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jeudi 26 juillet 2012
Pas de miracle
Ceux qui croyaient au miracle devront se résigner. Arnaud Montebourg,
père fouettard de la famille Peugeot, ne s’est pas transformé en Père
Noël de l’automobile française. Son plan auto ne résoudra pas d’un coup
de baguette magique la grave crise du secteur.
Commençons par
saluer ce qui n’y figure pas : il n’y aura pas de nouvelle prime à la
casse, ce qui est une bonne chose. La précédente mesure de ce genre a
coûté très cher, avec deux effets pervers qui se sont révélés totalement
contre-productifs : elle a profité surtout aux petits modèles, très
massivement construits à l’étranger ; et comme elle a fait vendre
beaucoup de petites cylindrées, elle a incité les constructeurs français
à se pelotonner dans le bas et le moyen de gamme. Il est facile
d’accuser Peugeot d’avoir commis des erreurs stratégiques : voilà des
décennies que la politique gouvernementale pousse à l’erreur. Cette
prime à la casse n’était pas la première…
Favoriser l’innovation
et donner un coup de pouce aux véhicules électriques et hybrides est
plus malin que de distribuer indifféremment des bons d’achat aux
consommateurs. Il faut cependant être conscient que l’effet sera
marginal. La voiture électrique en est à ses tout débuts, ce n’est pas
avec elle que Renault et PSA retrouveront leurs volumes perdus. Surtout
si Renault s’emmêle les pédales, comme hier, en annonçant, puis en
démentant un retard dans la mise en circulation de Zoé, le fer de lance
de son offensive commerciale dans la voiture propre.
Le principal
mérite du plan est finalement d’explorer des pistes autres que le
sentier de la guerre emprunté la semaine dernière par le ministre du
Redressement productif contre Peugeot. Le dossier des 8000 suppressions
d’emplois chez PSA et de la fermeture de l’usine d’Aulnay n’est pas
clos, mais au moins Arnaud Montebourg met-il sur la table quelques
arguments autres que les invectives, les soupçons et les accusations
dont il a abreuvé PSA pendant une bonne semaine. Par la voix du ministre
du Travail, Michel Sapin, le gouvernement parle désormais d’«
accompagner les négociations » sur le plan social « pour ne laisser
aucun salarié au bord du chemin ». C’est flou à souhait, ça ne mange pas
de pain, et surtout, cela n’empêchera pas Peugeot de réaliser son plan
d’économies. Tant de vitupérations pour en arriver là…
NE NOUS TROMPONS PAS, LE RHÉTEUR DE BISTROT ( comme le nomme si bien Jean Cochet de "Présent"), LEURRE LES MEDIAS PENDANT QUE SES COMPAGNONS SOCIALISTES FONT LES POCHES DES FRANÇAIS.
samedi 21 juillet 2012
Le procureur Montebourg
Dans le civil, Arnaud Montebourg était avocat. En politique, il s’est mué tout au long de sa carrière en procureur. Ses attaques contre Jacques Chirac, qu’il a traité en 2002 de « quasi-délinquant » et qu’il voulait faire traîner en Haute cour de justice, lui ont coûté un maroquin ministériel, du temps de Lionel Jospin et de la cohabitation. Chargé en 2008 de la rénovation au PS, il a endossé les habits de Saint-Just, l’accusateur public de la Terreur révolutionnaire, fidèle compagnon de Robespierre, pour s’attaquer aux fédérations corrompues. Le voilà au gouvernement, et il s’est trouvé une nouvelle croisade, contre PSA. Le ministre du Redressement productif qui tire à vue sur l’un des fleurons de l’industrie nationale : c’est du jamais vu. Il faut dire que François Hollande lui a ouvert la voie, en accusant le groupe Peugeot de « mensonge », le 14 juillet.
Nous n’allons pas défendre ici les choix stratégiques de Peugeot, à bien des égards contestables. Mais il faut savoir raison garder : on ne peut pas accuser le groupe de tous les maux de la Terre. S’il est en mauvaise posture, c’est d’abord parce que les ventes de voitures sont en chute libre sur ses marchés du sud de l’Europe, et aussi parce qu’il a voulu produire en France, pendant que son concurrent Renault réduisait ses effectifs en douce pour investir à l’étranger. S’en prendre à la famille Peugeot est facile. Montebourg pourrait aussi se souvenir que, contrairement à Louis Renault qui a collaboré avec les nazis, du temps de l’occupation, Rodolphe et Jean-Pierre Peugeot ont facilité les sabotages de leurs ateliers sochaliens par la Résistance pour entraver l’effort de guerre allemand. Le patriotisme des Peugeot vaut celui de bien des ministres.
Ce n’est pas en affaiblissant PSA – son image ainsi que le cours de son action en bourse – que l’on défend l’automobile française ! Montebourg reste campé sur une position dogmatique qui n’a jamais sauvé un seul emploi. Il se comporte comme s’il était toujours dans l’opposition, alors même qu’il peaufine un plan de relance de la filière automobile qui va demander un effort national. Et qu’il faudra bien mettre en œuvre de concert avec les deux constructeurs français tant honnis.
Le gouvernement n’a pas fini de pratiquer le grand écart entre la pensée prêt-à-porter gauchiste des années soixante-dix et la réalité du XXI e siècle. Le déchirement musculaire guette. Et c’est l’industrie française qui en souffrira.
