de gauche, seraient bien inspirés de se pencher sur un phénomène qui les dépasse… mercredi 8 octobre 2014
Madame le président
Madame le président
Connaissez vous le dernier scandale de l’Assemblée nationale? Un député UMP, M. Julien Aubert, UMP, a été lourdement sanctionné – d’un quart de son indemnité parlementaire – pour avoir appelé sa collègue socialiste qui présidait une séance Madame le président plutôt que Madamela présidente. Cette démesure semble trouver sa source dans l’idéologie du "genre" poussée jusqu’à l’hystérie et une sorte de démence narcissique. En général, on sanctionne un député pour des injures considérées comme extrêmement graves (Mitterrand, chef de l’Etat, traité de "collaborateur" par 4 députés RPR en 1981). Aujourd’hui, le couperet tombe pour une broutille des plus farfelues. Pendant ce temps, la France est engagée dans des guerres au Moyen-Orient et en Afrique dont dépend l’avenir de la planète et des soldats français meurent sur le champ de bataille. Le pays ne parvient pas à sortir d’une crise – 5 à 6 millions de chômeurs – qui plonge toute une génération dans l’exclusion, le désœuvrement, le désespoir.
Parler de "dérive totalitaire" me semble faire trop d’honneur à des comportements névrotiques, absurdes, dignes d’une cour de récréation, et encore… La bêtise est comme un boulet qui entraîne la République par le fond. Pauvre démocratie française… Avec toutes mes excuses Madame le président.
mardi 7 octobre 2014
"Brave new world"
"Brave new world"
Ce matin sur Europe 1, au lendemain de la "manif pour tous", j’écoutais le témoignage d’une "mère porteuse", qui en était à son troisième bébé, conçu aux Etats-Unis à la demande de couples pour une somme de 20 000 dollars chacun. Cela me faisait penser à un livre célèbre, jadis bien connu de tous les lycéens de France qui avaient obligation de le lire au passage en seconde, dans les années 1970: le meilleur des mondes(brave new world), d’Aldous Huxley. Extraodinaire prophétie, écrite en 1945, d’un monde où les enfants sont conçus en série pour répondre à la demande des adultes. Nous n’en sommes pas exactement là, mais la même logique de cauchemar est bien à l’œuvre, celle de la marchandisation du corps féminin et de l’enfant. Nous tentons d’en retarder le triomphe par différentes digues, mais combien de temps vont-elles résister? Par association d’idées, un autre roman me
revient à l’esprit: 1984 de Georges Orwell, qu’il fallait impérativement lire aussi quand nous avions 14 ans. Il annonçait, 60 ans avant, la pensée unique, l’obligation de penser tous pareil, dans le même moule idéologique, avec les mêmes mots destinés à formater les esprits (Novlang) sous le contrôle d’un gigantesque ordinateur "big brother", le moindre écart vous exposant à d’effroyables tortures, en particulier morales. La prophétie est à mes yeux le paroxysme de l’intelligence – déduire des observations présentes ce qui nous attend demain – et aussi de la subversion, au meilleur sens du terme. C’est pourquoi, sans doute (vérification faite) on ne lit plus le meilleur des mondes ni 1984 dans les lycées de France.
lundi 6 octobre 2014
La République contre la folie
Ci-dessous une contribution d’hier qui m’a été demandée par Atlantico. En toute franchise, je n’ai rien, strictement contre Alain Juppé, mais j’observe, fasciné, la manière dont le monde médiatique tente de construire son favori pour 2017, un peu comme Dominique Strauss Kahn dans les années 2007-2011. Avec le succès que l’on sait. Toute la politique actuelle me révulse, ses coups d’éclats, ses trahisons, ses crises de mégalomanie, ses sondages bidons, sa démagogie, ses effets d’annonce, ses émissions de télévision qui puent la manipulation à plein nez, sa propagande, ses cris de haine et ses petites larmes, sa communication, ses pitres, sa pensée unique, ses histoires de clans ou de familles, ses idoles et ses gibiers de potence, son affligeante hypocrisie, ce tourbillon de folie autour de la course à l’Elysée – la course au néant – qui amuse tant le monde médiatique. Je me dis, devant ce spectacle misérable, humiliant pour la France, qu’il n’existe que deux réponses possibles: la monarchie de type britannique ou espagnole – une famille régnante – ou la République authentique, pure et dure, impersonnelle, la plus impersonnelle possible: le pouvoir anonyme du peuple et de ses représentants. Par réalisme et affinité (n’aimant pas les héritiers), je pencherais personnellement pour la seconde solution.
