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lundi 12 novembre 2012
Le vrai Obama, c’est maintenant
Le vrai Obama, c’est maintenant
Barack Obama n’a pas été porté, mardi, par le souffle d’audace,
l’élan d’enthousiasme, l’envie d’aventure. En 2008, ces traits du
caractère américain ont fait entrer un Noir à la maison Blanche et dans
l’histoire en même temps que l’espoir et le rêve américain renaissaient
partout dans le monde. La crise a éteint la lueur de Washington. Le
répit économique, le dépit à l’encontre d’un parti républicain trop
cynique envers les laborieux, ont permis à Barack Obama d’échapper au
sort réservé depuis 2009 à tous dirigeants des grandes démocraties,
emportés par la dépression de l’industrie et la déprime des peuples.
Le
monde approuve depuis hier le choix des Américains – sans applaudir à
tout rompre comme il y a quatre ans. Et pourtant, Obama est davantage en
mesure aujourd’hui de ramener le monde vers la croissance, de ressouder
les pays occidentaux face à l’impérialisme chinois, d’œuvrer pour la
paix au Proche-Orient. Débarrassé du challenge de la réélection, du coût
des guerres de Bush, de Ben Laden, de la dérive bancaire des années
2000 et avec un peu de chance de la rage des Républicains, le président
peut s’attacher à laisser une autre trace dans l’histoire du monde que
celle du premier Noir de la Maison Blanche. En a-t-il l’énergie ? Ce
n’est pas gagné aussi aisément que sa réélection.
dimanche 27 mai 2012
Bernard-Henri de Libye
M.Dassault ne va pas être content. On vient de l’apprendre à
Cannes : ses avions Rafale qui ont pilonné les chars d’assaut et les
mercenaires du colonel Kadhafi pendant six mois ne sont pour rien dans
la chute du régime. Les conseillers militaires dépêchés auprès des
rebelles, les bailleurs de fonds saoudiens armant les milices islamistes
de Benghazi, la CIA omniprésente dans l’entourage de l’ancien
dictateur, l’ONU et Nicolas Sarkozy n’étaient que simples soldats au
garde-à-vous devant l’homme qui a terrassé Kadhafi, le nouveau héros de
Tobrouk, le justicier des sables de Nubie : Bernard-Henri Lévy. «
J’étais le seul à être là » clame notre philosophe des tapis rouges de
Cannes. Le nouveau Lawrence d’Arabie a troqué son écharpe blanche pour
un chèche. BHL avait manqué la Bosnie ; il n’avait pu sauver en
Afghanistan « son ami » le commandant Massoud (depuis une chambre
d’hôtel 4 étoiles, convenons-en c’était difficile), il n’a pas pu faire
gagner la gauche française avec son ami DSK. Mais la Libye, c’est lui.
Il le montre dans un film présenté à Cannes, « le serment de Tobrouk ».
Car BHL ne se déplace pas sans caméramen, sauf quand il se rend à
l’Assemblée générale des actionnaires des surgelés Picard et des
groupements forestiers déforestant le Gabon et le Bénin qui lui
procurent de solides dividendes.
On voit donc dans le film BHL
devant la Croix de Lorraine tel le général Leclerc au cimetière de
Tobrouk, BHL à l’hôpital de Benghazi, BHL au téléphone tutoyant Sarkozy,
BHL arrivant dans les villes libérées (après les troupes quand même et
escorté des fois que traîne un entarteur). Et BHL sur les plateaux
télés. Car notre penseur national tout terrain a reconquis celle qu’il
préfère après une traversée du désert médiatique : la célébrité
télévisuelle. Philosophe, écrivain, diplomate, chef de guerre, homme
d’affaires : Bernard Henri-Levy se dit lui-même inclassable. Il est en
tout cas sans égal pour une chose : l’autopromotion.
lundi 21 mai 2012
Congélateurs explosifs
Si les dégâts des crises financières se limitaient à quelques scènes de ménage houleuses dans les familles de petits porteurs trop aventureux et à des dépressions nerveuses de traders en chemises blanches jonglant avec les bourses mondiales derrière leurs ordinateurs, ça se soignerait vite.