Dans le civil, Arnaud Montebourg était avocat. En politique, il s’est mué tout au long de sa carrière en procureur. Ses attaques contre Jacques Chirac, qu’il a traité en 2002 de « quasi-délinquant » et qu’il voulait faire traîner en Haute cour de justice, lui ont coûté un maroquin ministériel, du temps de Lionel Jospin et de la cohabitation. Chargé en 2008 de la rénovation au PS, il a endossé les habits de Saint-Just, l’accusateur public de la Terreur révolutionnaire, fidèle compagnon de Robespierre, pour s’attaquer aux fédérations corrompues. Le voilà au gouvernement, et il s’est trouvé une nouvelle croisade, contre PSA. Le ministre du Redressement productif qui tire à vue sur l’un des fleurons de l’industrie nationale : c’est du jamais vu. Il faut dire que François Hollande lui a ouvert la voie, en accusant le groupe Peugeot de « mensonge », le 14 juillet.
Nous n’allons pas défendre ici les choix stratégiques de Peugeot, à bien des égards contestables. Mais il faut savoir raison garder : on ne peut pas accuser le groupe de tous les maux de la Terre. S’il est en mauvaise posture, c’est d’abord parce que les ventes de voitures sont en chute libre sur ses marchés du sud de l’Europe, et aussi parce qu’il a voulu produire en France, pendant que son concurrent Renault réduisait ses effectifs en douce pour investir à l’étranger. S’en prendre à la famille Peugeot est facile. Montebourg pourrait aussi se souvenir que, contrairement à Louis Renault qui a collaboré avec les nazis, du temps de l’occupation, Rodolphe et Jean-Pierre Peugeot ont facilité les sabotages de leurs ateliers sochaliens par la Résistance pour entraver l’effort de guerre allemand. Le patriotisme des Peugeot vaut celui de bien des ministres.
Ce n’est pas en affaiblissant PSA – son image ainsi que le cours de son action en bourse – que l’on défend l’automobile française ! Montebourg reste campé sur une position dogmatique qui n’a jamais sauvé un seul emploi. Il se comporte comme s’il était toujours dans l’opposition, alors même qu’il peaufine un plan de relance de la filière automobile qui va demander un effort national. Et qu’il faudra bien mettre en œuvre de concert avec les deux constructeurs français tant honnis.
Le gouvernement n’a pas fini de pratiquer le grand écart entre la pensée prêt-à-porter gauchiste des années soixante-dix et la réalité du XXI e siècle. Le déchirement musculaire guette. Et c’est l’industrie française qui en souffrira.
mercredi 18 juillet 2012
Détricotage
De l’exonération des heures supplémentaires, qui va être supprimée, à
la TVA sociale, qui va être annulée avant de voir le jour, le
gouvernement Ayrault détricote les mesures fiscales de Nicolas Sarkozy.
Pas toutes : la TVA réduite pour les restaurateurs n’est pas touchée.
C’est pourtant une niche fiscale qui coûte très cher – trois milliards
par an – et dont les effets sur les prix et les embauches n’ont pas été
mirobolants. Moralité : quand on a un bon lobby, on peut rester à l’abri
de la rigueur budgétaire.
La détaxation des heures
supplémentaires était une mesure emblématique du précédent gouvernement,
celle qui devait matérialiser le slogan de la campagne 2007 : «
Travailler plus pour gagner plus. » Elle a permis à neuf millions de
personnes de bénéficier, peu ou prou, d’un coup de pouce au pouvoir
d’achat, immédiatement rogné d’ailleurs par la rigueur salariale dans le
privé et le blocage des indices des fonctionnaires dans le public.
Voilà un cache-misère à l’efficacité économique douteuse et au coût
élevé – cinq milliards d’euros annuels. L’exonération des heures
supplémentaires a contribué à augmenter l’endettement de la France. Il
faut rappeler que cette niche fiscale, comme les autres, a été financée à
crédit. Le bricolage ne pouvait perdurer car c’était un pis-aller sans
fondement économique.
Il n’en reste pas moins que ce sont bel et
bien les classes moyennes qui vont voir augmenter leur contribution.
Aussi le gouvernement marche-t-il sur des œufs. L’antisarkozysme qui a
présidé aux promesses de campagne aurait voulu que la fiscalisation des
heures sup’ soit rétroactive au 1 er janvier. C’est ce que souhaitait d’ailleurs le PS. Après débat, on s’oriente plutôt vers le 1 er août.
Tant pis pour les finances publiques, il faut y aller en douceur. Il
est vrai que parmi les plus touchés figurent les fonctionnaires, qui ont
voté aux deux-tiers pour la gauche.
