dimanche 24 avril 2011
La peur en campagne
Dans un an, les Français diront à qui ils font confiance pour porter leurs aspirations et répondre à leurs inquiétudes. Tous les symptômes d’un pays profondément malade s’expriment. Cette maladie a un nom: la peur.
Cette peur se nourrit d’éléments objectifs. Le pouvoir d’achat est rongé par le coût du chômage de longue durée, par l’explosion des dépenses de vie quotidienne et par les brisures familiales. L’industrie est sinistrée et nos produits se vendent moins dans une économie mondiale en croissance. Le sentiment d’insécurité prédomine.
L’importance des intentions de vote pour Marine Le Pen dans le monde ouvrier en constitue le symptôme le plus spectaculaire: la candidate du Front national rassemble dans cet électorat plus que le PS et l’UMP réunis.
Quatre ans après son élection, Nicolas Sarkozy affiche un bilan non négligeable (universités, environnement, retraites). Mais les espérances de la "rupture" se sont fracassées sur la crise mondiale auquel le pays paie un lourd tribut, à cause des nondécisions des décennies précédentes. Et l’homme de la France du travail n’a pu vaincre une société d’assistance incontrôlée, souvent abusive.
Aujourd’hui, les tabous volent en éclats. Le président en est le premier pourfendeur. Les Français demandent-ils plus de justice et de partage? Il invente cette étrange prime sur les dividendes. L’inquiétude montet- elle d’une immigration incontrôlée? Il défend la révision d’un traité européen. Dans le même temps, il compte sur la politique internationale pour affermir sa stature. Et sur les faiblesses de ses adversaires pour gagner le combat. Comme dans les années 1930, la peur d’un monde ouvert alimente le protectionnisme, la xénophobie et le rejet des élites. Le message de la France peut être un appel à la fraternité, cette part de notre devise républicaine a encore de l’avenir. Une société ne tient pas sans tabous.
Tiers état
Ce qu’ils sont capables de faire simplement, les Américains, quand Barack Obama s’en va parler économie sur Facebook et dialogue avec Mark Zuckerberg, tycoon de 26 ans, sans l’ombre d’une condescendance…
Ils ont tous les défauts du monde, mais il leur reste ceci qui rattrape tout le reste: Obama chez Facebook, Clinton jadis sur MTV, la culture rap à l’unisson des autres, Internet dans le réel, la jeunesse égale au cœur de la cité… Une capacité à se mouvoir dans le monde, tel qu’il est… En comparaison, nous sommes des arthritiques de la politique, enkystés dans nos vieilles formes, et nos adultes gouvernants des largués du jeunisme…
C’est pour cela qu’un appel lancé par Bruno Laforestrie, 38 ans, patron d’une radio rappeuse, Générations, mérite d’être entendu. L’intitulé est convenu, "l’appel du 21 avril", qui s’inscrit dans l’obsession française pour les commémorations morbides; et ce que les médias en ont retenu, la demande d’une candidature unique des gauches en 2012, est basiquement tactique. Mais c’est notre plaie médiatique de tout ramener à l’angle politicien. Il faut aller à l’essentiel, et lire les textes qui accompagnent l’appel. On y trouvera un manifeste brut et brouillon du nouveau tiers état, qui exige l’union au nom de sa survie: tiers état des jeunesses précarisées, qui payeront les dettes des adultes, jeunes retenus en marge des pouvoirs, jeunes condamnés à l’apartheid des ghettos ethniques et sociaux, jeunesse dont la culture Internet, le rap, les réseaux restent folkloriques dans les médias dominants. Tandis que la France estampillée surveille ses frontières et ferme ses écoutilles, assassine son futur et nie son présent…
Ce sont des textes d’ambitieux, experts de Terra Nova ou jeunes cadres du PS, qui gémissent d’impatience dans une gauche en mal de renouveau. Ils percutent notre société-étouffoir mais oublient au passage que la planète alentour brûle sous nos pieds – et c’est pour cela que Hulot est allé leur parler, pour verdir leur avenir… Mais ce mouvement, même imparfait, pose les dilemmes essentiels d’une classe politique qui ne peut plus jouer, dans un pays qui doit retrouver des raisons de s’aimer.
Un défaut des Américains, puisqu’on en parlait, c’est d’écrire négligemment sur les pays de moindre importance: c’est ainsi que le magazine Time a installé Marine Le Pen parmi les 100 personnes les plus influentes dans le monde, ce qui est une plaisanterie: servie par son talent et quelques idiots utiles, la cheftaine frontiste déboussole la France en lui rendant l’extrême-droite tolérable, mais elle est loin de toiser la planète! Time, en l’honorant, nous rappelle simplement à quel point nous pouvons inspirer l’inquiétude, Gaulois apeurés, fatigués que nous sommes. Mais il ne tient qu’à la France d’être à nouveau aimable au monde.
Un avion pour Benghazi
Nicolas Sarkozy envisagerait de se rendre pour quelques heures à Benghazi dans un avenir proche. Le président de la République serait le premier chef d’Etat à se rendre en Libye depuis le début de la guerre et ce serait un acte symbolique et de grande portée politique. La guerre en Libye n’est pas la guerre de Sarkozy comme se plaisent à ironiser certains, c’est une guerre de la France des droits de l’homme qui est en cette affaire la fille aînée de la communauté internationale puisqu’il s’agit, avec l’aval de l’ONU, de protéger un peuple contre son dictateur.Dans cette guerre juste, M. Sarkozy a su, à partir d’une alliance militaire étroite avec l’Angleterre de David Cameron, entraîner un président américain qui au départ traînait les pieds. On comprend les réticences d’Obama qui sort à peine d’une guerre en Irak et continue celle d’Afghanistan. Le syndrome de la guerre du Vietnam reste omniprésent dans la tête des Américains et a tendance à se réveiller lorsque l’on décide d’envoyer des conseillers militaires sur place comme Lyndon Johnson le fit autrefois à Saigon.
Pour éviter que la guerre ne s’enlise – elle n’est qu’à moitié gagnée face à Kadhafi qui s’accroche –, il faudra faire un effort supplémentaire : conseillers militaires, drones américains et forces spéciales. C’est bien, mais il faudra peut-être aller au-delà et l’expliquer aux Français. Nicolas Sarkozy a donné la légitimité politique aux insurgés, s’il se rend sur place, le régime de Kadhafi prendra un nouveau coup et il est de toute façon trop tard pour reculer, la présence de l’ancien adversaire d’Obama, John Mc Cain, à Benghazi, étant déjà un signal encourageant.
Le corps de Marie-France Pisier retrouvé dans sa piscine
La comédienne a été retrouvée inanimée dans la piscine de son domicile du Var, dans la nuit de samedi à dimanche.
Le décès de Marie-France Pisier, actrice au regard clair et teinté d'ironie et à la voix si singulière, a "surpris tout le monde", a déclaré le journaliste Vincent Perrot, l'un des derniers à l'avoir interviewée il y a quelque semaines chez elle, dans le cadre d'un documentaire sur Jean-Paul Belmondo. "Ça fait partie de ces nouvelles dont on ne peut pas se douter, surtout quand on a croisé quelqu'un quelques semaines précédemment en super forme (...) Elle était belle, resplendissante, extrêmement cultivée, très maligne, taquine, pleine d'humour", a-t-il déclaré dimanche sur RTL.
"Comédienne rare"
Le président Nicolas Sarkozy a rendu hommage à l'actrice en la décrivant comme "la suprême élégance qui naît de la plus parfaite simplicité". "En nous quittant brutalement, Marie-France Pisier nous rejoue L'amour en fuite et, pas plus qu'Antoine Doinel, les Français ne s'en consoleront", écrit-il dans un communiqué. Le metteur en scène et réalisateur Robert Hossein, avec lequel l'actrice a notamment fait ses débuts au cinéma, s'est déclaré "très touché" par le décès de son "amie dans la vie". Le ministre de la culture Frédéric Mitterrand et Gilles Jacob, le président du Festival de Cannes, ont déploré chacun la perte d'une "comédienne rare". "La manière inimitable dont elle usait de sa voix pour paraphraser le chic snob de la Parisienne comme dans son célèbre "foutaises !" chez Techiné ou pour s'identifier à Madame Verdurin chez Ruiz, restera dans les annales du cinéma français", a estimé ce dernier.
Marie-France Pisier avait débuté sa carrière d'actrice en 1961, repérée par François Truffaut pour donner la réplique à Jean-Pierre Léaud alias Antoine Doinel dans Antoine et Colette, l'un des sketches de L'amour à vingt ans. Après des films de genre de Robert Hossein, elle était devenue égérie de la Nouvelle Vague, apparaissant dans les univers oniriques de Robbe-Grillet, Luis Buñuel, Jacques Rivette et surtout André Téchiné. Elle a obtenu deux fois le césar du meilleur second rôle, pour Cousin, cousine de Jean-Charles Tacchella et Barocco d'André Téchiné en 1976 et 1977.
Intellectuelle engagée
Bruxelles n'est pas le nombril de l'Europe
Le gouvernement hongrois et les électeurs finlandais viennent de démontrer leur volonté de sortir du consensus européen. Mais c'est peut-être parce que l'on répète qu'il n'y a pas d'alternative au projet européen que celui-ci est en crise.
Cherchant à tout prix à neutraliser cet héritage, les pères de l’Europe conçurent la CEE (puis l’UE) comme un véritable bloc. Certes reconnaissait-on – du moins Helmut Kohl – une règle d’or affirmant l’égalité de chaque pays membre, grand ou petit. Ce projet historique devait être pluriel et égalitaire.
Les discours sur le couple franco-allemand et les fondements très carolingiens de cette entreprise laissaient pourtant déjà entrevoir combien cette nouvelle Europe était une construction élaborée depuis un centre. C’est cette concentration obstinée des pouvoirs, représentée aujourd’hui par Bruxelles, qui fait bégayer l’Europe. Et cela ne date pas d’hier.
