TOUT EST DIT

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samedi 8 mars 2014

Patrick Buisson, un traître en Sarkozie

Patrick Buisson, un traître en Sarkozie

Il a donc osé mettre l’Élysée sur écoute. Chapeau, l’artiste ! La vilaine manœuvre, d’ordinaire, se fait dans l’autre sens. Éclatant au grand jour, le scandale sort de l’ombre une éminence grise qui espérait bien y rester. Et la lumière fut. Le pays tout entier connaît maintenant Patrick Buisson, qui conseillait le prince à l’époque du “Cass’toi pauv’con”.
Qui c’est, ce type ? De son propre aveu, bande sonore à l’appui, un “monarchiste” pur et dur. Un bon fils, aussi, qui semble regretter les “Camelots du roi” où son père milita jadis. Ceux-là, entre les deux guerres, appelaient “Gueuse” la République et comptaient l’abattre par “un coup de force”. L’Action française, dans ce qu’elle a de plus noble…
Qu’un maurassien ait pu ainsi s’infiltrer au sommet de l’Etat, entre 2007 et 2012, donne un peu le vertige. Parmi l’UMP, d’ailleurs, beaucoup dénoncèrent son influence nocive. Mais personne ne réussit à obtenir le départ du savant stratège. L’ex-journaliste de Minute, inspirateur d’une fameuse “dérive droitière”, gardait la confiance de Nicolas Sarkozy. Mauvaise pioche du président : qui dîne avec le diable a besoin d’une longue cuillère…
Buisson, dictaphone planqué, enregistrait les dialogues intimes dans le cercle étroit du pouvoir. Au fil de leur retranscription encore partielle, on entend quoi exactement ? À défaut d’éblouissantes analyses, un chapelet de pauvres et venimeuses vulgarités. Nous voici donc, enfin, au cœur de la plus haute politique.

mardi 8 octobre 2013

Sarko avec Liliane, c’était pas du sérieux !

Sarko avec Liliane, c’était pas du sérieux ! 

Sur l’affaire Bettencourt, les juges Jean-Michel Gentil et Valérie Noël désorientent l’opinion. Alors que la chambre de l’instruction valide enfin leur enquête, ils effectuent une surprenante volte-face. Les deux magistrats bordelais, hier, ont décidé de ne pas renvoyer Nicolas Sarkozy devant un tribunal. Motif ? Les charges retenues contre le candidat à L’Élysée en 2007 ne sont pas “suffisantes”. D’accord. Mais l’étaient-elles davantage au printemps, lorsqu’ils le placèrent en examen pour “abus de faiblesse” ?
A l’époque, sans disposer de plus d’indices, l’infamante incrimination leur semblait pourtant raisonnable. L’ancien président aurait donc profité de l’état psychique défaillant d’une vieille dame pour lui extorquer de l’argent… Pourquoi imaginer pareil scénario, plutôt qu’un don volontaire (bien qu’illégal) de la richissime Liliane à l’UMP ? Peut-être parce qu’un éventuel “financement occulte de campagne électorale” se trouvait couvert par la prescription. Pas “l’abus de faiblesse”, qui permettait de laisser courir encore un peu la très médiatique procédure…
Et tout ça pour se raviser in extremis, en accordant un “non-lieu” à l’illustre suspect ! Va comprendre.
M.Sarkozy, “victime” soulagée, récupère ici un argument pour crier à l’acharnement politico-judiciaire. Pas trop fort quand même. D’autres embrouilles – Tapie, Karachi, Libye et tutti quanti – se bousculent déjà au calendrier…

mardi 24 septembre 2013

Vous avez le bonjour d’Angela !

Vous avez le bonjour d’Angela !


