TOUT EST DIT

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mardi 22 avril 2014

Si François Hollande a le sens de l’Histoire…

Si François Hollande a le sens de l’Histoire…


En disant: «Si le chômage ne baisse pas d'ici à 2017, je n'ai, ou aucune raison d'être candidat, ou aucune chance d'être réélu»,François Hollande a adressé un curieux message aux Français. Qui m’inspire deux réflexions.
1)     C’est le genre de petite phrase plus porteuse de message subliminal que d’information réelle. Que nous dit-elle ?
Qu’il pourrait être ou ne pas être candidat, être ou ne pas être réélu. On est bien avancé ! Car enfin, la probabilité que le chômage baisse, compte tenu des cycles de l’économie et des politiques sociales, est tout de même assez forte.
Mais elle nous dit surtout que François Hollande pense à 2017. Et ça, en plein chômage, en pleine politique de rigueur, le seul fait de laisser entendre qu’il se soucie à ce point de son avenir personnel n’est pas d’une suprême habileté.
2)     La seule chose que François Hollande devrait laisser transparaître, c’est le pays, rien que le pays. S’il avait, ce qui n’est pas exclu, le sens de l’Histoire, le Président devrait partir du principe qu’il ne sera pas candidat et qu’il peut donc tout se permettre pour remettre le pays sur pied. Ainsi, il ne serait pas réélu en 2017, mais on garderait de lui le souvenir de l’homme qui a eu le courage de réformer pour redresser.
Accessoirement, cette politique pourrait avoir pour effet de redessiner le paysage politique. Le plan Valls est en train d’embarrasser les plus modérés de l’UMP et de créer une cassure chez les centristes dont certains se disent : « Ne ratons pas – je cite certains - une occasion de nous montrer politiquement intelligents ».
Si tel est le cas, si des voix de centre-droit venaient soutenir les 50 milliards d’économies, il est probable que certains socialistes et certains écologistes, voyant qu’il n’y aurait pas de risques de dissolution, se sentiraient autorisés à ne pas le voter. Cassure aussi dans la majorité.
S’il joue l’avenir du pays plutôt que le sien, s’il se sacrifie au nom du bien commun, alors François Hollande peut encore frapper un grand coup. C’est cela qu’il aurait dû dire aux ouvriers de Clermont-Ferrand.

samedi 16 novembre 2013

Les trois options d’Hollande

Les trois options d’Hollande

Gouverner consiste à trouver l’équilibre entre le souhaitable et le possible. Aujourd’hui, ce que le pouvoir souhaite est rejeté. On n’impose pas une politique désapprouvée par huit Français sur dix sans prendre le risque, évidemment imprévisible, d’une révolte. 
François Hollande se retrouve dans une situation qui tient à la fois à l’état du pays dont il a hérité, à une politique inadaptée à l’ampleur du problème et à une Europe du chacun pour soi. Une situation triplement inédite : il est désavoué, et très rapidement, y compris par le cœur de son électorat ; il est combattu par ceux qui soutenaient les réformes - l’écotaxe, les rythmes scolaires, la TVA, le désendettement… - qu’il croyait consensuelles ; il est piégé par la hausse simultanée des impôts, de la dette et du chômage.

Pour rebondir, il existe trois solutions que Matignon et l’Élysée retournent dans tous les sens.
Primo, faire le gros dos, compter sur une croissance aléatoire (- 0,1 % ce trimestre) qui produit toujours autant de richesse pour la finance et toujours peu de bénéfices pour l’investissement, l’emploi et les salaires.
Attendre l’inversion d’une courbe, comme les vagabonds de Beckett attendaient Godot, c’est donc s’exposer à l’impatience sociale et à la défaite électorale.
Secundo, remanier le gouvernement. Au bout de dix-huit mois et sous la pression des événements, on peut rêver meilleures conditions ! S’il s’agit de renvoyer quelques têtes sans modifier le cap, l’effet sera de courte durée. Changer de Premier ministre - à condition d’en trouver un qui soit capable de fédérer une majorité au Parlement - ne résoudra pas la question de l’attentisme élyséen.
Dans le temps court du quinquennat, le remaniement est un fusil à un coup qu’il faut employer le plus tard possible, tant le rythme politique et médiatique use les hommes. Or, chacun pressent que remanier maintenant ne dispenserait pas de recommencer après des européennes forcément désastreuses.
Tertio, dissoudre l’Assemblée. François Mitterrand avait d'ailleurs utilisé la cohabitation pour sa réélection (1). Cette solution, qui consiste à redonner la parole au peuple et à cohabiter avec un Premier ministre de droite, ne s’impose que s’il faut trouver un moyen radical de calmer l’exaspération.
Faire bloc ne résistera pas au tumulte contestataire. De gré ou de force, François Hollande, pour la paix du pays et pour la sienne, doit adapter sa politique. Pour une raison simple.
À partir du 1er janvier, comme si la coupe ne débordait pas, les Français devraient payer quelques milliards de plus. Mais certaines décisions contestées auront du mal à s’appliquer. L’écotaxe est enterrée pour longtemps. Le gouvernement cède sur la fiscalité de l’épargne, sur le foncier non bâti. Les contribuables, surtout les classes moyennes, défiscalisent au maximum, pour contourner un impôt qui décourage. Au total, il va manquer des milliards.
La France et l’Europe ont besoin d’un grand choc. Il existe de l’épargne, publique et privée, pour financer l’industrie, le bâtiment, la transition énergétique. Une réforme radicale de l’État permettrait d’optimiser la dépense publique. Une remise à plat de la fiscalité - LA grande promesse de François Hollande - servirait l’emploi.
Pour cela, il faut que la gauche ait le courage de regarder la réalité, de se dire les choses au sommet de l’État et de décider.


(1) Phrase réécrite. La première version laissait croire, en effet, que François Mitterrand avait décidé de dissoudre pour se faire réélire, ce qui est historiquement faux. Pardon pour cette inexactitude qui ne change du reste rien à l'analyse. MU. 

jeudi 17 octobre 2013

Le pompier et le maçon

Le pompier et le maçon


Pour soigner les douleurs sociales d'une crise, il faut agir dans l'urgence. Pour éviter les rechutes ou anticiper d'autres catastrophes, il faut un traitement de long terme, régional, national et souvent européen.
S'agissant des difficultés industrielles de l'Ouest, spécialement de l'agroalimentaire breton, Jean-Marc Ayrault prend les choses dans le bon ordre. Mais pour l'instant de manière partielle - 15 petits millions - même si la mobilisation de quatorze ministres atteste que le tocsin a été entendu.
Sur l'urgence, on est plutôt enclin à lui faire confiance. Les dispositifs existent et les amortisseurs sociaux vont fonctionner pour garantir les salaires et assurer des formations.
Le contexte politique - élections municipales, européennes et sénatoriales en 2014, régionales en 2015 - oblige le Premier ministre à respecter ses engagements. Faute de quoi les ministres et les élus socialistes et écologistes seraient rudement rappelés à l'ordre par les électeurs.
Mais il ne faut pas se faire d'illusions. L'État ne peut pas tout. Il n'est pas propriétaire de l'agroalimentaire breton. Il n'est pas en situation d'empêcher les licenciements. Il n'a pas les moyens financiers ni même politiques - il suffit d'observer les tensions au sein de la gauche - de soutenir les entreprises.
Il n'est même pas certain qu'il puisse concilier, en pleine crise, les impératifs environnementaux - l'écotaxe Borloo, déjà adoucie par Jean-Marc Ayrault - et les nécessités économiques.
Le problème breton est d'autant plus lourd et compliqué que les pouvoirs successifs n'ont pas anticipé, comme on peut le redouter demain pour l'automobile, une crise pourtant annoncée depuis longtemps. La réorientation des règles européennes, la capacité des Allemands ou des Danois à industrialiser les productions agricoles et la concurrence par les coûts ne sont pas une découverte récente.
L'État ne peut pas tout, mais il peut changer certaines règles.
Régionales : à côté de la Banque publique d'investissement, ce serait intéressant d'expérimenter un recours à un système d'épargne fléchée et garantie à travers lequel on pourrait financer directement les entreprises. La sous-capitalisation est un mal français, dans les start-up qui doivent investir des années avant d'en cueillir les fruits, et dans les entreprises de main-d'oeuvre qui ont un besoin vital d'innover pour monter en gamme. À charge pour les Régions de construire les filières et les équipements pour affronter l'international.
Nationales : les rigidités réglementaires, et les tergiversations fiscales dans la majorité, montrent que l'on n'a pas trouvé de réponse satisfaisante pour les entreprises. Alors, dans l'urgence, on bricole des « pactes ». Pour la Lorraine. Pour la Bretagne. Et si on faisait un pacte pour chaque région, pour la France ?
Européennes : il faudra bien, un jour ou l'autre, faire converger les politiques fiscales et sociales. Les électeurs ne peuvent pas comprendre que le dumping vienne de nos propres partenaires autant que des Chinois.
En Bretagne comme dans bien des régions, dans l'agroalimentaire comme dans la plupart des secteurs, le gouvernement est confronté au télescopage entre le temps court des urgences sociales, qui coûtent immédiatement, et le temps long des espérances économiques, qui peuvent rapporter demain.
Il est condamné à être le pompier et le maçon, au risque de faire imparfaitement les deux.