L’annulation de la TVA
sociale, honnie par la gauche, fera passer la pilule des hausses
d’impôts. Or, la TVA avait, contrairement à la détaxation des heures
sup’, une justification économique en permettant de faire peser sur la
consommation – et donc aussi sur les importations – une partie des
charges du travail. Voilà ce qui s’appelle jeter le bébé avec l’eau du
bain.
samedi 14 juillet 2012
PSA : incantation et impuissance
PSA : incantation et impuissance
Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, n’accepte
pas, « en l’état », le plan de 8000 suppressions de postes présenté hier
par PSA Peugeot Citroën. Voilà qui est dit. Et après ? Après, le
problème reste entier. PSA perd des ventes (près d’une voiture sur cinq
en moins au premier semestre sur le marché européen) et de l’argent. Le
groupe connaît peut-être la pire crise de son histoire. On peut sans
doute lui reprocher des erreurs stratégiques, notamment celle d’avoir
refusé pendant des décennies toute grande alliance capitalistique du
style Renault-Nissan, qui a fait entrer son concurrent français dans le
monde des très grands constructeurs. Faut-il pour autant lui « déclarer
la guerre », comme le fait la CGT ? Si PSA ne parvenait pas à rétablir
ses comptes, le crash pourrait se chiffrer à bien plus d’une fermeture
d’usine.
Peugeot paie aujourd’hui un pari industriel contraire à
celui de Renault : celui de produire majoritairement en France. Renault a
fermé son site historique de Billancourt en 1992 sans réinvestir
puissamment dans ses autres usines hexagonales, mais d’abord en Espagne,
Slovénie et Turquie. Peugeot est resté à Sochaux, et a gardé jusqu’à
maintenant l’ensemble des usines héritées des différentes marques
agglomérées au gré de ses rachats : Aulnay et Rennes (Citroën), Poissy
(Simca) sont venus compléter les capacités de production de l’Est de la
France.
Le recul du marché automobile européen et le
positionnement en gamme moyenne de la production Peugeot et Citroën
pénalisent ce choix patriotique. Les constructeurs allemands ont gardé,
comme PSA, l’essentiel de leur production sur leur territoire, mais avec
une nuance de taille : ils n’ont cessé, depuis dix ans, de monter en
gamme, ce que n’a pas suffisamment fait le groupe français. Sa situation
résume dramatiquement celle de l’industrie tricolore tout entière : un
grand savoir-faire, mais une difficulté à viser résolument l’excellence.
La gamme DS de Citroën connaît un beau succès. Hélas, elle est arrivée
bien tard pour concurrencer les cossues berlines allemandes.
La
prime à la casse du gouvernement Fillon n’a été qu’une rustine pour
masquer les faiblesses du secteur automobile français. Le nouveau plan
de soutien en préparation sera-t-il plus offensif à long terme ? On peut
en douter à la vue des réactions de l’Élysée, de Matignon et de Bercy,
hier, marquées d’abord par l’incantation… et l’impuissance.
jeudi 5 juillet 2012
Fiscalité idéologique
Nicolas Sarkozy avait esquissé la mise en place d’un troisième plan
de rigueur après ceux d’août et novembre 2011, en annonçant
l’instauration d’une TVA anti-délocalisations de 1,6 % qui devait entrer
en vigueur au 1 er octobre pour rapporter une dizaine de
milliards d’euros en année pleine. La somme aurait permis de soulager
les charges sociales des entreprises sans grever le budget de l’État. Le
nouveau gouvernement annule cette augmentation, tout en surtaxant les
entreprises. Voilà qui ne va pas aider à la compétitivité de l’industrie
française. Il n’est pas sûr que les salariés soient gagnants dans
l’affaire. D’un côté, ils allaient payer leurs achats un peu plus cher.
De l’autre, ils risquent une accélération des dégraissages massifs,
voire des fermetures d’usines.
La fiscalité en France relève
d’abord de l’idéologie et c’est bien là le problème. En 2007 le paquet
fiscal de Nicolas Sarkozy était la traduction du dogme libéral :
bouclier fiscal pour préserver les plus riches, détaxation de nombreux
droits de succession et des heures supplémentaires. Ce texte baptisé
Tepa pour Travail, Emploi et Pouvoir d’Achat, a coûté très cher :
15 milliards d’euros par an. Il n’a nullement atteint ses objectifs de
relance de la croissance et son auteur lui-même a commencé à le
démanteler pendant son quinquennat. Jean-Marc Ayrault lui a donné le
coup de grâce hier, avec la fin de l’exonération des heures
supplémentaires. On ne s’en plaindra pas.
Hélas, le « paquet
fiscal » de la gauche est tout aussi idéologique que le précédent. Il
prétend faire payer les riches. C’est une vieille rengaine du Parti
socialiste, qui n’a jamais… profité aux pauvres. À qui va-t-on faire
croire que les taxes sur les banques et les pétroliers ne seront pas
répercutées sur les clients ? De toute façon, le gouvernement est allé à
la limite des ponctions sur les grandes fortunes, sur les entreprises
et sur la transmission du patrimoine. Faire plus reviendrait à abaisser
encore le seuil d’exonération des héritages, et on toucherait, alors, de
plus en plus de Français modestes.
Or, il manquera, pour le
budget 2013 qui sera examiné à l’automne, 33 milliards d’euros. Si le
gouvernement reste sourd aux conseils de la Cour des comptes qui propose
un relèvement de la TVA, il n’aura d’autre solution que d’augmenter les
impôts et la CSG.