L’Allemagne ne va pas si bien, allez, avec ses travailleurs pauvres, ses infrastructures routières délabrées, sa minable démographie ! Sa prospérité en trompe-l’œil cache un désastre social qui lui promet un avenir sombre. Et cette idée de renoncer au nucléaire, écologie oblige, pour mieux relancer les mines de charbon. Et cette obsession budgétaire qui pousse à serrer les cordons de la bourse jusqu’à étrangler les populations. Et cette Première dame si peu sexy, égoïste, intransigeante, austère, et que l’Europe entière déteste.
Instruction à charge ? Voici le tableau que dressaient plusieurs politiciens français, la semaine dernière encore, d’un pays voisin et néanmoins ami. Mais les électeurs d’outre-Rhin voient les choses différemment. Dimanche, plutôt que prendre en compte nos critiques si pertinentes, ils ont reconduit leur chancelière. Sans trop lui en vouloir de faire passer l’intérêt national avant celui de l’UE ou de l’Hexagone.
On peut toujours gloser à l’infini, le verdict des urnes s’impose. Angela Merkel jouit d’un véritable plébiscite alors que l’adhésion à François Hollande, au même moment, tombait à 23 %. Berlin rit, Paris pleure. Et demain ? Personne ne demande à la France d’adopter le “modèle économique” des cousins Germains. Elle gagnerait beaucoup, en revanche, à définir le sien de manière nette et intelligible. Au sommet de l’État aussi, ce qui se conçoit bien s’énonce clairement…

mercredi 4 septembre 2013

Assis sur un tas de cadavres

Assis sur un tas de cadavres


Les morts reposent, les vivants fuient. Au train où vont les choses, il n’y aura bientôt plus personne à bombarder en Syrie. Deux millions d’habitants, soit un sur dix, ont déjà quitté la mère patrie. En matière d’exode, les chiffres dévoilés hier par l’ONU donnent le vertige. Du jamais vu dans l’histoire récente.
Les réfugiés, avec le désespoir pour unique bagage, s’installent au-delà des frontières proches. D’immenses camps d’infortune grossissent alentours : Jordanie, Liban, Turquie, Irak. Tout y manque, à commencer par l’eau. Les maladies prospèrent, l’horreur sociale aussi. L’Unicef pointe notamment les risques de travail forcé, de mariages précoces et d’exploitation sexuelle.
Au-delà du regard porté sur le régime de Damas, cette calamité humanitaire s’impose au monde. D’autant que les pays d’accueil, débordés, lancent à leur tour des SOS. Ils ne réclament pas des armes, eux, mais de l’argent pour héberger et soigner. Soit cinq milliards de dollars jusqu’alors introuvables…
Pareil désastre, avec ou sans attaque chimique, devrait suffire à condamner Assad. Au contraire, il triomphe ! La valse-hésitation d’Obama lui tient lieu de victoire provisoire. La Russie le soutient toujours. Et la France, dindon de la farce tragique, devient un “ennemi” privilégié. Assis sur un tas de cadavres, le président syrien maintient ses positions. De toute façon, désormais, en redescendre signerait sa propre mort…

jeudi 21 juillet 2011

Maître Koubbi sur un arbre perché

Dans la catégorie des jeunes matamores, celui-ci se taille la part du lion. Il arbore, devant les caméras, l’air grave de l’incorruptible redresseur de torts. On dira que l’humilité ne l’étouffe guère. En cas de rejet de sa plainte, déposée huit ans après les faits putatifs, il crie déjà au scandale d’État. Et quiconque, au PS ou ailleurs, viendra contester sa version des événements sera traité “en adversaire”. Bigre.

L’avocat de Tristane Banon, devenu vedette à la télévision, défie le système politico-judiciaire. Du haut de sa nouvelle notoriété, il fait la leçon. Avec lui, la blonde et fragile romancière a trouvé un soutien d’envergure. Une impeccable déontologie guide les pas de l’audacieux pénaliste. Jamais, par exemple, il n’ira mêler son dossier à la procédure américaine contre DSK. Puisque les deux affaires “n’ont rien à voir”, pourquoi les associer ? Pas question de se laisser “instrumentaliser”, encore moins de céder au “cirque médiatique” made in USA.

Bref, toujours soucieux des grands principes, M e David Koubbi refuse les coups bas.

