TOUT EST DIT

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mardi 24 mai 2011

Un retour forcé à plus de modestie au PS

La page DSK se tourne, mais le show des primaires continue au PS. C'est désormais le possible duel Aubry-Hollande qui est à l'affiche. De quoi rebattre les cartes. De challenger, François Hollande récupère le rôle de favori des sondages et de candidat « extérieur » à l'appareil. Martine Aubry, elle, est pour l'instant dans la position d'un Dominique Strauss-Kahn forcé par ses responsabilités à ne pas se déclarer trop tôt, et plus contrainte que réellement désireuse de s'engager dans la campagne présidentielle. Une distinction plus marquante que leur positionnement politique respectif. François Hollande cultive ouvertement un modèle « démocrate » plus que socialiste. Et si Martine Aubry apparaît depuis le congrès de Reims plus à gauche que son prédécesseur, c'est surtout pour avoir été la candidate du « Tout sauf Royal », - associant l'aile gauche et l'aile droite du parti - même si rien ne l'éloigne d'une ligne sagement social-démocrate. Un autre point, pour l'heure, les rapproche : une certaine modestie. Il est sûr que Martine Aubry ne pense pas à devenir présidente chaque matin en se rasant. Elle en est à assurer qu'elle « prendra ses responsabilités » ; un sens du devoir déjà mis en pratique avec succès depuis son arrivé à la tête du PS. Et François Hollande se veut un « candidat normal ». Acceptons en l'augure. Il s'agirait d'un signe positif après la personnalisation à outrance de ses dernières années, à droite comme à gauche. Si cela devait remettre au centre le projet et l'engagement collectif plutôt que la quête de l'homme providentiel, le séisme DSK n'aurait pas eu que des effets négatifs.

Le cas DDV

Où est-il dans l’univers électoral tourmenté de la France de l’avant 2012 ?

On croyait que le procès en appel de Dominique de Villepin permettrait de clarifier sa situation et débarrasserait son chemin des obstacles dressés par la sale affaire Clearstream. Mais quel que sera le verdict final, il ne lèvera pas le doute politique qui accompagne comme une traînée de poussière lumineuse et sombre la trajectoire singulière du dernier Premier ministre de Jacques Chirac.

Cet homme est un mystère et une question. Ou plutôt une somme de questions. Comment prévoir les comportements de cet ovni qui évolue dans une galaxie dont lui seul connaît les repères ? Car cet héritier du gaullisme au verbe haut cultive instinctivement une forme de solitude qui le met à l’écart du reste de la classe politique. Et une soif de grandeur que la temporalité de l’action ne parvient pas à étancher.

Le prix d’un positionnement aussi risqué ne le dérange pas vraiment. Il ne peut concevoir le rassemblement qu’autour de lui. Qui l’aime le suive ! Et tant pis si l’audace de ses stratégies est dangereuse ! Et si le goût du panache désoriente jusqu’à ses plus fidèles grognards. Le programme charpenté mais iconoclaste, présenté en avril, n’a-t-il pas provoqué le départ d’un de ses collaborateurs les plus proches, désertant par désaccord avec la surprise du chef.

Un tel tempérament ne pouvait s’accommoder d’un rival aussi différent que Nicolas Sarkozy. C’est bien la détestation entre les deux hommes, une détestation à mort submergeant tout, une détestation romanesque et désormais cinématographique - elle donne son rythme à «La Conquête» - qui est au cœur de l’affaire Clearstream. C’est bien elle qui a motivé l’appel interjeté par le parquet, probablement soufflé par l’Élysée, après l’acquittement de DDV en première instance. C’est elle, aussi, qui a inspiré le commentaire assassin de l’intéressé, hier soir, après les six heures du réquisitoire prononcé contre lui.

Cet épisode judiciaire a mis en évidence l’inutilité de ce nouveau procès. Tout ça pour prolonger la torture d’un homme dont on a manifestement juré la perte et qui proteste de son innocence. Tout ça pour que le procureur réclame 15 mois avec sursis, trois de moins qu’en première instance... Tout ça pour qu’on ne connaisse pas vraiment, non plus, la vérité, et qu’on ne sache jamais si un Premier ministre a fermé les yeux sur une machination destinée à salir son rival. Tout ça, surtout, pour que l’ancien chef de gouvernement ne puisse, ni ne veuille, se présenter à la présidentielle...

S’il le peut, DDV «ira» pourtant, comptez sur lui pour ça. Il n’a déjà plus rien à perdre, même pas sa femme qui a pris le large. Alors, même sans un sou vaillant ni aucune chance de l’emporter, il ira. 5 % lui suffiraient. Ce serait juste assez pour faire trébucher l’adversaire. Le petit caillou de la haine.

Révoltes arabes : l'isolement d'Israël


Au Proche Orient, les aiguilles de l'horloge ont beau tourner, l'heure est toujours la même. Bloquée. Refus de dialogue. Confrontation. Déni d'existence. Violence. Humiliations. Depuis soixante-quatre ans, Israéliens et Palestiniens ne sont pas parvenus à s'entendre sur un partage équitable de la terre. Même lorsqu'ils furent à deux doigts de le faire, sous la présidence Clinton.

Pourtant, aussi immuable que puisse paraître ce statu quo, les bouleversements en cours dans le monde arabe viennent de changer les paramètres de cette confrontation israélo-palestinienne. Les équilibres de l'après 11-Septembre ont vécu, tout comme certaines alliances. Un compte à rebours vient même d'être lancé avec le projet de reconnaissance d'un État palestinien, en septembre prochain, par l'Assemblée générale des Nations unies.

Pas davantage que ses partenaires occidentaux, le gouvernement israélien n'avait vu venir la révolte des jeunes arabes et sa rapide diffusion. Il n'en a pas moins mesuré immédiatement ses répercussions potentielles, jugées généralement négatives pour la sécurité d'Israël.

Ainsi, l'allié égyptien, qui, sous Moubarak, cogérait le bouclage de Gaza, ne sera plus aussi bienveillant à l'égard d'Israël, quelle que soit l'issue de la transition. La déstabilisation du régime syrien, plaque tournante dans la région, irradie chez tous les voisins sensibles (Liban, Iran, Irak, Turquie). Elle vient de perturber jusqu'à la tranquillité (certes blindée) du Golan. Enfin, le rapprochement de circonstance entre les factions palestiniennes ennemies, le Hamas et le Fatah, prend Tel-Aviv à contre-pied.

La peur du vent démocratique

Si on ajoute la menace iranienne et le refroidissement des relations israélo-turques depuis plus de deux ans, on mesure l'isolement considérable, et croissant, d'Israël. Avec une bonne raison, évidente : l'impossibilité de négocier tant que le Hamas menace son existence. Mais aussi avec un paradoxe nouveau : Israël, qui s'est longtemps targué d'être la seule démocratie de la région, a peur du vent démocratique.

À l'heure où le concept d'autodétermination des peuples et des sociétés civiles reprend sens, les arguments sont rares pour s'opposer à la reconnaissance par l'Assemblée générale de l'Onu, en septembre, de l'État palestinien. C'est ce qui inquiète les Israéliens, qui redoutent une troisième intifada (dont on a peut-être vu les prémices le 15 mai aux frontières d'Israël), et les Américains, qui rechignent à utiliser un veto qui serait plus impopulaire que jamais.

Dans ses récents discours à l'occasion de la venue à Washington du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, Barack Obama a posé les conditions d'une reprise du dialogue. Il demande aux Palestiniens de renoncer à la procédure onusienne, d'accepter un État démilitarisé ; au Hamas de reconnaître Israël ; aux Israéliens de travailler à partir des frontières de 1967.

Netanyahou a paru s'en offusquer. En fait, cette base de travail n'a rien de scandaleux ni de vraiment nouveau. En affichant aussi publiquement ses désaccords, le Premier ministre israélien a surtout voulu rappeler à Obama les contraintes qu'impose sa réélection. Il le redira probablement aujourd'hui, devant le Congrès. Au risque de continuer à s'accrocher à un statu quo injuste, chimérique et dangereux.