Mais les déprimes financières finissent toujours par frapper au cœur l’économie réelle. Autrement dit les gens. Salariés, entrepreneurs, demandeurs d’emploi… Un été pourri s’annonce sur le front de l’emploi si l’on en croit Arnaud Montebourg. Le nouveau ministre de l’appareil productif a soulevé les couvercles des congélateurs de l’économie française remplis de plans sociaux sur le point de dépasser la date de péremption dans l’industrie, la grande distribution, les transports, les services, la banque… Comme à chaque annonce, pouvoirs publics et partenaires sociaux se mobiliseront pour sauver les emplois qui peuvent l’être dans les plans sociaux les plus massifs des enseignes les plus connues. D’autres emplois dans les PME, l’artisanat, le commerce disparaîtront par milliers dans l’anonymat des tribunaux de commerce de province. Depuis près de quatre ans, le marché du travail en Europe refoule 5 000 chômeurs supplémentaires chaque jour. M. Montebourg rappelle cette réalité socialement et politiquement explosive. Une relance concertée à l’échelle du continent et à la mesure de cette crise sociale à venir ne peut rester au congélateur.
Si les dégâts des crises financières se limitaient à quelques scènes de ménage houleuses dans les familles de petits porteurs trop aventureux et à des dépressions nerveuses de traders en chemises blanches jonglant avec les bourses mondiales derrière leurs ordinateurs, ça se soignerait vite.
Mais les déprimes financières finissent toujours par frapper au cœur l’économie réelle. Autrement dit les gens. Salariés, entrepreneurs, demandeurs d’emploi… Un été pourri s’annonce sur le front de l’emploi si l’on en croit Arnaud Montebourg. Le nouveau ministre de l’appareil productif a soulevé les couvercles des congélateurs de l’économie française remplis de plans sociaux sur le point de dépasser la date de péremption dans l’industrie, la grande distribution, les transports, les services, la banque… Comme à chaque annonce, pouvoirs publics et partenaires sociaux se mobiliseront pour sauver les emplois qui peuvent l’être dans les plans sociaux les plus massifs des enseignes les plus connues. D’autres emplois dans les PME, l’artisanat, le commerce disparaîtront par milliers dans l’anonymat des tribunaux de commerce de province. Depuis près de quatre ans, le marché du travail en Europe refoule 5 000 chômeurs supplémentaires chaque jour. M. Montebourg rappelle cette réalité socialement et politiquement explosive. Une relance concertée à l’échelle du continent et à la mesure de cette crise sociale à venir ne peut rester au congélateur.
lundi 14 mai 2012
Ça commence à Berlin
C’est la semaine où tout commence pour François Hollande. Mardi à 10 heures, il présidera la France. Mardi à 20 heures, à Berlin, il deviendra le Président que regarde et qu’espère l’Europe. Les élections se suivent et se ressemblent pour les socialistes. Hier, la gauche a gagné le scrutin dans la grande région industrielle d’Allemagne, humiliant le parti d’Angela Merkel. Les sociaux-démocrates allemands ont ainsi donné procuration à leur ami français pour fixer un nouveau cap à l’Europe face à cette Chancelière chancelante, désormais contrainte d’intégrer la notion de relance dans sa définition du mot réforme jusque-là synonyme de rigueur. Pour cette Espagne indignée, pour cette Grèce ingouvernable, au bord de la révolution, la seule solution possible est bien cette Europe que les peuples désignent comme le problème.
François Hollande, seul homme neuf, seul dirigeant légitimé par les urnes, va porter sur ses épaules le sauvetage de l’euro, la mission de la réconciliation, l’espoir d’un équilibre entre la discipline chère aux Anglo-Saxons et la croissance qu’attendent des millions de chômeurs. Cette charge ne lui laissera pas le temps de présider la France… ou alors il se tromperait de priorité. Le « Berlinois » François Hollande aura besoin d’un Premier ministre pour s’occuper des affaires du pays. Pas un simple collaborateur.
C’est la semaine où tout commence pour François Hollande. Mardi à 10 heures, il présidera la France. Mardi à 20 heures, à Berlin, il deviendra le Président que regarde et qu’espère l’Europe. Les élections se suivent et se ressemblent pour les socialistes. Hier, la gauche a gagné le scrutin dans la grande région industrielle d’Allemagne, humiliant le parti d’Angela Merkel. Les sociaux-démocrates allemands ont ainsi donné procuration à leur ami français pour fixer un nouveau cap à l’Europe face à cette Chancelière chancelante, désormais contrainte d’intégrer la notion de relance dans sa définition du mot réforme jusque-là synonyme de rigueur. Pour cette Espagne indignée, pour cette Grèce ingouvernable, au bord de la révolution, la seule solution possible est bien cette Europe que les peuples désignent comme le problème.