Ce fut donc une énorme surprise, hier, de le voir parader dans les rues de New York. Sortant de chez le procureur Cyrus Vance, fraternisant avec le défenseur de Nafissatou Diallo… Quel show ! Le presque ténor du barreau de Paris connaît son heure de gloire sur Broadway. D’ordinaire si pudique et rigoureux, il assume courageusement cette vulgarité publicitaire. Au nom des intérêts de sa cliente, bien sûr.

lundi 4 juillet 2011

Qu’elle était verte ma primaire

Voici le premier crash de l’élection présidentielle, heureusement qu’il ne s’est pas produit au-dessus de la forêt amazonienne. Là où la victime, jadis, batifolait en montgolfière pour les caméras d’Ushuaïa.

L’accident a eu lieu dans la verte primaire, autre sorte de jungle hostile à l’étranger. Nicolas Hulot y a subi un tel revers, au tour de chauffe, qu’on l’imagine mal l’emporter à l’arrivée le 12 juillet. Désire-t-il poursuivre l’aventure, d’ailleurs, laminé par un débat interne qui tourna au procès en sorcellerie ? Lui, si souple et populaire, n’a pas pesé lourd face à la sévère Eva Joly qui semble toujours prête à inculper la terre entière. Le parti EELV, avec son sigle à coucher dehors, préfère visiblement l’austérité à l’empathie.

L’ex-animateur a promis, hier, qu’il n’irait pas voir ailleurs après sa prévisible défaite. Du côté de Jean-Louis Borloo, pourtant, on l’accueillerait volontiers.

À défaut de vacances, M. Hulot a pris une leçon. En politique, au-delà des arguments, l’agressivité permet de s’imposer. Et les pires “coups bas” ne proviennent pas de l’adversaire.

Plutôt que d’en retirer trop d’amertume, le néophyte cultive l’autodérision. Ainsi, à l’hypothèse d’un futur “ticket” avec l’aimable Eva : “Je ne suis pas sûr qu’elle souhaite avoir à ses côtés un suppôt de la droite et des multinationales.” Douce ironie que certains, dans son propre camp, s’empresseront de prendre au pied de la lettre…

lundi 23 mai 2011

L’Ibère et le printemps

Le printemps arabe aurait-il franchi le détroit de Gibraltar ? La place Puerta del Sol, en plein centre de Madrid, a pris des airs de camp protestataire. Après les Tunisiens et les Égyptiens, voici que les jeunes Espagnols s’y mettent. Ils jouissent d’une totale liberté, pourtant, et leurs difficultés matérielles restent relatives par rapport à la misère africaine. Aucun despotisme ne règne chez eux. Leur colère vise un pouvoir issu des urnes, mais “sourd et aveugle” aux souffrances du pays réel. Un gouffre sépare désormais la base, avec 21% de chômeurs, et le sommet.

Le gouvernement de Zapatero, à l’heure des élections locales, subit un rejet spectaculaire. Il a dû accepter un draconien plan de rigueur imposé par Bruxelles sous la pression des marchés. Les financiers s’en trouvent satisfaits, tandis que le spectre d’une précarité grandissante hante la Péninsule. “Sine futuro” devient le slogan d’une génération qui s’estime privée d’avenir et donc d’espérance. Longtemps passifs, les Ibères semblent désormais aussi remontés que des Grecs. Les uns et les autres, à bout de nerfs, exigent une société plus juste. L’État les laisse revendiquer, et rien ne change. De quoi donner raison à Coluche : la dictature c’est “Ferme ta gueule !”, et la démocratie “Cause toujours”….

Un peu partout, par temps de crise, on voit la classe politique perdre la confiance des peuples. Puisse-t-elle la regagner très vite, avant que l’inquiétant vent du Sud ne balaie l’Europe entière.

samedi 30 avril 2011

Buckingham plus fort que Disney

Les gardes portant le bonnet à poil d’ours, à peine rentrés de Waterloo, défilèrent sans encombre jusqu’au palais de Buckingham. Il y avait, là-bas, du beau monde au balcon et le baiser réglementaire fut exécuté à l’heure dite. Un peu mécaniquement, d’accord, mais le protocole n’en réclame pas davantage. Et pour la nuit de noces ? “Ferme les yeux et pense à l’Angleterre” recommandaient jadis les ladies de la haute à leurs filles apeurées. Gageons que Kate, princesse moderne, saura garder les siens ouverts.

