TOUT EST DIT

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samedi 24 novembre 2012

Mal à l’Europe

Mal à l’Europe 


Incapables de s’entendre sur la programmation budgétaire 2014-2020, les chefs d’État et de gouvernement des 27 se retrouveront en janvier pour une autre séance-marathon, et sans doute pas la dernière. En soi, rien de dramatique à l’échelle européenne, car c’est une habitude « historique » et il reste du temps jusqu’en 2014.
Malheureusement, à l’échelle mondiale, l’Europe étale une fois de plus sa paralysie chronique devant la prise de décision : vingt-sept « Clochemerle » jurent, certes, dépenser moins – rien de plus normal à l’heure de l’austérité – tout en voulant profiter de leurs subventions pleines et entières. Par exemple, pour les pays du Sud, de l’Europe centrale et orientale, il est hors de question de toucher à leur quote-part de « croissance durable » (mise à niveau) – environ la moitié du budget de l’UE. Et pour la France, ses droits en politique agricole commune (PAC) restent un tabou. Quant au Royaume-Uni de Cameron, il continue à réclamer son chèque de ristourne dans une antienne rebattue depuis l’ère Thatcher…
Mais en-dehors de tous les égoïsmes nationaux, de vraies incertitudes demeurent sur ce budget européen 2014-2020. En 2005, l’ancien Premier ministre Tony Blair prétendait, et à juste titre comptable, qu’une vache était subventionnée à deux euros par jour en Europe, un emploi seulement à quelques centimes, en tenant compte des frais recherche-formation-études… Or, la programmation 2014-2020 ne prévoit guère davantage. Comme elle ne prévoit rien, ou presque rien, pour cette politique d’investissements que la France, en vertu des promesses électorales du président Hollande, voulait adjoindre au traité budgétaire « Merkozy » sous forme de « pacte de croissance ».
Cette Europe telle que nous la vivons ne correspond plus en rien aux idéaux de ses « pères fondateurs ». Sous une administration exubérante en fastes, elle ne semble que savoir servir les lobbies étatiques et privés. Les lobbies financiers aussi. On le verra de nouveau lundi, lorsque la dette grecque (au remboursement impossible) trouvera – une fois de plus – une solution de raccommodage. Évidemment, au détriment des contribuables d’une zone euro interdite de changer de politique monétaire sous le «nein» allemand. Sauf à devoir toujours payer. Même si ses États dont la France ont déjà, chaque mois, beaucoup de mal à joindre les deux bouts.

samedi 17 novembre 2012

L’hôpital et la charité

La Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie sont à bout de souffle. Alors, faut-il une nouvelle cible à la spéculation internationale en quête de profits sur le dos des affaiblis? La France, désignée par la City de Londres via l’influent hebdomadaire «The Economist» dépeignant, en spécialiste du «french bashing», notre pays en «homme malade» de l’Europe, en «bombe à retardement» de la zone euro?
L’affirmation, très «perfide Albion», est doublement paradoxale. D’abord, parce que la France, profitant de la vulnérabilité financière des autres, emprunte à des taux historiquement bas sur les marchés et ferait ainsi des dizaines de milliards d’économies par rapport aux prévisions. Ensuite, en regardant le Royaume-Uni en voie de totale paupérisation: c’est l’hôpital qui se moque de la charité...
Mais peu importe. La France, apparemment devenue sociale-démocrate face à une Europe conservatrice et libérale, doit des explications à ses partenaires sur le bien-fondé de sa politique économique. Pour faire taire des craintes remuées ici et là, autant par différends idéologiques que par visées électoralistes nationales.
Or, à en croire les médias allemands, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a plutôt bien réussi son voyage à Berlin. Germanophone, le «petit prof d’allemand» (disent ses détracteurs hauts-fonctionnaires énarques, d’ailleurs totalement incompris outre-Rhin) aurait su clairement détailler la politique française. En insistant sur ce qui rassemble tout en ne la présentant pas en copie du «modèle allemand»... que la chancelière Merkel semble vouloir imposer à tout le continent.
Ayrault a-t-il pour autant convaincu? Au niveau des relations entre Etats, cette question ne se pose pas. Seule compte la volonté politique ainsi exprimée avec son impact. Car nos voisins n’ignorent pas que les économies des deux pays les plus importants de l’UE sont liées. La chute de l’un entraînerait à plus ou moins longue échéance celle de l’autre, sans même parler d’autres cruelles évidences comme la fin de l’euro voire celle de l’Union européenne...
Il était vraiment temps que la France s’exprime. Elle a recommencé hier par la voix du président Hollande à Varsovie, dans cette Pologne aux bons chiffres économiques et futur grand partenaire. Car, malgré les difficultés actuelles, elle veut rejoindre la zone euro en 2015.
Dans une «Europe à réorienter», selon le président de la République, tout peut changer. D’élections en élections, de crise en crise aussi...

dimanche 4 novembre 2012

Et une crise de plus

Et une crise de plus 


Parler de gros sous est toujours houleux. Surtout en Europe où, sans même évoquer la crise de l’euro, s’additionnent les égoïsmes nationaux. La nouvelle discorde porte sur le budget pluriannuel 2014-2020 de l’UE que les gros contributeurs, dont la France, veulent couper de 70 à 100 milliards par rapport au projet de la Commission (1 033 milliards d’engagement sur six ans).
Pour les Britanniques qui exigent aussi davantage de ristournes à leur profit (principalement payées par la France), cette ponction n’est pas encore suffisante : David Cameron, sérieusement mis en demeure par la Chambre des Communes, menace de son droit de veto au cas où les projections budgétaires dépasseraient les prévisions inflationnistes. Avec l’appui plus ou moins prononcé de la Suède, de la Finlande et des Pays-Bas….
Inutile d’insister sur l’europhobie du Royaume-Uni… Mais ailleurs aussi l’Europe (exprimée par son budget) n’est synonyme d’engagement politique que lorsqu’elle correspond à des avantages bien sentis. Par exemple, la France officiellement prête aux vertueuses mesures d’épargne, ne veut surtout pas qu’on touche à la Politique agricole commune ! Elle représentait encore en 2011 44 % des dépenses annuelles de l’UE. Une part qui devrait être rabaissée jusqu’à 33 % à l’horizon 2020, grâce à de vraies réformes à l’avantage des exploitations « raisonnées » et non des grands groupes agro-industriels ou des propriétés foncières de la famille royale britannique.
Les « riches » de l’UE (12 pays sur 27 sont contributeurs nets), tout en rognant de fait certains postes financièrement minimes (dont le très populaire programme d’échanges d’étudiants Erasmus) cherchent surtout à réduire la « politique de cohésion » (43 % du budget) en faveur du développement des pays du Sud et de l’Est. Au grand dam de ces derniers qui savent aussi peser très lourd, notamment la Pologne.
Bref, à la crise de l’euro toujours d’actualité, les Européens s’offrent le luxe d’ajouter une crise budgétaire avec, évidemment, un nouveau « sommet extraordinaire » le 22 novembre. Ses résultats font douter, malgré les efforts de l’Allemagne, partout en pointe.
Pourtant, il y a urgence. Après la présidentielle américaine, la spéculation financière risque de reprendre de plus belle. Et l’Europe, incapable de sortir de la crise de l’euro, incapable aussi de faire preuve de cohésion à tous les niveaux, se présente en cible privilégiée.