François Hollande, seul homme neuf, seul dirigeant légitimé par les urnes, va porter sur ses épaules le sauvetage de l’euro, la mission de la réconciliation, l’espoir d’un équilibre entre la discipline chère aux Anglo-Saxons et la croissance qu’attendent des millions de chômeurs. Cette charge ne lui laissera pas le temps de présider la France… ou alors il se tromperait de priorité. Le « Berlinois » François Hollande aura besoin d’un Premier ministre pour s’occuper des affaires du pays. Pas un simple collaborateur.
mercredi 9 mai 2012
8 mai : la France, 9 mai l’Europe
Pays à l’âme centriste et au fond « radical » au sens III
e République de cet adjectif politique, la France a aimé ce beau 8-mai
de concorde républicaine. Elle est forte, simple, émouvante cette image
des deux Présidents d’une seule République que le protocole et les
vétérans rehaussent de patriotisme et de solennité. Ces deux hommes
déposant leur gerbe et les armes après deux mois de féroces discordes et
d’âpre combat illustrent l’Etat dans sa continuité, la Nation dans son
unité, le respect et la responsabilité des garants de nos institutions
républicaines.
L’un paraît à la fois épuisé et apaisé que ça se
termine, l’autre apparaît détendu et conscient que ça va être ardu.
C’est vrai ce matin, la parenthèse républicaine est déjà refermée.
France de gauche et France de droite lâchent de nouveau leurs coups et
ne mâchent pas leurs mots. La campagne électorale, revoici un autre
rite, un autre signe de vitalité pour la République. Mais c’est aussi un
retour à une autre réalité : il existe une troisième France qui au
premier tour de l’élection a planté des épines dans la gerbe
républicaine des « partis de gouvernement » pour exprimer sa détresse,
sa peur du lendemain, son sentiment d’abandon, son exigence de repères.
Elle ne se contentera pas d’images.
Et puis, autre réalité après
le 8 mai, vient sur le calendrier le 9 mai, « journée de l’Europe ».
L’endroit où ça se passe. Et là, l’unité, la réconciliation, la détente,
ce n’est pas encore au programme.
mercredi 2 mai 2012
Le duel des faux jumeaux
Ils ont grandi tous les deux à Neuilly, ils sont entrés à l’Assemblée
le même jour, ils ont gravi les marches quatre à quatre dans leur
parti, pugnaces et tenaces face au mépris de leurs pairs qu’ils ont
souvent subi…
Les duettistes du soir se sont croisés tant de fois
depuis 25 ans, jusqu’à se tutoyer, et ont tant de fois croisé le fer
dans d’obscurs colloques ou des plateaux télévisés de second rang qu’on
se demande comment ils peuvent encore se surprendre et nous étonner.
Après ce quinquennat bien court et cette longue campagne, on a
l’impression de les connaître par cœur. Nicolas Sarkozy avance depuis
toujours au culot, baïonnette au canon, animé d’une foi en lui sans
mesure. Dans cette campagne, il cogne plus fort, il tire plus à droite.
François Hollande marche à la normalité, avec une rare vivacité
d’esprit, piquée de pointes d’ironie. Depuis deux mois, il ne dévie pas
de sa posture de rassembleur. On devine que le Président va esquiver les
chapitres sur son bilan et son adversaire les questions sur
l’immigration. On pressent un Hollande cherchant à prendre de la hauteur
et un Sarkozy affichant son expérience… On peut penser qu’ils ne
s’étendront pas sur les affaires et les personnages qui pourrissent ce
second tour. Et pourtant, ils devront s’affronter, sans pitié ni
retenue. Pas parce que c’est un jeu. Mais parce que l’enjeu de ce débat
n’est ni plus ni moins que l’avenir du pays plongé dans une crise
profonde. A eux de nous dire ce soir comment ils envisagent de nous
construire cet avenir.
dimanche 22 avril 2012
L’austérité citoyenne
Les petits et gros porteurs de la Bourse maudissent sans doute cette
semaine. Elle a effacé pratiquement tous les gains du CAC 40 depuis le
début de l’année. La faute à l’Espagne : pour dégonfler sa dette, son
gouvernement double le prix des médicaments et triple celui des études
supérieures, ce qui va diminuer le pouvoir d’achat et brider la relance.
S’il n’applique pas ces mesures, ce sera pire. Mais avec ça et le
reste, ça n’ira pas mieux. Cela s’appelle une crise.