Baroin assure que la Chine est favorable à la candidature Lagarde au FMI

Le ministre français du Budget et porte-parole du gouvernement François Baroin a assuré mardi que la Chine voyait d'un oeil favorable une éventuelle candidature de la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, à la direction du Fonds monétaire international (FMI).
"Les Chinois sont favorables à la candidature de Christine Lagarde", a déclaré M. Baroin sur la radio Europe 1.
Interrogée à Pékin, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères n'a pas fait de commentaire directement sur Mme Lagarde.
Elle a renvoyé à des propos tenus la semaine dernière par le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, qui avait déclaré que la nouvelle direction du Fonds devrait "mieux refléter les changements dans la structure économique mondiale et mieux représenter les marchés émergents".
François Baroin a précisé que ce n'était pas à la France de s'exprimer en premier sur ses souhaits pour la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête de l'institution de Washington.
"Ce qui est en train de se dessiner, c'est un consensus européen (...), mais vous comprendrez aisément, compte tenu des circonstances de la démission du directeur général du FMI (accusé d'agression sexuelle aux Etats-Unis, ndlr), et qu'il n'y a pas d'orgueil national, que ce n'est pas à la France de se positionner en premier", a déclaré M. Baroin.
Les soutiens internationaux à une éventuelle candidature de Christine Lagarde se sont multipliés, mais cette candidature n'a pas encore été officialisée.
"C'est encore trop tôt pour dire" si Christine Lagarde sera candidate, a déclaré M. Baroin, qui a refusé de dire si le président américain Barack Obama soutiendrait une telle option.
"Nous ne voulons adresser aucun geste qui pourrait être interprété comme une forme de mépris des pays émergents, et aucun geste ou signe d'arrogance, compte tenu des circonstances", a dit le ministre.
Interrogé sur les implications pour une éventuelle candidature d'une possible procédure judiciaire contre la ministre dans le cadre du règlement controversé de la complexe affaire Tapie/Crédit Lyonnais, M. Baroin a dit "ne pas être inquiété par cette affaire".

Dettes : Grèce, Italie, Belgique... l'effet domino se poursuit

L'euro a accéléré sa baisse hier soir face au dollar, de retour au plus bas depuis la mi-mars, sous la zone des 1,40, à 1,3965/$ entre banques, avant de tenter de s'accrocher à cette barre symbolique des 1,40. La pression est venue cette fois de l'agence Fitch Ratings qui a placé la note de la dette souveraine de la Belgique sous surveillance négative, contre "stable", ce qui signifie qu'une dégradation est probable d'ici 12 à 18 mois.
Les analystes ont ainsi expliqué que cette note pourrait être abaissée si le gouvernement ne rejoignait pas les objectifs budgétaires qu'il s'est assignés. Or, l'agence considère qu'il sera difficile pour Bruxelles d'atteindre sa cible sans consensus politique sur la réforme constitutionnelle...
Dès vendredi soir, la dégradation par Fitch de 3 crans de la note de la dette à long terme de la Grèce, à "B+", contre "BB+", avec une perspective 'négative', avait mis la pression sur les marchés. De quoi souligner selon les analystes le challenge qui attend ce pays, les experts évoquant notamment les risques accrus de voir reporté le versement des fonds prévus par le plan d'aides de 110 MdsE par le FMI et l'UE.
En Italie, l'abaissement de la perspective de Standard & Poor's de la note du pays ce week-end a aussi contribué à plomber l'ambiance... L'agence a expliqué qu'il convenait de rester vigilant sur la situation transalpine, de quoi faire se tendre l'écart de rendement entre le papier obligataire italien à 10 ans et les taux allemands, à environ 190 pdb lundi...

lundi 23 mai 2011

Une ombre plane…

Si personne n’a aperçu Dominique Strauss-Kahn depuis son placement en résidence surveillée, son ombre est omniprésente, obscurcissant encore plus les primaires socialistes qui s’annonçaient déjà peu lisibles. DSK a démissionné du FMI, ce qui a le mérite de clarifier sa succession à la tête de l’institution. Il n’a rien laissé transparaître, en revanche, sur sa candidature à la candidature socialiste. Y croirait-il encore ? La guerre psychologique menée par son avocat Ben Brafman, qui assure qu’il sera acquitté, entretient peut-être dans un coin de sa tête l’idée qu’il pourrait être innocenté dès le 6 juin, date de sa prochaine comparution. Il ne serait pas hors-délai, alors, pour concourir ; mais franchement, cet espoir est irréel. Un, parce que la cohorte de détectives privés chargés de fouiller la vie de la victime présumée du Sofitel n’est qu’au début de sa battue. Deux, parce que les révélations sur la vie sexuelle de DSK et sur l’immense richesse du couple qu’il forme avec Anne Sinclair ont profondément modifié son image, qui colle de moins en moins avec l’idée que l’on peut se faire d’un homme de gauche.

Avant son arrestation déjà, il jouait dans le clair-obscur, multipliant les signes et les opérations de com’ sans franchir le pas. Le voici mué en fantôme. On peut comprendre son silence sur les accusations dont il est la cible. Son mutisme quant à ses ambitions politiques est plus étonnant. Il semble signifier : « Après moi le déluge. »

Pendant que les New-Yorkais font du tourisme pénitencier devant l’immeuble où DSK est assigné à résidence, les socialistes français tentent, encore abasourdis, de relancer la machine des primaires. Martine Aubry semble décidée (ou contrainte) à se présenter. Elle a eu une passe d’armes télévisée à distance, hier, avec François Hollande. La patronne et l’ex-patron du PS bénéficient tous deux de la mise hors jeu de Strauss-Kahn, ce qui n’est pas fait pour pacifier le parti.

Voici dix jours se dessinait une « finale » DSK-Hollande, et le second, encore distancé, réduisait l’écart sur le premier. Aujourd’hui Hollande est le mieux placé, mais Martine Aubry est loin d’être « larguée ». Et n’oublions pas Ségolène Royal, qui mène une campagne active sur le terrain, et que l’on aurait tort d’enterrer prématurément. Le Parti socialiste n’échappera pas à un combat des chefs.

La reconquête bientôt sur les écrans

Loin du tapis rouge de Cannes et du film « La conquête » sur son accession au pouvoir, Nicolas Sarkozy est allé modestement glaner quelques lauriers en Côte d'Ivoire. Au terme de six mois de crise politique et de guerre civile, il était le seul chef d'État européen à l'investiture du président Ouattara, à côté du patron de l'ONU. Depuis un mois, l'actualité s'est détournée de ce pays, où résident plusieurs milliers de Français. Mais cette visite sobre illustre le nouveau Nicolas Sarlozy. S'il intervient, « c'est à la demande de l'ONU » ; s'il laisse des troupes sur place, « c'est pour la sécurité, pas pour assurer la stabilité d'un gouvernement, fut-il ami ». On aimerait y croire ! Mais si la France parvient à accompagner une vraie transition démocratique et la réconciliation entre Ivoiriens, il pourra se targuer d'une dimension internationale, comme celle qui l'a fait devenir étendard de la révolte libyenne. Cette stature à peaufiner durant les réunions du G8 et du G20 de l'année forme un axe de sa reconquête de l'électorat. En France, il pourra bientôt faire oublier les mesures impopulaires du passé en élaborant un prochain budget national moins austère, présenté comme la récompense des efforts des Français. Nicolas Sarkozy construit ainsi sa nouvelle image d'homme d'État, doté d'une carrure mondiale. Cette stratégie à petits pas, ces ingrédients s'ajoutent pour transformer le vibrionnant « bling bling » trop bavard de 2007, en sage pour 2012, en père de la Nation, artisan de la démocratie dans le monde. Un pari osé mais que la mise sur la touche de son principal concurrent et les divisions et faiblesses de ses autres adversaires rendent désormais possible.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




«Martine» et «François»

Il faut croire que le «séisme» n’a pas eu d’effets secondaires durables. Huit jours après le violent traumatisme du 14 mai new-yorkais, le PS a déjà suffisamment récupéré pour retrouver son appétit pour la bagarre. Secoué, certes, mais pas au point de faire l’union sacrée derrière un seul candidat de consensus, désigné tôt. Comme s’ils n’avaient pas eu leur compte d’émotions et de peur avec le scandale DSK, les socialistes prendront donc tous les risques, et tous les paris, à commencer par celui de se diviser avant de se retrouver.