Sinon, quel impeccable show historico-people ! Le cérémonial, rôdé depuis des siècles, n’a connu aucune anicroche. Pas un anarchiste à l’horizon, ni le moindre chômeur en colère. “Parenthèse enchantée” oblige, l’organisation a glissé la misère sous les tapis. Le carrosse d’or a fendu, en majesté, une foule béate et conquise.

L’aristocratique équipage n’est pas allé au fossé. Roule Britannia ! La Royal Windsor Company règle ses animations au millimètre, la concurrence en pâlit. Chez Eurodisney, par exemple, où les trains touristiques s’abîment parfois dans des décors de carton-pâte.

Le monde peut bien s’écrouler, la Couronne britannique continue de dérouler ses fastes millénaires. En France, au contraire, la course au trône élyséen réclame une débauche d’humilité.

François Hollande vient de se produire au théâtre Rutebeuf de Clichy-la-Garenne. Sarkozy retourne à l’usine et DSK, demain, ira visiter les cités ouvrières. De quoi danser la Carmagnole…

dimanche 24 avril 2011

Vers un royal fiasco ?

Il paraît qu’ils vont se marier. La plupart des gens ordinaires, remarquez bien, s’en moque un peu. Pourtant, on s’épuise à les persuader de l’importance de la chose. Un médiatique battage, entre conte de fées et quinzaine commerciale, claironne l’événement. Tant de pages spéciales en guise de faire-part ! La cérémonie doit exploser l’audimat, les produits dérivés submergent le marché. Ça court du briquet Windsor au service à thé Buckingham.

Nul n’ignore, désormais, le conjugal dessein du petit-fils d’Élisabeth II. Vendredi, dans un cliquetis de têtes couronnées, William épousera Kate. Le premier, de noble extraction, roule carrosse depuis le berceau. La seconde, gracieuse roturière, a pris des cours d’élocution afin de mieux s’intégrer à la haute société. On leur souhaite d’heureuses noces, of course. Mais de là à partager un émerveillement béat, presque rendu obligatoire…

Même l’Anglais moyen, en dépit d’une royale propagande, traîne les pieds. Le cyclone annoncé, au bout du compte, pourrait se résumer à une brise légère. À tel point qu’on redoute un fiasco populaire.

David Camerone, le Premier ministre, incite les sujets du royaume à se mobiliser. Ceux-ci renâclent encore à organiser les traditionnelles “fêtes de rue”… Au jour J, sur la route de Westminster, la foule attendue risque de manquer. Trop casaniers, les Britanniques ? Pas toujours. Le mois dernier, ils étaient 250 000 à battre le pavé londonien… pour protester contre une précarité grandissante.

jeudi 21 avril 2011

Au FN, la saison des purges

Le grand nettoyage de printemps, à ne pas confondre avec “la semaine du blanc”, bat son plein au Front national. Avant d’engager la bataille élyséenne, on dédiabolise tous azimuts. Délaissant treillis et rangers, le parti se présentera à la présidentielle en habits du dimanche. Net sur lui, débarrassé des vieilles moisissures.

Au 1 er mai, pour le traditionnel défilé de Jeanne d’Arc, on invite ainsi les “crânes rasés” à aller manifester ailleurs. “Tout ce qui ressemble de près ou de loin à un skinhead sera écarté manu militari !” a prévenu la direction. Les purs et durs du mouvement grognent un peu. Si même l’extrême droite verse dans le politiquement correct, où va-t-on ?

Hier, la sanction frappant Alexandre Gabriac n’a fait que raviver ces tensions internes. Le jeune conseiller régional de Rhône-Alpes se trouve exclu du FN. On lui reproche une fâcheuse tendance, dont témoignent plusieurs photographies, à pratiquer le salut nazi. Viré ! Les membres de l’Œuvre française, groupuscule un tantinet vichyste, attendent leur tour qui ne saurait tarder…

Face à la “purge” en cours, les amis de Bruno Gollnisch protestent. Au prétexte d’une opération “mains propres”, Marine Le Pen chercherait à réduire ses derniers rivaux. “Elle veut éliminer tout le monde, pétainistes et catholiques traditionalistes !” s’indigne Jean-Loup de Lacheisserie, militant lyonnais d’ancienne souche.