Les classes moyennes seront en première ligne.
mercredi 4 juillet 2012
Ayrault, la harangue
Le discours de politique générale porte bien son nom : Jean-Marc
Ayrault n’est guère entré dans les détails budgétaires, hier devant
l’Assemblée. Plus qu’un programme, c’est une harangue qu’a livrée le
Premier ministre, exhortant à la « mobilisation » face à « une crise
sans précédent », vantant le « patriotisme » contre l’évasion fiscale,
jurant que les promesses de François Hollande seront appliquées quoi
qu’il advienne et n’oubliant pas de parler de la désindustrialisation,
qui continue de plus belle. Ton emphatique, piques contre l’héritage
laissé par l’équipe précédente, notamment les 600 milliards
d’endettement supplémentaires, serments de fidélité au couple
franco-allemand, parce qu’il faut se rabibocher avec Berlin. Rien
d’inattendu.
Le Premier ministre s’est longuement attaché à
décrire sa méthode, qu’il veut à l’opposé de celle de Nicolas Sarkozy.
Finies l’agitation et les réformes brutales et bâclées, vive la
concertation et le changement « dans la durée ». Il y a pourtant des
mots sur lesquels Jean-Marc Ayrault se montre parfaitement en phase avec
l’ancien chef de l’État : comme lui, il ne veut entendre parler ni
d’austérité, ni de rigueur. Les deux tabous absolus de la politique
française ont survécu au changement de majorité.
Cela n’empêchera
pas Bercy de présenter, dès aujourd’hui en conseil des ministres, un
budget rectificatif truffé d’économies, et de se creuser la tête dès
maintenant pour trouver les 33 milliards d’euros qui manqueront au
budget 2013. Jean-Marc Ayrault l’a dit, presque en passant : « La seule
maîtrise des dépenses ne suffira pas. » C’est une façon d’admettre que
les hausses des impôts iront bien plus loin que les taxes symboles sur
les riches annoncées pendant la campagne présidentielle. Et que les
dépenses devront être encore plus contingentées que prévu. Il faudra
nous expliquer comment Jean-Marc Ayrault compte s’y prendre pour
épargner, comme il le promet, les classes populaires et les classes
moyennes.
Dans le « Bourgeois gentilhomme » de Molière, Monsieur
Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Aujourd’hui il est de
tradition, à gauche comme à droite, de faire de la rigueur et de
l’austérité sans le dire. Ce sont pourtant des mots qui figurent dans
tous les bons dictionnaires.
mardi 3 juillet 2012
2013, ou la mer à boire
Le gouvernement espérait bien utiliser l’audit réalisé par la Cour
des comptes pour mettre sur le dos de l’équipe Fillon les mesures
d’économie qu’il va devoir prendre. Pierre Moscovici avait enfourché,
avant même que le rapport lui soit remis, le cheval de bataille de
l’héritage. Un peu vite : les Sages relèvent certes que le gouvernement
précédent a omis de budgéter une (petite) partie de ses décisions, et
qu’il a surestimé les recettes. Mais ils constatent dans l’ensemble que
la droite a bien engagé l’exécution du budget 2012 et, surtout, qu’elle a
réussi à tenir les dépenses.
Ce qui inquiète surtout les
magistrats de la rue Cambon, c’est l’année prochaine. Il va falloir
trouver pas moins de 33 milliards d’euros supplémentaires pour revenir à
3 % de déficit public. Une promesse de la France à ses partenaires,
réaffirmée par François Hollande. Or, en 2013, le gouvernement sera
livré à lui-même… et à ses engagements qui seront autant de casse-têtes.
Le maintien des effectifs de la fonction publique, par exemple,
empêchera, selon la Cour des comptes, toute augmentation de salaire pour
les fonctionnaires. Même pour rattraper la hausse du coût de la vie.
33 milliards
d’euros, c’est presque la mer à boire. Les Sages estiment qu’il sera
difficile de les atteindre sans une hausse de la TVA. Voilà qui est
iconoclaste : Nicolas Sarkozy avait prévu une augmentation en octobre de
1,6 point de la TVA… que François Hollande s’apprête à annuler. Les
socialistes affirment que la TVA est un impôt « injuste ». C’est
pourtant le seul qui est payé par tout le monde, en fonction de la
consommation de chacun (donc de ses revenus). Il a l’avantage de ne
peser ni sur le travail, ni sur le capital des entreprises – mais sur
les importations qui échappent aux autres taxations – et de rapporter
gros. Beaucoup plus que l’impôt sur le revenu, auquel échappe la moitié
de la population ! La justice serait-elle de ne faire payer que les
classes moyennes ?
Socialiste lui-même, Didier Migaud, le
président de la Cour des comptes, propose, avec la TVA, de briser l’un
des nombreux dogmes qui bornent l’idéologie de la gauche. Il a été
renvoyé dans les cordes sans surprise, hier, par Jérôme Cahuzac, le
ministre du Budget. Mais la réalité est têtue et le problème reste
entier : on reparlera de la TVA durant le quinquennat.
mercredi 27 juin 2012
Payer plus pour acheter moins
Les élections sont terminées, et tout n’est plus possible. Le smic ne sera revalorisé que de 2 % au 1 er juillet,
ce qui représente un coup de pouce minimal par rapport à la hausse du
coût de la vie (0,6 % de bonus). Les syndicats sont déçus. Mitterrand
avait augmenté le salaire minimum de 10 % en juin 1981. Il est vrai que
trois dévaluations du franc avaient suivi en moins de deux ans, pour
défendre la compétitivité des entreprises françaises, dont la première
dès octobre 1981.