Si la Bourse
voit rouge, ce serait aussi la faute à la présidentielle, propice à
toutes les rumeurs sur les notations, la politique énergétique, les
accords européens. Ces marchés qui ont réglé le compte aux dirigeants
des Etats européens les plus endettés pour imposer davantage de rigueur à
leurs successeurs, se méfient de ces Français si cabochards dans
l’urne. Ils ont tort. Le citoyen est lucide face à la crise à en croire
les chiffres de la semaine. La consommation de carburants a diminué de
3,5 %, la circulation sur les autoroutes de 4,2 %. Les « limonadiers »
s’alarment : nous n’avons jamais bu aussi peu de vin, de café, de
Coca-Cola et d’alcool dans leurs établissements. La SNCF lance des TGV
low-cost, les grandes enseignes de la distribution tassent les prix, le
marché de l’immobilier est atone. Les organismes de crédits à la
consommation… licencient. Les livrets d’épargne se remplissent. Les
Français n’ont pas attendu le CAC 40 ni les élections pour s’appliquer
eux-mêmes une certaine austérité.
samedi 21 avril 2012
Désir de traditionnel
Cette campagne devait se dérouler sur les réseaux sociaux et les
plateaux télévisés, instruments d’une puissance virtuelle et nouvelle
capables de toucher tout le monde à l’instant T et en continu. À
l’arrivée, ce fut une course au remplissage des salles de meeting, des
marches en plein air, des marathons de porte-à-porte, de harassantes
tournées d’usines et de supermarchés au contact direct de l’ouvrier et
de la caissière. Cette étrange campagne s’achève par le déploiement de
ces armadas de militants qui, ce matin sur les marchés et dans les rues,
vont se mouiller au propre comme au figuré pour des convictions, des
envies, des idéaux. En exprimant ce besoin de rencontre directe et ce
désir de traditionnel dans la façon de s’adresser à lui, le citoyen,
lucide face à la crise, a montré qu’il ne voulait pas de candidat
intouchable. Il a signifié qu’il se méfiait des écrans, se défiait des
journalistes, ces filtres entre le politique et le peuple, que les
candidats traversent avec des grilles de lectures et des éléments de
langage pour éviter l’essorage. Il ne reste plus au citoyen qu’à aller
au bout de sa démarche : rencontrer demain son candidat dans l’urne.
samedi 14 avril 2012
En attendant la chose sérieuse
Les deux actes de campagne qui ont secoué les internautes cette
semaine ne sont pas les deux défilés des candidats sur France 2,
pulvérisés à l’audimat par la série de TF1 « Profilage ». Des millions
d’internautes ont regardé la vidéo officielle du candidat Poutou
pastichant « Questions pour un Champion » et la vidéo canular d’une
sculpturale blonde (Suédoise) chantant sa flamme pour Mélenchon, façon
supportrice de Poutine. Deux clips décalés et drôles, originaux et bien
ficelés.
Faut-il y voir le signe que cette campagne ennuie les
Français ? Ou bien ont-ils déjà fait leur choix ? Les sondages ne
bougent plus depuis la poussée Mélenchon. Les candidats répètent des
annonces distillées depuis des semaines, se portent les mêmes coups et
continueront demain avec les derniers meetings. La mode du chiffrage
systématique crée surtout de la confusion et des polémiques. Les
commentateurs tournent et retournent les apports et les reports de voix.
Si les Français ont plus besoin de se divertir que de plancher sur les
programmes, si on n’apprend rien de neuf, c’est que les candidats ont su
marquer leur identité et leurs différences. Ils ont fait le job. C’est
plutôt une bonne nouvelle.
Le 22 avril, le citoyen passera à la
chose sérieuse avec toutes les données en main. En attendant qu’il
profite de quelques sourires de campagne.
mardi 10 avril 2012
Trop pressés, nos candidats
Lancés dans des courses folles contre des agendas surbookés, les
candidats à la présidentielle et les dirigeants politiques en général,
sont des gens perpétuellement pressés. Mais pas plus que des milliers de
Français qui tous les matins prennent leur voiture pour se rendre au
travail, à un rendez-vous, au chevet d’un proche. Qui n’a jamais appuyé
un peu plus fort sur l’accélérateur pour combler un retard lié à un aléa
malencontreux et perdu un point en route ?
Certes, un fort
sentiment d’injustice perdure sur le positionnement de certains
appareils et la sévérité à l’égard des petits excès. Mais parce que les
résultats comptabilisés en vies épargnés sont incontestables, les
Français ont fini par comprendre la pédagogie du radar et admettre la
sanction contre l’excès de vitesse caractérisé. En imposant de lever le
pied par des mesures aussi impopulaires que l’amende et le permis à
points, Michel Rocard, Jean-Pierre Raffarin, leurs conseillers et
ministres de l’époque dont certains sont aujourd’hui candidats, ont fait
preuve d’un vrai courage politique. Ce n’était pas évident dans un pays
attaché à la liberté au volant et dépendant économiquement du monde de
l’automobile.