samedi 4 octobre 2014
Un certain malaise…
Un certain malaise…
Cette campagne présidentielle, lancée 2 ans et demi à l’avance, ne m’inspire rien de bon. Monsieur Chirac soutient Alain Juppé. Madame Chirac soutient Nicolas Sarkozy. Etrange histoire de famille, un peu ridicule il est vrai… Tous deux, auxquels s’ajoute François Fillon, annoncent déja leur programme, 35 heures, fonction publique, Schengen, etc. Je voyais hier soir Alain Juppé sur France 2. Il me semblait tout dans la posture du sage, plaisantant, aimable, modeste. Peut-être est-ce sa vraie nature après tout. Un ami qui le connait bien me disait qu’il est adorable en privé, amical et adore plaisanter… En tout cas, tout semblait prévu pour le mettre en valeur: un contradicteur socialiste aboyeur et inintelligent, l’interpellation par une méchante responsable associative qui le victimise en le traitant de raciste tout en portant à son encontre des propos lamentables, l’accusant d’être "blanc et sexagénaire", une Marion Maréchal avenante, souriante et courtoise… Tout cela est bien gentil, mais n’est pas du tout à la hauteur. Encore une fois, le grand-guignol se concentre sur lespersonnes, les acteurs de la politique, le théâtre du combat des chefs, conflits d’egomalades, hypertrophiés. Posture, communication…Mais tout cela n’a rien à voir avec les enjeux de la France: comment remettre le pays en marche par une transformation de la République. Pourquoi rien ne fonctionne depuis une quarantaine d’années avec des gouvernements qui ne savent plus gouverner et ne parviennent pas à traiter les problèmes des Français, dont le chômage de masse? Pourquoi la France ne parvient plus à se gouverner? Pourquoi notre démocratie est-elle en panne? Pourquoi la poussée du vote protestataire et d’un gigantesque absentionnisme, signe de la défiance envers le politique? Pourquoi les Français paraissent se détourner de la construction européenne longtemps présentée comme leur avenir? Quels grands chantiers faut-il ouvrir, constitutionnels, européens, pour relancer la France et l’unité de Europe, la démocratie européenne? Les politiques font des annonces, trois ans à l’avance, pour capter l’attention. On va faire ceci ou cela… Ces annonces paraissent, non pas compter pour elle-même, mais au service de l’image de celui qui les formule… Des choses qu’ils ne feront sans doute jamais. Mais ce n’est pas du tout ce que la France attend: un questionnement profond sur la politique, la démocratie, les grands chantiers de l’avenir. Le temps est aux remises en cause, au bouleversements, pas aux effets d’annonces… Continuez, continuez… Une seule certitude de ma part: en 2017, ou même avant, rien ne se passera comme espéré par les uns et les autres, ni comme prévu.