Même les bons élèves montrent des signes d'agitation
Ce constat vaut pour tous les pays, surtout ceux de la périphérie. Récemment, c’est la Hongrie qui s’est illustrée en opérant un grand revirement national sous la houlette du parti Fidesz de Viktor Orbán. Membre du Club Europe depuis peu, le pays joue la carte magyare et son gouvernement reprend des discours aux accents nationalistes incompatibles avec l’Europe de la raison et de l'administration à la bruxelloise.La nouvelle Constitution hongroise rédigée et décidée par la majorité au pouvoir sans processus constituant est une anomalie dans l’ensemble européen. Son préambule, particulièrement pathétique et dégoulinant de fierté nationale, ancre la Hongrie – qui reste une république ! – à des souvenirs du XIe siècle, la rattachant à la couronne impériale, à la chrétienté et à la famille (de préférence nombreuse). L’exemple hongrois montre que dans la périphérie de l’Europe, dans des pays sous protection de l'UE et dans le corset de l'UE, d’autres idées que celles de Bruxelles ont cours.
Même les bons élèves de l’Europe manifestent des signes d’agitation. Les Pays-Bas en ont donné la preuve, de même que les Finlandais qui viennent d’ajouter un chapitre au désordre européen. Les Finlandais ne sont pas réputés pour leur extrémisme. Malgré le déclin de Nokia, le pays champion des études PISA sur les systèmes scolaires se portait bien. Et pourtant, un nouveau parti tapageur, les Vrais Finlandais, ou plutôt les Finlandais ordinaires, sont parvenus à devenir la troisième force politique du pays grâce à leur rhétorique de droite et populiste. Ils entreront probablement au gouvernement. Faut-il y voir l'un de ces accès de fureur qui peuvent parfois secouer les familles les plus civilisées et les plus pacifiques?
Les Européens ordinaires ne veulent plus rester sur le pas de la porte
On s’est rapidement accordé à dire que c’était la faute au plan de sauvetage de l’euro. Chez tous les peuples européens sommeille le sentiment que le voisin est davantage un parasite qu’un allié. C’est peut-être vrai mais cela n’explique pas tout. Partout en Europe, on est prêt, en principe, à assumer et à payer pour une Europe qui a du sens. L’Europe n’est pas contre les Grecs. Mais à la longue, les Européens n’aiment pas qu’on leur présente la construction européenne comme une machine fonctionnant sans alternative, tellement compliquée qu’il faut être un Bruxellois endurci pour pouvoir la servir, tandis que les gens ordinaires restent sur le pas de la porte.Le philosophe Jürgen Habermas a récemment déploré "l’état lamentable" de l’Europe. Il appelle au renouvellement démocratique et, ce faisant, surestime la capacité des Européens à se donner un nouveau départ. Il a toutefois raison sur un point : "La construction européenne, qui a toujours été décidée au-dessus des peuples, est aujourd’hui dans une impasse car elle ne peut pas continuer sans passer des modes administratifs à une plus grande implication des citoyens."
Opinion
Habermas contre les élites
Dans un article paru dans la Süddeutsche Zeitung, Jürgen Habermas s'inquiète de "l'état lamentable""héros nationaux affrontent 'les autres'“. Conséquence : même dans la supposée europhile Allemagne, la réputation de l'UE sombre, et les élites font l'autruche. de l'Union européenne. Le philosophe allemand déplore que sur les questions budgétaires, les parlements nationaux se trouvent relégués au rang de chambres d'enregistrement des décisions de la Commission européenne, tandis que les citoyens assistent sur la scène européenne à une lutte où les
Pour Habermas, trois raisons expliquent le manque de souffle du projet européen : la redécouverte de l'Etat-nation par l'Allemagne, qui se recentre sur elle-même; l'instrumentalisation des élections et référendums européens à des fins de politique nationale; la collusion entre la politique et les médias, qui ne traitent la crise de l'euro que dans leurs pages économiques hautement spécialisées et négligent sa dimension politique. "Mais peut-être qu'en se tournant vers le haut, vers les élites politiques et médiatiques, le regard se dirige dans la mauvaise direction, remarque Habermas. Ce ne peut être que du bas, de la société civile, que peut venir la motivation qui fait défaut", les récents mouvements de protestations en Allemagne, comme Stuttgart 21, pouvant servir d'exemple.
Collecte pour une sépulture
La conférence des pays donateurs penchés sur le chevet de la centrale nucléaire de Tchernobyl s’est achevée, hier, dans la capitale ukrainienne Kiev. Elle a fait fleurir les communiqués de victoire comme muguet à l’approche du 1er mai. Ce n’est pas rien, en effet, de voir la communauté internationale réunir plus d’un demi-milliard d’euros pour entreprendre, enfin, le projet dont il est question depuis de nombreuses années : la construction d’un nouveau sarcophage pour enfermer les ruines hautement contaminées du réacteur n° 4 de la centrale, qui a explosé le 26 avril 1986.
La première enceinte avait été assemblée dans des conditions héroïques, et à l’enseigne d’un mélange d’improvisation et de savoir-faire, dont la défunte Union Soviétique a souvent donné le spectacle. Mais l’ouvrage ne pouvait pas être parfait, et surtout pas durable. Son remplacement est une urgence.
Or, l’Ukraine n’a pas les moyens de gérer seule un projet de ce coût et de cette dimension : une arche de 108 mètres de haut et de 20 000 tonnes. La contribution russe est importante, mais ne comble pas la différence, en disproportion avec la responsabilité primordiale de l’ex-État soviétique, dont la Russie est l’héritière juridique.
En effet, c’est à Moscou qu’étaient décidés les choix des filières nucléaires, le calendrier de réalisation des centrales, les mesures d’économies qui permettaient de gagner du temps et de limiter les dépenses, et qui se sont parfois avéré être des impasses pour la sûreté et la sécurité.
Un quart de siècle après la catastrophe, un bel élan des donateurs peut ainsi être observé, mais il manque encore près du quart des fonds pour être assuré de pouvoir achever le second sarcophage de Tchernobyl. La crise financière et économique est passée par là, certes, mais elle montre surtout que les sommes nécessaires à remettre à flot le système bancaire, mille fois plus importantes, ont été réunies bien plus rapidement que celles du devis visant à donner une sépulture aux ruines nucléaires les plus inquiétantes de la planète.
Une salade grecque qui ne passe pas
Cela fait exactement un an que, face à l'envolée de sa dette, la Grèce a dû demand er l'aide de l'Union européenne et du FMI. Cet « anniversaire » là semble bizarrement oublié. Il est vrai que les opérations financières sont complexes et guère aisées à décrypter. Sauf quand leurs conséquences directes viennent à frapper les peuples. C'est ce que vivent depuis bientôt deux ans les Grecs. Depuis, l'Islande, puis plus récemment l'Irlande et le Portugal, ont vu à leur tour leur économie fragilisée et leur état déstabilisé. Et il n'est pas dit que la France sorte totalement indemne de cette crise financière rampante qui se diffuse au sein de l'Europe. Si Nicolas Sarkozy, chef de guerre, a pu faire tomber Gbagbo et, peut-être, demain Kadhafi, il a clairement perdu la bataille contre les marchés financiers, qu'il se proposait de « moraliser » et de discipliner. L'économie-casino se porte au mieux. Pire, les spéculateurs, en pariant sur la faillite des pays, font payer aux États l'argent que ces derniers ont dû investir pour les sauver du krach de 2008 ! L'Europe n'est certes pas restée inerte face à cette crise de la dette, en parvenant par exemple - non sans difficultés - à créer son Fonds de secours, qui acte une solidarité financière. Mais ce renforcement de la cohésion entre les pays membres s'accompagne de la mise en place, avec le « pacte pour l'Euro », d'un plan d'austérité au niveau européen, qui se traduira inévitablement par une rigueur budgétaire, sociale et salariale accrue. Avec les risques d'explosion sociale et de frein à la fragile reprise économique qui vont avec. Et avec la crainte que cette dette soit très inégalement payée, entre les pays, et à l'intérieur de chacun d'eux.
Cela fait exactement un an que, face à l'envolée de sa dette, la Grèce a dû demand er l'aide de l'Union européenne et du FMI. Cet « anniversaire » là semble bizarrement oublié. Il est vrai que les opérations financières sont complexes et guère aisées à décrypter. Sauf quand leurs conséquences directes viennent à frapper les peuples. C'est ce que vivent depuis bientôt deux ans les Grecs. Depuis, l'Islande, puis plus récemment l'Irlande et le Portugal, ont vu à leur tour leur économie fragilisée et leur état déstabilisé. Et il n'est pas dit que la France sorte totalement indemne de cette crise financière rampante qui se diffuse au sein de l'Europe. Si Nicolas Sarkozy, chef de guerre, a pu faire tomber Gbagbo et, peut-être, demain Kadhafi, il a clairement perdu la bataille contre les marchés financiers, qu'il se proposait de « moraliser » et de discipliner. L'économie-casino se porte au mieux. Pire, les spéculateurs, en pariant sur la faillite des pays, font payer aux États l'argent que ces derniers ont dû investir pour les sauver du krach de 2008 ! L'Europe n'est certes pas restée inerte face à cette crise de la dette, en parvenant par exemple - non sans difficultés - à créer son Fonds de secours, qui acte une solidarité financière. Mais ce renforcement de la cohésion entre les pays membres s'accompagne de la mise en place, avec le « pacte pour l'Euro », d'un plan d'austérité au niveau européen, qui se traduira inévitablement par une rigueur budgétaire, sociale et salariale accrue. Avec les risques d'explosion sociale et de frein à la fragile reprise économique qui vont avec. Et avec la crainte que cette dette soit très inégalement payée, entre les pays, et à l'intérieur de chacun d'eux.