Dans une autre époque, si lointaine, quand tous les sondages promettaient encore à Dominique Strauss-Kahn d’atterrir à l’Élysée plutôt qu’au dépôt de police de Harlem - c’était il y a une semaine, c’était il y a un siècle -, Martine Aubry avait vanté les qualités de la «patience, une fleur qui fleurit en juin» pour masquer son hésitation personnelle. Mais cette année, la nature est en avance. Tout pousse plus tôt et plus vite. Alors hier, pendant que sa ville chavirait de bonheur avec le titre de champion de France de football conquis par le Losc, elle s’est lancée, elle, dans la bataille pour devenir la première des Français. En le disant sans le dire tout en le disant, en parlant d’envie (pour son pays, évidemment, «c’est la seule chose qui compte»), en confessant qu’elle «s’est préparée», en promettant de «prendre ses responsabilités», la première secrétaire mal élue du congrès de Reims a pris toute sa place au centre de l’attaque, numéro 9 sur le maillot pour devenir le numéro 1 de son équipe au coup de sifflet final, le 9 octobre prochain. Ça, c’est du timing !

Elle lui a succédé et ne veut pas le voir revenir par la fenêtre : elle est bien décidée, «Martine», à souffler le brassard de capitaine à «François» (Hollande), et dans les vestiaires, ça promet d’être violent. Les deux rivaux, qui ne s’aiment pas ont eu le même entraîneur historique : Jacques Delors. Le même père, biologique pour la première et spirituel pour le second. L’ancien président de la Commission européenne fera certainement souffler son esprit pragmatique sur le programme du vainqueur. Mais en attendant, chacun sait que les duels fratricides étant, comme dans Dallas, les plus impitoyaaaaa-bles, les deux héritiers - qui n’éprouvent guère d’affection naturelle l’un pour l’autre - ne se feront pas de cadeaux. Le TSH (tout sauf Hollande) est déjà prêt à fonctionner, même si l’intéressé, d’une formule sibylline, «ne veux pas l’imaginer».

La probabilité d’un clash sanglant (politiquement) est d’autant plus élevée que l’un et l’autre sont hauts dans les enquêtes d’opinion qui leur serinent qu’ils seraient élus, indifféremment mais à tous les coups, contre Nicolas Sarkozy. «La honte» du prisonnier à domicile de Broadway ne les a manifestement pas éclaboussés. C’est Miracle sur la 43 e rue, mais avec un happy end très incertain.

L’Ibère et le printemps

Le printemps arabe aurait-il franchi le détroit de Gibraltar ? La place Puerta del Sol, en plein centre de Madrid, a pris des airs de camp protestataire. Après les Tunisiens et les Égyptiens, voici que les jeunes Espagnols s’y mettent. Ils jouissent d’une totale liberté, pourtant, et leurs difficultés matérielles restent relatives par rapport à la misère africaine. Aucun despotisme ne règne chez eux. Leur colère vise un pouvoir issu des urnes, mais “sourd et aveugle” aux souffrances du pays réel. Un gouffre sépare désormais la base, avec 21% de chômeurs, et le sommet.

Le gouvernement de Zapatero, à l’heure des élections locales, subit un rejet spectaculaire. Il a dû accepter un draconien plan de rigueur imposé par Bruxelles sous la pression des marchés. Les financiers s’en trouvent satisfaits, tandis que le spectre d’une précarité grandissante hante la Péninsule. “Sine futuro” devient le slogan d’une génération qui s’estime privée d’avenir et donc d’espérance. Longtemps passifs, les Ibères semblent désormais aussi remontés que des Grecs. Les uns et les autres, à bout de nerfs, exigent une société plus juste. L’État les laisse revendiquer, et rien ne change. De quoi donner raison à Coluche : la dictature c’est “Ferme ta gueule !”, et la démocratie “Cause toujours”….

Un peu partout, par temps de crise, on voit la classe politique perdre la confiance des peuples. Puisse-t-elle la regagner très vite, avant que l’inquiétant vent du Sud ne balaie l’Europe entière.

Rêve centriste

Le jour de novembre où il a refusé de placer Jean-Louis Borloo à Matignon, préférant reconduire son rival François Fillon, Nicolas Sarkozy ne pensait pas se compliquer autant la vie. L'ex-ministre de l'Environnement a annoncé, il y a une semaine, qu'il y aura un candidat du centre droit. Pour sauver la majorité, assure-t-il. Au risque de faire chuter Nicolas Sarkozy, craint l'UMP.

Depuis l'élimination de DSK, champion socialiste des sondages, les choses ont changé. Toujours favorite, mais privée d'un leader évident et coupée dans son élan, la gauche se met à douter. Et la droite recommence à espérer. Si la cote de confiance de Nicolas Sarkozy reste dangereusement basse, les enquêtes unanimes traduisent un frémissement.

Cette éclaircie s'explique par les malheurs de Dominique Strauss-Kahn qui, par effet de contraste, valorisent un président candidat intelligemment silencieux sur celui qu'il avait lui-même recommandé au FMI. Elle tient aussi aux indicateurs économiques plus favorables, voire à la neutralisation provisoire de Dominique de Villepin, pour cause de procès Clearstream.

Ce contexte inattendu élargit aussi l'espace de Jean-Louis Borloo. Sa confédération centriste (Parti radical, Nouveau Centre, Gauche moderne, Convention démocrate, voire l'Alliance centriste), sorte de néo-UDF, espère intéresser un électeur sur cinq. Face au piaffant Hervé Morin, il s'impose à l'applaudimètre, porté par un mouvement qui ne se reconnaît plus dans le sarkozysme... Après s'en être longtemps accommodé !

Quelques bémols

Donc, tout va bien ? Pas si sûr. Jean-Louis Borloo fait le pari qu'il incarne une alternative capable de sauver une droite en perdition.

Premier bémol : Nicolas Sarkozy voit les choses autrement. Il considère que la multiplication des candidatures risque de rabaisser chacune vers un score éliminatoire. La présence de trois compétiteurs centristes ¯ Dominique de Villepin, Jean-Louis Borloo et François Bayrou ¯ lui paraît très dangereuse.

Second bémol : pour que l'opération Borloo ait une chance, il faudrait que les députés des partis fondateurs de sa Confédération quittent l'UMP. La plupart n'en décideront pas avant 2012, en raison du contrat qui les lie, y compris financièrement, au parti présidentiel et du risque de perdre leur investiture aux législatives.

Troisième bémol : il faudrait que Jean-Louis Borloo cesse de louvoyer, de faire ami-ami avec tout le monde. Pour devenir Président, il ne suffit pas d'être sympathique. Soit l'ancien ministre joue gagnant pour lui-même, et il devra se démarquer, sortir de l'ambiguïté, durcir le ton contre son ami Nicolas Sarkozy.

Soit il joue les rabatteurs de la majorité ¯ la menace Front national sera un bon prétexte ¯ et se rallie in fine au président candidat. Dans ce cas, il est à parier que la Confédération centriste éclaterait en vol. Dans sa critique du Président, Hervé Morin a atteint un degré de violence qui lui interdit de revenir vers l'UMP.

En impulsant une dynamique encouragée par les événements, Jean-Louis Borloo est devenu une des clés de la présidentielle. Avec le risque de transformer le rêve centriste en cauchemar pour la droite. Lourde responsabilité pour celui qui paraît parfois un peu dépassé par les effets de son initiative.





FMI : les soutiens à Lagarde se multiplient

La ministre française n'est toujours pas officiellement candidate à la succession de Dominique Strauss-Kahn.

La succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international (FMI) s'ouvre officiellement ce lundi. Selon le calendrier fixé par le conseil d'administration, les candidats au poste de directeur général ont jusqu'au 10 juin pour se faire connaître. Le conseil vise ensuite la fin juin - l'échéance n'est qu'indicative - pour désigner trois finalistes, les entendre à Washington, puis désigner le meilleur d'entre eux par consensus.
Plus que jamais, le nom de Christine Lagarde se détache. Déjà encouragée par Rome, Berlin, Vienne ou Luxembourg, la ministre française de l'Économie dispose depuis ce week-end du soutien de Londres. Soutien crucial, mais qui n'allait pas de soi, à lire la presse anglo-saxonne, assez hostile. Personne en Europe ne semble, de toute façon, avoir d'autre candidat à proposer. Le ministre belge des Finances a bien évoqué sa propre personne, dimanche. «Ce sont des fonctions qui ne se refusent pas», a déclaré Didier Reynders… tout en louant les qualités de Christine Lagarde et en reconnaissant qu'elle était favorite.