jeudi 13 septembre 2012

Oui, mais… 


Bien sûr, une belle unanimité a salué les décisions de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Parce qu’un rejet du MES aurait bouleversé la politique de sauvetage de l’euro avec de nouveaux drames en perspective. Mais tous ces « ouf » de soulagement poussés ici et là font oublier l’autre constat dressé par les juges allemands : les mesures prises jusqu’à présent pour tenter de juguler la crise financière manquent de transparence, voire d’aval démocratique.
C’est en ce sens que le MES, en regard du droit constitutionnel allemand, doit encore être perfectionné avant la publication du décret de ratification. En précisant qu’en aucun cas, l’Allemagne, premier contributeur du Mécanisme de stabilité, ne pourra – sans décision parlementaire – aller au-delà de sa caution (190 milliards) et que les interventions du MES seront communiquées pour approbation au Bundestag. Voilà qui ne plaira certainement pas aux futurs gouverneurs de ce Fonds habitués au secret feutré des banques.
À une époque où les milliards circulent par clic d’ordinateur, ces précautions semblent irréalistes. Mais pour nos voisins elles ne manquent pas de logique car sous la pression financière et politique la donne change constamment en Europe. Par exemple, la BCE de Francfort a annoncé son intervention sur le marché des emprunts, ce qui, selon de nombreux analystes, outrepasse ses statuts. Certes, avec l’accord de son conseil d’administration (moins la voix de la Bundesbank) et la complicité des gouvernements mais sans consulter le législateur garant du traité… Et qu’adviendrait-il demain si un État sollicitait le MES tout en ne respectant pas les engagements pris ? En prenant le Mécanisme de stabilité – théoriquement limité à 700 milliards – pour un nouveau tonneau des Danaïdes à remplir par l’Allemagne et la France (engagée, elle, pour 143 milliards) ? Une éventualité qui n’est déjà plus de la fiction puisque l’Espagne, dit Mariano Rajoy, ne se laissera « jamais » dicter les économies à réaliser, si elle devait s’adresser aux fonds de secours.
Les juges de Karlsruhe, conformément à leur fonction, n’ont établi que des barrières juridiques, et pour la seule Allemagne. Résisteront-elles ? Pas dans le contexte actuel, sans profondes réformes en Europe, sans transparence, sans démocratie et sans davantage d’intégration. Des réformes dont tous sont conscients. Encore hier, le président de la Commission José Manuel Barroso a plaidé pour une « fédération d’États-nations ». Mais entre les paroles et les actes…

mercredi 12 septembre 2012

De La Haye à Karlsruhe… 



Ce 12 septembre indiquera peut-être d’autres voies pour sortir l’Europe de la crise. D’abord, en raison du choix des électeurs néerlandais, même s’ils semblent peu enthousiastes à se rendre aux urnes. Ils devraient, selon les sondages, désigner une coalition gouvernementale entre travaillistes et libéraux secondés par de petites formations, tout en réservant bon nombre de sièges aux eurosceptiques. Or qui dit « coalition » ajoute « compromis ». Pour les travaillistes – apparemment plus « hollandais » que François Hollande – un accord avec les libéraux porterait sur l’abandon de la « règle d’or » des 3 % de déficit budgétaire en 2013, sur une certaine relance aussi, au lieu et place de l’austérité programmée par le gouvernement sortant.


Ce changement politique à La Haye ne serait pas sans conséquences dans toute la zone Euro. L’Allemagne, chantre de la rigueur tous azimuts, perdrait avec les Pays-Bas, jusqu’à présent sur la même ligne, un allié au poids économique incontestable. Berlin se sentirait davantage isolé face à l’Europe du Sud et l’« Europe médiane » (la France !). Une isolation que nos voisins abhorrent. Elle pourrait les pousser à plus de flexibilité…
Et il y a la décision que rendra ce matin la Cour con-stitutionnelle de Karlsruhe sur le Pacte budgétaire « Merkozy » (que la France veut approuver en octobre…) et surtout sur le Mécanisme européen de stabilité (MES, voir ci-dessous). Certes, une enquête d’opinions prétend qu’une majorité des Allemands souhaite le rejet pur et simple de ce MES, quitte à remettre sur la sellette toute la politique de l’euro jusqu’à l’abandon de la monnaie unique. Les « sages » de Karlsruhe n’iront certainement pas jusque-là. Toutefois, après l’arrêt formel aujourd’hui, interviendra encore dans quelques semaines le jugement sur le fond avec ses recommandations constitutionnelles. Comme déjà dans le passé pour des questions similaires, Karlsruhe dénoncerait une fois de plus la technocratie et le manque de contrôle démocratique des mesures adoptées en soulignant qu’elles ne sont pas basées sur une union politique européenne. Donc, le Bundestag devrait intervenir au cas par cas lors de chaque transfert de souveraineté, financier ou autre, vers des instances supranationales. Voilà qui non seulement gripperait ce Mécanisme européen de sauvegarde mais poserait aussi (et la énième fois…) la vraie question : quelle Europe pour l’euro ?