lundi 29 septembre 2014
Bizarreries sénatoriales
Bizarreries sénatoriales
Hier soir, le reportage du 20 heures de TF1 sur les élections sénatoriales ne donnait pas une belle image de la démocratie française. L’enjeu essentiel du scrutin se rapportait à la conquête du perchoir. Pourquoi se battent M. Raffarin et M. Larcher, deux grands notables de la vie politique depuis des décennies (on n’ose imaginer combien)? Serait-ce pour le prestige du protocole – second rang après le chef de l’Etat – et de l’un des plus beaux palais de la République? Et sinon, pourquoi, quelle vision, quel projet derrière leur candidature ? Qu’ils le disent! M. Baroin renonce à l’Assemblée nationale pour le Sénat. "Après 21 ans de mandat de député" proclamait-il fièrement sur l’écran de télévision. Le Sénat a beaucoup moins de pouvoir que l’Assemblée. Mais un siège de sénateur est plus confortable, plus stable… Que cherche-t-il: oeuvrer pour son pays ou le confort d’un siège pénard au Palais du Luxembourg. Et les Français qui l’ont élu à l’Assemblée, que pensent-ils de ce mandat de député interrompu? Que vaut leur suffrage? Quant à la droite lepéniste, elle est prise de délicieux frémissements à l’idée d’avoir envoyé deux des siens à la Chambre Haute. Respectabilité? Tu parles… Comme les autres, la quête des fromages. Et, quoi, on rêve? M. Guérini, de Marseille, sénateur lui aussi? Non, non, c’est bien vrai! Cette élection, qui n’a pas grande importance pour les équilibres politiques du pays, donne une drôle d’image, clanique, effet de caste, rentes de situation, guerre des privilèges, presque caricaturale. Elle ne va pas rassurer les 36% des Français auxquels la politique inspire de la méfiance, ni les 32% auxquels elle inspire du dégoût (CEVIPOF, 2014). Triste et désespérant. Aux Etats-Unis, on ne plaisante pas avec le Sénat, on tremble devant une commission d’enquête sénatoriale. La démocratie française a besoin d’un Parlement efficace, digne, respectable. Il faut commencer par interdire les phénomènes de privatisation des mandats: deux fois député (comme le président de la République) une seule fois sénateur. Mais qui peut imaginer un instant de voir la caste renoncer à ses rentes de situation?
mardi 23 septembre 2014
L’appel du silence
L’appel du silence
"Ceux qui se taisent, les seuls dont la parole compte" a écrit Charles Péguy dans ses Cahiers de la Quinzaine. Les hommes politiques s’efforcent d’occuper la scène publique par des formules et des mots, "l’identité heureuse" selon Alain Juppé, le "référendum", "Schengen" pour Nicolas Sarkozy. Cependant, la parole politique n’a plus vraiment de crédibilité. Les mots se perdent dans l’indifférence, comme ces petits cailloux qu’on jette dans un puits sans fond. Après 4 décennies de promesses non tenues, de déceptions, de scandales tonitruants, "les gens" n’écoutent plus que d’une oreille distraite et incrédule les déclarations de la France dite "d’en haut", médiatique. Taper sur Hollande est inutile. Le chef de l’Etat est à ramasser à la petite cuiller. A quoi sert-il d’en rajouter, sinon de donner l’impression de tirer sur une ambulance? La France, engagée en première ligne dans un conflit militaire majeur – et juste – a besoin d’unité plus que de déchirement. Aujourd’hui, les hommes et femmes politiques ont tout intérêt à se taire, à tenter d’agir quand ils sont au pouvoir, plutôt que de communiquer, et à préparer l’avenir quand ils sont dans l’opposition, en toute discrétion et sérieux. L’époque et l’état d’esprit des Français, ne se prêtent ni aux discours ni aux promesses, encore moins aux polémiques. Comment font-ils pour ne pas le voir? La seule séduction qui vaille est celle du silence. Aimer la France et respecter les Français? leur foutre la paix en ce moment. Il faut choisir entre travail et jacasserie. Personnellement, j’ai pris l’habitude, par instinct, de couper le poste dès que j’entends la voix d’un politicien (tous évidemment, de l’extrême droite à l’extrême gauche), sauf poussé par la curiosité, en de rares exceptions, que j’ai vite fait de regretter… Ce n’est pas une attitude de "repli sur soi" mais un réflexe d’auto protection.
lundi 22 septembre 2014
Quinquennat de Nicolas Sarkozy : un droit d'inventaire
Maxime Tandonnet, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, dresse le bilan du quinquennat de l'ancien chef de l'État alors que celui-ci a fait son retour politique sur France 2 ce dimanche.
Le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy fait l'objet d'une sorte de
tabou. Un leader socialiste affirme qu'il est «son boulet» mais sans la moindre esquisse de démonstration tandis que les partisans de l'UMP n'en parlent que rarement et ne cherchent pas à le défendre. Chacun semble préférer l'oubli. La défaite électorale de mai 2012 a marqué une sanction populaire, dans un contexte économique extrêmement difficile, à la suite de la crise des subprimes et de plusieurs années d'augmentation continue du chômage. Cet échec, dans un climat de forte impopularité - mais loin d'atteindre celle de son successeur - ne suffit pas à caractériser un bilan. L'histoire montre que l'on peut perdre une élection sans avoir démérité, à l'image de Valéry Giscard d'Estaing en 1981, à l'origine de grandes réformes et d'une gestion économique sérieuse, dernier président sous lequel le budget a été voté en équilibre et qui a laissé la France dans une sitution financière saine.