Désaccord parmi les pays émergents

Les pays de l'UE représentent 35,6 % des droits de vote au conseil du FMI. Il suffit donc que les États-Unis (16,8 %) et le Japon (6,25 %) se rangent à leur candidat pour que l'affaire soit pliée. En face, si le Mexique, le Brésil, l'Inde, la Russie, la Chine ou d'autres pays émergents déplorent le maintien de fait du monopole du Vieux Continent sur le poste, ils sont incapables de s'entendre sur un choix commun - le Congo soutient même la ministre française.
Paradoxe, la France n'a toujours pas officiellement proposé la candidature de sa ministre ! L'Élysée et Matignon restent muets. «Christine Lagarde a toutes les qualités pour être un excellent directeur général du FMI», a assuré Claude Guéant dimanche. Mais le ministre de l'Intérieur se contente de noter «que beaucoup de pays la soutiennent publiquement». Cette prudence peut s'expliquer par le calendrier posé par le FMI, qui pourrait s'avérer «piégeux». Une commission de trois magistrats doit décider dans un bon mois - donc après la date limite de dépôt des candidatures - de saisir ou non la Cour de justice de la République au sujet de l'intervention de Christine Lagarde dans «l'affaire Tapie». Si la réponse est positive et intervient après sa désignation officielle comme candidate des Européens, on imagine leur embarras et celui du conseil d'administration… Du coup - autre paradoxe - c'est de l'opposition que Christine Lagarde a reçu son soutien français le plus explicite : «Si l'Europe peut avoir ce poste et si une Française peut l'obtenir, cela serait une très bonne chose», a dit Martine Aubry. Et la patronne du PS d'ajouter : «Mme Lagarde, au-delà des divergences que l'on peut avoir (…), est une femme respectable.» Le Trésor américain va, comme d'habitude, jouer les faiseurs de roi. Il se contente de plaider pour un «processus rapide, mais ouvert, transparent et basé sur le mérite». Façon de dire que la tradition qui veut que le patron du FMI soit européen ne doit pas primer. Les Européens se sont d'ailleurs gardés d'avancer cette raison, vantant plutôt les qualités de Christine Lagarde. Le chancelier de l'Échiquier britannique, George Osborne, a ajouté un argument inédit : «Ce serait une très bonne chose qu'elle soit la première femme à la direction du FMI en soixante ans.»

Des inquiétudes demeurent

Pourtant, dans la réalité, les considérations nationales l'emportent de façon frappante sur les questions de fond : que veut-on faire du FMI ? En quoi l'institution doit-elle changer son approche de la gestion de la crise, notamment dans la zone euro ? Le plan de l'UE et du FMI en Grèce ne donne pas tous les résultats prévus, comment faut-il le modifier ? Sur ces interrogations, Christine Lagarde reste muette, puisque «non-candidate», et ses soutiens n'en disent pas davantage. Ce qui déstabilise employés du FMI et observateurs extérieurs.
Autre inquiétude, exprimée par Mohammed el-Erian, gérant du plus grand fonds obligataire du monde, Pimco, qui couvre pourtant Christine Lagarde d'éloges pour son expérience et ses talents de diplomate : sa nomination soutiendrait l'idée selon laquelle la gravité systémique de la crise de l'euro rend indispensable la présence d'un Européen à la tête du FMI. «Cette opinion n'a jamais été avancée lorsque l'épicentre des crises était en Asie ou en Amérique latine», rappelle cet ancien du FMI. Certains pays émergents - tout comme la Suisse, publiquement, dimanche - assurent au contraire que le Fonds serait plus crédible s'il était dirigé par un non-Européen, qui n'a pas participé à l'élaboration des plans de sauvetage de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal depuis un an.

Le cas Dominique

L'affaire Strauss-Kahn n'est pas seulement un fait divers lamentable ; c'est aussi une histoire qui restera dans les annales. Un cas, comme aurait dit Françoise Dolto.

Le cas Dominique. Voilà un homme brillantissime et hypercompétent, au profil de présidentiable idéal, qui se laisse entraîner dans le genre de tragédie qui brise une carrière en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. Jusqu'à la résurrection suivante, puisque ces gens-là passent leur temps à renaître de leurs cendres.

À l'heure où j'écris ces lignes, il est toujours, malgré les charges, présumé innocent. Que DSK ait été le prédateur cromagnonesque, ivre de sa toute-puissance, que nous a décrit la police américaine. Ou que l'affaire se retourne, ce qui est déjà arrivé dans le passé à Strauss-Kahn. Mais, n'en déplaise aux complotistes d'Internet, la thèse du coup monté paraît peu crédible. Quel intérêt auraient eu la droite française à détruire un candidat qui n'était même pas encore déclaré ou certaines grandes puissances à carboniser un directeur général du FMI qui devait quitter son poste à la fin du mois de juin ?

Et quand bien même s'agirait-il d'un coup monté, Dominique Strauss-Kahn n'a pas eu, avec son départ précipité de l'hôtel, le comportement d'un présidentiable avisé, donc méfiant. Sans oublier qu'avec ses antécédents il aurait déjà dû repartir en courant à la vue de la femme de chambre.

Ce que traduit cette histoire dramatique, quelle qu'en soit l'issue, c'est bien la vérité d'un homme qui, au sommet de la gloire, reste toujours un homme et, avant même de monter la première marche d'un nouveau destin, accomplit ce que les spécialistes de l'âme appellent un "acte manqué", comme pour changer de route.

dimanche 22 mai 2011

L'Allemagne prête à accorder une nouvelle aide à la Grèce

Le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble,affirme que l'aval de la Banque centrale européenne et du FMI seront indispensables.

Alors que l'agence de notation Fitch a abaissé vendredi la note de la dette à long terme de la Grèce, et que la ministre des français Christine Lagarde demande à Athènes de prendre de nouvelles mesures d'austérité fiscales, le ministre des Finances allemand évoque la possibilité d'offrir une aide supplémentaire aux grecs.
Dans une interview publiée ce dimanche par le journal Bild am Sonntag, Wolfgang Schäuble estime que des mesures pourraient être prise en faveur du pays, si ses efforts visant à réduire sa dette échouent. Ce soutien additionnel «est uniquement imaginable s'il est confirmé que les créanciers privés, comme les banques, ne se retirent pas de la Grèce en laissant les contribuables européens assumer l'entière responsabilité», précise néanmoins le ministre allemand. Il estime que les pays créanciers de la Grèce doivent d'abord s'assurer qu'Athènes est en mesure de surmonter ses difficultés économiques. «C'est seulement dans ce cas que nous pourrions, si nécessaire, discuter d'un allongement (de la maturité) des obligations que la Grèce doit rembourser l'an prochain», assure-t-il.
La visite d'inspection, arrivée au début du mois pour s'assurer qu'Athènes respecte les conditions attachées au plan de sauvetage de 110 milliards d'euros consenti au pays, a dû prolonger son séjour sur place. Des responsables espèrent qu'elle pourra rendre ses conclusions la semaine prochaine mais aucune date n'a été fixée. Wolfgang Schäuble affirme aussi que cette décision de donner un coup de pouce supplémentaire nécessitera l'aval du Fonds monétaire international (FMI) et, surtout, celui de la Banque centrela européenne (BCE). Vendredi, le FMI a en effet appelé la zone euro à adopter d'urgence un éventail de mesures plus complet pour régler la crise de la dette, mais une certaine réticence s'est faite jour du côté de la BCE.

«restructuration douce»

Georges Papandréou, le pemier ministre grec,doit présenter lundi un plan pluri-annuel contenant de nouvelles mesures destiné à renforcer l'assainissement budgétaire du pays. Il espère ainsi échapper à la restructuration de l'énorme dette dont il ne veut pas entendre parler aujoud'hui, mais que les marchés réclament. À la différence de la BCE, ces derniers se disent convaincus qu'Athènes ne pourra résoudre ses problèmes en se contentant du prêt d'urgence de 110 milliards d'euros déjà accordé par les pays de la zone euro et le FMI. Malgré un gros effort de réduction de déficit l'an dernier (cinq points de PIB), la Grèce est en effet toujours dans une situation budgétaire critique.
Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, est le promoteur depuis cette semaine d'une «restructuration douce» de la dette passant par un rééchelonnement. Il a plaidé au cours du week-end pour la création d'une agence indépendante du gouvernement grec chapeautant le programme de privatisations du pays. Athènes a prévu quelque 50 milliards d'euros de privatisations d'ici à 2015, dont les revenus doivent être affectés au désendettement. Cette option est combattue par la Banque centrale européenne (BCE), qui craint que la faillite pure et simple des banques grecques, et des réactions en chaîne dans toute l'Europe. Dominique Strauss-Kahn, ancien patron du FMI, était lui aussi sur la même ligne.
Déterminé à «sauver» son pays qui peut selon lui s'en sortir par ses propres efforts, Georges Papandréou doit se rendre à Paris dans la semaine, et rencontrer mardi les principaux responsables politiques de son pays pour trouver un consensus sur les mesures à prendre pour faire face à la crise. Cet accord exigé par les pays de la zone euro s'annonce cependant difficile à obtenir, le premier ministre devant faire face à une fronde, même au sein de son propre parti.