lundi 14 octobre 2013

Pour que revive l'Ouest

Pour que revive l'Ouest



Monsieur le président de la République, vous connaissez l'Ouest. Vous aimez la Bretagne. De Lorient à Quimper, vous avez mûri votre socialisme au contact d'humanistes de gauche, les « transcourants ». Vous y avez trouvé de bons conseillers (Bernard Poignant), des ministres clés (Bernard Cazeneuve, Jean-Yves Le Drian, Stéphane Le Foll, Guillaume Garot, Marylise Lebranchu), et même - ça tombe bien - un Premier ministre (Jean-Marc Ayrault).
L'Ouest souffre. Se désespère. Doux, PSA, Gad, Alcatel, Zeiss... Il n'est plus de semaine sans un énorme drame social. L'agroalimentaire, la téléphonie et l'automobile, les trois piliers qui l'ont porté, vacillent ensemble.
Coût de l'éloignement des grands marchés ; sous-capitalisation des entreprises pour innover, former et grandir ; décisions arbitrées dans des sièges sociaux lointains ; fiscalité indifférenciée qui pénalise les productions basiques et taxe la sueur des hommes ; addiction anesthésiante aux aides européennes : on connaît les causes de nos malheurs.
Monsieur le président corrézien de la France, une colère territoriale monte. Sociale. Fiscale. Électorale. Boulonnez ferme les portiques de la taxe carbone, ces octrois modernes, inventés par votre prédécesseur, qui rappellent ici l'historique révolte du papier timbré.
Quand tout va mal, l'opinion veut des coupables, ou pire, s'isole dans la résignation. Il n'est plus temps de nous désunir dans la recherche stérile des responsabilités. L'erreur serait d'exploiter politiquement ces colères, chacun à son profit provisoire. De nous épuiser dans des règlements de comptes qui retarderaient les projets et nos chances d'en sortir.
En plus d'être avantagé par la nature, l'Ouest, dans son malheur, dispose de deux atouts : des identités fortes et un sens aigu de la solidarité. Des mots ? Des poncifs ? Sauf que ces valeurs ont fait bondir la Bretagne, la Basse-Normandie et les Pays de la Loire, en cinquante ans, du Moyen-Âge au XXIè siècle.
Contraints à la rigueur, les politiques n'ont plus les moyens de financer ce que n'ont pas financé ceux, à l'exception de quelques Bolloré intuitifs, prospères et persévérants, dont c'est le métier. Mais ils ont le devoir et le pouvoir de fédérer les envies de s'en sortir ensemble.
Avec ces deux atouts, l'Ouest est l'endroit où l'investissement de proximité, dans la filière et l'entreprise d'à côté, a le plus de chances de réussir, pour peu que la collectivité couvre les risques et garantisse une rémunération minimale. L'endroit où l'on serait prêt à transférer de l'épargne financière, thésaurisée pour une retraite incertaine, par des circuits directs vers les technologies porteuses de dividendes humains autant que financiers.
À côté des nobles intentions de la Banque populaire d'investissement, des milliards d'euros continuent d'alimenter des produits d'épargne hors sol et hors réalité. Ce n'est pas à vous, monsieur le Président, qu'on l'apprendra.
Alors, d'une crise faisons une opportunité. Plutôt que de demander à Bercy d'inventer de nouvelles taxes pour financer de nouvelles aides, décuplez les ridicules prérogatives politiques et fiscales des Régions et des Métropoles. Vous qui avez conquis le pouvoir central à partir des provinces, libérez nos pâles collectivités pour en faire des länders à la française, capables de penser le futur.

mercredi 9 octobre 2013

Sarkozy: mais laissez-le décider!

Sarkozy: mais laissez-le décider!

Tous les 15 jours, le monde médiatique - l'Internet et les télés en continu surtout - s'emballe sur le thème du retour de Sarkozy. Un peu de calme!

Nicolas Sarkozy est donc innocenté dans l'affaire Bettencourt. Il y avait des indices douteux, mais pas de charges. On peut déplorer la lenteur, parler d'acharnement: la justice a fait son travail. Et conclu comme il se devait. Tant mieux pour lui, tant mieux pour la démocratie.
Nicolas Sarkozy va-t-il revenir en politique? Question prématurée. Bien sûr, cette décision des juges de Bordeaux le soulage et l'arrange. Mais elle ne règle pas tout.
D'abord, parce que l'ex-Président n'en a pas fini avec la justice. Il est concerné, directement ou indirectement, par les enquêtes visant Bernard Tapie (les 403 millions octroyés comme solde de l'affaire CDR-Adidas), Karachi (le financement de la campagne d'Edouard Balladur dont il était le porte-parole), la Libye (financement de sa propre campagne), les sondages de l'Elysée (confiés à la société de son conseiller Patrick Buisson).
Ces enquêtes ne donneront peut-être rien. Mais tant qu'elles ne sont pas conclues, elles pèseront sur le calendrier politique de Nicolas Sarkozy.
Ensuite, parce que autant Nicolas Sarkozy est réclamé par les militants de l'UMP, autant il n'est pas plébiscité par l'ensemble de l'opinion. Il ne va certainement pas se lancer trois ans et demi avant. Tant que les sondages son encourageants, attiser le feu du désir par des apparitions furtives est préférable pour lui à une entrée prématurée en campagne.
Enfin, parce qu'il faudra voir quel sera, en 2014 ou 2015, l'état du pays et du paysage politique. Voir aussi si l'UMP confirme - ce que François Fillon s'emploie à faire - qu'il y aura une primaire de l'UMP ou de la droite. Et se souvenir que jamais un président battu n'est revenu dans la compétition.