vendredi 7 septembre 2012

Un petit pas 


Ce n’est pas la panacée qui balaiera la crise de l’euro. Pas non plus une « révolution » dans la gestion à l’européenne des dettes publiques. Mais l’annonce faite par Mario Draghi signifie un pas en avant, même si cette avancée est plus idéologique que réelle. Car l’intervention de la BCE sur le marché secondaire des emprunts d’Etat, bien qu’« illimitée » en quantité, reste, en fait, limitée en soumettant les solliciteurs aux conditions draconiennes à établir par les Fonds de secours européens, peut-être aussi par le FMI. Le tout sous le manteau du « pacte budgétaire », le fameux traité « Merkel-Sarkozy » que la France doit encore adopter…
Très révélatrice hier était la double présence du chef de l’Eurogroupe Juncker et du commissaire de l’UE Rehn à la conférence de la BCE. L’Europe institutionnelle et la zone euro approuvent les décisions prises, également le Parlement européen par la voix de son président Martin Schulz. Des décisions qui ne plaisent guère en Allemagne, surtout pas à la Bundesbank, premier bailleur de fonds de l’Euroland, d’ailleurs ouvertement opposée à ces mesures. Des protestations se font déjà entendre au gouvernement de Berlin et au sein de la majorité parlementaire d’Angela Merkel qui, elle, reste très prudente. Outre-Rhin, on craint la planche à billets. On s’interroge aussi sur le curieux mécanisme, genre « chaises musicales », que mettrait en œuvre la BCE pour racheter des dettes d’Etat en empruntant aux banques, pour ne pas financer directement, ce qui serait contraire à ses statuts !
À la limite, peu importe. La BCE est « technicienne ». La vraie impulsion pour mettre fin à la crise ne peut venir que des Etats, forcément par compromis entre les grandes économies : l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne. Sans oublier les Pays-Bas, de plus en plus eurosceptiques, qui le 12 septembre éliront un nouveau gouvernement. Le même jour où la Cour constitutionnelle de Karlsruhe se prononcera sur le Mécanisme européen de stabilité. Un rejet – guère envisagé, il est vrai – serait catastrophique. Mais remettre, comme l’attendent les opposants allemands, toutes les décisions concernant l’euro au vote du Bundestag, et au cas par cas, serait irréaliste.
Et il y a encore un autre obstacle de taille : l’avenir de la Grèce… L’automne en Europe, n’en doutons pas, sera entièrement consacré à l’euro et à la crise. Sous des perspectives guère encourageantes, peut-être susceptibles de créer un effet de choc : selon l’OCDE, la récession menacera partout en 2013. Y compris en Allemagne.

vendredi 31 août 2012

Made in Germany 


Malgré l’affligeante paralysie de ses institutions, l’Europe garde – que cela plaise ou non – une voix forte. Celle de l’Allemagne, celle d’Angela Merkel consacrée pour la cinquième fois «femme la plus puissante du monde» par le magazine américain Forbes. Chancelière d’Allemagne dont elle représente au mieux les intérêts, elle incarne aussi l’Europe, du moins dans la vision que se fait le reste du monde de cet ensemble de plus en plus ectoplasmique. Car Angela Merkel sait toujours parler au nom de l’Europe. Encore hier en Chine où elle a plaidé – entre deux signatures de mirifiques contrats dont un concerne la vente de 50 Airbus – pour plus d’implication de Pékin dans la crise de l’euro par le rachat de dettes des Etats en difficulté. Apparemment avec succès, les Chinois exigeant toutefois des contreparties qui ne gênent pas outre-Rhin: Pékin est déjà le troisième partenaire commercial de l’Allemagne et pourrait bien, prochainement, détrôner la France, en première place devant les Pays-Bas…
Mais c’est l’Europe à l’allemande, celle de la rigueur libérale, celle d’une plus grande intégration économique et politique que Berlin défend partout dans le monde. Avec une grande absente sur cet échiquier planétaire: la France. Sous l’ère Sarkozy, elle suivait l’Allemagne en fidèle «second». Au lendemain du 6 mai, elle a cru pouvoir se démarquer idéologiquement… pour finalement revenir aux réalités récemment exprimées par les ministres Moscovici et Schäuble sous forme d’un «groupe de travail» censé remédier à la crise dans une belle convergence… En espérant, dans les non-dits, que Paris, Rome et Madrid sauront infléchir les catéchismes berlinois de la Sparpolitik et du monétarisme à la Bundesbank. En jouant aussi sur un atout commun aux Français, aux Italiens et aux Espagnols: celui de savoir que l’Allemagne ne décidera pas seule. Bref, il y aurait de la place pour des compromis…
Mais lesquels? La semaine prochaine, la BCE de Francfort, en la personne de Mario Draghi, annoncerait, sous certaines conditions, le rachat de dettes souveraines. Au grand dam des puristes allemands qui craignent l’emballement de la planche à billets. Mais à la satisfaction des marchés financiers qui relâcheraient leur étreinte sur la zone euro en laissant enfin un peu souffler toutes les économies…
À voir. En attendant aussi d’autres échéances, notamment sur la Grèce. Et en sachant que si le sésame de la crise est bien à Berlin, d’autres capitales possèdent des clés décisives. Politiquement grippées, il est vrai...

vendredi 10 août 2012

Drôle de règle d’or 

Avec ou sans réforme constitutionnelle – qui, il est vrai, aurait provoqué de belles batailles politiciennes – la France ne peut qu’appliquer la « règle d’or ». Parce qu’il s’agit d’un « donnant-donnant » avec l’Allemagne, et plus ou moins biaisé. Parce que, selon les promesses du candidat Hollande, ce « traité budgétaire » (en réalité, le projet Merkel-Sarkozy) serait complété par un Pacte de croissance au niveau européen. Un pacte qui, malgré les effets d’annonce de l’Élysée et de Matignon, ne représente vraiment pas grand chose en termes de relance (120 milliards européens à se partager entre États membres de l’UE…)
Mais que vaut vraiment cette « règle d’or » déjà adoptée par l’Allemagne, une Fédération sachant entretenir le flou entre le financement de ses Länder et les dettes de ses communes pécuniairement autonomes ? Pour la France, ce traité signifierait qu’elle ne pourrait dépasser les 0,5 % de déficit budgétaire dit « structurel » (hors aléas de la conjoncture). Comme les différentes dépenses publiques sont prévues et votées à l’avance, on ne voit comment cadrer cet objectif. À moins de vouloir ressusciter les Pythies de Delphes et de les envoyer à Bercy…. Ensuite, qui serait le gendarme de l’opération ? D’abord la très rigoureuse Cour des Comptes qui prendrait le pas sur l’Assemblée Nationale, puis – éventuellement– le Conseil européen (si majorité qualifiée en son sein), impensable ! et la Cour de Justice de Luxembourg ? Enfin, quel serait l’impact de ce traité sur l’épineux problème de la dette publique qui avec plus de 1 700 milliards avoisine les 90 % du PIB ? Avec des remboursements accélérés, au détriment d’une croissance déjà atone, pour atteindre les fameux 60 % de dette autorisés par Maastricht ?
Des questions encore sans réponses qui vont, n’en doutons pas, alimenter de belles polémiques à droite et à gauche, chez tous ceux qui dénonceront l’abandon de la souveraineté budgétaire, qui crieront à l’austérité programmée. En oubliant que si les solutions sont aussi nationales, elles sont surtout européennes, en changeant de politique au niveau de la zone euro. Le vrai combat est là.
Quant au reste, il faut constater les évidences. Par loi organique, la France avait déjà adopté les « détails » du traité de Maastricht, notamment les 3 % de déficit budgétaire à ne jamais dépasser. On sait ce qu’il est advenu de ce bel engagement pourtant gravé dans le marbre.