Les démocraties et la rue syrienne
Un autre dictateur en sursis ? Le jeune raïs auquel la dynastie Al-Assad a donné la Syrie subit de plein fouet la vague des révoltes arabes. Le processus enclenché à Damas est peu ou prou semblable à ceux connus à Tunis et au Caire : un soulèvement populaire spontané ; pas d'opposition structurée (et pour cause, l'état d'urgence étouffe les libertés publiques) ; une jeunesse qui entend participer à l'Histoire, fédérée par les réseaux sociaux ; une revendication démocratique visant à liquider les attributs d'un régime autoritaire. Pour la rue, seule la fin d'un demi-siècle de parti baasiste pourra amener un changement effectif. Réformer ou réprimer, telle est l'alternative - désormais éprouvée - posée à Bachar Al-Assad. S'il s'engage sur le chemin de vraies réformes, il se condamne. Aussi simule-t-il, non sans brutalités, des concessions qui ne satisfont pas les opposants. Alors ceux-ci se radicalisent et la répression s'amplifie. La police a tiré sur la foule lors du « Vendredi saint », vendredi sanglant. Elle a recommencé hier. Face à cette nouvelle tragédie, la communauté internationale a prononcé une condamnation ferme. Toutefois, elle ne semble pas montrer le même empressement à « sauver la Syrie », la même empathie qu'envers le peuple libyen. Car Bachar Al-Assad n'est pas Kadhafi le banni. L'éclatement de la Syrie est redouté. Alliée de l'Iran, interlocutrice de la Russie, elle joue un rôle de « stabilité » dans une région en voie d'atomisation. Elle ne veut certes pas la paix avec Israël, elle ne veut pas non plus la guerre. Est-ce à dire que l'on craint que le remède - sous la révolution, le désordre - soit pire que le mal ?
Charles le Grandiose
L’hymen national du prince William et de mademoiselle Kate Middleton doit être l’apothéose de la semaine à venir. Le fait que le jeune marié est le fils de la princesse Diana amplifie l’émoi des cœurs et des médias. La cérémonie rappellera le mariage des parents princiers, en 1981, qui leur vaut d’illustrer des ouvrages sur les « plus grandes histoires d’amour ». Il est l’heure de dissiper ce malentendu. Charles et Diana, c’est, statistiquement, l’histoire d’un échec conjugal tel qu’il sanctionne plus du tiers des unions dans nos sociétés occidentales. Banal, si ce n’était douloureux. D’un tout autre calibre est la romance de mère-grand, qui n’avait que 14 ans quand elle reconnut l’homme de sa vie dans le bel Hellène à la blondeur germanique - les charmes du métissage - qui était son cousin marin. Sept décennies plus tard, Elizabeth et Philip sont toujours ensemble.
Mais le roman majeur est évidemment titré... « Charles et Camilla ». Tant pis pour les ignares ricanant. Rien de lisse, sous une apparence de thé de cinq heures permanent, mais 41 ans de passion et de dévotion, qui s’entrechoquent avec les rebondissements les plus sulfureux, rupture et adultère compris. Le scénario idéal. Las, l’actrice n’a pas reçu en don la beauté d’un top modèle; elle n’affole pas les zooms qui font les icônes selon les critères des pubs pour dentifrices ou crèmes antirides. À Westminster, ce couple, qui serait né dans un wagon-lit du train royal (à l’arrêt), repensera peut-être aux âneries qui l’ont visé : pour épouser sa queen of heart, Charles renoncera à ses prérogatives et se retirera en Cornouailles ou à la Barbade. Mais un jour, lassé des lazzi, le prince de Galles est sorti du bois. Le Premier ministre Tony Blair a été commis pour lire son communiqué aux Communes. En substance : j’épouse Camilla et elle partagera toutes mes obligations et tâches d’héritier de la Couronne. Là, il a été grandiose, en mettant tout le monde au pas : ses parents, pas chauds pour cette « briseuse de ménage » ; l’opinion, qui a démonté les pancartes « You’ve killed Diana ! » (Tu as tué Diana !) des débuts ; et même l’Église anglicane, qui a modifié son droit canon pour autoriser deux personnes divorcées, et notoirement vagabondes durant leurs unions, à se marier... et à régner. Une révolution royaliste, faite avec amour.
Âme légère et actualité lourde
Que l’on soit chrétien ou non, qu’on croie au ciel ou qu’on n’y croie pas, Pâques est l’une des plus belles fêtes de l’année. Une fête optimiste. Une fête lumineuse, religieuse et profane, où l’âme, tout à coup insolente et légère tourne le dos à l’hiver et se met à jouer avec le soleil. Cette année, le printemps est son complice, séducteur irrésistible avec ses petits airs d’été, qui l’emmène dans le soir chaud jusque sous les étoiles pour lui chuchoter à l’oreille des mots d’espoir.
L’anniversaire de la résurrection du Christ est aussi un symbole universel de renouveau. Dans un pays laïque qui a calé les jours fériés de son calendrier civil sur les temps forts des évangiles, les piliers d’une foi peuvent aussi soutenir les élans les plus prosaïques. Ce n’est pas le moindre des atouts de notre vivre ensemble, qui s’enrichit à l’infini de la diversité de nos valeurs et de nos convictions. Une éternelle leçon de renaissance ?
Dans nos rêves les plus fous, on rêverait que l’actualité puisse offrir elle aussi une telle parenthèse d’espérance. Cruelle, elle réduit cette utopie simple et délibérément enfantine à l’état de chimère, nous ramenant du même coup à la conscience de nos privilèges de citoyens libres jouissant de ce trésor inestimable : la paix. La répression féroce en Syrie et le calvaire de Misrata, en Libye, sont autant de tragédies qui nous rappellent que la démocratie reste un luxe dont nous profitons à domicile quand elle n’est qu’un horizon, tout au bout d’un très long chemin, pour la plupart des peuples.
La terre elle-même, qui tremble aux Îles Salomon après avoir ébranlé le Japon, ne se prive pas de souligner notre fragilité collective et au-delà, nos devoirs de solidarité. Quand internet fait irrésistiblement de nous des citoyens du monde, l’empathie ne suffira pas à panser à distance les plaies des injustices de la vie, ni à corriger les hasards de la naissance et de la géographie.
Et c’est ce moment de grande incertitude que la France choisit pour envisager de suspendre – fût-ce provisoirement – les accords de Schengen. S’il se résignait à bombarder l’un des plus beaux et des plus courageux acquis de la construction européenne – la libre circulation des personnes – c’est un message de peur du monde tel qu’il va, et de méfiance à l’égard de l’Europe que Paris enverrait. Pendant que la Tunisie affaiblie ouvre ses portes aux réfugiés libyens, notre pays serait-il, lui, si gravement menacé par un risque mortel pour envisager une mesure aussi radicale ? En le retranchant dans une citadelle qui serait assiégée par l’immigration, l’Élysée ne combat-il pas plutôt le péril Le Pen en lui subtilisant sa bannière antieuropéenne plutôt que de s’armer de courage ? Non, on ne peut le croire. Ce serait désolant en ce jour qui exalte l’idée de partage. Car si «la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde», comme l’affirma Michel Rocard dans une formule régulièrement tronquée, «elle doit en prendre fidèlement sa part».
Que l’on soit chrétien ou non, qu’on croie au ciel ou qu’on n’y croie pas, Pâques est l’une des plus belles fêtes de l’année. Une fête optimiste. Une fête lumineuse, religieuse et profane, où l’âme, tout à coup insolente et légère tourne le dos à l’hiver et se met à jouer avec le soleil. Cette année, le printemps est son complice, séducteur irrésistible avec ses petits airs d’été, qui l’emmène dans le soir chaud jusque sous les étoiles pour lui chuchoter à l’oreille des mots d’espoir.
L’anniversaire de la résurrection du Christ est aussi un symbole universel de renouveau. Dans un pays laïque qui a calé les jours fériés de son calendrier civil sur les temps forts des évangiles, les piliers d’une foi peuvent aussi soutenir les élans les plus prosaïques. Ce n’est pas le moindre des atouts de notre vivre ensemble, qui s’enrichit à l’infini de la diversité de nos valeurs et de nos convictions. Une éternelle leçon de renaissance ?
Dans nos rêves les plus fous, on rêverait que l’actualité puisse offrir elle aussi une telle parenthèse d’espérance. Cruelle, elle réduit cette utopie simple et délibérément enfantine à l’état de chimère, nous ramenant du même coup à la conscience de nos privilèges de citoyens libres jouissant de ce trésor inestimable : la paix. La répression féroce en Syrie et le calvaire de Misrata, en Libye, sont autant de tragédies qui nous rappellent que la démocratie reste un luxe dont nous profitons à domicile quand elle n’est qu’un horizon, tout au bout d’un très long chemin, pour la plupart des peuples.
La terre elle-même, qui tremble aux Îles Salomon après avoir ébranlé le Japon, ne se prive pas de souligner notre fragilité collective et au-delà, nos devoirs de solidarité. Quand internet fait irrésistiblement de nous des citoyens du monde, l’empathie ne suffira pas à panser à distance les plaies des injustices de la vie, ni à corriger les hasards de la naissance et de la géographie.
Et c’est ce moment de grande incertitude que la France choisit pour envisager de suspendre – fût-ce provisoirement – les accords de Schengen. S’il se résignait à bombarder l’un des plus beaux et des plus courageux acquis de la construction européenne – la libre circulation des personnes – c’est un message de peur du monde tel qu’il va, et de méfiance à l’égard de l’Europe que Paris enverrait. Pendant que la Tunisie affaiblie ouvre ses portes aux réfugiés libyens, notre pays serait-il, lui, si gravement menacé par un risque mortel pour envisager une mesure aussi radicale ? En le retranchant dans une citadelle qui serait assiégée par l’immigration, l’Élysée ne combat-il pas plutôt le péril Le Pen en lui subtilisant sa bannière antieuropéenne plutôt que de s’armer de courage ? Non, on ne peut le croire. Ce serait désolant en ce jour qui exalte l’idée de partage. Car si «la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde», comme l’affirma Michel Rocard dans une formule régulièrement tronquée, «elle doit en prendre fidèlement sa part».
Vers un royal fiasco ?