Avec l’euro, ce genre d’ajustement n’est plus
possible. Il faut donc rester dans le domaine du « raisonnable ». Le
terme vient de Matignon, et c’est un euphémisme par rapport aux
différentes coupes budgétaires qui commencent à pointer le nez. Pour
assainir les comptes de l’État, il va falloir allier hausse des impôts
et baisse des dépenses. Le nouveau slogan pourrait être : « Payer plus
pour acheter moins. » L’Insee prévoit mécaniquement – et logiquement –
la plus grande contraction du pouvoir d’achat depuis 1984… après le
tournant mitterrandien de la rigueur. Cette fois-ci, le tour de vis
n’attendra pas deux ou trois ans. Il va falloir le mettre en place dès
cet été, car nos partenaires veillent. Avant d’être adopté par le
Parlement français, le projet de budget 2013 de l’État devra obtenir le
tampon de Bruxelles, qui a déjà fait savoir que certaines dépenses
n’étaient pas conformes à l’objectif commun aux pays de la zone euro :
revenir, le plus rapidement possible, à l’équilibre budgétaire.
François
Hollande sera dans ses petits souliers, demain à Bruxelles, pour son
premier vrai sommet européen. La publication de l’audit de la Cour des
comptes sur les finances publiques a été délibérément reculée au
2 juillet pour ne pas affaiblir la parole du chef de l’État au sein des
27, mais les chiffres du chômage et la note de conjoncture de l’Insee
qui sont tombés hier ne laissent aucune place au rêve. La croissance sur
laquelle le président socialiste appuyait son programme électoral ne
sera pas au rendez-vous, ni cette année, ni l’année prochaine. Il ne
sera donc pas possible de combiner les dépenses supplémentaires promises
aux Français avec la résorption de la dette… promise aux Européens.
Angela Merkel ne manquera pas de le faire remarquer.
vendredi 15 juin 2012
Trois démons, trois fautes
La Rochelle, ville fétiche du Parti socialiste, qui y tient chaque
année son université d’été, est devenue pour la gauche un lieu malsain
qui voit resurgir trois vieux démons que le PS affirmait avoir tués.
Premier démon : l’ambition et son corollaire, la chasse aux fauteuils.
Battue sèchement à la primaire de l’automne, Ségolène Royal réclamait un
lot de consolation digne de l’image qu’elle se fait d’elle-même. Ce
serait la présidence de l’Assemblée nationale – quatrième poste dans
l’ordre du protocole de la République. La madone du Poitou, qui avait
imprudemment cédé son siège des Deux-Sèvres à Delphine Batho, voici cinq
ans, est donc partie à la recherche d’une circonscription. Dominatrice
et sûre d’elle – à vrai dire arrogante – elle s’est parachutée sur
La Rochelle sans demander le moins du monde leur avis aux socialistes du
cru. Pour la VRP de la « démocratie participative », c’est une faute
politique.
Deuxième démon : les promesses en l’air. François
Hollande avait juré de ne pas mélanger vie privée et vie publique, et de
ne pas intervenir dans la campagne législative. En se précipitant au
chevet de son ex, mal en point au soir du 1 er tour, il renie
sa parole et fâche d’autres socialistes qui auraient, également, pu
avoir besoin de son aide. Ça aussi, c’est une faute. D’autant plus grave
que Hollande a été élu en faisant campagne contre la « peopolitique »
dont il attribue – à tort – l’exclusivité à Nicolas Sarkozy.
Troisième
démon : la haine. Le tweet de Valérie Trierweiler est plus qu’un coup
de poignard à Ségolène Royal. C’est une bombe qui fauche tout ce qui se
trouve autour d’elle. Royal bien sûr, mais aussi le président de la
République… et Mme « Tweetweiler » en personne. Un attentat-suicide en
quelque sorte. On ignore si la poseuse de bombe s’en remettra, mais on
sait en revanche que la déflagration a blessé le chef de l’Etat. Il a
passé des mois à se forger une image d’homme fort et déterminé, le voilà
réduit au silence par sa compagne. C’est peu glorieux.
Hollande
avait réussi à s’exfiltrer du congrès de Reims en laissant Royal et
Aubry se crêper le chignon entre elles. Il est, cette fois-ci, au milieu
du ring de catch féminin. Il s’est montré très léger en accordant à sa
compagne, aux frais des contribuables, un cabinet de sept personnes à
l’Elysée. Trierweiler risque bien d’être sa Cécilia à lui. Qui
s’incruste.
mercredi 30 mai 2012
Drôle de début de quinquennat
"Nicolas Sarkozy allait à Bruxelles en avion, François Hollande prend
le train. L’ancien président recevait les caméras des télévisions à
l’Élysée, le nouveau se déplace dans les studios de France 2 – et le
fait remarquer. La première interview du chef de l’État, hier soir, a
été l’occasion de peaufiner son image de « président normal ». Souriant,
calme, posé, François Hollande se veut le contraire de son
prédécesseur. Il continue, jour après jour, à dévider la pelote de
l’antisarkozysme (devenu depuis son élection le non-sarkozysme), fil
rouge de sa victoire.