samedi 21 juillet 2012

Roulette russe 


Mais quel jeu cruel jouent donc les Russes en Syrie, en s’opposant continuellement aux résolutions de l’ONU ? Pourquoi leur indéfectible soutien à Bachar al-Assad entouré de milliers de « conseillers » dépêchés par le Kremlin, jusqu’à l’envoi de navires de guerre qui en ce moment font cap sur la Syrie ?
Les explications « classiques » ne suffisent plus. Prétendre qu’un autre régime syrien chasserait la flotte russe de son unique base en Méditerranée, celle de Tartous sans grand intérêt stratégique, n’a guère de sens. Insister sur le monopole russe du marché des armes, non plus : Damas est incapable de payer.
D’autres raisons de cet engagement sont plus obscures. Ainsi Moscou, par Assad interposé, réglerait ses comptes au fondamentalisme sunnite, soutien de la rébellion en Syrie… et du terrorisme dans le Caucase. Et comme au temps des tsars, le Kremlin se verrait aussi protecteur des minorités chrétiennes potentiellement en danger car favorables au pouvoir alaouite. Des chrétiens surtout orthodoxes chers au Patriarcat de Moscou qui ne ménage pas son appui au système Poutine…
La réalité est plus pragmatique encore. La Russie mise sur l’impuissance de l’Occident, quitte à ne pas écarter une déflagration générale au Moyen-Orient avec les conséquences que l’on sait sur l’approvisionnement pétrolier. Un Occident qui, au nom de principes humanitaires, adouberait aujourd’hui des courants fondamentalistes musulmans. En invoquant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à renverser la tyrannie. Donc en invoquant aussi cette démocratie qui sait rassembler des dizaines de milliers de manifestants anti-Poutine à Moscou. Une démocratie dont le Kremlin et la Douma détricotent les derniers maillons russes…
Les « niet » sur la Syrie s’adressent également aux Etats-Unis, à une administration Obama paralysée au Moyen-Orient mais – au grand dam de Moscou – toujours partisane, via OTAN interposée, du bouclier antimissiles en Europe. Quant à la Chine, au diapason du veto russe, elle sait profiter de la situation : l’impuissance occidentale doublée par la crise financière en Europe fait oublier tous les griefs à son encontre.
Et pendant ce temps, le sang coule.

dimanche 17 juin 2012

L’heure de vérité 


L’heure de vérité sonnera ce soir en Grèce et dans toute la zone euro, du moins telle que nous la connaissons. Avec des scenari à rallonge, en commençant par la situation qui régnera à Athènes aujourd’hui et surtout demain lorsqu’il s’agira de former un gouvernement. Comme aucun parti ne devrait atteindre la majorité absolue, malgré une « prime » en députés donnée à la formation arrivée en tête, une coalition s’impose… à l’exclusion des extrémistes. Sans entente entre démocrates, ce sera le chaos, avec une sortie inévitable de la zone euro. S’ajouteraient de graves remous sociaux et politiques, et un énorme risque de contagion.
Si un gouvernement viable est formé, les Européens n’auront plus le choix : toute l’aide à la Grèce sera à renégocier. Non pas parce que le parti Syriza l’exige, plutôt en raison de la chronique incapacité d’Athènes à tenir ses engagements. L’effort grec serait étalé dans le temps et la tutelle qu’exerce la Troïka (UE, BCE et FMI) s’assouplirait… Encore faut-il être très optimiste ou naïf pour croire qu’ensuite la Grèce s’en sortira. Car cette pseudo-solution relève de ce qui caractérise l’Europe depuis 2008 : l’attentisme, faute de véritable volonté réformatrice interdite par le «Nein» allemand.
Mais il y a plus grave que le problème grec. Au sauvetage (encore à préciser) des banques ibériques pourrait succéder celui de l’État espagnol. Et il y a l’Italie en profonde récession, la troisième économie de l’Euroland contrainte d’emprunter à des taux pharamineux. Chypre aussi… Or les mécanismes d’entraide actuels sont, financièrement et politiquement, incapables de faire face à une telle accumulation de marasmes.
Hors de l’Allemagne exportatrice (de moins en moins, cependant), la rigueur étrangle l’économie et douche les espoirs. Elle s’impose mais doit être accompagnée de croissance ou de relance avec un nouveau rôle à attribuer à la BCE de Francfort, avec peut-être un fonds d’amortissement des dettes souveraines ou toute autre forme de mutualisation.
Au prochain sommet européen d’indiquer enfin des pistes ! En espérant que, face à une situation en inquiétante évolution dans toute l’Europe, la chancellerie de Berlin sortira de son dogmatisme libéral. Ou ce sera, tôt ou tard, la fin de l’euro.

dimanche 20 mai 2012

« Yes », « Oui », « Nein » 


Que de réunions du « G8 », puis du « G20 » (avec les « émergents » conviés à la table des vieilles gloires) pour seulement aboutir à des vœux pieux couchés dans la plus ampoulée des langues diplomatiques !
Du moins en apparence car en presque cinquante ans, ces shows politiques entre « bien pensants » ont modelé la société en introduisant des fils directeurs comme le libéralisme, la libre-concurrence ou la mondialisation. En les instaurant en credo de l’économie planétaire. Pour le meilleur ou pour le pire…
Le sommet de Camp David apportera-t-il un changement ? Pas dans l’immédiat. Toutefois, un nouveau fil directeur est déroulé. Paradoxalement, il vient des États-Unis, pays-parangon du sacro-saint marché. Au grand plaisir de François Hollande confronté à la rigidité d’Angela Merkel, Barack Obama plaide pour la relance, et tant pis pour les déficits abyssaux. Parce que, à six mois de l’élection présidentielle, l’économie américaine est repartie. Avec 2,5 % de croissance, une industrie automobile de nouveau en pointe et une chimie qui exporte ses produits de base à meilleurs prix que les Chinois grâce à l’énergie bon marché fournie par le peu écologique gaz de schiste.
Mais une économie exposée au marasme mondial, menacée par la paralysie de la zone euro, par la chute de la Grèce, les difficultés de l’Espagne, de l’Italie… Washington craint un krach à la « Lehman-Brothers » sur tout le vieux continent. En dénonçant l’incapacité politique de l’Europe. En pointant du doigt la chancelière Merkel.
Elle n’avait pas la partie facile hier. Pourtant, outre-Rhin aussi des feux commencent à clignoter. Par exemple, les exportations baissent vers l’Euroland en récession et, devant un éventuel « défaut » de la Grèce (avec effet domino), l’Allemagne, principale créancière, serait en première ligne. Oui, mais changer de politique, voire de parcours idéologique, s’apparente à la quadrature du cercle face à une majorité conservatrice soudée par la « Sparpolitik » !
Diplomatie oblige, le « G8 » évite la confrontation sur la relance entre le « yes » d’Obama, le « oui » de Hollande et le « Nein » (feutré…) de Merkel. Il se contente de conjuguer « croissance » et « stabilité budgétaire ». Sans précisions et en attendant enfin des décisions en Europe. Elles risquent fort d’être prises dans l’urgence.