mardi 8 octobre 2013

L'avertissement de Brignoles

L'avertissement de Brignoles

Depuis que François Hollande est président, la droite remporte toutes les élections partielles. Plus exactement, la gauche les perd toutes. La cantonale de Brignoles (Var), avec un FN en tête et une majorité éliminée au premier tour, sonne comme un cinglant avertissement, à six mois des municipales. Mais pas seulement pour les socialistes.
Ceux qui jouent les experts effarouchés auraient pu l'anticiper : toutes les partielles, surtout les cantonales, sont marquées par une forte abstention. Toutes sanctionnent la majorité en place, à plus forte raison lorsqu'elle domine le paysage et mène une politique désavouée dans les sondages.
Première nouveauté : l'effondrement de la majorité ne profite pas à la droite classique, en particulier à l'UMP, qui perd des voix. Le rejet d'une politique ne provoque pas de désir automatique d'alternance. Les électeurs ne feraient plus confiance aux partis traditionnels.
Pour cela, la droite a besoin d'apaisement - ce n'est pas gagné avec l'offensive Fillon et le suspense Sarkozy - et d'un projet crédible. Il ne suffira plus de dénoncer l'instrumentalisation du FN pour diviser la droite, argument dépassé : on sait que le discours social de Marine Le Pen séduit une partie de l'électorat populaire jadis acquis à la gauche.
Seconde particularité : le scrutin de Brignoles illustre autant une démobilisation générale qu'une mobilisation des extrêmes. Ainsi, le Front national, même porté par l'actualité et une image plus moderne, ne totalise « que » 13 % du corps électoral. Il progresse en pourcentage - au point de pouvoir gagner, dimanche - du seul fait que son électorat est le seul mobilisé. Avis aux abstentionnistes : à 20 ou 25 %, il ferait évidemment un malheur.
Bonnes et mauvaises réponses
Les réponses des perdants à cette défiance inédite ont quelque chose de pathétique.
Faire l'alliance des gauches dès le premier tour, réclame le PS ? Unie ou désunie, la majorité, à cet instant du quinquennat, a perdu la moitié de son électorat. Pour cause de chômage et de fiscalité.
Construire une digue anti-FN au second tour ? Entendre un candidat communiste appeler à voter UMP risque surtout de valider la thèse selon laquelle gauche et droite, c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Le front républicain peut être une réponse exceptionnelle - Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen, en 2002 - mais pas une règle générale, si l'on veut éviter la confusion.
Une politique plus à gauche, mais avec quels moyens ? Ce scrutin va raviver les tensions, dans la majorité, entre défenseurs et pourfendeurs de la rigueur. Le débat budgétaire, la semaine prochaine, risque d'être tendu.
Multiplier les sorties, dans les deux sens du terme, de Manuel Valls ? C'est encore mettre le FN au centre du débat et admettre en creux que le ministre, pourtant le plus populaire, n'a pas éradiqué les raisons de la colère.
Face à ce piège, trois réponses. La première : donner de la cohérence à une politique d'autant plus difficile à défendre sur le terrain qu'elle semble improvisée. La seconde : expliquer les effets désastreux, sur le pouvoir d'achat, le niveau de vie et l'emploi, d'une sortie de l'euro et de l'Europe, telle que la prône le FN. La troisième : évidemment, réussir le redressement. Mais ça, c'est une autre histoire qui a peu de chances de s'écrire avant les municipales.

vendredi 4 octobre 2013

S'il suffisait d'un recadrage...

S'il suffisait d'un recadrage...

François Hollande a failli réussir sa rentrée. À six mois des municipales, l'exécutif éprouve les plus grandes difficultés à s'affirmer. Le malaise dépasse largement l'affaire des Roms. Pour se remettre dans le sens du vent, le recadrage d'hier, en Conseil des ministres, aussi sévère soit-il, ne suffira pas.
Les indicateurs économiques s'ébrouent un peu ? Un bug improbable dans les inscriptions à Pôle emploi vient semer le trouble sur les chiffres du chômage, pour une fois à la baisse.
Jean-Marc Ayrault annonce un coup de frein de 15 milliards sur la dépense publique ? Pierre Moscovici admet lui-même l'existence d'un ras-le-bol fiscal et libère une exaspération qui met en doute la promesse présidentielle d'une pause fiscale.
Vincent Peillon espérait faire des rythmes scolaires un marqueur de la politique de gauche revenue au pouvoir ? L'UMP s'empare des cafouillages dénoncés par les maires, les parents et les syndicats d'enseignants, faute de moyens humains et financiers suffisants.
Répondant au sentiment d'insécurité, Manuel Valls tient un discours ferme, très ferme, sur les Roms ? Cécile Duflot en fait un psychodrame gouvernemental qui détourne les regards de la crise des écologistes et occulte le message de courage que François Hollande voulait délivrer, le même jour, à Florange.
Ces couacs exaspèrent d'autant plus François Hollande que les sondages sont fort minables pour la majorité, formidables pour le Front national. Or, ces thèmes qui font la vie quotidienne des Français - insécurité, impôts, vie scolaire... - sont précisément ceux qui profitent le plus à Marine Le Pen et dont Jean-François Copé espère faire son miel de campagne.
Corde raide
Le problème n'est pas tant le supposé manque d'autorité du président de la République que les conditions de gouvernance.
On dépend toujours de ceux dont on a besoin : Manuel Valls et sa popularité pour retirer des arguments à la droite ; Cécile Duflot pour préserver la tumultueuse coalition rose-vert. François Hollande ne pouvait donc sanctionner ni l'un ni l'autre. Tout juste en appeler à la solidarité gouvernementale, et exiger du Premier ministre qu'il tienne ses troupes.
Un dernier recadrage avant le prochain ? Quand le navire prend l'eau, la tentation du chacun pour soi devient un réflexe. Chacun joue sa partition : sécuritaire, écologique, fiscale. Cette perte de cohésion signifie tout simplement que la corde entre le souhaitable et le possible, entre ce que l'exécutif pense bon pour le pays et ce que chacun juge supportable pour lui-même, menace de se rompre.
Le gouvernement exige un effort sans précédent pour, dans le temps contraint du quinquennat, éponger les dettes et investir dans l'avenir. Mais un effort tel que les Français, qui n'en peuvent plus de voir monter les prélèvements et baisser le pouvoir d'achat, se désolidarisent de cette politique. L'impôt bien dosé, c'est le ciment de la solidarité nationale ; l'overdose d'impôt, une chape qui écrase le contribuable, le consommateur, l'investisseur.
Au final, le gouvernement s'affaiblit parce que l'exigence de solidarité fait basculer le citoyen du chacun pour tous au chacun pour soi. Situation propice, au sein de la gauche, à tous les démarquages ; et favorable à la droite qui additionne les mécontentements individuels. Même si l'exploitation des colères ne fait pas une politique de rechange, elle peut faire trébucher une majorité.