Légèreté

Ras le bol ! Même Ségolène Royal veut tourner la page. Le tsunami DSK a tout laminé cette semaine. Ce qui fait ordinairement le sel de la vie vous est passé sous le nez ? Utile alors, de brosser un rappel des petits riens, loin des sidérations qui vous ont ébranlés. Comme cette sécheresse qui grignote les campagnes. Elle n'est pas drôle pour les agriculteurs. Mais elle tresse un moral ensoleillé. Comme la vérité sur Fukushima, qui coûte sa place au patron de Tepco. Comme la jeunesse espagnole, qui gronde. Comme l'impatience d'Obama à vouloir baliser un nouvel Etat palestinien. Comme le festival de Cannes qui charrie de bons films. Pour sourire, il faut courir voir Podalydès en Sarkozy dans la Conquête. Bref, la vie continue. Aujourd'hui reprend Roland - Garros. Bientôt, le Tour de France et les vacances. En prime, c'est Séguéla qui le dit: Carla Bruni attendrait un petit garçon. Infiniment chagrinée par l'affaire DSK, la France se laissera - t - elle consoler par les babillages du chérubin, au printemps prochain ?

Pourquoi attaque-t-on la Libye et pas la Syrie?

Comment expliquer que les Etats-Unis et l’Europe bombardent littéralement Tripoli et se contentent de bombarder Damas… de réprimandes? Pourquoi tant d’acharnement à déboulonner le tyran libyen et tant de précautions vis-à-vis de son homologue syrien, tout aussi brutal? 
 Commençons par examiner la réponse la plus courante et pourtant erronée: «C’est une histoire de pétrole», aiment à répéter les gens. La Libye dispose d’une grande quantité de brut, contrairement à la Syrie. Selon cette logique, le véritable objectif de l’agression militaire contre la Libye serait à rechercher dans ses champs pétrolifères. Et si la Syrie échappe à une intervention militaire occidentale, c’est parce qu’elle n’a pas beaucoup de pétrole à vendre. 

Pas une histoire de pétrole

Cet argument ne tient pas la route. En effet, un Kadhafi au pouvoir était pour l’Occident une meilleure garantie d’accès au pétrole libyen que le chaos et l’incertitude qui règnent depuis l’opération militaire engagée contre la Libye. Sous Kadhafi, l’activité des compagnies pétrolières occidentales se portait très bien; la dernière chose dont elles avaient besoin était le changement.
Autre réaction répandue: on dénonce l’hypocrisie de Washington, qui nous a habitués au deux poids deux mesures et aux contradictions qui caractérisent ses relations internationales. Aussi juste soit cette observation, elle n’apporte pas grand-chose, car elle ne fait que pointer des incohérences sans en expliquer les causes.

Pourquoi El Assad agit-il en toute impunité?

Comment se fait-il que le boucher de Damas soit à l’abri des représailles exercées contre son jumeau libyen? Les motifs humanitaires qui justifient l’attaque contre le régime de Kadhafi (que j’ai soutenue) sont tout aussi recevables, sinon plus, dans le cas de la Syrie.
La brutalité génocidaire de la famille El Assad est à la mesure du courage suicidaire des Syriens. Depuis deux mois, ils font face aux tanks et aux balles sans autre arme que leur désir de changement. On les massacre, on les torture, on emprisonne leurs proches, et pourtant… les manifestants tiennent bon.
Même dans les villes où les très craints «chabihas» (les miliciens alaouites) ont réprimé la révolte populaire dans le sang, dont le gouvernement dit qu’elles ont «retrouvé le calme» et qu’elles sont «sous contrôle», la population continue de descendre dans la rue pour protester. A chaque fois, elle ne manque pas de se faire massacrer. Pendant ce temps, la réaction des Etats-Unis et de l’Europe est, pour le moins, anémique. Cinq éléments de réponse pour tenter de comprendre cette attitude.

1/ Une armée puissante

Tout d’abord, la Syrie est largement supérieure à la Libye sur le plan militaire: son armée a le plus gros effectif du Proche-Orient; les soldats sont bien équipés et entraînés. Le pays possède, par ailleurs, des armes chimiques et biologiques, sans compter que ses forces paramilitaires font partie des 13 plus importantes du monde. Ce qui n’est pas le cas des forces militaires libyennes, qui sont demeurées fragmentées et sous-équipées sous le règne de Kadhafi.

2/ Le gendarme du monde s’essouffle

Deuxième point: l’usure. La Libye a achevé d’épuiser le petit appétit guerrier qui restait aux Etats-Unis (s’agissant de guerres non motivées par des menaces évidentes pour leurs intérêts vitaux). Les dissidents syriens font les frais des longues et coûteuses guerres menées par les États-Unis en Afghanistan, en Irak et, aujourd’hui, en Libye. Dorénavant, toute intervention militaire de Washington, lorsque ses motivations sont indirectes, sera plus limitée et mûrement réfléchie. Tant il est vrai qu’en matière de guerre, l’Europe ne saurait exister sans le soutien des Etats-Unis. Quant aux valeureux dissidents syriens, ils sont livrés à leur propre sort.

3/ Le risque de déstabiliser la région

Troisième raison de ce choix de non-intervention en Syrie: les voisins. De part et d’autre de la Libye, se trouvent l’Egypte et la Tunisie –les joyaux du «printemps arabe». La Syrie, elle, jouxte le Liban, Israël, l’Irak, la Jordanie et la Turquie. Tout est dit.

4/ El Assad a de multiples soutiens

Quatrième élément de réponse: les alliés. Kadhafi n’a pas d’alliés. Ses propres fils voulaient l’évincer du pouvoir et, du reste, dans le cadre d’une décision sans précédent, la Ligue arabe s’est dite favorable à l’intervention militaire en Libye. Ce n’est pas le cas de Bachar el Assad, qui compte de puissants alliés au sein et en dehors de la région, à commencer par l’Iran (et, par voie de conséquence, le Hezbollah et le Hamas).
Il n’est même pas certain qu’Israël et Benyamin Nétanyahou préféreraient voir s’opérer une transition chaotique en Syrie plutôt que de laisser la famille El Assad aux rênes du pouvoir. Asma el Assad, l’épouse du dictateur syrien, avait reçu les honneurs du magazine Vogue à la faveur d’un portait avantageux: «La plus fraîche et magnétique des premières dames… chevelure et yeux bruns, cou élancé et d’une grâce énergisante.» Drôle de façon de bombarder...

5/ A qui s’adresser?

Cinquième argument: il n’y pas d’autres responsables politiques sérieux. Récemment, deux hauts fonctionnaires de la Maison Blanche ont déclaré que la timide réponse américaine face aux événements qui secouent la Syrie était en partie due à l’absence d’interlocuteur sérieux au sein de l’opposition. Washington ne sait pas à qui s’adresser. Un autre haut fonctionnaire américain, qui a tenu à rester anonyme, m’a expliqué avec conviction qu’en cas de renversement du régime syrien, le chaos et les massacres seraient bien pires que ce qu’ont connu les autres pays arabes où une transition démocratique est en marche.
C’est bien possible. En tout état de cause, les Syriens n’ont pas l’air d’être au courant de tout cela. Ils continuent à participer aux manifestations de rues –quoi qu’il leur en coûte.

Apple provoque une réaction «religieuse» chez ses adeptes

Son symbole est le fruit défendu, mais Apple causerait chez ses fans une réponse cérébrale «religieuse», nous apprend le site digitaltrends.com.

Un documentaire diffusé par la BBC mardi dévoile que le «culte d’Apple» est plus qu’une métaphore: les produits Mac stimulent la même zone du cerveau que l’imagerie religieuse chez une personne dévote.

Secrets of the Superbrands, présenté par Alex Riley, tente de décrypter les raisons des grands succès technologiques comme Apple, Facebook ou Twitter.