À défaut d’avoir été exemplaires, s’ils veulent
rendre ce courage crédible, les contrevenants de la campagne n’ont plus
qu’à réagir comme l’automobiliste « normal », comme le Français flashé
qui se lève tôt pour conduire. Payer et perdre des points
lundi 9 avril 2012
Kitsch républicain
Grand moment de rigolade pour les uns, de ringardise pour les autres,
les clips des candidats vont maintenir pendant 12 jours l’illusion
qu’une campagne électorale en France, c’est équitable, bien propre, bien
réglementé. Grâce à ces survivances « vintage » de l’ORTF et aux
chronos du temps de parole, l’honneur sera sauf pour l’audiovisuel
public, l’apparence sera préservée pour l’institution républicaine,
abritée sous le label solennel « officiel », destiné à nous faire croire
que Cheminade = Sarkozy. Les clips négatifs, les attaques personnelles
et les caricatures sur les adversaires prolifèrent sur les réseaux
sociaux. Parce que les grands partis ont acheté légalement des listings,
les citoyens recevront par SMS ou Facebook des appels au vote samedi 21
et dimanche 22. Mais « officiellement » tout cela n’existe pas dans la
campagne.
Même si Jean-Pierre Elkabbach est toujours là, le monde
de l’image a changé depuis l’ORTF et internet n’est pas le monde de
oui-oui. En refusant d’assouplir la règle, de libérer la parole et le
temps de parole pour s’adapter à cet univers nouveau, le législateur
agit comme s’il ignorait que la communication compte autant que les
idées, les programmes, la stature du candidat. En habillant la campagne
de ce kitsch républicain, la classe politique se coupe des jeunes
générations qu’elle doit pourtant éduquer et inciter au vote. Moderniser
la campagne officielle, c’est devenu un devoir civique.
lundi 2 avril 2012
Les absents ont toujours tort
La menace d’un retour massif d’abstention plane sur la
présidentielle. Le formidable élan citoyen de 2007 avec 36 millions de
votants (82 %) s’est vite brisé lors des scrutins qui ont suivi, tous
dominés par une participation faible. La crise, la mondialisation qui a
dépossédé les politiques du pouvoir réel, les médias qui pour faire du
clic et du buzz détournent la politique vers l’anecdotique expliquent
cette désaffection.
Le plateau des candidats apporte peu de
nouveauté. Sarkozy est hyperprésent depuis cinq ans. François Bayrou
semble posé dans le paysage de la présidentielle comme Michel Drucker
dans celui de la télévision. Le Front national ne change ni de nom ni de
discours. Hollande subit le contre coup de la primaire qui donne
l’impression d’une campagne avec des propositions, des arguments déjà
anciens. Pas étonnant que Mélenchon, le plus nouveau, le plus
antimondialiste bénéficie de ce phénomène. Et pourtant, leurs idées ne
se ressemblent pas
Ce dépit touche d’autres champs que la
politique. Les Français s’abstiennent de plus en plus de donner au
téléthon, aux restaus du cœur, au sidaction : tous enregistrent une
baisse des dons de 10 %. Le repli individuel sur son petit quotidien, sa
petite épargne, son micro-univers ajoute une crise citoyenne à la
crise, un désenchantement plus pernicieux qu’une révolte. Il reste 20
jours pour se ressaisir et se souvenir qu’en démocratie, les
abstentionnistes ont toujours tort.
vendredi 30 mars 2012
Il n’y a plus de Pyrénées
Le commentaire La plus grande grève d’Europe depuis cinq ans a eu
lieu hier. Nos polémiquettes nationales et cette campagne désespérément
franco-française occultent ces marées humaines charriant le désespoir et
la colère dans toutes les villes d’une Espagne exsangue. La lucidité
commande pourtant de lever la tête pour regarder par-dessus les
Pyrénées.Avec entre autres malheurs, un chômage des jeunes à 45 %, un
ménage sur quatre surendetté et la moitié des salariés en dessous de 1
050 euros par mois, l’Espagne est un grand pays au bord du précipice et
ne laisse pas d’autre choix à son peuple que la rigueur ou le chaos. Se
rassurer en se disant « ça va mieux de ce côté-ci », c’est nier la
réalité de notre monde. La fameuse exclamation de l’ambassadeur
d’Espagne en 1 700 à la cour de Louis XIV « Il n’y a plus de Pyrénées » a
fini par devenir réalité dans l’Europe de 2012. La monnaie unique, les
échanges interbancaires, les investissements croisés ont imbriqué les
économies.Si demain l’Espagne menace ruine comme la Grèce hier, la
France basculera aussi du mauvais côté. Tous nos candidats devront
remballer leurs promesses et ranger leurs propositions
franco-françaises. Que sont-ils prêts à décider pour sauver l’Espagne ?