Et voici comment, du nettoyage, on passe à la liquidation de printemps.

mardi 12 avril 2011

Gbagbo, l’exemple à ne pas suivre

Celui qui bafouait le verdict des urnes depuis quatre mois a donc subi la loi des armes. C’est la fin de l’élection en Côte d’Ivoire, dont le “troisième tour” a provoqué destructions et carnages. Combien de massacres, perpétrés par les deux camps, avant que ne s’impose la volonté populaire ? On le saura plus tard, lorsque le dernier mort sera exhumé du dernier charnier. Le président sortant, refusant de sortir, a permis et encouragé ce déchaînement de violences. Un jour, peut-être, il en rendra compte devant la justice internationale.

En attendant, l’arrestation de Laurent Gbagbo provoque des vagues. Officiellement, les forces d’Alassane Ouattara en revendiquent le mérite. Mais sans l’apport de l’armée française, nul doute que le tyran fanfaronnerait encore sur les ruines d’Abidjan. Tel Néron, jadis, dans Rome incendiée…

Il a bien fallu l’apport des blindés de Licorne pour boucler victorieusement l’opération. Doit-on, pour autant, hurler au “néocolonialisme” ? Sans doute pas. D’abord parce que Gbagbo n’a jamais contrarié les intérêts économiques de la France. Avec lui, au contraire, Total, Bouygues, Bolloré et consorts faisaient de bonnes affaires.

Ensuite parce que Nicolas Sarkozy, même si quelques arrière-pensées l’habitent, a toujours agi sous mandat de l’Onu. Ne pas intervenir, ici, revenait à enterrer la démocratie en Afrique. Alors que dix-huit scrutins présidentiels, pas moins, s’annoncent sur le continent noir en 2011…

lundi 11 avril 2011

Renault, qui va porter le chapeau ?

Ce soir, les administrateurs de Renault se réunissent pour couper une tête. Voici venue l’heure de punir le responsable de l’immense pantalonnade qui a ridiculisé la marque au losange. Et réjouit la concurrence, les carrossiers de Volkswagen s’en gondolent encore…

À quel haut dirigeant, mêlant l’incompétence à la paranoïa, doit-on ce lamentable fiasco ? Qui, se fiant à une enquête interne bidon, a cru bon de virer quatre cadres pour un “espionnage industriel” parfaitement imaginaire ? Les malheureux, vite catalogués “traîtres à la patrie”, se retrouvèrent aussitôt sur le carreau. Le capitalisme sait donc aussi organiser des procès staliniens.

Mieux, le puissant PDG du groupe alla lui-même claironner la sentence au journal de TFI. On voyait bien alors, à sa mine altière, que Carlos Ghosn ne laissait à personne — même pas à la justice — le soin de décider. Un patron de pareille envergure, qui reçoit 9 millions d’euros par an, assume seul et tranche dans le vif. En pleine lumière, bravo !

Au moment de payer les pots cassés, pourtant, l’omnipotent manager s’efface volontiers. Si Renault souhaite faire “porter le chapeau” à quelques-uns de ses proches collaborateurs, il n’émettra aucune objection. Pourvu que lui, pétri de tant de qualités, reste en place. Face au réalisme économique, la morale devient secondaire.

Enfin, au nom de “l’intérêt supérieur de l’entreprise”, M. Ghosn accepte de déléguer. Non pas son pouvoir, mais ses erreurs…

vendredi 8 avril 2011

Bob Dylan, le rebelle expurgé

Doit-on lui tresser des lauriers, saluer le courage d’un fier engagement ? Certaines gazettes s’y emploient déjà. Mercredi soir, Bob Dylan a donné un concert historique dans un stade de Pékin. L’icône de la contestation soixante-huitarde ose donc défier l’immense dictature. Sous les assauts de ses couplets libertaires, la Grande Muraille ne va pas tarder à s’écrouler. Jadis, à Jéricho, quelques trompettes avaient bien suffi.

C’est beau comme une image d’Épinal. Que la passive jeunesse du XXI e siècle en prenne de la graine, le septuagénaire à l’harmonica leur montre la voie.