La première analyse était celle l’Imarque. Riley constatait l’attachement sentimental des utilisateurs de produits Mac, notamment en prenant l’exemple de  l’ouverture d’un Apple Store dans le centre de Londres à Covent Garden il y a un an. Des hordes de fans avaient fait la queue pendant la nuit pour être les premiers à pénétrer dans la boutique, dans une sorte de «fénésie évangélique», rapporte digitalternds.com.

Parti de cette première observation, Riley avait contacté un des plus grands fanatiques d’Apple, Alex Brooks, rédacteur en chef du site worldofapple.com, qui prétend penser à la marque 24 heures sur 24. Pour comprendre ce qui se passait dans sa tête, le présentateur lui avait fait faire une IRM pour étudier ses réactions face à des appareils Apple, et –sacrilège– le commun des autres produits.

Résultat: selon les neuroscientifiques chargés d’analyser les réponses de Brooks, son cerveau réserve un espace privilégié à la marque, celui de la foi chez les croyants. «Cela veut dire que les grandes marques ciblent ces zones cérébrales», a expliqué l’un des scientifiques.

L’évêque de Buckingham, interviewé dans l’émission, soutient cette analyse. Il souligne notamment que l’architecture de l’Apple Store a beaucoup de points communs avec celle d’un lieu de prière avec ses arches et ses sols en pierre. La BBC ose même appeler Steve Jobs «le Messie».

Sur le blog tuaw.com, également dédié à Apple, Michael Rose estime pourtant que le fait n’est pas particulièrement surprenant. Le journaliste affirme qu’on «pourrait probablement faire les mêmes observations chez des fans des Redsox [l'équipe de baseball de Boston] ou les groupies de Twilight».

L’indispensable direction européenne

Que de dégâts collatéraux provoqués par le scandale Strauss-Kahn ! En France et pour l’image de la France dans le monde... Mais, paradoxalement, cette triste affaire ressoude l’Union européenne qui, pour la première fois depuis bien longtemps, semble vouloir s’exprimer d’une seule voix. Il est vrai, par pur égoïsme et dans la défense d’intérêts bien sentis pour que la fonction de directeur général du Fonds monétaire international revienne de nouveau à une personnalité européenne. Et il y a presque unanimité autour du nom de la ministre française de l’Economie Christine Lagarde.

Justifier ce siège européen en invoquant la règle qui voudrait que la Banque mondiale soit dirigée par un Américain et le FMI par un Européen est pour le moins fallacieux. Le monde a changé depuis 1944, époque où le FMI tournait en rouage dans la grande machinerie de Bretton Woods depuis longtemps abandonnée. Les pays émergents, et surtout la Chine, aujourd’hui troisième actionnaire du Fonds, pèsent de plus en plus lourd. Que ces puissances veuillent, dans l’espoir d’en tirer des bénéfices politiques, intervenir dans les sauvetages financiers des Etats en difficulté - selon le rôle du FMI - devient indéniable. Or, même si les décisions sont prises collégialement par les grands argentiers installés à Washington, c’est bien le « patron » du FMI qui détermine la marche à suivre.

Et dans ses fonctions, Dominique Strauss-Kahn était un Européen exemplaire. Si un mécanisme de sauvetage (ou de consolidation) de l’euro existe, c’est grâce à lui dans la mesure où face à la paralysie des Etats, face à l’obstruction de l’Allemagne incapable d’envisager une autre politique monétaire, il a su présenter une porte de sortie à la crise. Le FMI participe à bonne hauteur aux plans de sauvetage de l’Irlande, du Portugal et surtout de la Grèce tout en assumant le sale travail consistant à faire appliquer les plans de rigueur. Seules ces conditions avaient fléchi Berlin l’an dernier et, on le sait, le sauvetage de la Grèce est encore loin d’être acquis.

Pourtant, cette aide massive à la monnaie unique, via la Grèce et les autres « pécheurs », peut paraître inique ailleurs dans le monde. Elle donne la fâcheuse impression de voir les riches (l’UE reste la première puissance économique du monde) puiser dans le tronc des pauvres pour assurer leurs liquidités. En effet, jusqu’à l’an dernier, et hormis le Royaume-Uni et la Hongrie, les Etats européens ne figuraient pas parmi les grands emprunteurs du FMI davantage tourné vers les pays en voie de développement et les « émergents » (Brésil, Argentine, Mexique...)

Certes, même sous un « patron » non européen, la politique actuelle du FMI ne changera pas, notamment vis-à-vis de la Grèce, car personne ne veut revivre une crise de l’euro. Mais que se passerait-il demain si une autre capitale de l’UE, à l’économie plus importante que Dublin, Lisbonne ou Athènes, devait étaler ses faiblesses ? Comment réagirait un FMI qui aurait échappé aux Européens ?

Vidéo : le charnier de Deraa en Syrie

Une organisation syrienne des droits de l’homme a découvert près de la ville de Deraa, un charnier avec des dizaines de cadavres de corps humains à l’intérieur. Le régime de Bachar el-Assad, sans un seul mot fort des instances internationales, a pu délibérément massacrer une partie de son peuple… Comme son père en son temps !

Malgré ces images, et ce n’est pas une blague, le ministère de l’Intérieur syrien a démenti aujourd’hui l’existence d’une fosse commune dans la ville de Deraa, dénonçant “une campagne calomnieuse” des médias “pour déstabiliser la Syrie”.
“Cette information est totalement fausse, a indiqué ce responsable, selon Sana. “Nos citoyens sont conscients de cette campagne tendancieuse dont les objectifs et le timing sont désormais clairs, en particulier après le retour progressif de Deraa à la vie normale”, conclut l’agence syrienne.
Et ces meurtres en pleine rue, sont-ils aussi un montage ?

La répression des manifestations a fait, selon les organisations des droits de l’homme, au moins sept cents morts, dont plusieurs centaines à Deraa, et a entraîné des milliers d’arrestations à travers le pays, suscitant de vives critiques internationales.

L'avocat de Strauss-Kahn assure qu'il sera acquitté

Dominique Strauss-Kahn sera acquitté, affirme un de ses avocats, Benjamin Brafman, dans une interview publiée dimanche 22 mai par Haaretz. "Il plaidera non coupable, et en fin de compte il sera acquitté", déclare Me Brafman dans cette interview au quotidien israélien libéral, la première depuis l'arrestation de son client le 14 mai.

"Rien n'est sûr, mais dans ce que je discerne dans l'enquête, il sera acquitté (...) Il m'a beaucoup impressionné. En dépit des circonstances, il tient bien le coup", a-t-il insisté. "Il n'est pas heureux d'être accusé de faits qu'il n'a pas commis", a encore dit Me Brafman, venu en Israël pour participer à un évènement familial.
"Brafman a refusé d'évoquer les détails de l'affaire et semblait irrité par les articles des média français rapportant que l'ancien chef du Fonds monétaire international était obsédé du sexe", écrit le journal.
M. Brafman, 62 ans, est considéré comme l'un des grands maîtres du barreau aux Etats-Unis. Il a été l'avocat de plusieurs vedettes américaines, y compris du défunt Michael Jackson. "Même dans une brève conversation, il est difficile de ne pas être impressionné par l'habileté oratoire de Brafman, note Haaretz, il est perçant, tendu et il sait comment obtenir ce qu'il veut".

Qui a dit que l’Europe devait diriger le FMI ?

Dans le sillage de la lamentable déchéance de Dominique Strauss-Kahn, le Fonds Monétaire International se cherche un nouveau chef. Mais un Européen serait-il vraiment capable de résoudre les problèmes durables de la zone euro ? 

Il fut un temps où le FMI était une organisation qui voyait les riches économies de l’Ouest venir au secours des économies désemparées du monde émergeant. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse. A l’exception de l’Allemagne, et peut-être du Japon, c’est l’Occident qui est virtuellement en faillite.
Et ce sont maintenant les économies à croissance rapide en Asie et en Amérique latine qui financent l’Ouest. Même les Etats-Unis, qui contrôlent encore une grande partie des leviers au FMI, sont dans les faits financés par la Chine. Or, cette dernière dispose au FMI de moins de voix que le Royaume-Uni.
Par conséquent, il serait peut-être équitable de confier la direction de l’institution, poste abandonné en hâte par Dominique Strauss-Kahn, à un non-Occidental. Cela pourrait aussi s’avérer fort pratique, pour la raison suivante : un représentant de l’un de ces pays serait probablement plus enclin à recommander sans sourciller à ces économies déglinguées de la zone euro l’unique solution qui ne leur est jamais proposée, à savoir, ficher le camp de là.