C’est la question la plus importante pour notre avenir.
lundi 19 mars 2012
La méprise de la Bastille
C’est une révolution ? « Non, sire une indignation » répondrait le Duc de Liancourt s’il conseillait Sarkozy, Hollande ou Bayrou après avoir vu cette place de la Bastille, noire de monde et rouge de colère. La mobilisation réussie derrière un Jean-Luc Mélenchon étreint par l’émotion et galvanisé au sondage à deux chiffres, fait écho au succès d’édition du livret « Indignez-vous » de Stéphane Hessel. Cette insurrection civique se nourrit de la crise, des mesures d’austérité du moment et puise ses racines dans le non à la Constitution européenne de 2005 que nos dirigeants ont contourné par des traités alambiqués pour remettre l’Europe sur son rail libéral. Ce cri du peuple monte pour dénoncer les inégalités, qui à force de se creuser sont devenues des injustices. Mélenchon fédère cette indignation et la gauche de la gauche.
Son ascension complique le deuxième tour de Nicolas Sarkozy qui ne dispose pas dans son camp d’une réserve aussi forte et fiable. Elle affaiblit les écologistes. Pour Hollande et Bayrou, l’idée d’un Président élu par défaut, sur un référendum pour ou contre Sarkozy, n’est plus tenable. Aucun candidat ne peut commettre une méprise sur la Bastille. C’est bel et bien Mélenchon qui secoue la campagne.
C’est une révolution ? « Non, sire une indignation » répondrait le Duc de Liancourt s’il conseillait Sarkozy, Hollande ou Bayrou après avoir vu cette place de la Bastille, noire de monde et rouge de colère. La mobilisation réussie derrière un Jean-Luc Mélenchon étreint par l’émotion et galvanisé au sondage à deux chiffres, fait écho au succès d’édition du livret « Indignez-vous » de Stéphane Hessel. Cette insurrection civique se nourrit de la crise, des mesures d’austérité du moment et puise ses racines dans le non à la Constitution européenne de 2005 que nos dirigeants ont contourné par des traités alambiqués pour remettre l’Europe sur son rail libéral. Ce cri du peuple monte pour dénoncer les inégalités, qui à force de se creuser sont devenues des injustices. Mélenchon fédère cette indignation et la gauche de la gauche.
Son ascension complique le deuxième tour de Nicolas Sarkozy qui ne dispose pas dans son camp d’une réserve aussi forte et fiable. Elle affaiblit les écologistes. Pour Hollande et Bayrou, l’idée d’un Président élu par défaut, sur un référendum pour ou contre Sarkozy, n’est plus tenable. Aucun candidat ne peut commettre une méprise sur la Bastille. C’est bel et bien Mélenchon qui secoue la campagne.
mercredi 7 mars 2012
Le compte est bon
Peut-on télécharger l’application du jeu Des chiffres et des Lettres sur l’ipad troisième version ? Avec sa musique de western, le couple inséparable consonne-voyelle et Bertrand, l’homme qui cache une calculette sous sa moustache, l’émission culte et kitsch de la télévision française est la seule à avoir traversé autant d’époques depuis la France de Pompidou et la télé à deux chaînes.
Quarante ans après Armand Jammot, on a perdu Max Favalelli et les jeunes filles qui faisaient tourner les chiffres entre deux maternités ont été remplacées par des ordinateurs (peut-être des Mac). Mais on n’a « pas mieux » que vocabulaire et calcul mental pour résister au zapping. Chez Apple, la méthode est inverse : une génération ça dure un an. La tablette du jour est toujours plus jolie, plus performante que la précédente nous persuade le marketing. Ça marche : le compte d’exploitation est bon depuis 30 ans quand Steve Jobs créa le Macintosh 128D à disquette. Le génie d’Armand Jammot et de Steve Jobs, c’est chacun dans leur univers, pour leur public, d’avoir trouvé une idée simple, un objet qui séduit, divertit, culturellement et naturellement à sa place dans le salon familial. Un rêve de prétendant à l’Elysée qui doit penser qu’avec les voix des amateurs des chiffres et des Lettres et celles des acheteurs de Mac, le compte sera bon.
samedi 28 janvier 2012
Les couturières d’Yssingeaux
Il faut sauver l’usine d’Yssingeaux. La résistance admirable d’une poignée de couturières auvergnates accrochées à leurs machines à coudre et aux fils ténus d’un improbable espoir a transformé la sous-préfecture de Haute-Loire en capitale du made in France profonde et en centre névralgique de la campagne présidentielle. Yssingeaux, c’est cette France des petites villes et des petites gens qui paient au prix d’emplois sacrifiés, de vies cassées et, de familles brisées cette mondialisation financière que les politiques ont laissé gouverner à leur place et que les industriels ont exploitée en délocalisant à outrance.