mardi 3 avril 2012

Vue d’ailleurs… 


La campagne électorale française est suivie de près en Europe. Avec tact diplomatique chez les gouvernements. Avec inquiétude et passion chez les «partis frères» des candidats à la présidence, au niveau du PPE (conservateurs européens), du PSE (socialistes) ou des Verts. Avec incompréhension teintée d’ironie aussi, comme le souligne l’hebdomadaire britannique The Economist. Dans une verve digne de la «perfide Albion», il écrit ce que beaucoup en Europe pensent très bas: les postulants à l’Elysée sont dans le déni des réalités, celles de la crise, de l’immense dette publique de la France, de la perte de compétitivité de ses entreprises, dans l’absence de véritables réformes.
L’incompréhension est totale devant les populismes de l’extrême droite et de l’extrême gauche. Que cette dernière soit représentée par trois candidats signerait une exception bien française. Dans notre pays, l’utopie au verbe fort l’emporterait sur le réel. Tant pis alors si certains programmes, dans leur valse des milliards à distribuer (et à trouver on ne sait où), paraissent dénués de toute logique. En oubliant aussi que la politique économique de la France s’inscrit dans l’ensemble européen et qu’elle est monnayée en euros. Certes, l’Europe et la monnaie unique méritent des réformes, personne n’en doute. Mais dans la concertation et non dans un diktat parisien prôné ici et là…
Outre-Rhin, c’est l’expectative. Surtout à la chancellerie où Angela Merkel s’est prononcée pour Nicolas Sarkozy et a refusé de recevoir François Hollande, bien que, depuis, des contacts existent avec l’entourage du candidat socialiste. Angela Merkel espère la rapide ratification par la France du fameux traité budgétaire (rejeté en l’état par François Hollande), déjà parce que les récents engagements de l’Allemagne dans la zone euro ont été pris au nom de ce traité d’austérité, ensuite parce que celui-ci est nécessaire pour calmer les réticences au sein de sa propre majorité gouvernementale.
Chez les sociaux-démocrates, l’attente est différente. Bien que le SPD ne soit pas en totale harmonie avec le PS, il souhaite le changement en France pour sortir la politique européenne du conservatisme et pour faire exemple. Car une semaine après le second tour de la présidentielle, la Rhénanie du Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé, renouvellera sa diète. Et l’expulsion attendue du FDP, le minuscule parti libéral allié de la chancelière, pourrait accélérer la campagne pour les élections fédérales prévues en septembre 2013…

samedi 19 novembre 2011

Exaspérations

« L’Europe parle allemand », s’est félicité le président du groupe parlementaire chrétien-démocrate. Une façon peu diplomatique de dire que la zone euro se plie désormais à la rigueur allemande synonyme de bonne gestion.

Ce ton péremptoire a beaucoup déplu, également outre-Rhin. Mais rien d’étonnant : surtout en France, l’Allemagne est citée en modèle, un modèle sur lequel il faut à tout prix s’aligner pour sortir de la crise.

Pourtant, question « vertu » financière, notre voisin est de loin devancé par les Pays-Bas, la Finlande ou le Luxembourg. Mais seule la championne des exportations importe en faisant de Berlin le « maître d’école ». Et cela commence à exaspérer, tout comme exaspère un lamento aux effets psychologiques désastreux courant dans toutes les couches de la société allemande : l’Europe convoiterait le bas de laine de l’Allemagne amassé à la sueur des réformes, l’Allemagne paierait pour tous. Ce qui est complètement faux. Par exemple, avec 159 milliards, les Français sont autant garants du Fonds européen de stabilité financière FESF que les Allemands à hauteur de 211 milliards… et 20 millions d’habitants de plus que la France.

Malheureusement, la légende a la vie dure. Elle pousse à l’euroscepticisme et à un populisme perceptible jusqu’aux partis gouvernementaux.

Que l’Allemagne soit un modèle pour la finance et les affaires, nul ne le nie. Toutefois, cette médaille a un revers dont ne parlent jamais ceux qui plaident la « convergence » franco-allemande à longueur de discours : la paupérisation gagne chez nos voisins (voir ci-contre), le tissu social se détricote jusqu’à l’assurance-maladie qui glisse vers le « privé » avec des cotisations difficilement accessibles au plus grand nombre.

Mais pour continuer à jouer son rôle politique en Europe, Paris s’accroche à Berlin. Or cette « Merkozy » exaspère aussi, et pas seulement en Grèce ou en Italie. D’autant plus qu’auprès des autres partenaires européens la France passe pour la mouche du coche en essuyant sans broncher les « Nein » de la chancellerie. Et ce encore récemment lors d’une énième tentative pour infléchir la politique de la BCE de Francfort. Le général de Gaulle et François Mitterrand ont dû se retourner dans leur tombe ! L’axe franco-allemand exige un pied d’égalité.

En réalité, bien que le tender France soit rivé à la locomotive Allemagne, les divergences s’accentuent entre les deux pays. Si la crise devait encore s’amplifier, l’attache craquerait. Au grand désespoir de tous.

dimanche 9 octobre 2011

Les banques de la discorde

«Quand nous avons un différend, le chancelier Schröder et moi, nous coupons la poire en deux», aimait dire l’ancien président Chirac. En sera-t-il de même aujourd’hui à Berlin lors de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ? Rien n’est acquis, tant le sujet est brûlant : la recapitalisation des banques européennes.

Certes, sur le principe, il y a désormais accord. Après avoir longtemps nié l’évidence, malgré les avertissements du FMI et les spéculations sur les établissements français, Paris a été mis devant le fait accompli par l’écroulement de Dexia. Par quelques sérieuses pressions aussi, notamment de la part des États-Unis qui redoutent un «Lehman Brothers» comme en 2008, d’origine européenne cette fois-ci. À cause de l’exposition des banques du vieux continent, quelques belles enseignes françaises en tête, aux dettes souveraines grecque, espagnole ou italienne. Et cette crise majeure avec ses risques de contagion, l’Europe ne la traiterait que par «saucissonnage», selon le directeur de la Banque mondiale, l’Américain Robert Zoellick. Il appelle, pour sortir du marasme, à la création rapide d’une vraie union économique, financière et politique. Aux États-Unis d’Europe, en quelque sorte, du moins pour la zone euro…

On en est très loin ! En attendant, la recapitalisation des banques européennes s’apparente à une nouvelle tranche de l’arme «saucisson». Elle est estimée dans l’Euroland à 100 milliards par le FMI, davantage avec les banques britanniques hors euro. Les établissements français nécessiteraient 10 à 15 milliards. Mais plus, si, dans leur portefeuille, les titres des États en difficulté devaient subir une dépréciation encore plus forte dans le cadre d’une restructuration des dettes, en commençant par celle de la Grèce.