Sauf que, vue de près, l’affaire ressemble plutôt à un banal business. Le prix du billet, pour 1 h 30 de spectacle, approche le salaire mensuel moyen du pays. À ce tarif, seuls les mandarins disposent d’un siège.

Surtout, la légende du rock accepte les exigences de la censure chinoise. Docile, le Bob, pas dissident du tout. Il remet dans sa guitare les hymnes protestataires et promet de s’en tenir au “programme approuvé”. La liberté a des limites, quand même. Pas question d’interpréter “les Temps changent”, par exemple, ni de s’adresser directement au public.

Dylan envoie son bouquet d’airs folks inoffensifs, passe à la caisse et rentre à l’hôtel. Et cela suffirait à lui assurer un surplus de gloire ? Allez, avec un trublion pareil, les maîtres de la Chine peuvent dormir tranquilles. La prochaine fois, ne reculant devant aucune audace, ils inviteront Marcel Amont.

mardi 22 mars 2011

FN, le plus grand commun diviseur

On ne parle plus de “peste brune”, l’heure de la diabolisation étant passée, mais d’un prurit fort tenace. La famille Le Pen, de père en fille, reste l’éternel poil à gratter de la politique hexagonale.

Le parti de “la France aux Français” n’aura sans doute, dimanche prochain, aucun élu dans aucun conseil général du pays. Avec 15,2 % des voix, présent au second tour sur près de 400 cantons, il va pourtant peser lourd.

Qu’entreprendre face au FN ? La droite classique tourne autour, comme une poule ayant découvert un couteau. L’objet paraît si étrange que nul ne sait comment l’appréhender.

Nicolas Sarkozy, rompant avec la stratégie chiraquienne, ne veut plus entendre parler de “front républicain”. Certes, les valeurs portées par “les gars de la Marine” ne furent jamais les siennes. Mais il refuse aussi de nourrir le score d’une gauche ennemie, à qui “les leçons de morale” ne coûtent pas cher.

En cas de duel entre un socialiste et un frontiste, le président recommande donc de ne pas choisir. Ni pour, ni contre, bien au contraire… Copé, sans lever l’ambiguïté, laisse le militant “libre de son bulletin.”

Au sein de l’UMP, l’affaire crée de sérieuses divisions. François Fillon et plusieurs ministres, brisant la ligne de l’Élysée, appellent à “faire barrage” aux candidats lepénistes — quitte à voter rose. Il faudrait savoir ! À l’horizon 2012, ce flottement des consciences et des tactiques ne présage rien de bon pour la majorité.

vendredi 18 mars 2011

Kadhafi va bien, merci !

Comment se porte la famille Kadhafi ? Au poil. Tandis que le fils traite M. Sarkozy de “clown”, le père fanfaronne et bombarde abondamment. La clique de Mouammar, si proche de chuter fin février, a repris force et assurance. Un formidable sentiment d’impunité lui donne des ailes.

Dans le pays, tout va bientôt redevenir comme avant. La révolte populaire, là-bas, sera passée comme un mauvais rêve. Lâchés par le monde libre, les insurgés libyens récoltent la mitraille. Eux qui réclamaient la démocratie se retrouvent seuls, en tête à tête avec la vieille et implacable dictature. Ils subissent raids aériens et tirs d’artillerie lourde. On s’indigne de voir le colonel massacrer ses opposants, qu’il ose dépeindre en “mercenaires à la solde d’Al-Qaida”. Et que dire du cynisme occidental ? Les bonnes âmes qui célébraient lyriquement “le printemps des peuples arabes” regardent aujourd’hui ailleurs. Obama, hanté par le syndrome irakien, ne bouge pas une oreille. L’Union européenne, toujours aussi divisée, décide de ne rien décider. Le couple franco-anglais peine à convaincre ses partenaires. Peut-être parce que l’Italie et l’Allemagne, du côté de Tripoli, ont de sérieux intérêts économiques à préserver…

À l’ONU, pourtant, le feuilleton diplomatique continue. La nuit dernière, Alain Juppé bataillait ferme pour obtenir le “feu vert” à une intervention militaire. Mais n’est-il pas trop tard ? Kadhafi, honte bue et sang versé, a sans doute déjà gagné la partie.

samedi 12 mars 2011

Bercy les bons tuyaux

Lorsque le peuple gronde, les gens du Château réagissent parfois maladroitement. Marie-Antoinette, sur fond d’émeutes de la faim, se serait ainsi exclamée : “S’ils n’ont plus de pain, qu’on leur donne de la brioche !” L’anecdote, inventée ou pas, dit bien l’éternel décalage entre la base et le sommet.