mercredi 18 septembre 2013

L'UMP dans le piège du FN


Quelle mouche a donc piqué François Fillon pour aller jusqu’à placer le PS et le FN sur le même plan du sectarisme ? Qu’est-ce qui peut le pousser à apporter, le cas échéant, ses voix à Marine Le Pen, lui qui était peu suspect de manigancer des alliances diaboliques ? 
Première explication : pour concourir en 2017, François Fillon doit gagner la primaire. Il mesure la porosité croissante entre les électorats de droite et d’extrême droite. Pour avoir manqué la présidence de l’UMP, l’ex-Premier ministre sait qu’il doit d’abord séduire les militants et sympathisants. Les sondages l’y encouragent : les troisquarts souhaitent normaliser la relation avec le FN. 
Concurrencée par un centre qui se requinque et un FN qui engrange, l’UMP n’a en outre ni bilan ni projet assez convaincant pour reconquérir seule le pouvoir. Pire, menacée d’implosion, elle court le risque de devenir un partenaire minoritaire. 
Autrement dit, de la même manière qu’un socialiste gauchit son discours au premier tour, avant de l’élargir au second, l’ancien Premier ministre dramatise le sien pour franchir les éliminatoires, avec sans doute l’idée de se recentrer ensuite pour rassembler. 
Seconde explication : François Fillon a coutume de rappeler qu’en 1940 le général de Gaulle ne demandait ni leur CV ni leur couleur politique à ceux qui voulaient s’engager pour la France. Manière de dire qu’il s’adresse aux électeurs, non aux appareils. 
Qu’il s’agisse des déçus de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy, des populistes de tout poil ou des résignés de la politique, il veut canaliser les colères et relever les défaitismes, en dépassant les clivages classiques. 
Noble intention. Mais la fin, même validée par sa base, justifiet- elle les moyens ? 
Première erreur, on ne répond pas à une question idéologique par un trait de caractère. Des personnes sectaires, il en existe partout, même à… l’UMP ! Ca n’a aucun sens politique de préférer un gentil à un intolérant. Un extrémiste souriant serait plus fréquentable qu’un réformiste au sale caractère ? Le parti sarkozyste s’enferre dans un débat déraisonnable. 
Deuxième erreur, cette approche installe le FN au centre du jeu. Marine Le Pen n’en attendait pas tant. François Fillon a beau dire – ce qui est exact – que son projet serait une catastrophe économique pour les Français, cette respectabilité inespérée brise une digue qui menace l’UMP et au-delà. 
Car, troisième erreur, François Fillon prend le risque d’un éclatement de la droite. On n’imagine pas des Européens aussi convaincus que François Bayrou et Jean-Louis Borloo cautionner des valeurs et un projet aux antipodes. On ne conçoit pas que les modérés de l’UMP, les ex- UDF surtout, avalisent pareille dérive. Il a bonne mine, Jean-François Copé, de reprocher à François Hollande de s’allier avec l’extrême gauche ! 
Pour autant, la droite, voire la gauche à cause de la fuite des déçus du hollandisme, n’échapperont pas au problème posé par François Fillon. Auxmunicipales, le FN va imposer la question des alliances là où il empêchera l’un ou l’autre d’obtenir une majorité suffisante. Aux européennes, élection défouloir par excellence, le résultat risque d’être un choc. 
Faudra-t-il perdre son âme pour ne pas perdre tout court ? Certains disent que la réponse devrait être dans la question.

mardi 9 juillet 2013

Sarkozy, la possibilité d’un retour

C’est devenu le grand jeu dans les conversations de ceux qui en rêvent comme de ceux qui le redoutent : va-t-il revenir ? Réponse : en dépit d’un discours très politique, il est prématuré de spéculer sur une candidature de Nicolas Sarkozy.

Premièrement, l’amertume n’est pas un tremplin. Nicolas Sarkozy a d’abord voulu mettre en scène une mobilisation pour effacer les effets financiers d’une sanction dont il porte la responsabilité. Quand on est le parti de l’ordre et que l’on a présidé la France, on assume et on ne se refait pas une santé sur le dos des institutions.
Alain Juppé le suggère à travers son respect de la chose jugée: ce serait un bien mauvais message que d’affaiblir la plus noble des juridictions. On a le droit de considérer que la loi, qui a aussi servi à invalider des députés de gauche, parfois pour des broutilles, est trop sévère. Mais il ne faut pas reprocher aux Sages, issus majoritairement de pouvoirs de droite (!), de l’appliquer.
Deuxièmement, si les sondages font de Nicolas Sarkozy le candidat plébiscité des militants UMP, ils signalent aussi qu'une majorité de Français souhaitent qu’il ne revienne pas. Ceux qui ont voté contre lui - plus que pour François Hollande - ne semblent pas tous prêts à se renier.
Les élections partielles l’ont montré : les malheurs de François Hollande, en nombre de voix, font davantage le bonheur des extrêmes et de l’abstention que de l’UMP.
Troisièmement, pour répondre aux préoccupations - chômage, impôts, sécurité - il faut un homme, un projet et une stratégie. L’homme sera choisi lors de la primaire de 2016, en ont décidé les militants. Le projet reste d’autant plus flou que le bilan du quinquennat n’a pas été dressé. La stratégie est source de désaccords majeurs, s’agissant notamment de la conduite à tenir vis-à-vis du Front national.
Enfin, cette affaire des 11 millions, qui s’ajoute à un passif de 44 millions, perturbe le calendrier de l’opposition. Mais alors que les Français souffrent, que le parti n’a pas le premier euro, et que les enquêtes judiciaires se multiplient, il y aurait quelque irresponsabilité à lancer la campagne quatre ans avant l’échéance.
Personne ne sait ce que sera la situation au moment de choisir les candidats. Ni ce que sera la situation financière et politique à l’UMP. L’idée d’un retour de l’ex-président ne fait pas que des heureux parmi les prétendants potentiels ou déclarés - Fillon, Copé, Bertrand, Le Maire, Juppé, NKM… - à la fonction suprême.
Les conditions d’un retour ne sont donc pas réunies et ce calendrier ne correspond pas aux plans des conseillers de Nicolas Sarkozy. Pour autant, l’invalidation des comptes de campagne lui fournit une occasion, imprévue mais intéressante, de tester la situation.
En se posant en patron d’un parti qu’il ne préside pas, il crée une occasion à la fois de s’ouvrir et de se serrer les coudes. Les meilleurs ennemis du monde UMP sont contraints d’afficher leur solidarité. Le « sarkothon », inventé par Jean-François Copé, médiatisé à l’extrême et facilité par un Parti socialiste aux abonnés absents, offre l’occasion aux militants de vibrer après tant de mois de déchirements.
Enfin, elle permet à l’ex-président d’occuper les exégètes et d’inoculer du désir, dont il évaluera plus tard l’ampleur. Même s’il bout d’envie d’en découdre, l’épisode d’hier est juste annonciateur de la possibilité d’un retour.

vendredi 7 juin 2013

Prudence et tolérance

Prudence et tolérance


On ne sait pas si Clément Méric est mort en raison de ses idées politiques. On ignore les intentions, au moment des faits, d'agresseurs qui, seule certitude, appartiennent à un mouvement extrémiste de skinheads.
L'affaire de la profanation du cimetière de Carpentras, il y a vingt-trois ans, qui fit descendre, y compris un président de la République, dans la rue, devrait nous inciter à la prudence : évitons les sentences et les extrapolations définitives avant de connaître la véracité des faits ! Surtout lorsqu'elles émanent de ceux-là mêmes qui contribuent à enrichir le terreau sur lequel pousse l'ivraie.
Mais, fortuit ou non, il y a eu un drame. Et ce drame provoque une onde de choc politique dont l'ampleur traduit une inquiétude générale et fondée : il existe, en France, comme ailleurs en Europe, une extrême droite violente qui se sent pousser des ailes.
Ces groupes drainent assez peu de monde : quelques centaines de personnes dans les grandes villes, quelques milliers au plan national. Mais leur capacité à nuire dépasse leur nombre. Et leur résurgence traduit un climat dégradé.
Depuis qu'il présente un visage fréquentable, le Front national a ouvert un espace sur sa droite. Le parti de Marine Le Pen ne contrôle plus ces groupuscules violemment nationalistes et racistes que Jean-Marie Le Pen gardait sous son influence.
Devenus des électrons libres, ces individus évoluent dans des groupuscules nombreux, mouvants, aux appellations changeantes selon les villes et les circonstances. L'idée de les interdire est louable. Sauf qu'aucun décret ne détruit la bêtise humaine et qu'aucun curseur ne permet de délimiter le bon et le mauvais extrémisme.
L'affaire de tous
De l'espace - seconde explication de leur développement - ils en trouvent aussi dans les médias, spécialement sur Internet. L'insulte ad hominem et la haine collective qui circulent sur les réseaux sociaux révèlent l'état d'intolérance à l'oeuvre dans les tréfonds du pays. Elles illustrent aussi une impunité et une libération de la parole qu'aucune loi n'endigue plus. Cette intolérance peut produire les pires effets sur des individus fragiles et potentiellement violents.
Enfin, le climat politique et social donne du grain à moudre à cette sinistre idéologie. La crise nourrit le nationalisme primaire. La dureté du discours politique, où l'insulte le dispute trop souvent à l'allusion douteuse, autorise tout dans le débat. La radicalisation de la vie politique expose les mouvements de masse, comme La manif pour tous, à des dérives incontrôlables et à des provocations violentes.
Même si les auteurs de l'agression sont arrêtés et, demain, jugés, il ne faudrait pas, à présent, qu'à la haine réplique la revanche. C'est-à-dire que la réponse à ce climat délétère soit le contraire de la politique qui reste l'unique moyen d'organiser une vie collective pacifique.
Il en va de la responsabilité de tous : des partis à cesser les surenchères ; du pouvoir à réconcilier les Français, ce qui était l'objectif de François Hollande ; et de chacun à s'informer et à réfléchir deux minutes avant de juger, de condamner, d'injurier, d'exclure. Puisse Clément Méric être mort pour la tolérance.