En un mot, la transition continue. Elle ne
prendra fin qu’au soir du deuxième tour des législatives. En attendant,
François Hollande prend garde de ne brusquer personne, et c’est un
euphémisme. Le flou reste de mise sur tous les sujets qui pourraient
fâcher. David Pujadas a obtenu beaucoup de réponses de normand, où le
maître mot est « mais » : il y aura une hausse du smic, mais elle ne
devra pas mettre en péril les PME. Toutes les promesses seront tenues,
mais « quand nous n’avons pas d’argent nous ne pouvons pas le dépenser
». Ou encore : « Il va falloir faire un effort, c’est certain, mais cet
effort sera justement réparti. »
Après les premiers contacts qui
se sont révélés difficiles avec Angela Merkel, François Hollande veut
croire que rien n’est bloqué et qu’un « certain nombre de compromis »
sont possibles. Ce qui est sans doute vrai, car l’Europe ne se
remettrait pas d’une brouille prolongée entre la France et l’Allemagne.
Quant au coût de ces compromis, il est urgent… d’attendre. On n’en saura
pas plus.
Bref, rien de neuf depuis l’entrée du socialiste à
l’Élysée… hormis un appel aux Français pour qu’ils lui donnent une
majorité « claire, solide et cohérente » aux législatives. Le chef de
l’État était en campagne électorale, hier soir. Sans avoir l’air d’y
toucher puisque, c’est juré, il ne s’implique pas dans la campagne.
Drôle
de début de quinquennat, où la crise pèse de toutes ses forces, avec
des licenciements à venir par milliers et des menaces de plus en plus
précises sur le système financier européen, à travers la Grèce et
l’Espagne… et où le président français continue imperturbablement de
promettre des lendemains qui chantent."
EN BREF, NOTRE FAUX PRÉSIDENT NABOT 1ER
EST TOUJOURS EN CAMPAGNE !!
mardi 29 mai 2012
Bien-pensance
Le journaliste Eric Zemmour s’en est pris avec vivacité à Christiane
Taubira, la ministre de la Justice, qu’il accuse de « protéger les
jeunes des banlieues », alors qu’elle place les « hommes blancs dans le
mauvais camp. » Il réagissait aux deux premières sorties de la Garde des
sceaux, qui était allée assister à un match de basket entre taulards et
surveillants (avec une évasion à la clé), et qui avait annoncé, le
lendemain, l’abrogation des tribunaux correctionnels pour mineurs
délinquants multirécidivistes.
Ses propos – critiquables – ont
valu à Zemmour une nouvelle volée de bois vert. Tout ce que la France
compte comme associations de défense des « droits de l’Homme » cogne sur
l’éditorialiste. Certes, il l’a cherché, et pour cause : il est
polémiste. Il attaque, il prend des coups : c’est le jeu. Plutôt : ce
pourrait être le jeu, si les échanges étaient argumentés. Mais une fois
de plus, ils se résument à l’injure excommunicatoire traditionnelle :
Zemmour serait « raciste ». Et comme Christiane Taubira est une femme,
il serait en outre « misogyne ». Ce tir de barrage a pour premier effet
de dévier la conversation du fond du sujet, qui porte sur la politique
pénale du gouvernement. Comme si elle était incontestable par nature.
Certains
ministres de droite ont connu des offensives aussi violentes, sinon
plus, que celles qui visent Christiane Taubira. Le journal « Marianne » a
publié en 2009 une « Une » consacrée à Brice Hortefeux et titrée : «
Enquête sur un ministre nul ». Claude Guéant, Eric Besson ont entendu
résonner des noms d’oiseaux tout au long de leur magistère. Les
associations de défense des Droits de l’Homme étaient alors dans le camp
des pourfendeurs, et non des défenseurs, de l’autorité gouvernementale…
Il y a pour elles des affronts acceptables – ceux qui touchent les élus
de droite – et des offenses intolérables – celles qui s’adressent à la
gauche. Hortefeux condamné, puis relaxé en appel, pour avoir ironisé sur
un Arabe auvergnat provoque leur fureur et déclenche leurs plaintes en
justice. Montebourg condamné pour avoir injurié des chefs d’entreprise
les laisse de marbre. Où mène la bien-pensance…
Pour notre part
nous avons toujours scruté de façon critique la politique du
gouvernement précédent. Et nous comptons bien faire preuve de la même
distance avec le gouvernement actuel. Y compris pour les annonces de
Christiane Taubira.
mercredi 16 mai 2012
Hollande a eu le coup de foudre
François Hollande pourra dire qu’il a connu le coup de foudre en se
rendant chez Angela Merkel : l’avion qui emmenait à Berlin le président
français a été touché par un éclair au cœur d’un orage, obligeant son
illustre occupant à revenir à Villacoublay pour changer d’appareil.
Pas
de coup de foudre en revanche – ni même de bise comme du temps de
Nicolas Sarkozy – entre le président et la chancelière. Le socialiste
français et la conservatrice allemande forment un couple de raison.
Sérieux, respectueux, cordial même, mais buté. Le premier veut remettre
en cause le dernier traité européen, négocié sur la base d’un accord
Merkel-Sarkozy. La seconde refuse absolument de dévier de la politique
de rigueur qu’elle a eu tellement de mal à faire adopter aux Vingt-sept,
et qui forme l’ossature de ce traité. Elle ne veut pas entendre parler
d’emprunts collectifs européens (les eurobonds), alors que Hollande veut
mettre le dossier sur la table dans une semaine lors du prochain sommet
de Bruxelles.