Ce qui valait jadis pour la boulange vaut désormais pour les carburants. Dans les stations-services, les prix flambent comme jamais. Kadhafi, hostile au “sans plomb”, mitraille son propre peuple et les marchés s’affolent.

Chez nous, cependant, les taxes de l’État se taillent toujours la part du lion. Sur le total payé à la pompe, l’impôt représente de 50 % à 60 % selon les produits.

Aussi pouvait-on espérer, hier, un geste de la ministre de l’Économie. Mais non, elle s’y refuse, parce que les finances du pays sont à sec. L’argument budgétaire, certes douloureux, reste compréhensible. La suite, en revanche, devient extravagante. Christine Lagarde croit bon d’enrober l’affaire avec le bon sens du garagiste. Elle fournit à l’automobiliste français, afin de réduire sa facture pétrolière, mille précieux et “malins” tuyaux. Que chacun vérifie le gonflage des pneus, modère sa vitesse, adopte une conduite plus souple, coupe le moteur au feu rouge…

Et l’essence coûtera moins cher, après ça ? À trop infantiliser le contribuable, la reine de Bercy risque de faire le plein des mécontents. On dira alors qu’elle a poussé le bouchon un peu loin.

lundi 7 mars 2011

Une certaine “indulgence française”

Au RPR et à la Ville de Paris, en ce temps-là, le “numéro un” semblait frappé d’une éternelle immunité. Sur le champ judiciaire, il a vu tomber ses proches sans jamais être inquiété. Alain Juppé, à Nanterre, paya cher — et seul — pour la première affaire d’emplois fictifs. Puis Michel Roussin, autre bon soldat, sera condamné en 2000 dans “les marchés truqués” des lycées d’Ile-de-France.

Le procureur Henri Génin, à l’époque, philosophait autour d’une chaise vide. Non sans humour, d’ailleurs : “On aurait pu y mettre une étiquette, un nom, comme sur les prie-Dieu des églises où les paroissiens les plus illustres ne sont pas les plus assidus aux offices”.

Cette fois, enfin, le siège de Jacques Chirac se trouve avancé. Mais des menaces pèsent encore sur l’audience, à cause d’une énième banderille procédurale. La défense, au dernier moment, pose au tribunal une “question prioritaire de constitutionnalité” relative à d’éventuelles prescriptions. Avec l’espoir que sa requête, transmise à la Cour de cassation, repousse un peu plus l’échéance judiciaire. De quoi provoquer l’indignation du peuple ? Pas vraiment.

Tout se passe comme si l’opinion, la nostalgie aidant, avait déjà tout pardonné à l’ex-chef de l’État. Parce que l’usage détourné de fonds publics, pourvu qu’il n’y ait pas d’enrichissement personnel, bénéficie chez nous d’une rare tolérance. Le procès d’une certaine “indulgence française” vis-à-vis de la corruption politique reste à faire…

samedi 5 mars 2011

Montebourg, le vilain “rapporteur”

Le rapport “confidentiel” d’Arnaud Montebourg devient brûlot public. Des fuites opportunes nous en livrent les meilleurs passages. L’auteur y décrit “un système de pression féodal reposant sur l’intimidation et la peur”. En dénonçant les agissements de l’infâme Kadhafi ? Non, plutôt les manières de Jean-Noël Guérini, président de la fédération PS des Bouches-du-Rhône. Et accessoirement frère d’Alexandre, incarcéré pour une sale affaire de corruption…

Existe-t-il, entre l’aîné et le cadet, de coupables accointances ? Va savoir, l’instruction commence à peine. Mais le député de Saône-et-Loire, fort d’une enquête personnelle, a déjà condamné son camarade marseillais.