Les banques sont appelées à fournir elles-mêmes l’effort le plus important, avant de venir le cas échéant (et fort probable) tendre la sébile aux États. Ce dernier recours, la France le voudrait auprès du Fonds de stabilité FESF. Ce que Berlin refuse avec véhémence : le FESF élargi de 440 milliards, déjà en voie d’assèchement avant d’être mis en place (reste l’obstacle slovaque), ne peut servir à cela, surtout pas quand un pays est encore en mesure d’emprunter.

Et c’est là que le bât blesse. Paris a senti passer le vent du boulet qui vient de s’abattre sur l’Espagne et l’Italie sous forme d’une nouvelle dégradation de leur note. Déjà sur la corde raide, la France perdra son triple « A » à force de solliciter les marchés. Avec à la clé une hausse des taux d’intérêts alourdissant encore la charge de la dette qui représentera en 2012 le premier poste budgétaire de l’État.

L’impact serait énorme, l’effet psychologique aussi en pleine campagne électorale : l’opinion accepterait-elle une nouvelle aide publique aux banques ?

Pour sortir de ce dilemme, Nicolas Sarkozy compte sur Angela Merkel pourtant liée par les irrédentismes de sa coalition gouvernementale. Mais peut-être y aura-t-il le traditionnel compromis «à l’européenne»: quelques belles paroles pour «étudier» le problème…

vendredi 7 octobre 2011

L’enviable dynamisme américain

Ajouter encore quelques lignes au panégyrique de Steve Jobs serait vain. Depuis hier, la planète informatique, avec pleurs et fleurs, rend hommage au cofondateur d’Apple qualifié de génie et comparé à Gutenberg. Comme l’imprimerie qui a permis l’accès à la connaissance au plus grand nombre, l’ordinateur sorti du temple des spécialistes grâce à Steve Jobs, d’abord devenu machine de bureau puis terminal d’internet, a étendu les savoirs, créant de nouveaux outils de communication, offrant une encyclopédie illimitée. Pas toujours pour le meilleur, il est vrai...

Ce qui surprend vraiment aux yeux d’un Européen est la carrière de l’inventeur doté d’un exceptionnel sens commercial. Elle incarne « le rêve américain », selon le président Obama. C’est vrai que ce parcours est atypique. Voilà un homme qui a commencé à bricoler dans son garage pour se retrouver – après quelques avatars – à la tête de la plus importante société des États-Unis. Sans sortir d’un sérail doré, sans carnet d’adresses ouvrant les portes, sans être coopté... Déjà l’allure de Steve Jobs aurait détonné dans les salons feutrés de maints directoires, surtout en Europe: jeans et polo en pleine grisaille des costumes trois pièces-cravate. Comme d’ailleurs Bill Gates (Microsoft) ou Mark Zuckerberg (Facebook), très vite millionnaires, puis milliardaires. En commençant par la commercialisation aventureuse de leurs découvertes, ces hommes ont très jeunes aboli les conventions, et pas seulement vestimentaires. Sauf une: celle de l’argent.

Ces « success stories » donnent aussi une leçon d’économie. Depuis des années, les États-Unis semblent au fond du gouffre, affaiblis par une dette pharaonique et secoués par les scandales bancaires. Hors armement et aéronautique, leur tissu industriel vieilli ne supporte plus la moindre concurrence. Mais grâce à des Steve Jobs, Bill Gates et beaucoup d’autres, les États-Unis restent à la tête de l’innovation aujourd’hui commercialisée dans le monde entier. Même si les composants des « iPhones » ou des « Mac » sont fabriqués en Extrême-Orient, les bénéfices sont rapatriés outre-Atlantique. Avec ses logiciels, Microsoft dispose d’un quasi-monopole souvent dénoncé et condamné. Les « moteurs de recherche », tous d’origine américaine proche ou lointaine, rentrent de juteuses recettes publicitaires, également à l’échelle de la planète. L’économie numérique vit de la mondialisation en la cimentant.

Certes, les cerveaux brillants ne manquent pas en Europe. Mais profitent-ils des mêmes tremplins qu’aux États-Unis ? Qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, aurait pris au sérieux des « gamins » de 25 ans, Steve Jobs et Bill Gates à leurs débuts, ou Mark Zuckerberg né en 1984 ? Dans la « Vieille Europe », la jeunesse n’est pas un atout, malheureusement. Ni dans les affaires ni en politique.

mercredi 5 octobre 2011

Immobilisme à tous les étages

Incroyable mais vrai! Entraînés par la panique générale sur les marchés, nombre de grands groupes européens sont aujourd’hui en soldes, voire en « hypersoldes ». Leur capitalisation boursière ne représente plus qu’une faible partie de leur valeur réelle. Tout juste leur patrimoine immobilier pour quelques chaînes de supermarchés, le prix d’une douzaine d’«Airbus» pour Air France. Gare aux prédateurs qui voudraient profiter de telles aubaines!

La situation a beau être absurde, incompréhensible, elle sonne l’alerte: pendant que tel investisseur chasse la bonne affaire pour la rendre encore plus rentable après «dégraissage», d’autres se débarrassent de leurs actifs par peur de la récession mondiale. Après les banques punies par leur cupidité, toute l’économie trinque, en commençant par l’Europe.

La faute à qui? Toujours invoquer la Grèce devient lassant car avec une addition de volonté, de vision politique, plus une bonne part d’esprit européen, le problème aurait pu être réglé à temps. Après tout, la Grèce en faillite représente juste 3% du PIB de l’UE. Certes, il y a l’effet domino: il aurait été freiné dans la lancée en ne faisant plus (ou un peu moins...) douter de l’euro. Mais c’est la paralysie totale. Aux fanfaronnades Sarkozy-Merkel du 21 juillet sur le sauvetage de la Grèce – donc aussi de l’euro – a suivi la plus opaque expectative. Les ministres des Finances de l’Eurogroupe viennent de décider de ne rien décider en faisant durer le «plaisir» jusqu’à la mi-novembre. Or, il ne s’agit même pas du deuxième plan d’aide à la Grèce, celui de 160 milliards dans le cadre du Fonds de solidarité (FESF) élargi, mais du versement de 8 (peut-être 10) milliards déjà prévus en mai 2010. Six semaines de plus pour faire pression sur Athènes, pour voir si le pays, de grève générale en grève générale, va tenir ses engagements et enfin amorcer quelques réformes... Mission impossible !