La vision que l'on peut avoir du mandat de Sarkozy est double: un volontarisme et un courage qui se sont traduit par un travail de réforme profonde du pays, mais aussi une pratique du pouvoir, un style, «une gouvernance» qui ont conduit sa politique dans une impasse, expliquant sa défaite de mai 2012.
Le président Sarkozy avait été élu en 2007 sur un programme détaillé, particulièrement précis qui a servi de feuille de route à son mandat. Il se considérait comme personnellement responsable devant les Français de sa réalisation et suivait lui-même, au jour la jour, sa mise en oeuvre, mettant le Gouvernement et sa majorité au Parlement sous pression afin de tenir ses engagements. «Nous sommes en train de transformer le pays comme il ne l'avait jamais été depuis 1958» avait-il coutume de déclarer, se référant aux grandes réformes institutionnelles du Général de Gaulle. Dans le contexte de la crise planétaire, la modernisation du pays a progressé à un pas accéléré: libération des énergies avec le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, l'allégement de la fiscalité de l'héritage, la défiscalisation des heures supplémentaires, la suppression de la taxe professionnelle, véritable boulet pour les entreprises; grandes réformes de structures, autour du service minimum ou de l'autonomie des université; action en profondeur sur la sécurité des Français, une priorité absolue chez lui avec le rapprochement police/gendarmerie au ministère de l'Intérieur, la loi anti-bande, la sanctuarisation des établissements scolaires, la police de l'agglomération parisienne, les peines planchers pour les multirécidivistes, la rétention de sûreté; le renouveau de la politique de l'immigration autour d'une quinzaine d'accords de gestion concertée avec les pays d'origine. Le chef de l'Etat des années 2007-2012 a été le premier depuis le début des années 1980 a réussir une réforme sociale de grande ampleur en refusant de céder à des manifestations de masse et blocages multiples en octobre 2010 avec l'indispensable relèvement de l'âge de départ à la retraite à 62 ans.
Alors, qu'a-t-il manqué à son mandat, expliquant l'échec de 2012? Le mode de sa présidence a gâché, aux yeux des Français, l'excellent travail de fond qui était en cours. Sans doute est-ce là le revers de la médaille de son engagement, mais sa présidence a été ressentie comme beaucoup trop personnalisée. En voulant gouverner le pays depuis l'Elysée, le chef de l'Etat s'est exposé personnellement, concentrant sur sa personne le malaise d'une époque et les inquiétude des Français. Le Premier ministre s'en est trouvé effacé et dans l'incapacité de jouer son rôle de fusible, protégeant le président de la République. D'où les polémiques à répétition, visant l'Elysée, qui ont affaibli Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat a été perçu comme exagérément clivant, leader d'une majorité et non pas, comme le veut la Constitution, en arbitre au dessus de la mêlée, au-dessus des partis, incarnant la Nation. Sa politique «d'ouverture», consistant à promouvoir des personnalité de l'opposition a mécontenté tout le monde, ressentie comme tactique plutôt que consensuelle. Cette dérive des institutions vers une personnalisation excessive, généralement attribuée au quinquennat, a pris une ampleur particulière sous la présidence Sarkozy, du fait de l'activisme et de l'omniprésence de celui-ci. Le passage de «l'hyperprésidence» à la présidence «normale» n'a rien changé à la surexposition présidentielle, à la dérive partisane de l'Elysée, à une personnalisation des enjeux qui confine à l'absurde. Peut-on concilier volontarisme dans la réforme et une pratique des institutions plus conforme à la Constitution: le président préside avec la hauteur et le recul nécessaires, trace les grandes orientations, dirige la politique étrangère, dans un climat de relatif consensus, de paix civile autour de son image, tandis que le gouvernement gouverne, accomplit des choix et s'expose? Faute d'un retour au septennat, peu probable, beaucoup dépend des comportements personnels à venir et de l'équilibre entre l'Elysée et Matignon, sur le fondement de la Constitution de 1958 qui confie sans aucun doute possible la responsabilité du gouvernement de la France au seul Premier ministre.
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