Seul un Singapourien peut dire à la Grèce de quitter la zone euro

J’ai vraiment du mal à imaginer que Christine Lagarde soit capable de dire à la Grèce, par exemple : "Ecoutez, ce qu’il vous faut, ce n’est pas un renflouement de plus, que vous soyez ou non en défaut de paiement ; la meilleure solution à long terme, pour vous, c’est de quitter en bon ordre la monnaie unique."
Aussi impressionnante soit-elle, la ministre française est selon moi, comme les autres candidats européens, trop impliquée dans l’élite de l’Union Européenne et dans la hiérarchie du pouvoir en France pour renoncer à l’euro. Pour elle, c’est une question de foi. Alors que pour, disons, un Singapourien à l’esprit clair et objectif, il serait beaucoup moins traumatisant de prendre la décision de recommander à la Grèce de quitter l’euro.
Et même si ce n’était pas le cas, nous ne nous en tirerions pas plus mal avec quelqu’un qu’il ne nous viendrait jamais à l’esprit de soupçonner d’être en cheville avec Sarko. Donc, s’il est vrai que Lagarde connaît les curieuses petites manies de la zone euro, elle risque également de fermer plus facilement les yeux sur ses tares.
"L’influence" politique, qu’elle détient incontestablement, n’est utile que si elle est utilisée à bon escient. En outre, l'influence du FMI est plus financière que politique, et ses méthodes tout autant intellectuelles que diplomatiques. Son président doit s'attaquer au cœur des problèmes de l'Europe, et non se contenter de distribuer de l'argent, sauvetage après sauvetage.

La "rock star de la finance" n'a pas le bon profil

Et ne nous voilons pas la face : dans la plupart des pays de la zone euro, les crises successives de la dette souveraine ont pour cause principale la compétitivité, ou son absence, et l'incapacité desdits pays à la retrouver dans le système actuel.
Le régime des taux d'intérêt non révisables est un échec. D'ores et déjà, la Banque centrale européenne (BCE) prévoit des hausses de taux pour prévenir l'inflation. Les nouveaux taux devraient être supportables en Allemagne, mais ils vont précipiter plus avant dans le gouffre le marché immobilier et les banques, déjà au bord de la faillite, ce qui déclenchera une nouvelle crise. Une économie en détresse doit pouvoir dévaluer sa propre monnaie (le Royaume-Uni dispose de cet outil) afin de relancer ses exportations et ainsi revenir à la normale.
Dans les prochaines années, on va voir apparaître un responsable politique portugais, irlandais ou grec, peut-être un nationaliste et agitateur des plus déplaisants, qui va exiger que soit mis fin à ce calvaire, à l'"austérité" perpétuelle, à la stagnation et à l'émigration,
et appeler à une sortie de son pays de la zone euro.
Le prochain président du FMI serait bien inspiré d'empêcher cela. Malgré sa réputation de “rock star de la finance”, Lagarde n'a pas le bon profil.
Je n'arrive pas à prononcer son nom, mais je préférerais largement que ce soit Tharman Shanmurgaratnam (le Singapourien cité plus haut).

Le FMI doit rester aux mains des Européens

Au moment où la zone euro risque d’éclater, l’Europe ne doit pas renoncer à la direction du Fonds monétaire international au bénéfice de l’Asie ou de l’Amérique Latine, estime Le Figaro. Pour le quotidien, la ministre des Finances française Christine Lagarde est la plus qualifiée pour succéder à Dominique Strauss-Kahn. 

Dominique Strauss-Kahn hors jeu, c’est une partie d’échecs extrêmement délicate qui s’engage pour désigner son successeur à la direction générale du Fonds monétaire international. Non que l’homme soit irremplaçable. Malgré l’incontestable qualité de son bilan et un savoir-faire reconnu pour gérer au mieux les situations de crise, d’autres tout aussi qualifiés peuvent prendre le relais.
Le FMI, longtemps assoupi, n’est pas redevenu le pompier du monde par la seule grâce de son directeur général ; s’il s’est retrouvé ainsi placé au centre du jeu, c’est aussi à la faveur d’événements exceptionnels, au premier rang desquels la crise financière de 2008, puis la crise de l’euro qui s’en est suivie. Alors que cette dernière couve toujours, on comprend sans peine la détermination des Européens à vouloir conserver à tout prix le poste pour l’un des leurs.
Le sauvetage de la Grèce et plus largement la crise de la monnaie unique vont occuper quasiment à plein-temps les journées du futur patron du FMI. L’assistance technique et financière de l’institution est indispensable pour gérer ce dossier complexe, qui déborde largement le strict cadre du Vieux Continent. Car, contrairement aux affirmations péremptoires de quelques pyromanes, nul ne peut mesurer les conséquences qu’aurait une explosion de la zone euro sur le reste de l’économie mondiale.
La situation exige une connaissance approfondie des mécanismes communautaires et une parfaite compréhension des subtilités politiques locales. Ce n’est faire injure à personne que de considérer qu’un Européen se trouve mieux placé qu’un Asiatique ou qu’un Sud-Américain pour traiter un sujet si sensible.
Et ce n’est pas trahir un grand secret que d’estimer que Christine Lagarde, familière du sujet et de bien d’autres impliquant le FMI, présente aux yeux de tous un profil taillé sur mesure. Le temps viendra ensuite où, comme promis, le représentant d’un pays émergent accédera aux plus hautes fonctions.
La mondialisation de l’économie, le bouleversement en cours des rapports de forces justifient ce passage de témoin, qui impliquera tout de même que certaines grandes puissances comme la Chine cessent leur cavalier seul et se préoccupent du reste du monde. Mais pour l’heure, il s’agit de gérer l’urgence.


Vu de Berlin

Ach ! Le candidat allemand est une Française

Ach ! Le candidat allemand est une Française
"La candidate allemande", titre le Handelsblatt avec en Une la photo souriante de la ministre française de l'Economie et des Finances. Pour Berlin, un tel choix serait positif car "pour les sujets essentiels, elle est sur la même ligne que le gouvernement allemand". Mais le quotidien économique souligne que l'élection de Lagarde à la tête du FMI "serait une défaite pour l'Allemagne",  car "l'importance d'un Etat se mesure également au nombre de ses représentants occupant des postes clés internationaux". Or en dépit du fait que "l'Allemagne soit de loin l'économie nationale la plus forte en Europe, elle n'en occupe aucun actuellement", s’indigne le journal.
Comme pour la présidence de la Commission européenne ou celle de la BCE, Berlin renonce à une candidature allemande alors qu'elle dispose avec Peer Steinbrück, l’ex-ministre des Finances, Josef Ackermann, le patron de la Deutsche Bank ou encore Axel Weber, ex-membre du conseil de la BCE d’au moins trois candidats qualifiés pour la direction du FMI, critique le Handelsblatt.

Sexe, pouvoir et dépendance

Du Vert-Galant à Bill Clinton en passant par John F. Kennedy ou certains présidents français, la petite histoire des grands dirigeants regorge d'anecdotes pimentées sur leurs appétits hors normes. Sans toutefois défrayer la chronique judiciaire.
L'affaire Strauss-Kahn nous rappelle une réalité historique que nous avions quelque peu oubliée: le sexe n'est pas une simple composante du pouvoir, c'est le pouvoir. On comprend dès lors qu'à travers l'Histoire, le pouvoir agisse comme un aphrodisiaque. La sexualité des chefs d'Etat a souvent fait bon ménage avec la politique, à condition toutefois qu'elle soit discrète...