Cet attentisme pesant accélère la crise en nourrissant toutes les spéculations. Sur le «défaut» de plus en plus probable de la Grèce comme sur l’efficacité du FESF. En tenant également compte des autres engagements (Irlande, Portugal, dettes souveraines à racheter...) et des éventuels appels au secours à venir, les 440 milliards de garantie ne suffiront pas. Un «effet de levier» poussant le Fonds (part européenne) à 1 000 milliards est en discussion. L’Allemagne, déjà partie prenante pour 211 milliards, s’inquiète. Curieusement, l’éventualité ne fait que peu débat en France, pourtant engagée à hauteur de 159 milliards... Se pose aussi la question de la recapitalisation des banques sur intervention publique avec pour nouveau détonateur l’affaire Dexia. Enfin, qu’en est-il du gouvernement économique de la zone euro? L’initiative franco-allemande se limite pour l’instant à une querelle de lutrin avec la Commission.

Tant d’immobilisme politique ne pousse pas à l’optimisme. Mais il est vrai qu’on peut toujours prêter l’oreille aux bonnes paroles, si abondantes en période électorale...

lundi 3 octobre 2011

Le vrai-faux exemple allemand

C’est vrai, comparée à la France, l’Allemagne collectionne les bons points de la classe économique: un excédent commercial record, un déficit budgétaire en dessous du seuil de Maastricht, 169 000 chômeurs en moins en août... pour ne citer que quelques exemples. Vus de Paris, et notamment de l’Élysée, ces résultats sont le fruit d’une politique de réformes menée depuis une décennie: l’«agenda 2010» lancé par l’ancien chancelier Schröder et concrétisé par Angela Merkel. Avec, il faut le souligner, des travers qui aujourd’hui font douter de cette «économie sociale de marché rhénane», longtemps le point fort de l’Allemagne: pratiquement pas de salaire minimum, beaucoup de travail précaire payé au lance-pierres (voir ci-dessous) et un système de santé qui s’étiole encore plus vite que dans l’Hexagone.

Mais en ces temps de crise et de turbulences financières, le tandem France-Allemagne ne peut que rester rivé à la locomotive allemande. Avec un besoin urgent de réformes car, à côté du «bon» exemple allemand en existe un autre vraiment catastrophique: celui de la Grèce incapable de se moderniser.

Encore faut-il expliquer ces indispensables réformes, et non en assénant des demi-vérités dans l’espoir de faire passer une potion amère. Ainsi, justifier le nouvel âge du départ à la retraite (62 ans) en citant 67 ans pour l’Allemagne est faux. Sans entrer dans la complexité de l’assurance-vieillesse allemande avec ses diverses «complémentaires», l’âge légal du régime de base (équivalent de la CNAV) reste encore établi à 65 ans. À partir de 2012, cet âge augmentera d’un mois par année de naissance pour les générations 1947 à 1958, puis de deux mois pour les générations 1958 à 1964. Le seuil des 67 ans ne sera atteint qu’à partir de 2031 et, en principe, toujours pour 35 années de cotisations (bientôt 42 en France). En réalité, en raison de faibles décotes, l’âge moyen du départ en retraite se situe à 63 ans.

Reste une autre grande et indispensable réforme pudiquement passée sous silence, surtout en période électorale où il ne faut pas s’aliéner les élus locaux: celle de l’État. Bien que l’Allemagne soit une fédération avec de multiples ministères dans les Länder, ses dépenses publiques restent inférieures à celles de la France. Chez nous, elles accaparent près de 60% du PIB depuis le «centre» parisien jusqu’aux 36 000 mairies en passant par les régions, les départements, les communautés de communes, tout un « millefeuille » avec son décorum hérité de l’Ancien Régime.

Or, réformer signifie aussi et d’abord dépenser moins, pas seulement en supprimant des postes de fonctionnaires vite remplacés par des agents territoriaux. Et réduire les charges. Déjà, les prélèvements obligatoires (taxes, impôts, cotisations sociales...) dépassent les 49% en France contre 42,5% chez nos voisins. Une différence de plus de six points qui, ajoutée au traditionnel dynamisme des entreprises d’outre-Rhin, explique beaucoup...

vendredi 30 septembre 2011

Répit à l’allemande

Sans enthousiasme et sous des défections dans la majorité mais avec le concours massif de l’opposition europhile (sociaux-démocrates et Verts), le Bundestag a approuvé la quote-part de l’Allemagne pour la création de l’indispensable Fonds européen de stabilité financière, donc aussi pour le deuxième plan d’aide à la Grèce. Un soulagement, sans aucun doute, en attendant encore les ratifications de cinq autres pays de l’Eurogroupe avec des difficultés prévisibles en Slovaquie. Un répit, surtout, car une «rallonge» de ce FESF ne passera plus, ont averti la CSU bavaroise et le minuscule FDP, deux partis indispensables à la coalition de la chancelière Merkel.

Or, ce n’est un secret pour personne, même porté à 440 milliards, l’actuel FESF ne suffira pas si un État comme l’Espagne devait à son tour appeler au secours. Sans même parler de l’Italie ! Encore faudrait-il déjà déduire de ces 440 milliards les plans d’assistance consentis à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal, soit 200 milliards, voire rembourser à la BCE de Francfort l’achat de quelque 150 milliards de dettes publiques douteuses ! Même pas encore ratifié par tous, le FESF est déjà en voie de tarissement. D’autres outils s’imposent. Par exemple ces euro-obligations honnies ou encore la possibilité pour le FESF de contracter des prêts auprès de la BCE. Un tabou pour nos voisins, car il changerait tout le catéchisme de l’euro. Et ce n’est pas tout : selon la récente décision de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, toute modification, même infime, de cette politique financière doit avoir l’aval du Bundestag. Une lourdeur impossible à gérer à une époque où les marchés réagissent à la nanoseconde. Sans oublier un autre psychodrame en vue lorsqu’il faudra ratifier l’année prochaine le «Mécanisme de stabilité européen» censé remplacer le FESF en 2013…

Bien que les critiques de Barack Obama fassent penser à l’Hôpital qui se moque de la Charité, le président américain a raison de dénoncer l’inertie de l’Europe. Que de milliards sauvés si la crise grecque avait été prise à cœur dès l’automne 2009, si la zone euro avait été, dès la création de la monnaie unique, dotée de véritables moyens d’intervention ! Certes, l’idée fait enfin son chemin avec pour premières étapes le FESF, les interventions de la BCE sur les marchés financiers et le « Six-Pack » adopté mercredi par le Parlement de Strasbourg. Toutefois, avec plus d’une «guerre» de retard…