Il paraît qu’ils vont se marier. La plupart des gens ordinaires, remarquez bien, s’en moque un peu. Pourtant, on s’épuise à les persuader de l’importance de la chose. Un médiatique battage, entre conte de fées et quinzaine commerciale, claironne l’événement. Tant de pages spéciales en guise de faire-part ! La cérémonie doit exploser l’audimat, les produits dérivés submergent le marché. Ça court du briquet Windsor au service à thé Buckingham.
Nul n’ignore, désormais, le conjugal dessein du petit-fils d’Élisabeth II. Vendredi, dans un cliquetis de têtes couronnées, William épousera Kate. Le premier, de noble extraction, roule carrosse depuis le berceau. La seconde, gracieuse roturière, a pris des cours d’élocution afin de mieux s’intégrer à la haute société. On leur souhaite d’heureuses noces, of course. Mais de là à partager un émerveillement béat, presque rendu obligatoire…
Même l’Anglais moyen, en dépit d’une royale propagande, traîne les pieds. Le cyclone annoncé, au bout du compte, pourrait se résumer à une brise légère. À tel point qu’on redoute un fiasco populaire.
David Camerone, le Premier ministre, incite les sujets du royaume à se mobiliser. Ceux-ci renâclent encore à organiser les traditionnelles “fêtes de rue”… Au jour J, sur la route de Westminster, la foule attendue risque de manquer. Trop casaniers, les Britanniques ? Pas toujours. Le mois dernier, ils étaient 250 000 à battre le pavé londonien… pour protester contre une précarité grandissante.
« Ne permets pas que nous devenions un non-peuple ! »
Du mystère du Jeudi Saint aux ténèbres du Vendredi Saint, jusqu’à l’éclatante lumière de Pâques : chaque année, l’Eglise nous fait vivre en temps réel l’immolation et la résurrection de notre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, rappelant à chaque homme sa condition de pécheur et la réalité de son rachat. Tous son appelés à devenir enfants de Dieu, lavés dans le Sang du Christ, tous sont appelés à entrer avec Lui dans la gloire, qui est aussi la gloire de la Croix.
Pendant de longs siècles, ces trois jours saints ont marqué profondément la vie, l’intelligence, les âmes de nos ancêtres sur cette terre d’Europe dont les hommes aussi ont été façonnés par l’adhésion au Christ.
Les sociologues nous apprennent que partout, l’homme finit par ressembler au dieu qu’il adore. A idole sanguinaire, peuples de mœurs sauvages et brutales ; à dieu – ou Allah – sans amour, soumission d’esclaves zélés pour soumettre à leur tour en son nom ; à Mammon, société de marchands prêts à écraser leurs semblables pour gagner un peu plus ; à Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, aspiration bien plus exigeante à la communion, la charité, la compassion.
Cela est bien plus exigeant et difficile car il nous coûte de donner notre vie pour ceux que nous aimons, et l’imitation de Jésus-Christ comporte des passages obligés qui nous feraient oublier la promesse du ciel, des renoncements qui ne conviennent pas lorsqu’on ne veut plus servir.
Benoît XVI l’a dit avec force lors de la messe chrismale qu’il célébrait, jeudi, à Rome : rappelant que le peuple élu qui avait pour mission « d’être comme un sanctuaire de Dieu pour la totalité », d’« exercer une fonction sacerdotale pour le monde », il a en quelque sorte mis en parallèle avec ce devoir la mission de l’Occident.
« Les chrétiens devraient rendre visible au monde le Dieu vivant, en témoigner et conduire à Lui. Quand nous parlons de notre charge commune, en tant que baptisés, nous ne devons pas pour autant en tirer orgueil. C’est une question qui, à la fois, nous réjouit et nous préoccupe : sommes-nous vraiment le sanctuaire de Dieu dans le monde et pour le monde ? Ouvrons-nous aux hommes l’accès à Dieu ou plutôt ne le cachons-nous pas ? Ne sommes-nous pas, nous – peuple de Dieu –, devenus en grande partie un peuple de l’incrédulité et de l’éloignement de Dieu ? N’est-il pas vrai que l’Occident, les Pays centraux du christianisme sont fatigués de leur foi et, ennuyés de leur propre histoire et culture, ne veulent plus connaître la foi en Jésus-Christ ? »
Cette apostasie désabusée est forcément une mort lente, une déclinaison de La vieillesse du monde qui renonce à tout ce qui le vivifie, l’irrigue, et lui donnerait une jeunesse sans fin.
Et le Pape de s’écrier :
« Nous avons raison de crier vers Dieu en cette heure : ne permets pas que nous devenions un non-peuple ! Fais que nous te reconnaissions de nouveau ! »
Un non-peuple, à peine l’ombre de lui-même, perdu dans le néant de son auto-idolâtrie mortelle. Ce non-peuple dans ses aspects les plus paroxystiques n’hésite pas à sacrifier les vieux, les faibles, les jeunes, les enfants à naître et sa pierre de construction elle-même – la famille – à son non-dieu.
A l’heure où nous sommes, nos nations charnelles n’ont pas de chance de subsister, elles se meurent de ce refus de Dieu.
Du mystère du Jeudi Saint aux ténèbres du Vendredi Saint, jusqu’à l’éclatante lumière de Pâques : chaque année, l’Eglise nous fait vivre en temps réel l’immolation et la résurrection de notre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, rappelant à chaque homme sa condition de pécheur et la réalité de son rachat. Tous son appelés à devenir enfants de Dieu, lavés dans le Sang du Christ, tous sont appelés à entrer avec Lui dans la gloire, qui est aussi la gloire de la Croix.
Pendant de longs siècles, ces trois jours saints ont marqué profondément la vie, l’intelligence, les âmes de nos ancêtres sur cette terre d’Europe dont les hommes aussi ont été façonnés par l’adhésion au Christ.
Les sociologues nous apprennent que partout, l’homme finit par ressembler au dieu qu’il adore. A idole sanguinaire, peuples de mœurs sauvages et brutales ; à dieu – ou Allah – sans amour, soumission d’esclaves zélés pour soumettre à leur tour en son nom ; à Mammon, société de marchands prêts à écraser leurs semblables pour gagner un peu plus ; à Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, aspiration bien plus exigeante à la communion, la charité, la compassion.
Cela est bien plus exigeant et difficile car il nous coûte de donner notre vie pour ceux que nous aimons, et l’imitation de Jésus-Christ comporte des passages obligés qui nous feraient oublier la promesse du ciel, des renoncements qui ne conviennent pas lorsqu’on ne veut plus servir.
Benoît XVI l’a dit avec force lors de la messe chrismale qu’il célébrait, jeudi, à Rome : rappelant que le peuple élu qui avait pour mission « d’être comme un sanctuaire de Dieu pour la totalité », d’« exercer une fonction sacerdotale pour le monde », il a en quelque sorte mis en parallèle avec ce devoir la mission de l’Occident.
« Les chrétiens devraient rendre visible au monde le Dieu vivant, en témoigner et conduire à Lui. Quand nous parlons de notre charge commune, en tant que baptisés, nous ne devons pas pour autant en tirer orgueil. C’est une question qui, à la fois, nous réjouit et nous préoccupe : sommes-nous vraiment le sanctuaire de Dieu dans le monde et pour le monde ? Ouvrons-nous aux hommes l’accès à Dieu ou plutôt ne le cachons-nous pas ? Ne sommes-nous pas, nous – peuple de Dieu –, devenus en grande partie un peuple de l’incrédulité et de l’éloignement de Dieu ? N’est-il pas vrai que l’Occident, les Pays centraux du christianisme sont fatigués de leur foi et, ennuyés de leur propre histoire et culture, ne veulent plus connaître la foi en Jésus-Christ ? »
Cette apostasie désabusée est forcément une mort lente, une déclinaison de La vieillesse du monde qui renonce à tout ce qui le vivifie, l’irrigue, et lui donnerait une jeunesse sans fin.
Et le Pape de s’écrier :
« Nous avons raison de crier vers Dieu en cette heure : ne permets pas que nous devenions un non-peuple ! Fais que nous te reconnaissions de nouveau ! »
Un non-peuple, à peine l’ombre de lui-même, perdu dans le néant de son auto-idolâtrie mortelle. Ce non-peuple dans ses aspects les plus paroxystiques n’hésite pas à sacrifier les vieux, les faibles, les jeunes, les enfants à naître et sa pierre de construction elle-même – la famille – à son non-dieu.
A l’heure où nous sommes, nos nations charnelles n’ont pas de chance de subsister, elles se meurent de ce refus de Dieu.
samedi 23 avril 2011
Indignes de nous-mêmes !
Mais d'où vient cette ambiance délétère qui s'abat sur l'Europe ? Au repli sur soi des citoyens répond le comportement irresponsable de leurs dirigeants. Résultat : l'idée européenne devient un scandale. Le coup de gueule d'un chroniqueur belge.
A propos des Finlandais, inutile de nous étendre : manifestement, ils se promènent encore avec des peaux d’ours sur le dos. Asseyez-les sur une luge, et ils partent dans toutes les directions. La civilisation s’arrête à la limite des neiges, c’est le charme du folklore.
Les Hongrois sont moins innocents, c’est même un peuple mauvais. Le Parlement a adopté une nouvelle Constitution qui stipule que Dieu et le christianisme rassemblent la nation hongroise. Allez savoir ce qu’il advient des musulmans et des athées dans tout ça ! Il y a longtemps que la discrimination n’avait pas été inscrite de façon aussi immanente dans une Constitution. Plus hardi encore : les enfants doivent naître d’une union maritale entre un homme et une femme. Adieu les homos, adieu les mères célibataires. Pour couronner le tout, revenons au Moyen-Age : le fœtus doit être protégé dès la fécondation.