samedi 25 mai 2013

UMP : les risques de la division

UMP : les risques de la division


À l'UMP, il y a ceux - peu nombreux - qui ont voté le mariage pour tous ou qui se sont abstenus. Ceux qui l'ont combattu, mais estiment que la place d'un parlementaire n'est pas d'être dans la rue. Ceux qui se méfient de la récupération du mouvement à des fins inavouées et ceux qui seront dans la rue, dimanche.

Il y a les maires qui refusent de marier des homosexuels et ceux qui, à contrecoeur, appliqueront la loi de la République. Ceux qui promettent de défaire le texte s'ils reviennent au pouvoir et ceux qui savent qu'on ne démariera jamais les couples gays. Ceux qui considèrent qu'il faut passer à autre chose et ceux qui prétendent entrer en résistance, au mépris des institutions.
Au sein de la droite en général, et de l'UMP en particulier, le mariage pour tous, que l'on pensait fédérateur, provoque la désunion, par exemple à Paris : les anti-mariage sont prêts à tout, y compris à faire perdre la seule, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui offre à la droite une chance de gagner la mairie.
Nombre de cadres de l'UMP, conscients que la machine à perdre repart, tirent la sonnette d'alarme et refusent de rêver de vague bleue sous prétexte que la majorité s'effondre dans les sondages. Car cette affaire de mariage n'est qu'une illustration, parmi d'autres, de ce qui fâche et coince dans la famille.
Si la cohérence de la majorité n'est pas toujours lisible, la ligne de l'opposition, elle, est invisible. Que ce soit sur l'Europe, sur les moyens de la croissance, sur la transformation du modèle social ou sur la décentralisation, à dix mois des municipales, personne au-delà de l'incantation, n'est clair.
Un danger pour tous
Même le principe de la primaire en 2016, dont l'encre est à peine sèche, est déjà oublié par certains de ceux qui l'ont voté, considérant que Nicolas Sarkozy ne devrait pas s'abaisser au rang d'un candidat ordinaire !
Les causes ? Au moins trois : l'échec du départage entre François Fillon et Jean-François Copé prive l'UMP d'une autorité reconnue par tous les militants. Il faudrait à tout le moins qu'ils entérinent le statu quo pour déminer la contestation.
Ensuite, depuis un an plane l'ombre d'un retour de Nicolas Sarkozy, très tributaire du calendrier judiciaire, qui empêche toute analyse sereine de l'échec de 2012 et toute reconstruction d'un projet.
Enfin, à trop penser à 2017, on se soucie davantage de ne mécontenter personne ou de se positionner en fonction du Front national qu'à prendre les problèmes des Français à bras-le-corps.
Pourquoi s'en inquiéter ? Pourquoi ne pas se contenter de dire tant mieux pour le pouvoir et tant pis pour l'opposition ? Parce que les deux risquent gros. Dimanche, à en croire les dispositions matérielles, il y aura foule à Paris. Mais pour réclamer des choses différentes, souvent contradictoires, parfois impossibles, au-delà du refus désormais vain du mariage gay.
Sauf s'il s'agissait d'un baroud d'honneur, le pouvoir ne pourrait pas ignorer l'expression, sous prétexte de mariage, d'un divorce massif de l'opinion. L'opposition ne pourrait pas davantage se contenter de postures démagogiques. Car ce serait prendre le risque qu'une contestation désordonnée et passionnelle s'exprime ailleurs, sous des formes incontrôlables.

mercredi 24 avril 2013

Un dénouement encore fragile

Un dénouement encore fragile


La France est devenue, ce 23 avril 2013, le quatorzième pays à élargir à tous les couples la possibilité de se marier. Même si le Conseil constitutionnel doit encore éclaircir certaines ombres juridiques, le coeur de la loi Taubira, débattue et votée dans la douleur, s’appliquera.
Avec la peine de mort, l’interruption de grossesse et le Pacs, elle fait partie des projets emblématiques qui remuent les tréfonds de la société et rappellent que la politique ne se réduit pas toujours à un clivage droite-gauche ou à l’application mécanique d’une promesse.
Preuve qu’il s’agit aussi d’une affaire de conscience individuelle, il s’est trouvé quelques parlementaires de droite et de centre droit pour approuver ce texte. Et quelques- uns de gauche pour ne pas le voter, malgré la vieille règle de la discipline de groupe.
Contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs, François Hollande n’a jamais dissimulé son intention : le droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels figurait (proposition No 31) dans son projet. Mais une approbation implicite, à travers une victoire électorale, voire explicite, dans les sondages, ne suffit pas à transformer une promesse en fait acquis.
La majorité a commis des erreurs qui ont contribué à remplir la rue : elle a tergiversé sur le périmètre du projet, donnant l’impression tantôt d’hésiter, tantôt de cacher des intentions. Alors que l’approbation du seul mariage reste stable dans les sondages, beaucoup de Français ont découvert, au fil des semaines, les questions que pose, par extension, le principe d’égalité en matière d’adoption, de procréation assistée, voire de gestation pour autrui.
Défaite des partis
Rendue trop confiante par le constat partagé d’une inégalité, la majorité a, par ailleurs, sous-estimé la prégnance des valeurs qui façonnent l’opinion bien au-delà de la sphère des croyants. Oubliant que le mariage est l’un des sept sacrements de l’Église catholique, elle a usé et abusé d’un concept religieux pour désigner un droit civil.
Mais, de la même manière qu’il ne suffit pas de se prévaloir d’une victoire électorale pour gouverner, la désapprobation ne permet pas de considérer une majorité, élue un an avant, comme illégitime.
Le mouvement né contre ce projet va durer. Au moins pendant un mois, terme du délai dont dispose le Conseil constitutionnel qui a déjà admis le bien-fondé politique du principal article du texte. Si cependant il en retoquait une partie, il faudrait s’attendre à une relance de la contestation.
Quant au référendum réclamé, il n’est pas vraiment prévu en matière sociétale. Cela aurait pu être le cas si la droite avait eu la bonne idée de voter la disposition référendaire d’initiative populaire, prévue par la réforme Sarkozy de 2008. En tout état de cause, rien ne pourra « démarier » ceux qui auront utilisé ce nouveau droit.
La Manif pour tous ambitionne désormais de présenter des candidats aux municipales. Pour cela, il faudrait agréger des mécontentements sans rapport avec la gestion d’une ville. La droite ne laissera pas faire une initiative qui disperserait son électorat. La vraie leçon politique, c’est que les partis, en panne de représentativité, ne sont plus porteurs des attentes et des contradictions du peuple. L’heure n’est pas à se demander qui a gagné ou perdu hier.

mercredi 3 avril 2013

La politique abîmée

La politique abîmée


Jérôme Cahuzac a menti. Devant l'opinion. Devant les députés. Devant le Premier ministre. Devant le Président à qui il avait assuré, les yeux dans les yeux, avec un aplomb qui laissait peu de place au doute, qu'il n'avait jamais détenu de compte en Suisse.