Seul un gouvernement économique peut sauver la monnaie européenne. Mais lequel ? Celui très vague évoqué par le président Sarkozy et la chancelière Merkel ? Ou celui que voudrait en son nom imposer la Commission de Bruxelles, enfin sortie de sa torpeur bureaucratique ? Incarnation des Vingt-Sept, donc également des États très réservés envers l’euro (le Royaume-Uni, le Danemark, la Suède…), on voit mal la Commission régenter seule la politique de la monnaie unique. Aux dix-sept de l’Eurogroupe, premier cercle de l’UE, de prendre les affaires en main. Mais vite, très vite…

jeudi 15 septembre 2011

 Des mesures, pas de mesurettes

Des accents dramatiques au Parlement de Strasbourg, une téléconférence Sarkozy-Merkel-Papandréou, des pays émergents et la Chine proposant leur aide, les États-Unis qui s’affolent jusqu’à dépêcher leur secrétaire d’État au Trésor à la prochaine réunion des ministres des Finances de l’UE... Mais où en est arrivée l’Europe, et particulièrement la zone euro? Au point de devoir accepter les mains secourables du Brésil et de l’Inde, des pays auxquels les Européens n’ont cessé de donner des leçons de développement ?
Hormis le provisoire effet placebo d’une méthode Coué appliquée par téléconférence, rien ne semble convaincre, faute d’un vrai leadership politique. Même les annonces drastiques comme le plan de rigueur de 54 milliards adopté par Rome font flop sur les marchés : les taux  des émissions italiennes n’ont pas baissé. Peut-être par manque de confiance, en subodorant un de ces coups de bluff dont Berlusconi est coutumier. Peut-être parce que l’austérité à l’italienne risque d’entraîner la troisième économie de la zone euro dans la récession, avec contamination assurée.
Tout ce marasme à cause de la Grèce ? Allons, Athènes touchera les huit milliards promis depuis le plan de 2010 pour encore assurer une fin de mois. Et les aides annoncées le 21 juillet dernier seront également versées. Non pas pour sauver la Grèce de la faillite mais pour secourir le secteur bancaire européen. C’est la vraie raison de tant de « sollicitude » car un « défaut » de la Grèce ferait tache d’huile : toutes les grandes banques européennes, et pas seulement la Société Générale et le Crédit Agricole, regorgent de dettes souveraines italiennes, espagnoles ou portugaises.
Bien que ces perfusions en milliards calment les symptômes (pour combien de temps?), elles ne guérissent pas le mal  dont souffre la zone euro. Une thérapie de choc est nécessaire. Mais qui l’appliquera, qui mettra de l’ « ordre dans la maison », selon le conseil donné (avec raison) par la Chine ? Seules la France (en campagne électorale) et l’Allemagne (en proie à des problèmes politiques internes) prennent ostensiblement la question à cœur, les quinze autres de l’euro se taisant prudemment. Et jusqu’à hier devant les eurodéputés, la Commission de Bruxelles ne faisait guère plus que tirer la sonnette d’alarme. Désormais, pour son président Barroso, les euro-obligations ne sont plus un tabou, à la grande satisfaction des bourses, et il verrait bien son collège de commissaires se pencher à son tour au chevet du malade. Avec une arrière-pensée : que le « gouvernement économique de la zone euro » proposé par Paris et Berlin ne se limite pas aux 17 de la monnaie unique, qu’il ne relègue pas la Commission au second plan...
Mais l’heure est à l’urgence, jusque, si cela est nécessaire, dans la refonte des traités régissant la monnaie unique et la BCE. Malheureusement, «urgence» et «Europe» semblent à jamais antinomiques. Or, la crise exige cette réponse rapide et pérenne. À défaut, les marchés s’en chargeront à leur manière. En continuant leur frénésie cyclothymique à l’écoute de la moindre rumeur. En mettant l’euro et l’Europe en péril.

mardi 13 septembre 2011

Danger imminent

Le tabou est brisé. Ce qui il n’y a pas si longtemps encore passait pour une folle spéculation est désormais envisagé : un « défaut » de la Grèce, la faillite du pays et, éventuellement, son retrait de la zone euro sous une nouvelle drachme dévaluée de 40 % ou 50 %…

Le ministre allemand de l’Economie Philip Rössler du lilliputien parti FDP de la coalition gouvernementale n’a pas hésité à dire haut et fort ce que nombre d’économistes pensent tout bas. Une belle gaffe, sans doute, prouvant une fois de plus l’incapacité, voire l’irresponsabilité, des politiques face à la crise, chacune de leur prise de position jetant un peu plus d’huile sur le feu.

Mais sur le fond, c’est l’évidence. Athènes est à bout de souffle et dispose encore de liquidités jusqu’en octobre. Une anecdote qui en d’autres temps ferait sourire témoigne du marasme ambiant : décidée à la hâte dimanche par le gouvernement Papandreou, une taxe d’habitation va être collectée via les factures d’électricité… les pléthoriques services du fisc n’étant pas en mesure de rentrer les impôts ! Il y a plus grave. Les taux d’intérêts atteignent les deux chiffres, et les CDS – ces assurances sur prêts – s’envolent. Ainsi hier, pour une tranche de 10 millions d’euros empruntés par la Grèce sur cinq ans, les CDS se chiffraient à 4 millions.

Les marchés estiment que la Grèce représente désormais un risque absolu. Un risque d’autant plus grand que les tergiversations allemandes et les grands silences ailleurs laissent entendre que la zone euro n’est plus un filet de sécurité.

On connaît les conséquences. Plusieurs grandes banques françaises déjà menacées de dégradation par les agences de notation se sont enfoncées hier. Non pas parce qu’elles seraient trop engagées dans la dette grecque mais par crainte d’un effet domino entraînant le Portugal, l’Espagne et l’Italie, là où les banques et les assurances-vie françaises sont en première ligne !

Car c’est toute la zone euro qui vacille, faute d’une volonté politique impossible à manifester dans l’unanimité du consensus mou qui régit l’Eurogroupe. Avec son blabla sur l’indépendance de la Banque centrale de Francfort et sous les cris d’orfraie que fait pousser la seule évocation des « euro-obligations ». Pourtant, ces « euro-bonds », qui en quelque sorte, « communautariseraient » le service des dettes souveraines, viendront en dernier recours. Malheureusement, peut-être trop tard.

Dans l’immédiat, il n’y a pas grand-chose à attendre de Berlin, du moins pas jusqu’à la fin du mois : la chancelière Merkel ne sait pas sur quelle majorité parlementaire compter au Bundestag lors du vote sur le Fonds européen de solidarité, plusieurs élus de son camp se prononçant contre. Quant à la France, elle touille ses soupes électorales en ne voulant pas savoir que son triple « A » ne tient qu’à l’équilibrisme.

Tous les feux clignotent au rouge. Un « défaut » de la Grèce et ses multiples conséquences, de surcroît suivies par un « Lehman-Brothers » européen, seraient désastreux pour la monnaie unique. Et pour toute l’Europe.