L'Europe est une chronique des scandales
Sous les yeux de l’Europe, les femmes hongroises sont renvoyées, en l’an 2011, aux aiguilles à tricoter d’obscures faiseuses d’anges. Quand on pense que ce pays membre peut y parvenir sans bûcher public ! Mais il est vrai qu’en Europe, tout est possible : les principes sont passés de mode, l’ultime charte est le marché. Cela n’apporte guère de solution aux dilemmes éthiques.Mais que va donc faire Herman Van Rompuy? Va-t-il soudain pouvoir s’accommoder d’un rebut institutionnel? Président des pustules venimeuses – ça marche aussi? Les haïkus ne peuvent tout de même pas consoler de toutes les dépravations. L’Europe est une chronique des scandales.
Aux Pays-Bas, un xénophobe peut impunément prendre le gouvernement en otage. A Rome, un délinquant sexuel d’un âge avancé se laisse mener par son sexe tricolore. A l’Elysée, une espèce de président se vante d’être une Ferrari. "Quand vous ouvrez le capot, c’est avec des gants blancs" (phrase attribuée à Nicolas Sarkozy dans La Conquête, un film qui sort en mai sur son arrivée au pouvoir). Un forain n’aurait pas pu mieux le formuler. Le Président ? Un loufoque!
Pour finir, la Belgique : une ferme pédagogique pour enfants où les culottes claquent au vent sur le fil à linge des populistes. L’Europe: un splendide état d’esprit devenu une tumeur.
L’engrenage en douceur
Avec l'envoi de conseillers militaires à Benghazi, l’OTAN s'investit un peu plus dans la guerre libyenne. Mais alors que forces du colonel Kadhafi restent à l'offensive, et les objecitf de cet engagement deviennent de plus en plus difficile à cerner, estime The Guardian.
Les 20 conseillers militaires britanniques, français et italiens envoyés pour aider les rebelles à Benghazi ne constituent pas une force d'occupation. Certes, ils n'ont pas pour mission d'entraîner les rebelles, mais ils ont pris pied sur le terrain. Et chaque pas qu'ils vont faire va accroître l'implication militaire de l'OTAN dans la guerre civile en Libye.Tout aussi important était le fait que l'OTAN ait allongé la liste de ses cibles pour y inclure les échanges téléphoniques de Kadhafi et ses petits systèmes de communication par satellite, qui seraient “à double usage”, une appellation censément inquiétante.
Les annonces faites à Londres et Bruxelles cette semaine portaient sur le troisième changement d'orientation depuis que la résolution de l'ONU a autorisé l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne en Libye. Les deux précédents ont été la décision d'envoyer des gilets pare-balles aux rebelles, puis la lettre d'Obama où celui-ci disait qu'il n'y avait pas d'avenir pour la Libye tant que Kadhafi était au pouvoir. Ce même Obama s'était pourtant engagé auparavant à ne pas faire du changement de régime un objectif de la guerre.
A chaque nouvelle étape, on a craint une dérive de la mission, même si, comme l'a affirmé un observateur, il serait plus juste de dire qu'on cherche à éviter l'effondrement de la mission. Ces étapes s'accumulent et l'orientation du conflit nous concerne tous.
ll y a quelques semaines, certains estimaient que les forces de Kadhafi s'effondreraient comme un château de cartes peu après les premiers tirs de missiles Tomahawk. Mais dans bien des cas, c'est le contraire qui s'est produit. Les forces fidèles à Kadhafi se sont adaptées au champ de bataille urbain, elles ont enterré leurs armes lourdes, placé des snipers sur les toits à Misrata et pilonné les zones rebelles par des tirs de bombes à fragmentation. Leurs lance-missiles ne sont plus des cibles faciles.
Des responsables de l'OTAN ont affirmé le 19 avril que les frappes sur un centre de communications appartenant à la 32e brigade de Kadhafi, une unité d'élite, avaient réduit la capacité du régime à diriger ses forces sur Marsa El Brega et Ajdabiya.
Mais dans le même temps, ils ont dû admettre que de telles frappes n'avaient guère d'effets sur les combats de rues à Misrata : le commandant des opérations aériennes, le général canadien Charles Bouchard, les a comparés à une bataille au couteau dans une cabine téléphonique — c'est dire s'il est difficile d'intervenir. En d'autres termes, une intervention menée dans l'intention de protéger les civils à Benghazi pourrait avoir l'effet inverse à Misrata, Ras Lanouf, Marsa El Brega et Ajdabiya.
Misrata pourrait bel et bien marquer un tournant. C'est dans cette ville que les deux objectifs de l'intervention alliée, protéger les civils et soutenir l'un des deux camps, ont convergé au point de devenir indissociables.
Tandis que les combats se poursuivent, l'effet symbolique des opérations de l'OTAN tend à s'estomper. Il y a un mois, les alliés auraient pu attirer ceux des partisans de Kadhafi qui ne voulaient pas se retrouver du côté des perdants. Mais aujourd'hui, l'effet psychologique des initiatives de l'OTAN n'est plus si évident. Kadhafi reste droit dans ses bottes. S'il commençait à céder, ses forces auraient pu se désengager. Au lieu de cela, les combats se propagent et peut-être a-t-il encore bon espoir de reprendre Misrata. S'il y parvient, il aura stoppé net la rébellion.
Il y a maintenant deux options. La première serait de tenir bon en espérant que les rebelles finiront par devenir une vraie force combattante. Autant dire que les étapes franchies jusqu'à présent ne seraient pas les dernières et que l'OTAN accroîtrait encore sa présence aérienne et terrestre. Deuxième option, revenir à une action diplomatique du type de celle proposée par l'Union africaine ou la Turquie. Dans l'état actuel du rapport de forces, tel ou tel membre du clan Kadhafi pourrait fort bien maintenir le régime en place.
Aucune de ces deux options n'est vraiment attrayante, mais dans la logique de la résolution de l'ONU ce serait certainement la deuxième solution qui mettrait fin le plus rapidement aux souffrances de la population.
Pour les rebelles de Benghazi, le fils de Kadhafi, Saïf, a cessé d'être le porte-drapeau de la réforme en matière de droits de l'homme. Il est devenu aussi infréquentable que n'importe quel autre membre du clan Kadhafi. Et pourtant, si le régime ne s'effondre pas, il pourrait être l'homme avec qui les diplomates vont devoir traiter.
Un an après l’appel à l’aide de la Grèce, rien n’est réglé
Un an après l’appel à l’aide de la Grèce, la zone euro est loin d’être sortie de la crise de la dette, mais elle a pris des décisions sans précédent pour mieux y résister, comme la création d’un Fonds de secours qui inscrit dans le marbre la solidarité financière.
Athènes a bénéficié de prêts pour un montant total de 110 milliards d’euros. Depuis, l’Irlande et le Portugal ont suivi. Dublin a obtenu une aide de 85 milliards d’euros à l’automne. Et il y a deux semaines, c’est Lisbonne qui a appelé à l’aide. Son plan de sauvetage, encore en négociations, devrait être bouclé à la mi-mai.
La zone euro n’est pas pour autant tirée d’affaire. Les difficultés demeurent, d’abord dans les pays déjà aidés : en Grèce, l’économie reste dans un état critique, combinant récession et gonflement de la dette. Du coup, beaucoup sur les marchés se demandent si le pays pourra rembourser la totalité de ce qu’il doit.
En Irlande, c’est la situation des banques qui reste préoccupante.
D’autres pays à la situation budgétaire ou d’endettement délicate, comme l’Espagne, voire la Belgique, pourraient tomber dans la ligne de mire des marchés. Et le FMI vient de mettre en garde contre la « vulnérabilité » des banques européennes.
« Les situations restent fragiles, avec des marchés qui restent très nerveux, que la moindre nouvelle peut inquiéter, et avec des situations politiques très difficiles », souligne Jean Pisani-Ferry, économiste à l’institut d’études européennes Bruegel.
Pour Nicolaus Heinen, économiste à la Deutsche Bank, « on n’est pas encore tiré d’affaire », même si « la situation s’est beaucoup améliorée ». Car depuis un an, la zone euro s’est transformée. Elle a mis sur pied un véritable arsenal de défense contre les crises de la dette, incluant un Fonds de soutien temporaire pour les pays en difficulté, qui emprunte sur les marchés grâce à des garanties apportées par les États membres.
« Nous avons eu une crise d’une intensité sans précédent. Nous avons donc été obligés de préparer et de mettre en place des mesures sans précédent », a souligné mercredi le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker.
La zone euro est aussi en passe de durcir sa discipline budgétaire, grâce à un ensemble de textes législatifs négocié entre les gouvernements et le Parlement européen (PE). Pour le chef des libéraux au PE, Guy Verhofstadt, « le pire a été écarté avec la création du mécanisme » d’aide à la zone euro.
« Mais la moitié seulement du travail a été faite », a-t-il ajouté, jugeant notamment qu’ « il faut une gouvernance économique avec une vraie automaticité » des sanctions en train d’être créées. Les capitales européennes, elles, veulent la limiter.
La zone euro n’est pas pour autant tirée d’affaire. Les difficultés demeurent, d’abord dans les pays déjà aidés : en Grèce, l’économie reste dans un état critique, combinant récession et gonflement de la dette. Du coup, beaucoup sur les marchés se demandent si le pays pourra rembourser la totalité de ce qu’il doit.
En Irlande, c’est la situation des banques qui reste préoccupante.
D’autres pays à la situation budgétaire ou d’endettement délicate, comme l’Espagne, voire la Belgique, pourraient tomber dans la ligne de mire des marchés. Et le FMI vient de mettre en garde contre la « vulnérabilité » des banques européennes.
Conséquences politiques et sociales
La crise a également des conséquences politiques et sociales de plus en plus visibles, avec la grogne qui monte pour dénoncer les programmes d’austérité, ou contre l’aide apportée aux « mauvais élèves » de la zone euro, avec des fissures croissantes entre le Nord et le Sud de l’Europe. C’est le cas en particulier en Finlande, où les nationalistes de droite des Vrais Finlandais ont réalisé une percée électorale, en protestant contre le soutien financier au Portugal et à d’autres pays.« Les situations restent fragiles, avec des marchés qui restent très nerveux, que la moindre nouvelle peut inquiéter, et avec des situations politiques très difficiles », souligne Jean Pisani-Ferry, économiste à l’institut d’études européennes Bruegel.