Il faut donc trouver le plus petit dénominateur commun et il est forcément à chercher dans les généralités.
Premier mot d’ordre : il faut que la Grèce reste dans la zone euro. Comment ? Personne ne sait.
Deuxième
point de convergence : Merkel et Hollande se prononcent pour la
croissance et annoncent des « propositions communes pour le mois de juin
». Lesquelles ? On verra.
Troisième consensus : « Nous voulons travailler ensemble pour le bien de l’Europe. » Plus flou, tu meurs.
Autant
de propos qui ressemblent trait pour trait à ceux que tenaient Nicolas
Sarkozy et Angela Merkel… il y a trois ans. Sarkozy réclamait, déjà, un
coup de pouce à la croissance et l’intervention directe de la Banque
centrale européenne. François Hollande reprend à son début le dialogue
entamé entre son prédécesseur et la chancelière.
Il a fallu cinq
ans, dont quatre de crise, pour que le couple Merkozy trouve son rythme.
Combien de temps faudra-t-il pour que Merkel et Hollande s’apprivoisent
à leur tour ? D’ici là, la Grèce aura peut-être explosé, et l’euro
avec. Une chose est sûre : il y aura encore beaucoup d’orages,
météorologiques, économiques et politiques à traverser. La rencontre
d’hier soir n’était qu’un round d’observation.
jeudi 10 mai 2012
Le cas de la Grèce est désespéré
François Hollande est confronté plus tôt qu’il ne l’espérait à la
crise de l’euro. Une fois de plus, c’est la Grèce qui a mis le feu aux
poudres. Les partis anti-austérité de droite et de gauche (surtout aux
extrêmes des deux camps) ont fait exploser le paysage politique, rendant
le pays ingérable. Les socialistes et la droite qui se relaient au
pouvoir depuis la chute des colonels, en 1974, et qui gouvernent en
coalition depuis la fin de l’année dernière, ont été broyés par les
électeurs. Ils ne totalisent, ensemble, que 32 % des voix. Il leur est
impossible de poursuivre la politique d’austérité imposée par la «
troïka » FMI, Union européenne et BCE. En conséquence de quoi l’aide à
Athènes a les plus fortes probabilités d’être gelée.
La crise
institutionnelle qui se greffe sur la crise de la dette donne le coup de
grâce à la politique de l’autruche pratiquée par les acteurs de ce
dossier. Non, il n’est pas possible de redresser un pays par la saignée.
Non, il n’est pas crédible de vouloir inculquer aux Grecs, en quelques
mois, les rudiments d’une administration politique inexistante depuis
des décennies. Non, les partenaires d’Athènes ne reverront jamais leur
argent.
Oui, il faut que la Grèce quitte la zone euro. Elle y est
entrée par effraction, en maquillant ses déficits. Elle paie aujourd’hui
au centuple les bienfaits qu’elle a cru retirer de ce tour de
passe-passe. L’euro est devenu son boulet. Il ressemble à un poids de
20 kilos attaché aux jambes d’un coureur déjà épuisé, qui tente de
rattraper en clopinant ceux qui le précèdent.
Le couple Merkozy a
cru éviter l’implosion en obtenant l’annulation du référendum prévu par
Papandréou l’année dernière. Paris et Berlin n’ont fait que reculer
l’échéance. Chassez les électeurs par la porte, ils reviennent (et c’est
heureux) par la fenêtre : c’est ce que les Grecs ont fait dimanche.
Alexis Tsipras, le leader de la gauche radicale arrivée en deuxième
position a demandé à rencontrer François Hollande. Les Grecs ont les
yeux de Chimène pour le socialiste qui veut renégocier le pacte de
stabilité européen. Mais Hollande, qui aura déjà beaucoup de mal à
maîtriser les paramètres économiques français, ne risque guère de leur
être utile : ce n’est pas d’une renégociation qu’ils ont besoin, c’est
d’un miracle. Et personne en Europe n’a de baguette magique. Le cas de
la Grèce est désespéré !
mardi 27 septembre 2011
Record battu
La victoire de la gauche au Sénat dépasse les rêves les plus osés des dirigeants socialistes. Ceux-ci — comme la droite d’ailleurs – envisageaient un résultat « ric-rac », dans lequel les succès de la gauche attendus dans les départements urbains risquaient d’être contrebalancés par quelques gains de l’UMP dans les départements ruraux. Calcul erroné : la progression du PS et de ses alliés est uniforme, y compris dans les secteurs regroupant de petites communes dont les élus se disent massivement apolitiques. Si l’on excepte la Moselle, où la gauche perd un troisième siège conquis à la surprise générale en 2001, à cause de la division extrême de la droite, les résultats sont une longue liste de claques à l’UMP, qui perd même la Lozère ! Le ministre centriste de la Ville, Maurice Leroy, est battu dans le Loir-et-Cher : c’est la cerise sur le gâteau socialiste.
Le résultat des municipales de 2008, déjà favorable à la gauche, a été largement amplifié. La France des élites rurales divorce à son tour d’avec la majorité présidentielle. La réforme territoriale a braqué les maires, et le style Sarkozy a joué un rôle non négligeable dans cette rupture. Les élus locaux veulent être considérés, pas bousculés. Il ne sert à rien de multiplier les visites sur le terrain, si c’est pour survoler les villages en hélicoptère sans prendre la peine de se mettre à l’écoute et de boire un verre.