Ces combattantes qui refusent d’obéir le doigt sur la couture du soutien-gorge aux règles comptables du marché, qui n’insultent pas l’avenir en acceptant des indemnités misérables et qui avec une étonnante lucidité distinguent les repreneurs des récupérateurs ont réveillé les politiques des deux bords et aussi l’opinion sur les ravages de ce mal du siècle. L’élan de solidarité pour les ex Lejaby n’est pas un geste compatissant mais un message fort à l’adresse des politiques, des industriels, des banquiers : vous n’avez pas le droit d’abandonner les couturières d’Yssingeaux. Une nouvelle défaite face à la puissance du marché serait celle de trop.
Il faut sauver l’usine d’Yssingeaux. La résistance admirable d’une poignée de couturières auvergnates accrochées à leurs machines à coudre et aux fils ténus d’un improbable espoir a transformé la sous-préfecture de Haute-Loire en capitale du made in France profonde et en centre névralgique de la campagne présidentielle. Yssingeaux, c’est cette France des petites villes et des petites gens qui paient au prix d’emplois sacrifiés, de vies cassées et, de familles brisées cette mondialisation financière que les politiques ont laissé gouverner à leur place et que les industriels ont exploitée en délocalisant à outrance.
Ces combattantes qui refusent d’obéir le doigt sur la couture du soutien-gorge aux règles comptables du marché, qui n’insultent pas l’avenir en acceptant des indemnités misérables et qui avec une étonnante lucidité distinguent les repreneurs des récupérateurs ont réveillé les politiques des deux bords et aussi l’opinion sur les ravages de ce mal du siècle. L’élan de solidarité pour les ex Lejaby n’est pas un geste compatissant mais un message fort à l’adresse des politiques, des industriels, des banquiers : vous n’avez pas le droit d’abandonner les couturières d’Yssingeaux. Une nouvelle défaite face à la puissance du marché serait celle de trop.
dimanche 4 décembre 2011
Dérapages en Merkozy
L’écrasante domination de l’économie allemande, la promotion par l’UMP de la « Merkozy » mélange d’orthodoxie budgétaire et de modèle libéral d’outre-Rhin, l’obstination d’Angela Merkel à refuser de confier les clés de l’euro à la banque centrale peuvent exaspérer.
Néanmoins, en comparant la Chancelière à Otto Von Bismarck, qui pour unifier l’Allemagne attaqua Sedan en 1870 avant de propager la dangereuse idée de Grande Allemagne en Europe, Arnaud Montebourg a franchi la ligne Maginot de la décence. Il n’est pas le seul à gauche. Chevènement et Mélenchon ont un lourd passif germanophobe. Le Guen, un autre socialiste, avait comparé Sarkozy à « Daladier en 1938 à Munich », Martine Aubry a osé le verbe « capituler ». Cette poussée de germanophobie à gauche abîme François Hollande déjà bien maltraité par le choc nucléaire avec les écologistes et les outrances de Mélenchon à son égard. Après tout, cela regarde la gauche si elle veut compliquer la tâche de son candidat qui, s’il est élu, devra travailler avec Angela Merkel. Mais le passé est suffisamment douloureux, le présent tellement dangereux, l’avenir si incertain que manipuler des comparaisons déraisonnables et agiter des peurs inutiles ne peut qu’entretenir cette crise européenne, aussi financière qu’existentielle.
Cette germanophobie est en outre démentie par un principe de réalité : l’euro ne sera pas sauvé, l’Europe n’existera pas dans le concert mondial sans l’Allemagne. Et si Montebourg se taisait un peu…
vendredi 1 avril 2011
La téléréalité survit en politique
A quelques jours des dix ans de Loft Story,TF1 vient d’enterrer la téléréalité des années 2000. Carré Viiip peut bien disparaître des écrans. La relève d’Endemol est assurée par les partis politiques depuis que François Hollande hier, François Fillon par sa dissonance sur la laïcité et Nicolas Hulot par son « retenez-moi » ont lancé la campagne de 2012.
Comme dans une émission de téléréalité, on peut choisir le candidat en répondant à un sondage, sur internet en attendant la finale nommée ici primaire.
À droite, pour le Président sortant tapez 1, pour le recours au Premier ministre gaulliste social tapez 2, pour le Copé ni gauche ni FN tapez 3, pour le Villepin républicain enflammé tapez 4. Au PS, il faudra éliminer du loft l’Américain fort en économie, la secrétaire nationale chti sociale et martiale ou le Corrézien relooké qui a changé de partenaire .
Chez les écologistes pour Eva l’incorruptible venue du froid tapez 1, pour l’animateur-baroudeur sponsorisé qui ne part jamais sans son gel douche tapez 2. Pour taper sur tout le monde, appuyez sur la touche Marine.