Chose avouée est à moitié pardonnée, dit-on à propos d'un justiciable lambda. Surtout lorsque l'on demande soi-même à parler aux juges. Mais Jérôme Cahuzac était ministre. Et quel ministre ! Une pièce maîtresse du gouvernement, le redresseur des comptes publics, le chef d'orchestre de la rigueur, chargé de la lutte contre l'évasion fiscale ! À ce niveau-là, le mensonge est une injure à tous les Français.
Tant que personne ne disposait de preuves, l'affaire Cahuzac était un accident politique gérable. Après tout, l'ex-ministre du Budget n'était pas mis en examen au moment de sa démission. Effective la veille du débat de motion de censure, elle n'avait pas mis le Parlement à feu et à sang. Le respect de la présomption d'innocence avait plutôt bien fonctionné, y compris au sein de la droite, contrairement aux mitraillages accusatoires de la gauche en son temps.
L'épisode d'hier change tout. Jérôme Cahuzac, ministre compétent, autoritaire et volontiers donneur de leçons, fait voler en éclats la république exemplaire dont se prévaut François Hollande.
Ses aveux tardifs et sa mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale sont une trahison pour le président de la République et pour tous ses amis socialistes qui croyaient ferme en son intégrité et en sa sincérité. Il se piège lui-même en compromettant sa carrière politique, au point qu'on l'imagine mal redevenir député !
Une injure aux Français
Même si le chef de l'État n'en est que la victime, cet aveu porte directement préjudice à une majorité qui n'avait franchement pas besoin de cela. Elle va réactiver le procès en naïveté et en laxisme instruit à l'encontre du Président et du Premier ministre.
Après un déplacement contre-productif à Dijon et une émission de télévision trop moyenne pour renverser l'opinion, François Hollande est une nouvelle fois pris à contre-pied. L'affaire éclipse le débat sur la sécurisation de l'emploi. Elle anéantit tous les efforts entrepris depuis des semaines pour contredire les mauvais sondages.
Mais il y a plus grave. Si on ne peut plus accorder sa confiance à un homme de cette envergure, si même ses proches ont été trahis, ça signifie, dans l'esprit du citoyen, qu'on ne peut plus se fier à personne. Même si on ne sait pas encore d'où vient l'argent, ni quelle était sa destination, Jérôme Cahuzac abîme la Politique avec un grand « P ». En dépit des excuses et des remords qu'il exprime, son attitude nuit autant à la droite qu'à la gauche. Elle profite aux « antisystèmes » et à la thèse du « tous pourris ».
Toutes les enquêtes confirment la suspicion, voire le rejet de l'opinion à l'égard des institutions garantes du bon fonctionnement d'une démocratie. Ce terreau est d'autant plus fertile aujourd'hui que la gauche est très minoritaire et que les ennuis et la piètre cote des prétendants à la relève ne sauraient être une consolation. Les élections partielles, spécialement celle de l'Oise, montrent le rejet des partis de gouvernement et la montée de l'extrême droite.
Dans ce contexte, a fortiori, ce mensonge d'État est un gâchis, un crime de lèse-démocratie.

vendredi 29 mars 2013

Gagner du temps

Gagner du temps


Face à une défiance inédite, François Hollande aurait été coupable d'éviter cet exercice télévisuel. S'y prêtant, il savait qu'un oral, même porté à soixante-treize minutes, ne suffirait pas à refaire le monde et à redonner espoir aux chômeurs, aux investisseurs et aux contribuables.
Il est même à craindre pour lui que la rareté de ses interventions - c'était la première depuis sept mois - et la solennité d'un événement savamment préparé ne mettent en relief, par contraste, des explications un peu laborieuses et une vision un peu éparpillée.
François Hollande était attendu sur le terrain de la pédagogie, celui qui démontre qu'il domine son sujet et sait où l'on va. Il se devait de dissiper les malentendus qui créent des inquiétudes catégorielles et un attentisme général. Enfin, au-delà des correctifs nécessaires, on attendait qu'il frappe un grand coup en annonçant des réformes structurelles.
Pédagogue ? François Hollande est assez habile pour situer ses dix mois dans un continuum de dix ans, pour montrer que c'est pire ailleurs. Il compte toujours sur une conjonction vertueuse, dans les mois qui viennent, entre les décisions votées : les emplois d'avenir, le contrat de génération, le pacte de compétitivité, le financement des entreprises, la flexi-sécurité de l'emploi.
Dans son explication de texte, le Président confirme son cap de la rigueur en prenant un engagement sur la dépense publique : l'État dépensera moins en 2014 qu'en 2013.
Rassurant ? Oui, pour les patrons à qui il promet un allégement de la fiscalité sur la transmission d'entreprises. Rassurant pour son aile gauche puisqu'il trouve le moyen de tenir son engagement sur le fameux 75 % sans effrayer le dirigeant concerné : c'est l'entreprise qui paiera lorsque la rémunération dépassera un million d'euros annuel.
Rassurant pour le contribuable : François Hollande s'engage à ce qu'il n'y ait plus de surprise fiscale supplémentaire. Il assure les familles qu'il n'y aura pas de fiscalisation des allocations familiales, seulement un plafonnement pour les plus aisées. Rassurant pour les petits retraités. Rassurant pour les demandeurs d'emploi en mettant l'accent sur la formation.
Rassurant pour les militaires en préservant un niveau de Défense permettant de répondre à nos missions de protection, de dissuasion et d'intervention rapide. Rassurant pour le consommateur en confirmant l'effort en faveur du bâtiment, en pesant sur les loyers, le prix du gaz ou les frais bancaires, et en annonçant un déblocage de la participation pendant six mois.
Ambitieux ? Deux ans pour redresser, trois ans pour nous dépasser, dit-il. François Hollande est resté assez évasif sur la loi de décentralisation, pour le moins discret sur la réforme fiscale, imprécis sur la réforme de l'État. Impopulaire pour impopulaire, autant les faire ! Quitte à recourir aux ordonnances si sa majorité ne suit pas. En étant directif, réactif et précis, comme pour le Mali.
Même quand il dit sa confiance et sa détermination, François Hollande reste un président tiraillé entre rigueur et vigueur, entre court et long terme. Les Français veulent du travail, du pouvoir d'achat et un État plus efficace et moins coûteux. Lui, compte sur le temps. Un peu pédagogue, un peu rassurant, un peu ambitieux : tout au plus a-t-on assisté, hier soir, au modeste début d'une longue tentative de reconquête.