Pour Nicolaus Heinen, économiste à la Deutsche Bank, « on n’est pas encore tiré d’affaire », même si « la situation s’est beaucoup améliorée ». Car depuis un an, la zone euro s’est transformée. Elle a mis sur pied un véritable arsenal de défense contre les crises de la dette, incluant un Fonds de soutien temporaire pour les pays en difficulté, qui emprunte sur les marchés grâce à des garanties apportées par les États membres.
Une révolution
Un mécanisme permanent de secours est appelé à remplacer ce Fonds à partir de mi-2013. Pour l’Union monétaire, ces changements sont une révolution, car ils comblent une lacune de naissance : aucun mécanisme d’entraide financière entre pays de la zone euro n’était prévu.« Nous avons eu une crise d’une intensité sans précédent. Nous avons donc été obligés de préparer et de mettre en place des mesures sans précédent », a souligné mercredi le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker.
La zone euro est aussi en passe de durcir sa discipline budgétaire, grâce à un ensemble de textes législatifs négocié entre les gouvernements et le Parlement européen (PE). Pour le chef des libéraux au PE, Guy Verhofstadt, « le pire a été écarté avec la création du mécanisme » d’aide à la zone euro.
« Mais la moitié seulement du travail a été faite », a-t-il ajouté, jugeant notamment qu’ « il faut une gouvernance économique avec une vraie automaticité » des sanctions en train d’être créées. Les capitales européennes, elles, veulent la limiter.
Quelle importance a la Syrie ?
Les troubles en Syrie ont pris, hier, une tournure rapidement dramatique. Au fil des heures, les bilans rapportés depuis le pays sont passés de deux blessés, en début d’après-midi, à plus de 70 tués dans la soirée. Même entouré d’incertitudes, qui commandent la prudence, cet envol du nombre des victimes témoigne d’une accélération de la contestation et d’un enhardissement des opposants au président Bachar al-Assad.
Certes, les conditions dans lesquelles les manifestations en Syrie - où plusieurs villes ont été le théâtre de rassemblements, dispersés par la police - sont rapportées ne sont pas d’une fiabilité parfaite. Hier, les informations émanaient de militants locaux ou de « témoins oculaires », communiquant surtout par téléphone portable ou internet avec le monde extérieur. Le régime continue d’encadrer sévèrement l’activité des médias et, pour l’heure, les chiffres rapportés ne sont pas vérifiables de sources professionnelles et indépendantes.
Ces aléas arithmétiques ne diminuent pas la réalité d’une critique du système qui s’intensifie, gagne la province et tente, sans doute, de s’organiser. Annoncée avant-hier, la levée de l’état d’urgence, après la bagatelle de 48 années de chape totalitaire, stimule visiblement l’attente de réformes profondes. Mais, dans un premier temps au moins, cette mesure, réclamée par les opposants, n’a pas modifié les réflexes répressifs du clan al-Assad. L’armée et les forces de sécurité, dévouées au chef de l’État, n’ont pas encore anticipé le virage promis vers un régime moins contraignant.
Face à ces faits, l’Occident ne peut rester silencieux. De plus en plus engagées en Libye, après avoir vite fait une croix, à Tunis et au Caire, sur des dirigeants beaucoup plus conciliants et coopératifs que les maîtres de Tripoli et de Damas, l’Europe et les États-Unis doivent élaborer une réponse juste et proportionnée à l’agitation en Syrie. Sous peine de donner raison à ceux qui pensent que ce pays n’est pas de haute importance, exportant peu de pétrole, et que ses liens avec l’Iran rendent son cas plus explosif que celui d’un Kadhafi lâché par certains pays arabes.
Dans un an...
A partir d’aujourd’hui, il faudra donc compter en mois. Il en reste seulement 12, pile, avant le premier tour de l’élection présidentielle, le dimanche 22 avril 2012. Le quinquennat a si bien transformé le mandat du chef de l’État en un infernal compte à rebours qu’il semble avoir été tendu, depuis le début, vers cette dernière ligne droite.
«Je gouvernerai et réformerai jusqu’au dernier jour» a affirmé plusieurs fois l’actuel locataire de l’Élysée, jurant que lui ne gaspillerait pas une goutte de son énergie à sa réélection. Il le croyait peut-être, il l’espérait sans doute, dans l’illusion d’éternité que donnent les amples victoires.
Belle profession de foi qui ne résiste pas à la coalition de l’instinct de survie et de l’humaine précipitation de notre démocratie à se passionner pour le combat majeur qui la structure.
Dans un an, à la veille d’aller voter, toutes les projections d’aujourd’hui sembleront vieilles d’un siècle. Certaines feront sourire tant elles auront reposé sur des calculs vite dépassés et des équations aléatoires. Au grand casino des pronostics, on peut déjà parier sans trop de risque qu’aucune d’entre elles ne correspondra à la main finale. On peut faire ses jeux, bien sûr, mais rien n’est joué. Absolument rien.
Entre ce dimanche de 2011 et celui du printemps suivant, il n’y a pas seulement 365 jours (et un quart) et autant de révolutions terrestres. Il y a un temps qui comptera double ou triple tant il peut contenir de rebondissements qui changeront tout, parfois même d’un soir au matin. Il y a surtout une campagne électorale qui fera la différence.
Les amis du chef de l’État s’en rassurent au moment où leur héros est en très mauvaise posture dans les sondages avec une impopularité inédite pour un président de la République sortant et candidat à sa réélection. Tout est possible en effet, y compris le rejet du fameux rejet.
Mais au fond tout cela n’est peut-être que de peu d’importance. Osera-t-on écrire que dans cette présidentielle, le nom du vainqueur ne sera pas l’essentiel ? Qu’un président de gauche ne fera pas une politique radicalement différente de celle d’un président de droite ou du centre ?
Au-delà de la compétition, et elle s’annonce particulièrement violente, la vraie question qui est posée par la société toute entière c’est celle de la place du politique. Les candidats auront-ils le courage de la vérité ? D’avouer que leur pouvoir est limité ? Que le temps des hommes (ou des femmes) providentiels et autres hyperprésidences est définitivement révolu ? Que pour débloquer ce pays, il faudra savoir le responsabiliser, stimuler ses forces vives pour qu’elles trouvent par elles-mêmes, par le débat, et par la négociation contractuelle, des solutions sur mesure, forcément difficiles ? Cette apparente modestie serait une immense ambition pour une grande nation.
A partir d’aujourd’hui, il faudra donc compter en mois. Il en reste seulement 12, pile, avant le premier tour de l’élection présidentielle, le dimanche 22 avril 2012. Le quinquennat a si bien transformé le mandat du chef de l’État en un infernal compte à rebours qu’il semble avoir été tendu, depuis le début, vers cette dernière ligne droite.
«Je gouvernerai et réformerai jusqu’au dernier jour» a affirmé plusieurs fois l’actuel locataire de l’Élysée, jurant que lui ne gaspillerait pas une goutte de son énergie à sa réélection. Il le croyait peut-être, il l’espérait sans doute, dans l’illusion d’éternité que donnent les amples victoires.
Belle profession de foi qui ne résiste pas à la coalition de l’instinct de survie et de l’humaine précipitation de notre démocratie à se passionner pour le combat majeur qui la structure.
Dans un an, à la veille d’aller voter, toutes les projections d’aujourd’hui sembleront vieilles d’un siècle. Certaines feront sourire tant elles auront reposé sur des calculs vite dépassés et des équations aléatoires. Au grand casino des pronostics, on peut déjà parier sans trop de risque qu’aucune d’entre elles ne correspondra à la main finale. On peut faire ses jeux, bien sûr, mais rien n’est joué. Absolument rien.
Entre ce dimanche de 2011 et celui du printemps suivant, il n’y a pas seulement 365 jours (et un quart) et autant de révolutions terrestres. Il y a un temps qui comptera double ou triple tant il peut contenir de rebondissements qui changeront tout, parfois même d’un soir au matin. Il y a surtout une campagne électorale qui fera la différence.
Les amis du chef de l’État s’en rassurent au moment où leur héros est en très mauvaise posture dans les sondages avec une impopularité inédite pour un président de la République sortant et candidat à sa réélection. Tout est possible en effet, y compris le rejet du fameux rejet.
Mais au fond tout cela n’est peut-être que de peu d’importance. Osera-t-on écrire que dans cette présidentielle, le nom du vainqueur ne sera pas l’essentiel ? Qu’un président de gauche ne fera pas une politique radicalement différente de celle d’un président de droite ou du centre ?
Au-delà de la compétition, et elle s’annonce particulièrement violente, la vraie question qui est posée par la société toute entière c’est celle de la place du politique. Les candidats auront-ils le courage de la vérité ? D’avouer que leur pouvoir est limité ? Que le temps des hommes (ou des femmes) providentiels et autres hyperprésidences est définitivement révolu ? Que pour débloquer ce pays, il faudra savoir le responsabiliser, stimuler ses forces vives pour qu’elles trouvent par elles-mêmes, par le débat, et par la négociation contractuelle, des solutions sur mesure, forcément difficiles ? Cette apparente modestie serait une immense ambition pour une grande nation.
Pâques
Qu'est-ce donc que cette fête de Pâques qui nous vaut un jour printanier de congé supplémentaire ? Elle fait partie comme Noël, l'Ascension, la Pentecôte, la Toussaint, des grandes fêtes chrétiennes qui, depuis bien longtemps, rythment notre calendrier. Au cours du temps, certains en France ou ailleurs tentèrent de les effacer. Rien n'y fit. Par exemple, elles sont de retour aujourd'hui, quasiment officiellement en Russie. Le jour de Pâques, les Russes se saluent en disant : « Christ est ressuscité. »
Pâques est le jour où les chrétiens commémorent un événement incroyable, celui qui fonde leur religion. Souvenez-vous de ce petit garçon né le jour de Noël. Il avait grandi en âge et aussi en sagesse. Il était devenu un adulte, un homme... gênant, considéré comme un provocateur parce qu'il disait les choses à l'envers de tout le monde, à l'opposé du bon sens commun, par exemple qu'on pouvait et même qu'il fallait aimer ses ennemis !