A un an de la présidentielle, l’offre politique se limite à des castings, des images dessinées par des gourous en marketing. Les chaînes de télévision et les partis politiques recrutent d’ailleurs les mêmes pour «vendre des concepts».
La politique fonctionne ainsi depuis trop longtemps. Elle a fait perdre aux Français l’envie de débattre, de devenir plus solidaires, de croire en l’avenir, d’accepter des réformes responsables. Ils attendent des réponses concrètes pour leur pouvoir d’achat, pour mettre fin aux inégalités choquantes, et des vérités sur ce que le politique a le pouvoir de changer. Après les électeurs dimanche dernier, TF1 leur a répété hier: le temps de la téléréalité est terminé.
lundi 21 février 2011
Strauss-Kahn, de la macro économie au micro social
En 1994, Jacques Delors avait écouté son épouse avant de renoncer à l’élection présidentielle. Dominique Strauss-Kahn l’a dit : lui aussi écoutera Madame dans quelques mois. Or, si les Français ignoraient les pensées et les avis de la discrète Marie Delors, chacun sait ce que veut Anne Sinclair : l’Élysée. Le doute n’est plus permis depuis hier soir. Appliqué à préserver la réserve inhérente à sa fonction, le directeur du Fonds monétaire international a dessiné l’autoportrait d’un candidat à la présidentielle, jusque dans les détails. Cette voussure de l’homme penché sur les dossiers, ce visage sérieux, un brin austère dans une période où pas grand monde n’a envie de rire de la situation du pays, collent avec un profil de candidat. Le message avait un air d’entrée en campagne : fini le temps de la macroéconomie, Strauss-Kahn a envoyé du social plein les micros. Dans les bureaux de Washington, le directeur du FMI s’occupait à dompter ces phénomènes financiers et économiques abscons pour le commun des citoyens. Aujourd’hui, le FMI est tourné vers ceux qui ont des fins de mois difficiles, vers ceux qui en France gagnent moins de 750 euros par mois, vers la lutte contre ces inégalités qui exaspèrent les salariés.
Cette descente dans le quotidien des gens d’ici n’a pas empêché DSK de se poser en rassembleur européen, en expert de la relance par les travaux, en analyste éclairé des questions du monde et notamment du monde arabe et de sa bombe à retardement démographique. Et à ceux qui ne mettaient pas en cause sa compétence mais doutaient de son appétence pour les joutes politiques et de sa capacité à répliquer aux attaques sur sa fortune, ses vacances au Maroc, son côté dilettante, il a montré les muscles, lançant de sa hauteur « ceux qui polémiquent et préparent la prochaine élection au lieu de travailler à leur mandat et aux affaires du pays ».
En 1994, Jacques Delors avait écouté son épouse avant de renoncer à l’élection présidentielle. Dominique Strauss-Kahn l’a dit : lui aussi écoutera Madame dans quelques mois. Or, si les Français ignoraient les pensées et les avis de la discrète Marie Delors, chacun sait ce que veut Anne Sinclair : l’Élysée. Le doute n’est plus permis depuis hier soir. Appliqué à préserver la réserve inhérente à sa fonction, le directeur du Fonds monétaire international a dessiné l’autoportrait d’un candidat à la présidentielle, jusque dans les détails. Cette voussure de l’homme penché sur les dossiers, ce visage sérieux, un brin austère dans une période où pas grand monde n’a envie de rire de la situation du pays, collent avec un profil de candidat. Le message avait un air d’entrée en campagne : fini le temps de la macroéconomie, Strauss-Kahn a envoyé du social plein les micros. Dans les bureaux de Washington, le directeur du FMI s’occupait à dompter ces phénomènes financiers et économiques abscons pour le commun des citoyens. Aujourd’hui, le FMI est tourné vers ceux qui ont des fins de mois difficiles, vers ceux qui en France gagnent moins de 750 euros par mois, vers la lutte contre ces inégalités qui exaspèrent les salariés.
Cette descente dans le quotidien des gens d’ici n’a pas empêché DSK de se poser en rassembleur européen, en expert de la relance par les travaux, en analyste éclairé des questions du monde et notamment du monde arabe et de sa bombe à retardement démographique. Et à ceux qui ne mettaient pas en cause sa compétence mais doutaient de son appétence pour les joutes politiques et de sa capacité à répliquer aux attaques sur sa fortune, ses vacances au Maroc, son côté dilettante, il a montré les muscles, lançant de sa hauteur « ceux qui polémiquent et préparent la prochaine élection au lieu de travailler à leur mandat et aux affaires du pays ».
Cela vaut toutes les déclarations officielles de candidature.
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