mardi 26 mars 2013

Comme un parfum de crise politique

Comme un parfum de crise politique


N'en déplaise à ceux qui rêvent tout haut de sa démission, François Hollande préside la France au moins jusqu'en 2017. Majoritaire au Parlement, la gauche n'est pas fichue. Mais elle vit assiégée. On vient d'assister à une série d'épisodes qui démontrent qu'elle est devenue minoritaire. Au point même qu'il règne comme un parfum de crise politique.
Les sondages, dix mois seulement après la présidentielle, sont catastrophiques. La réussite réitérée de l'immense manifestation contre le mariage pour tous - mobilisation qui dépasse largement ce seul objectif - témoigne du rejet de la politique de François Hollande. La législative partielle de l'Oise, dimanche, révèle un effondrement du PS qui profite davantage - preuve que tout est brouillé - au Front national qu'à l'UMP.
La démission de Jérôme Cahuzac, même sans mise en examen, même couverte par le vacarme des démêlés de Nicolas Sarkozy avec la justice, accroît encore la défiance. Le beau discours de Jean-Marc Ayrault, pour repousser la motion de censure de l'UMP, il y a moins d'une semaine, a fait long feu.
Pourquoi si fort, pourquoi si vite ? Pour une première raison que tout le monde a oubliée : François Hollande, au premier tour de la présidentielle, n'avait recueilli que 28,6 % des suffrages exprimés, moins que ce dont les sondages le créditent aujourd'hui ! Pire, son score, en valeur absolue - 10 millions de voix sur 46 millions d'inscrits - ne représentait qu'un Français sur cinq. Dans les résultats des socialistes aux élections législatives, on retrouve les mêmes proportions. Autrement dit, majoritaire incontestable dans les urnes, le pouvoir actuel est assis sur une base étroite.
Hollande contraint d'agir
En période faste, la légitimité institutionnelle suffit pour gouverner. Pas en période de crise, où il faudrait plutôt une large union sacrée pour s'en sortir collectivement. On n'en prend pas le chemin : Jean-Luc Mélenchon offre même un mauvais coup de main à la gauche en annonçant des listes concurrentes aux municipales.
On connaît les autres raisons de cette disgrâce. Un chômage exponentiel, que le chiffre de ce soir devrait confirmer, et sur lequel le pouvoir semble n'avoir aucune prise. Une politique du long terme qui ne calme pas les impatiences du court terme. Une gestion déroutante des annonces ministérielles. Une surestimation de la conjoncture pour aider à redresser le pays. Et une politique fiscale qui paralyse l'embauche, l'investissement et la consommation.
François Hollande va parler aux Français, jeudi soir. Si le propos ne consiste qu'à faire la pédagogie d'une politique incomprise, s'il se contente de cosmétique ou de fermeté, l'effet risque d'être vain. S'il propose de changer les hommes - certains ministres - ça n'aura d'effet que ponctuel. Le fond du problème, car tout en dépend, est fiscal.
François Hollande en avait fait la mère de ses réformes. Il s'est contenté d'alourdir les prélèvements, de taxer le capital au-delà des revenus du travail, de changer de règle selon les urgences, d'appliquer des mesures, pas annoncées, et d'en annoncer d'autres, pas appliquées.
L'attentisme, qui aggrave la crise, dépend largement de cette fiscalité trop lourde, trop instable et trop compliquée. Mais pour parler sereinement d'impôt à des Français en colère, il faut de la confiance. Une valeur qui se perd.

vendredi 22 mars 2013

Comment rebondir ?

Comment rebondir ?  

Par bonheur pour la Politique avec un grand « P », la démission du ministre du Budget Jérôme Cahuzac n'a pas pollué le débat de censure, hier, à l'Assemblée. Conscients qu'ils ont plus à perdre collectivement qu'à gagner individuellement, les députés n'ont pas voulu en rajouter. En attendant d'en évaluer l'impact sur l'opinion et l'exécutif, le respect, assez partagé, de la présomption d'innocence, a permis un échange digne et de qualité.
La question n'était pas de savoir si la motion de censure, votée par une droite unanime, serait repoussée. En l'absence de suspense, elle était de se demander à qui elle profite. En la déposant quelques mois seulement après l'arrivée de la gauche, l'UMP, et surtout Jean-François Copé, en quête de légitimité pour la présidence du parti, a marqué un point, mais pris un risque.
L'addition de mesures impopulaires produit une image assez pitoyable du bilan provisoire de la majorité. Mais l'accumulation des mauvais chiffres, et la liste des mesures réclamées d'urgence, mais jamais prises, condamne autant les dix ans de droite que les dix mois de gauche. C'est pour éviter de s'entendre resservir la France en faillite de François Fillon que certains préféraient attendre.
Pour la majorité, cette motion était un danger et une opportunité. Le danger de se voir affaiblir un peu plus, au moment où l'accident Cahuzac, le meilleur d'entre nous, comme disait Jacques Chirac d'Alain Juppé, plombe l'ambiance. Et une opportunité pour redonner du sens à sa politique.
Jean-Marc Ayrault, qui captive rarement par ses talents d'orateur, a su, tout jugement de fond mis à part, prendre de la hauteur et donner du souffle et du sens au fatras des fausses annonces et des vraies décisions. Avec neuf mois de retard, il a prononcé, hier, et à la première personne, « son » discours de politique générale.
À quelques conditions
Pour reconquérir l'opinion, il en faudra davantage. Le gouvernement devra corriger certaines erreurs : personne ne comprend la confiscation d'une part salariale par la refiscalisation des heures supplémentaires, le relèvement de la TVA sur le bâtiment qui gèle le marché ou un encadrement des emplois de services qui détériore l'embauche et la qualité de vie.
Il devra clarifier sa fiscalité : comment admettre que l'on alourdisse un jour le fardeau des entreprises et qu'on leur propose, le lendemain, un crédit d'impôt d'égale ampleur ? Les Français veulent un engagement lisible du Premier ministre sur une stabilisation, plus tard sur une baisse, des prélèvements. Jean-François Copé a raison de souligner le risque de révolte fiscale.
Il devra enfin maîtriser sa communication. Revers de la concertation, chacun y va de son idée, de son coup de sonde, de sa petite fuite pour exister. L'opinion n'en peut plus de prendre, chaque matin, une douche de milliards sans savoir si ce sont des hypothèses, des décisions ou des redites. Il est grand temps de remettre de l'ordre dans la communication ministérielle.
Enfin, et surtout, il faudra des résultats. Tant que la France ne se sera pas remise à créer de l'emploi, les Français douteront de cette politique. Sans cela, la meilleure com' ne sert à rien. C'est quand on prouve son savoir-faire que l'on peut le faire savoir. Hier n'était qu'un début.

jeudi 21 mars 2013

Comment rebondir ?

Comment rebondir ?


Par bonheur pour la Politique avec un grand « P », la démission du ministre du Budget Jérôme Cahuzac n'a pas pollué le débat de censure, hier, à l'Assemblée. Conscients qu'ils ont plus à perdre collectivement qu'à gagner individuellement, les députés n'ont pas voulu en rajouter. En attendant d'en évaluer l'impact sur l'opinion et l'exécutif, le respect, assez partagé, de la présomption d'innocence, a permis un échange digne et de qualité.
La question n'était pas de savoir si la motion de censure, votée par une droite unanime, serait repoussée. En l'absence de suspense, elle était de se demander à qui elle profite. En la déposant quelques mois seulement après l'arrivée de la gauche, l'UMP, et surtout Jean-François Copé, en quête de légitimité pour la présidence du parti, a marqué un point, mais pris un risque.
L'addition de mesures impopulaires produit une image assez pitoyable du bilan provisoire de la majorité. Mais l'accumulation des mauvais chiffres, et la liste des mesures réclamées d'urgence, mais jamais prises, condamne autant les dix ans de droite que les dix mois de gauche. C'est pour éviter de s'entendre resservir la France en faillite de François Fillon que certains préféraient attendre.
Pour la majorité, cette motion était un danger et une opportunité. Le danger de se voir affaiblir un peu plus, au moment où l'accident Cahuzac, le meilleur d'entre nous, comme disait Jacques Chirac d'Alain Juppé, plombe l'ambiance. Et une opportunité pour redonner du sens à sa politique.
Jean-Marc Ayrault, qui captive rarement par ses talents d'orateur, a su, tout jugement de fond mis à part, prendre de la hauteur et donner du souffle et du sens au fatras des fausses annonces et des vraies décisions. Avec neuf mois de retard, il a prononcé, hier, et à la première personne, « son » discours de politique générale.
À quelques conditions
Pour reconquérir l'opinion, il en faudra davantage. Le gouvernement devra corriger certaines erreurs : personne ne comprend la confiscation d'une part salariale par la refiscalisation des heures supplémentaires, le relèvement de la TVA sur le bâtiment qui gèle le marché ou un encadrement des emplois de services qui détériore l'embauche et la qualité de vie.
Il devra clarifier sa fiscalité : comment admettre que l'on alourdisse un jour le fardeau des entreprises et qu'on leur propose, le lendemain, un crédit d'impôt d'égale ampleur ? Les Français veulent un engagement lisible du Premier ministre sur une stabilisation, plus tard sur une baisse, des prélèvements. Jean-François Copé a raison de souligner le risque de révolte fiscale.
Il devra enfin maîtriser sa communication. Revers de la concertation, chacun y va de son idée, de son coup de sonde, de sa petite fuite pour exister. L'opinion n'en peut plus de prendre, chaque matin, une douche de milliards sans savoir si ce sont des hypothèses, des décisions ou des redites. Il est grand temps de remettre de l'ordre dans la communication ministérielle.
Enfin, et surtout, il faudra des résultats. Tant que la France ne se sera pas remise à créer de l'emploi, les Français douteront de cette politique. Sans cela, la meilleure com' ne sert à rien. C'est quand on prouve son savoir-faire que l'on peut le faire savoir. Hier n'était qu'un début.