Sur la Canebière, les cadors de l’UMP se régalent. Tel Renaud Muselier, sur l’air de “ça fait des années que je le dis !”

Rue de Solferino, en revanche, c’est la soupe à la grimace. À quinze jours des cantonales, l’affaire ébranle la direction du Parti socialiste. On maudit Montebourg, “chevalier blanc” autoproclamé qui exerce ses talents d’inquisiteur contre ses propres troupes. Hier, il flinguait “tonton” Frêche, et aujourd’hui le “parrain” Guérini ! Avec des amis pareils, le camp de la rose n’a pas besoin d’ennemis. Il porte assez d’épines en son sein.

Martine Aubry, qui prône partout la transparence, juge urgent de ne rien entreprendre. À ses yeux, l’exigence de vertu pèse lourd. Mais moins que les 6 000 voix de la puissante “fédé” phocéenne, sans doute.

jeudi 3 mars 2011

L’islam, à tort et à travers

En 2007, Nicolas Sarkozy avait réussi à “pomper” les voix du FN. Pourquoi laisser à la famille Le Pen l’immigration, la sécurité et l’identité nationale ? Avec ces trois thèmes, quitte à les mélanger un peu, le candidat victorieux bâtit son socle de campagne.

Dans la perspective de 2012, le chef de l’État veut reconduire sa tactique gagnante. N’est-ce pas dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes électorales ? D’où son idée de lancer au printemps “un grand débat sur l’islam”. Mais l’initiative, jusqu’au sein de la majorité, soulève de vives contestations. Hervé de Charette, par exemple, claironne sa “franche hostilité” et dénonce “une espèce de manipulation politique”. Ici, une bonne partie de l’UMP partage ses réserves.

Sur un sujet aussi sensible, plutôt que de parler à tort et à travers, mieux vaudrait agir. Aux uns et aux autres, on pourrait déjà commencer par appliquer les lois existantes. Les Français ne demandent rien de plus que le respect, partout, des principes républicains. Et que les religions demeurent dans la sphère privée.

Quant aux préoccupations quotidiennes, loin de porter d’abord sur le minaret, elles s’appellent chômage, retraite et précarité. Voilà le sillon que doit creuser tout prétendant à l’Élysée.

Sentant monter la grogne, M.Sarkozy annule “le débat sur l’islam” au profit “d’un débat sur la laïcité”. Habile revirement sémantique. On change le contenant pour garder le même contenu…

mercredi 2 mars 2011

Il suffit de passer le Rhin

Il n’a pas réveillonné chez les proches d’un tyran oriental. Ni servi des “emplois fictifs” à quelques copains et coquins. Ni flirté avec le moindre “conflit d’intérêts”, étant né riche et baron. Plus de 75 % des citoyens, en outre, approuvent son action et lui prédisent un avenir glorieux. Voici le successeur annoncé d’Angela… Hier, le ministre de la Défense allemand a pourtant démissionné. Karl-Theodor zu Guttenberg ne sera jamais chancelier, en dépit de ses compétences.

À 39 ans, l’emblématique espoir de la CSU quitte la partie pour cause de manquement à l’éthique. Sa faute, considérée d’ici, va paraître vénielle. Il a juste un peu triché, en 2006, à l’obtention de sa thèse de droit public. Nombre de ses pages étaient constituées “d’emprunts” à d’autres travaux, sans que l’auteur ne juge utile de les signaler. S’apercevant enfin de l’indélicatesse, l’université de Bayreuth a rejeté sa “copie” — c’est le mot qui convient.

Pour avoir joué les plagiaires, comme le premier PPDA venu, le populaire “KT” se trouve discrédité. On ne plaisante pas, au pays de Luther, avec le titre de “doktor”. Encore moins avec l’intégrité du ministre. Le président du Bundestag, bien que du même bord, l’accuse “de nuire à la confiance dans la démocratie”.

L’honneur commandait de partir, non de s’accrocher pathétiquement à son poste. Guttenberg est parti. On voit que morale et politique peuvent toujours se concilier. Il suffit de passer le Rhin…