John Fitzgerald Kennedy est longtemps resté dans l'Histoire comme ce président jeune, beau, au corps d'athlète et idéaliste qui voulait changer l'Amérique. C'est oublier toutes les zones d'ombre de son existence, notamment sa maladie, ses rapports avec la mafia et sa sexualité obsessionnelle, compulsive et politiquement dangereuse. Entre sexe et pouvoir, Kennedy fait figure d'équilibriste. Séducteur invétéré, obsédé sexuel considérant toute femme comme objet potentiel de ses pulsions, il enchaîne les passades avec des actrices célèbres telles Jayne Mansfield, Gene Tierney, Marlene Dietrich, Marilyn Monroe, Lee Remick ou Norma Shearer. Certaines lui laisseront un souvenir impérissable, notamment Angie Dickinson: «Les vingt meilleures secondes de toute ma vie!» comme il le confiera. Mais sous cette belle apparence de santé, JFK est rongé par la maladie. Il souffre à la fois d'une déficience des glandes surrénales (maladie d'Addison) et d'une ostéoporose affreusement douloureuse. Pour supporter la douleur, Kennedy se gave de médicaments: cortisone, hormones thyroïdiennes, opium et amphétamines... Bref, un cocktail explosif qui lui permet de déployer une énergie hors du commun malgré d'horribles souffrances. Le sexe devient pour lui un remède indispensable pour soulager ses douleurs incessantes. Le Président se précipite dans un inassouvissable besoin de femmes et sa vie sexuelle devient une affaire d'État qui inquiète même la CIA. Il ne fait pas mystère de sa passion pour le sexe. Le 21 décembre 1961, lors d'une rencontre officielle avec le premier ministre britannique Harold Macmillan, il lui avoue carrément: «Trois jours sans faire l'amour et c'est le mal de tête garanti. Je ne sais pas si c'est aussi votre cas, Harold.»

Le sexe, institution politique

Lorsque Mao Zedong organise le recrutement de ses maîtresses dans toute la Chine, il perpétue le système millénaire du gynécée impérial. Pour assouvir sa soif de sexe, il organise un gigantesque réseau de jeunes courtisanes venues de toute la Chine, un gynécée moderne. Ce comportement s'inscrit parfaitement dans la tradition des empereurs de Chine qui puisent leur longévité dans leur sexualité. Les souverains chinois ont toujours associé vigueur et performances sexuelles, selon une pensée héritée du taoïsme. Le médecin privé de Mao, le Dr Li Zhisui, lui prescrit d'abord des injections de poudre de bois de cerf, un aphrodisiaque traditionnel chinois, puis un médicament récemment mis au point par une chercheuse roumaine: la «vitamine H3» à base de Novocaïne. L'ardeur sexuelle du président Mao s'accroît au fil des ans et il recrute des jeunes femmes dans tout le pays, le plus souvent des filles âgées de 18 à 22 ans, vierges pour la plupart, en admiration complète devant le Président, qu'elles considèrent comme un demi-dieu. Mao fait aménager une immense et luxueuse pièce du palais de l'Assemblée du peuple, destinée à sa vie sexuelle. Comme le remarque le Dr Li Zhisui, « il n'y avait jamais assez de place dans son immense lit pour accueillir tout le monde, soit parfois trois, quatre ou cinq jeunes femmes simultanément...». Mao s'éteindra à l'âge de 83 ans.

Le sexe, spectacle du pouvoir

En France, les multiples conquêtes amoureuses d'Henri IV ou du Roi-Soleil sont célébrées, car elles témoignent de la virilité du souverain et s'inscrivent dans une conception spectaculaire du pouvoir absolu. Instrumentalisée ou masquée, la vie sexuelle des chefs d'Etat est une source inépuisable de fantasmes et de légendes, noires ou dorées. Henri IV en est l'incarnation même. Ce souverain est resté célèbre pour ses 75 conquêtes amoureuses, réelles ou fantasmées, qui lui ont valu le surnom de Vert-Galant. Cette profusion de maîtresses jusqu'à un âge avancé, choisies dans tous les milieux, fait du «bon roi Henri» un souverain très populaire. De ce point de vue, on peut dire qu'il aura largement ouvert la voie, l'infidélité conjugale étant toujours un défaut que les Français pardonnent, voire valorisent facilement... À plus de 60 ans, il tombe fou amoureux de la toute jeune Charlotte de Montmorency, âgée de 15 ans. Après une dispute, le roi est prêt à déclencher un conflit armé pour récupérer sa jeune maîtresse qui s'est enfuie à l'étranger...
Chaque Français conserve, au fond, la nostalgie du Vert-Galant. Un roi chaste ennuie. Car, dans ce pays, les souverains peu portés sur la bagatelle n'ont jamais eu la faveur du public. Un roi incapable d'avoir une érection fait rire. Devant l'impuissance, la foule perd tout respect pour la personne royale et se virilise dans la mesure même où le souverain perd ses moyens. L'attaque d'impuissance contre le roi est bien sûr politique, car elle vise le corps du roi mais aussi sa volonté politique. Un roi incapable de faire l'amour à sa femme est alors considéré comme incapable de gouverner le pays, comme ce fut le cas pour Louis XVI.
L'exemple de Napoléon, incarnation de la puissance politique, est sur ce point très intéressant. À ses débuts, on le sait peu porté sur le sexe ; il ne recherche pas vraiment les occasions. Cependant, à mesure que son pouvoir s'accroît, l'Empereur devient un grand consommateur sexuel. Même s'il reste un amant maladroit et pressé, on lui connaît une soixantaine de maîtresses. Ses relations intimes sont souvent expédiées: Stendhal parle de «trois minutes». Peu courtois avec les femmes, il est d'une goujaterie proverbiale. Napoléon va droit au but ; il ne perd pas de temps en amabilités. Son fidèle entremetteur, le maréchal du palais Duroc, lui amène les femmes dans ses petits appartements. La scène est récurrente. Assis à une table, Napoléon signe des décrets, son épée posée à côté de lui. Il demande à la jeune femme de se déshabiller, de se mettre au lit, puis après avoir satisfait son désir physique avec rudesse, il la reconduit.
Comme la plupart des hommes de leur condition, nombre de dirigeants politiques, présidents, ministres ou députés du XIXe siècle entretiennent des maîtresses ambitieuses. Les frasques sexuelles des chefs d'Etat peuvent même se dérouler au cœur du pouvoir.

La plus célèbre des fellations !

Sous la IIIe République, l'anecdote célèbre du président Félix Faure et sa maîtresse Marguerite Steinheil, surnommée «Meg» par les intimes, est à ce titre édifiant. Les amants ont l'habitude de se retrouver dans le salon Bleu de l'Élysée. Le 16 février 1899, le Président s'apprête à la recevoir, après un Conseil des ministres. Comme à son habitude, il se fait apporter par son huissier un aphrodisiaque à base de quinine, afin de se préparer à son rendez-vous. Puis il accueille sa maîtresse. «Meg» sait que le Président apprécie particulièrement les fellations. Elle ne se fera pas prier. Quelques minutes plus tard, un cri rauque alerte le chef du cabinet Le Gall qui accourt, ouvre la porte et découvre le corps de Félix Faure gisant inanimé, avec auprès de lui sa maîtresse complètement nue. Elle tente de détacher ses cheveux qui se sont pris dans le pantalon du Président. Félix Faure s'éteindra quelques heures plus tard... Le diagnostic est formel: congestion cérébrale provoquée par une forte émotion. La nouvelle ne tarde pas à se répandre dans la presse, comme une traînée de poudre. Jamais une fellation n'avait encore provoqué un tel scandale. Les réactions s'enchaînent. Georges Clemenceau exulte: «Faure est retourné au néant, il a dû se sentir chez lui. Il a voulu vivre César et il est mort Pompée...»

Une société «hypersexualisée»

L'association des thèmes du «sexe» et du «pouvoir» peut paraître anecdotique dans nos sociétés habituées à la séparation des sphères privée et publique. Pourtant, l'histoire récente montre, à travers l'affaire Bill Clinton-Monica Lewinsky, la portée politique des aventures extraconjugales des dirigeants politiques d'États démocratiques. À partir de quel moment les pulsions sexuelles dépassent-elles la raison politique? La sexualité a-t-elle souvent mis les chefs d'Etat en danger?
En France, nos derniers présidents présentent tous une libido hors normes. François Mitterrand était un grand séducteur, on lui connaît de multiples maîtresses, d'Annie Girardot à Édith Cresson en passant par Dalida. Quant à Jacques Chirac, ses relations amoureuses avec telle femme ministre ou telle actrice italienne figurent dans de nombreux ouvrages. Valéry Giscard d'Estaing lui-même n'est pas en reste, avec de ravissantes comédiennes, françaises ou étrangères. Ce qui semble plus étonnant dans notre République, c'est que les vies privées de Mitterrand et de Chirac n'ont pas du tout empêché leur réélection. Peut-être même les ont-elles favorisées dans une certaine mesure. Comme un lointain vestige de la tradition monarchique et du souvenir du Vert-Galant...