mercredi 13 mars 2013

Grand écart socialiste

Grand écart socialiste


François Hollande a donc décidé d'aller vers les Français. Hier à Dijon, bientôt à la télévision, il amorce le récit d'un quinquennat en deux temps : après l'effort, le réconfort.
Pour l'effort, on n'avait pas besoin de discours. Pour le réconfort, on ne demande qu'à croire qu'un peu de croissance, associée au traitement social, finira par contenir le chômage. D'ici là, cette scénarisation, qui sent trop la com', ne dit pas tout : les socialistes ont changé de logiciel.
Être socialiste, en 1936 ou en 1981, consistait à distribuer du pouvoir d'achat et des aides pour relancer l'économie par la consommation. Dans un monde ouvert, cette politique serait désastreuse : elle creuserait le commerce extérieur, en donnant du travail au Chinois, et nos déficits, en mettant la France au banc de l'Europe.
Être socialiste, aujourd'hui, c'est produire au moindre coût les meilleurs services et marchandises possibles. Créer de la richesse avant d'en distribuer les bénéfices. Excepté la justice dans l'effort, on ne sait plus très bien ce qui le distingue de la droite, même si elle ne propose pas grand-chose d'autre qu'une motion de censure.
Tout se passe comme si François Hollande n'osait pas assumer cette révolution, accélérée par la crise et l'Europe. Pour se l'entendre dire, il suffit d'écouter la gauche de la gauche. Dans son cynisme, Jean-Luc Mélenchon a raison.
Même si dix mois de gauche n'équivalent pas dix-sept ans de présidence de droite, il ne sert à rien d'invoquer l'héritage - les Français ont choisi en mai 2012 ! - ni de brandir la crise. Les faits sont les faits. Si la manière d'y répondre a changé, il faut dire, haut et fort, que la politique de l'offre compétitive a remplacé celle de la relance par la demande.
L'opinion déboussolée
En l'assumant mal, la majorité donne le tournis, que les sondages traduisent bien.
L'opinion est déboussolée par une gauche qui protestait, hier, contre la TVA sociale, et qui applique, après bien des contorsions, un crédit d'impôt qui vaut son pesant de libéralisme.
Elle est déconcertée par un PS qui appelait à manifester contre la réforme des retraites et qui admet, aujourd'hui, qu'il faudra cotiser plus longtemps.
Elle croyait avoir voté pour une majorité qui revaloriserait les allocations et les pensions, pas pour une gauche qui pense à les taxer ou laisse filer le prix de l'essence.
Elle se souvient même d'Édith Cresson ministre, qui bloquait les magnétoscopes japonais à Poitiers, et regrette que l'on ne protège pas les briquets Bic du dumping chinois.
Elle déplorait les misères faites, par la droite, aux collectivités locales, sans savoir que la gauche les soumettrait à une diète sévère.
Ces changements de cap, la cacophonie fiscale qui donne l'impression, chaque matin au réveil, que l'on va encore payer cinq milliards de plus, minent le moral et créent de l'attentisme. À défaut de relance par la consommation, la relance par la confiance, elle ne coûte rien, si ce n'est de la clarté et de la cohérence.
François Hollande fait ainsi le grand écart entre des alliés chauds bouillants, une gauche sagement gestionnaire et une base qui espérait mieux. Voilà pourquoi il est aussi risqué que nécessaire d'aller au contact des Français.

jeudi 28 février 2013

Une droite en chantier

Une droite en chantier



Neuf mois après la victoire, la gauche peine à s'adapter à une réalité qu'elle a sous-estimée. La droite est aussi peu convaincante dans sa manière de s'opposer et de proposer. François Fillon vise déjà 2017, signe qu'il mesure la longueur du chemin à parcourir.

Autant la question du leadership ne se pose plus, pour l'instant, à gauche, autant elle dévore les énergies de la droite. Jean-François Copé estime que la présidence de l'UMP demeure le meilleur tremplin pour 2017. Considérant la place incertaine, François Fillon préfère s'émanciper du parti et tenir ses rivaux en respect, Nathalie Kosciusko-Morizet, par exemple. Nicolas Sarkozy, mi-amusé mi-agacé, parie que ces rivalités jouent en sa faveur...
Autant le PS d'Harlem Désir n'est pas un modèle de créativité, autant l'UMP est un instrument financièrement affaibli et trop recroquevillé sur la com'. En créant son club « Force républicaine », le pendant de « Génération France » de Jean-François Copé, l'ancien Premier ministre confirme que son parti est débranché de la société.
Autant la majorité peine à mettre sa politique en perspective, autant l'opposition ne parvient pas à capitaliser au-delà de la critique bruyante des mardis après-midi à l'Assemblée.
Pour une raison simple : même déçus par la gauche, les Français comprennent mal pourquoi la droite n'a pas mis en oeuvre, hier, les panacées qu'elle propose aujourd'hui. Ils voient bien que l'opposition doit d'abord analyser les raisons, de forme et de fond, qui lui ont fait perdre toutes les élections depuis cinq ans.
Trois ans pour reconstruire
Sans cette clarification, pas facile de suspecter la gauche de vouloir fiscaliser les allocations familiales alors que Bruno Le Maire l'avait inscrit dans le projet de Nicolas Sarkozy. Pas simple de reprocher à Vincent Peillon de vouloir raccourcir les vacances d'été lorsque Nathalie Kosciusko-Morizet en fait une urgence. Peu convaincant d'employer le chômage comme argument politique quand l'économie supprimait déjà mille emplois par jour sous Sarkozy, en dépit d'un recours maximum aux emplois aidés. Peu probant de stigmatiser les hausses d'impôts quand on les a aussi augmentés dans des proportions voisines.
Autant la majorité peine à expliquer sa cohérence, autant la droite aura du mal à combattre la nouvelle réforme des retraites, dont le coup d'envoi a été donné hier par Jean-Marc Ayrault, qu'elle appelle de ses voeux. À part ironiser sur une gauche qui se renie, l'opposition ne pourra pas nier les limites de sa loi de 2010. Même sur le mariage gay, on l'imagine mal défaire ¯ jusqu'à « démarier » des couples ? ¯ un texte bientôt voté.
Autant la majorité est affaiblie par ses faux amis de gauche, autant l'opposition est piégée par ses vrais concurrents de droite. Hostile aux tentatives de transgresser l'ordre républicain, François Fillon imagine mal un rapprochement allant d'un centre en reconstruction à une extrême droite soudain respectable. Même si la base de l'UMP n'exclut pas ces alliances, les municipales ne seront pas une revanche facile.
Que l'on considère les hommes, le parti, le projet ou la stratégie, l'opposition est un vaste chantier. Elle a trois ans pour se reconstruire. C'est loin, la présidentielle, et on y est déjà un peu.