Autre folie, il prétendait que les derniers des derniers seraient un jour les premiers ! Mais où donc avait-il vu cela ? Il en rajoutait scandaleusement car, disait-il encore, les prostituées viendraient avant tout le monde, avant tous ceux qui sont des gens bien, justes, honorables, etc. Vraiment cela faisait beaucoup, surtout après avoir critiqué très durement les uns qu'il traitait de sépulcres blanchis et les autres qu'il qualifiait de salisseurs, de profanateurs du Temple...
Stupéfiante nouvelle
Alors c'en était trop. On l'a arrêté une belle nuit et jugé vite fait. On a tourné la foule contre lui et on l'a condamné à mort. On l'a aussitôt exécuté comme les deux voleurs, condamnés à mort eux aussi...
Devant ce désastre, ses amis se sont débandés. Ils sont allés se cacher. Mais, tout de même, quelques-uns d'entre eux ou plutôt quelques-unes ont osé aller le lendemain à sa tombe pour l'ensevelir dignement, définitivement. Mais stupéfaction et désarroi, il n'y avait plus personne. Ni gardes ni passants et personne non plus dans le tombeau. Le cadavre de l'être aimé avait disparu. Émues, effrayées, elles retournent voir les autres, les hommes, pour leur dire qu'il n'y avait plus rien.
L'une de ces femmes, en marchant dans le jardin les yeux plein de tristesse, bute presque sur quelqu'un qu'elle n'avait pas vu. C'est le jardinier, pensa-t-elle ; mais quand elle vit son regard, quand elle entendit le son de sa voix, elle fut bouleversée : c'était Lui, oui c'était celui qu'elle cherchait mort et qu'elle voyait vivant !
Elle courut le dire aux autres. Ceux-ci la prirent pour une folle. À leur tour, ils accoururent au cimetière. Devant le tombeau vide, ils prirent conscience que le monde était devenu tout autre. Réunis pour essayer de comprendre ce qui se passait, ce fut la stupéfaction : leur ami, revenu de l'au-delà, de la souffrance et de la mort était, devant eux, vivant. Alors, ils sortirent de leur cachette pour aller partout porter cette incroyable, cette impossible, cette stupéfiante nouvelle.
Depuis, ceux qui se sont penchés sur cette histoire invraisemblable ont, à leur tour, senti leur coeur devenir tout brûlant d'amour et d'espérance. C'en est au point que, depuis 2 000 ans environ, ils vivent ensemble ce moment extraordinaire. Cette Pâques, passage de la mort à la vie !
vendredi 22 avril 2011
Le pouvoir d’achat au bouche-à-bouche
C’est à y damner son catéchisme de science économique. Est-ce là du dirigo-libéralisme ou du libéral-dirigisme ? La main invisible d’Adam Smith actionnée par John Meynard Keynes ? Dix ans après que Lionel Jospin, premier ministre socialiste, eut désespéré son camp en déclarant, sincèrement et lucidement, que l’Etat ne pouvait pas tout, voilà qu’un président de droite, ami des PDG du Cac 40, suggère que l’Etat, par la voix de son chef, pourrait dicter sa volonté aux entreprises.
En tordant le bras du Medef, Nicolas Sarkozy nous fait donc du Besancenot dans le texte. Mieux partager la plus-value entre la rémunération du capital, l’investissement, et l’intéressement des salariés, qui ne pourrait souscrire à ce principe juste ? Mais que l’Élysée décide de l’imposer par la loi, c’est carrément gonflé !
Dès l’automne 2008, dans son discours de Toulon, le président avait bien appelé de ses vœux d’indispensables correctifs aux appétits mortels d’une ploutocratie gloutonne. Mais cette orientation sociale sombra avec la crise, vite noyée dans les remous des priorités, aussi changeantes que la marée, d’un quinquennat ébouriffé.
A un an des élections, on jette aujourd’hui les discours churchilliens et les angoisses de la dette à la mer ! Sauve qui peut : il faut ranimer la thématique du pouvoir d’achat. Et on le fait immédiatement, avec le savoir-faire de l’excellent sapeur-pompier qu’est le commandant Sarkozy. Vite, un bouche-à-bouche avec les électeurs pour compenser l’hémorragie des intentions de vote !
C’est une surenchère sympathique sur le marché des voix - qui dit mieux, Mesdames, Messieurs ? - et elle a le mérite de poser un débat essentiel : celui, éternellement posé et éternellement laissé en friches, de la participation gaulliste.
Mais cette intervention d’en haut, précipitée, n’est pas sérieuse. La forme primaire choisie par l’Élysée limite d’emblée l’ambition de l’élan. De son montant flottant - adieu les beaux 1 000 euros minimum qu’on avait fait miroiter - à son financement - c’est l’exonération de charges sociales qui la financera en grande partie - ,cette prime flottante sent l’arnaque. Si on comprend bien, c’est donc l’État sans le sou qui, au bout du compte, paiera ?
Un tel sujet contractuel aurait mérité un vrai dialogue social, de longue haleine, en début de mandat. Tous les salariés savent bien qu’une prime aléatoire ne répondra pas à la demande récurrente d’une hausse des salaires, nette et négociée, qui compte, elle, dans le calcul de la retraite.
Ironie de l’histoire : l’inégalité de la mesure, qui ne concernera qu’une minorité de salariés, rappelle celle, dévastatrice, des 35 heures. Sarkozy-Aubry même combat ? A ce rythme de coups, c’est la crédibilité de notre démocratie qu’on met KO.
C’est à y damner son catéchisme de science économique. Est-ce là du dirigo-libéralisme ou du libéral-dirigisme ? La main invisible d’Adam Smith actionnée par John Meynard Keynes ? Dix ans après que Lionel Jospin, premier ministre socialiste, eut désespéré son camp en déclarant, sincèrement et lucidement, que l’Etat ne pouvait pas tout, voilà qu’un président de droite, ami des PDG du Cac 40, suggère que l’Etat, par la voix de son chef, pourrait dicter sa volonté aux entreprises.
En tordant le bras du Medef, Nicolas Sarkozy nous fait donc du Besancenot dans le texte. Mieux partager la plus-value entre la rémunération du capital, l’investissement, et l’intéressement des salariés, qui ne pourrait souscrire à ce principe juste ? Mais que l’Élysée décide de l’imposer par la loi, c’est carrément gonflé !
Dès l’automne 2008, dans son discours de Toulon, le président avait bien appelé de ses vœux d’indispensables correctifs aux appétits mortels d’une ploutocratie gloutonne. Mais cette orientation sociale sombra avec la crise, vite noyée dans les remous des priorités, aussi changeantes que la marée, d’un quinquennat ébouriffé.
A un an des élections, on jette aujourd’hui les discours churchilliens et les angoisses de la dette à la mer ! Sauve qui peut : il faut ranimer la thématique du pouvoir d’achat. Et on le fait immédiatement, avec le savoir-faire de l’excellent sapeur-pompier qu’est le commandant Sarkozy. Vite, un bouche-à-bouche avec les électeurs pour compenser l’hémorragie des intentions de vote !
C’est une surenchère sympathique sur le marché des voix - qui dit mieux, Mesdames, Messieurs ? - et elle a le mérite de poser un débat essentiel : celui, éternellement posé et éternellement laissé en friches, de la participation gaulliste.
Mais cette intervention d’en haut, précipitée, n’est pas sérieuse. La forme primaire choisie par l’Élysée limite d’emblée l’ambition de l’élan. De son montant flottant - adieu les beaux 1 000 euros minimum qu’on avait fait miroiter - à son financement - c’est l’exonération de charges sociales qui la financera en grande partie - ,cette prime flottante sent l’arnaque. Si on comprend bien, c’est donc l’État sans le sou qui, au bout du compte, paiera ?
Un tel sujet contractuel aurait mérité un vrai dialogue social, de longue haleine, en début de mandat. Tous les salariés savent bien qu’une prime aléatoire ne répondra pas à la demande récurrente d’une hausse des salaires, nette et négociée, qui compte, elle, dans le calcul de la retraite.
Ironie de l’histoire : l’inégalité de la mesure, qui ne concernera qu’une minorité de salariés, rappelle celle, dévastatrice, des 35 heures. Sarkozy-Aubry même combat ? A ce rythme de coups, c’est la crédibilité de notre démocratie qu’on met KO.
L'Europe, victime des égoïsmes nationaux
La pression populiste, qui se nourrit du rejet des élites et de la peur de la globalisation et de l'immigration, perturbe le fonctionnement actuel de l'Union européenne. C'est peut-être le moment de retrouver l'esprit ses pères fondateurs, les Monnet et Schuman.
Ils avaient imaginé, il y a soixante ans, un ingénieux système associant la mise en commun de certaines compétences (principalement économiques) avec une organisation où les États étaient contrebalancés par des institutions au-dessus d'eux. Le Conseil des ministres représentait les intérêts nationaux, tandis que la Commission ou le Parlement étaient censés représenter l'intérêt général européen. C'est ce que, en son temps, Jacques Delors avait défini en caractérisant l'Europe comme une « Fédération d'États-Nations ».
Ce choix a été progressivement remis en cause. Bruxelles a été de moins en moins le lieu de mise en commun de compétences et de plus en plus le lieu d'âpres négociations entre États pour tenter d'obtenir le maximum d'avantages ou le minimum d'inconvénients. Les stratégies du « chacun pour soi » prirent le dessus.
L'Europe a progressé dans la régulation des économies, mais elle a failli sombrer avec la crise monétaire née aux États-Unis. Certes, les Européens ont mis en place des mécanismes qui ont permis le sauvetage, in extremis, de la Grèce, de l'Irlande et maintenant du Portugal. Mais les refus, au départ, de faire preuve de solidarité, notamment en Allemagne, ont retardé les décisions nécessaires et augmenté la facture finale.
L'Europe a aussi réussi, au forceps, à se doter d'un service d'action extérieure, un nom barbare pour parler de politique étrangère mais qui ne réussit pas à camoufler l'incapacité des Européens à se doter d'une politique étrangère commune (et ne parlons pas de Défense !) Les Européens, face à l'implosion des régimes arabes, n'ont pas su réagir à la hauteur de l'événement et mener ensemble des politiques concertées.
Plus récemment encore, la question de l'immigration est devenue un motif de querelle entre Français et Italiens. La France a juridiquement raison de dire que la question de l'immigration clandestine relève du pays de débarquement des immigrés clandestins. Mais cet égoïsme juridique ne tient pas la route quand des petits pays, comme Malte et la Grèce, ou plus grands comme l'Italie, sont confrontés à des vagues incontrôlables d'immigrés. Au « c'est votre affaire » adressé par la France à l'Italie, répond le « débrouillez-vous avec le problème » des Italiens qui savent bien qu'en délivrant des laissez-passer « provisoires » aux Tunisiens, ceux-ci s'empresseront de tenter de passer la frontière française.
Le « chacun pour soi » des États européens est une chanson connue. Elle fut la matrice de tous leurs conflits, jusqu'à l'épuisement de la Seconde Guerre mondiale. Avons-nous oublié les leçons de l'Histoire ? Désunis, les États européens ne sont que des nains, non seulement face aux États-Unis, mais aussi face aux pays émergents comme la Chine, l'Inde ou le Brésil.
Dans un monde à la fois ouvert et plein de risques, la dimension européenne est la seule capable de nous sauver. Mais pas n'importe quelle Europe ! Il est urgent de retrouver l'esprit du début de la construction européenne : une foi, une audace, un leadership, qui semblent manquer aujourd'hui.
(*) Professeur de Sciences politiques.
Bienveillante, envahissante UE
Hier les ampoules basse consommation, aujourd'hui la protection des données personnelles, demain les informations sur les passagers aériens : à trop vouloir s'occuper de la vie de ses citoyens, l'Europe finit par saper leur confiance, estime Der Standard.
Or, c’est dans ces circonstances que la Commission européenne s’emploie à contrarier même les Européens les plus convaincus. La Commission (et l'Union) européenne ruine la confiance des citoyens dans l’Union européenne en faisant passer à la va-vite des mesures particulièrement louches et dont les citoyens feront les frais.
Elle a, par exemple, chargé quelques grandes multinationales de procéder au remplacement des systèmes d’éclairages domestiques. Résultat : les citoyens se retrouvent avec des équipements chers, qui diffusent une lumière abominable, mettent plusieurs minutes à se mettre en marche et qu’il faut par-dessus tout éviter de casser en raison du mercure qu’ils contiennent.
Des mesures non débattues
A cela s’ajoutent les révélations de nouvelles études selon lesquelles les lampes compactes fluorescentes rejetteraient un "mélange de vapeurs toxiques" et contiendraient des substances cancérigènes. C’est du moins l’avis des experts interrogés par Markt, un magazine de défense des droits des consommateurs. De leur côté, les fabricants se défendent en arguant que leurs produits ne dépassent pas les "seuils" autorisés. Cette question n’a fait l’objet d’aucun débat.La directive européenne sur la conservation des données a été mise en œuvre avec la même "discrétion". Cette directive concerne l’intégralité des communications passées via les téléphones, téléphones portables, courriers électroniques et Internet et prévoit la conservation de ces données pour une durée de six mois. La police et la justice auront accès à ces informations. Divers abus se profilent déjà à l’horizon.
Les autorités mettent en avant l’argument de la lutte contre le terrorisme. L’UE a même publié un "rapport d’évaluation" expliquant en substance que les quelques Etats ayant déjà mis en œuvre ces mesures avaient enregistré de grands succès. Par des manœuvres "d’escroquerie".
Les passagers européens listés pendant 5 ans
En 2010, la Cour constitutionnelle allemande a déclaré que la conservation non motivée de données de télécommunication était contraire à la constitution. La coalition au pouvoir (CDU-CSU-FDP) réfléchit néanmoins aux moyens de la faire quand même appliquer. Le gouvernement suédois, lui, refuse de mettre en œuvre la directive et se voit menacé d’amende par la Commission européenne. En Autriche, la loi devrait encore subir quelques modifications cosmétiques avant d’être adoptée.Les passagers aériens sont les prochains sur la liste. La Commission européenne veut obliger les compagnies aériennes à enregistrer les informations des passagers sur les vols entrant et sortant d’Europe et à les transmettre aux organismes de sécurité des pays concernés. Ces données seront conservées pendant 5 ans et comprendront le nom et l’adresse des passagers ainsi que leur numéro de carte de crédit, le nom de leur conjoint(e) et enfant(s), leur numéro de voyageur fréquent, leur adresse électronique et leurs préférences en matière de repas (casher ou végétarien), de location de voiture ou d’hôtel.
Par leur politique du secret, la Commission européenne et les pays membres de l’UE oeuvrent à la destruction du projet européen.
Le beau printemps des anti-euro
Le score des Vrais Finlandais le 17 avril en est la dernière manifestation : partout en Europe, les eurosceptiques sont de plus en plus virulents, et leur rhétorique bien ficelée leur permet de se faire entendre à l’échelle nationale comme européenne.
Gauweiler ne sait peut-être pas ce qu’"ils" pensent mais il sait ce qu’un nombre croissant d’Européens veulent : sortir de l’euro. Dans un grand nombre de pays, l’état de crise permanente, les politiques de rigueur et les plans de stabilisation alimentent le mécontentement populaire contre la monnaie unique.
En France, le Front national tempête contre l’euro, aux Pays-Bas, les populistes du PVV (Parti pour la liberté, fondé par Geert Wilders) réclament le retour du florin, et les discours hostiles à l’euro des Vrais Finlandais leur ont permis de devenir le troisième parti du pays après les élections législatives du 17 avril. Sans oublier le rôle des marchés financiers : "Le risque économique lié à l’union monétaire est en train de se transformer en risque politique", souligne Thomas Mayer, économiste en chef de la Deutsche Bank.
L'Union européenne et le FMI, principaux accusés
Car, en dépit des aides au crédit et du renforcement du pacte de stabilité, la crise de l’euro est loin d’être terminée. Les Etats périphériques ont réduit leurs dépenses sociales de manière drastique. Les impôts augmentent, les salaires diminuent, les pensions s’amenuisent, partout l’Etat recule et la pauvreté progresse. C’est pourquoi de nombreux doigts accusateurs se tournent aujourd’hui en direction de l’Union européenne (UE) ou du Fonds monétaire international (FMI). La colère monte.Pendant ce temps, une chose est sûre : le Portugal, l’Espagne, l’Irlande et la Grèce vont devoir économiser bien plus que ce que l’on pensait jusqu’à présent. Dans une conjoncture difficile, l’économie s’effondre et les revenus de l’Etat avec, creusant ainsi un peu plus le déficit public en dépit de tout plan d’économie. "La politique de stabilisation menée en Grèce pour l’année 2011 menace d’aboutir à un échec", s’inquiète Christoph Weil, économiste à la Commerzbank. La situation budgétaire de l’Espagne et de l’Irlande ne s’est pas améliorée en début d’année et le Portugal devrait adopter de nouvelles mesures de stabilisation.
Cherchant à relancer leur économie par le biais des exportations, tous les pays en crise s’efforcent d’abaisser leurs salaires afin d’améliorer leur compétitivité face à des pays comme l’Allemagne. Les revenus des habitants sont encore un peu plus pressurisés et la consommation baisse. Il existe un "risque d’excès de rigueur, prévient la banque Société générale, c’est un jeu dangereux".
Dans les pays touchés par la crise, le mécontentement gronde contre l’euro. "Les eurosceptiques constituent une force politique en Irlande et ils attendent leur heure", souligne Hugo Brady du think tank Centre for European Reform. Mais la colère monte aussi dans les pays plus riches comme la Finlande, l’Allemagne et les Pays-Bas qui se considèrent comme les trésoriers de l’Europe. "Le maintien des aides financières aux Etats proches de la faillite va se traduire par des tensions politiques", prophétise l’économiste en chef de la Deutsche Bank.
La construction européenne sert de paratonnerre
Voilà qui fait le jeu des partis de droite. Les Vrais Finlandais se sont prononcés contre tout plan d’aide au Portugal. La récente percée de ce parti pourrait finir par poser problème à l’Union européenne. Un gouvernement finlandais eurosceptique pourrait en effet bloquer toute décision européenne exigeant l’unanimité.En France aussi, le Front national marque des points avec sa rhétorique anti-européenne. "L’Union européenne est une structure que je considère comme totalitaire, c’est l’Union Soviétique européenne", a déclaré Marine Le Pen. Aux Pays-Bas, le président du PVV, Geert Wilders peste contre les aides financières accordées à la Grèce. "A nous les corvées, à eux les brochettes. Pendant qu’on trime, eux ne pensent qu’à boire de l’ouzo, a lancé Wilders devant les députés néerlandais. Au PVV, nous disons : pas un sou pour la Grèce ! Et pas plus pour les Portugais ou les Espagnols !"
Ces propos, encore marginaux il y a peu, inquiètent à présent aussi les milieux financiers. "La conjoncture économique s’aggrave, c’est un climat propice au développement des idées d’extrême droite", écrit Dylan Grice dans une étude de la Société Générale pour les investisseurs. La droite se positionne généralement contre tout ce qui est étranger et extérieur, notamment les immigrés. Elle semble toutefois avoir trouvé un nouveau bouc émissaire avec la monnaie européenne. "Tous les pays membres de la zone euro se sentent contrôlés par l’étranger, écrit Grice. La zone euro fait office de paratonnerre."
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