La réforme territoriale était nécessaire. Comme celle des tribunaux et de la carte militaire, elle a été menée à la hussarde et a été ressentie douloureusement par la France « d’en bas ». Cette défiance a de quoi inquiéter le chef de l’État, au moment où commence la campagne électorale. Le plus grave, pour lui, n’est pas dans la perte du Sénat. La gauche a pu gouverner à trois reprises, depuis 1981, contre l’opposition de la Haute assemblée, qui n’a jamais le dernier mot dans le processus législatif. Une certitude, toutefois : le vote de la « règle d’or » est désormais totalement impossible. Mais le dossier était déjà en coma dépassé avant les sénatoriales d’hier.
Le plus tragique, pour Nicolas Sarkozy, c’est la grogne qui monte dans des couches traditionnellement acquises à la droite. Mis à part les législatives qui ont suivi son élection, en 2007, le président de la République aura perdu absolument tous les scrutins intermédiaires de son mandat. C’est un record d’impopularité.
jeudi 25 août 2011
Austérité en poudre
Le saupoudrage est une vieille recette française. En général, il est utilisé pour distribuer des subventions : les sommes sont d’autant plus minimes que les récipiendaires sont nombreux. François Fillon a montré hier que le saupoudrage fonctionnait aussi dans l’autre sens.
Son plan anti-déficit est une addition de mesures qui paraissent au premier abord moins « méchantes » que les propos alarmants des derniers jours le laissaient craindre. À y regarder de près, cependant, il y a bien un tour de vis, ou, plus exactement, de nombreux tours de vis catégoriels. On ne touche pas aux gros boulons du haut de l’édifice budgétaire, mais on ajoute des rivets un peu partout dans les coins. En d’autres termes, on fait les fonds de tiroir. Les fumeurs, les détenteurs de patrimoine, les très riches et les entreprises sont en première ligne. Les mécontents seront nombreux, mais ils sont assez dispersés pour ne pas être en mesure de constituer un front commun massif. C’est du moins ce qu’espère l’exécutif.
Ce plan sera-t-il suffisant ? À moyen ou long terme, certainement pas, car ce n’est pas de douze milliards d’économies dont la France a besoin pour résorber sa dette et pour garantir sa capacité d’emprunter à des taux raisonnables, mais de bien plus. On se demande d’ailleurs si ces douze milliards sont réalistes, car certaines mesures, telle la taxation exceptionnelle des plus hauts revenus, sont surtout symboliques. La création d’une tranche supplémentaire de l’impôt, comme en Allemagne, la suppression de la TVA à 5,5 % dans la restauration – c’est l’une des niches fiscales les plus coûteuses –, l’abrogation du « paquet fiscal » très dispendieux de 2007, auraient été mieux accueillies, à la fois par les marchés et par beaucoup de Français. Mais de telles mesures auraient obligé Nicolas Sarkozy, qui a déjà été contraint de démanteler son « bouclier fiscal », à désavouer pratiquement toute sa politique financière, ce qui est trop demander à huit mois de la présidentielle.
Le saupoudrage d’hier est un signe pour dire à tout le monde – aux investisseurs comme aux électeurs — que le gouvernement s’attelle à assainir les comptes. Le vrai plan d’austérité est pour les lendemains des élections de 2012, et il s’imposera aux vainqueurs de la présidentielle et des législatives, quels qu’ils soient. L’austérité en poudre de 2011 est un échantillon lyophilisé de celle qui nous attend.
lundi 22 août 2011
La politique du tout ou rien
Et si Eva Joly devait se contenter d’un petit 1,5 % à la présidentielle ? La question est posée dans son propre parti : Daniel Cohn-Bendit redoute que, face au danger Le Pen, le vote utile joue à fond à gauche, asséchant le réservoir des non socialistes pour garantir la présence d’un candidat au second tour. L’ancien soixante-huitard aimerait, de toute façon, qu’Europe Ecologie-Les Verts ne joue pas avec le feu, et retire sa candidate pour faire bloc face à Marine Le Pen… et à Nicolas Sarkozy.
Ils ne sont pas nombreux sur sa longueur d’onde. Lors de leurs journées d’été, chaleur aidant peut-être, les écologistes se sont montrés sûrs d’eux et dominateurs. Ils ont remisé pendant trois jours leurs profondes et multiples divisions pour adouber leur candidate dans l’enthousiasme et, aussi, pour dicter leurs conditions au Parti socialiste. Sans engagement de sortie du nucléaire, il n’y aura pas d’accord de gouvernement avec la gauche, ont-ils martelé.
Ça passe ou ça casse ! Les écologistes se basent sur leur bon score aux européennes de 2009 (16,5 %, à quelques centièmes du PS) et sur l’émotion provoquée par l’accident nucléaire de Fukushima, pour croire à leur bonne étoile.
Ils oublient plusieurs vérités au passage.
D’abord c’est le populaire Cohn-Bendit qui menait la liste aux européennes. Il est bien plus chaleureux qu’Eva Joly, qui affirme que « la douceur n’est pas une qualité présidentielle ». Ensuite, les scores écologistes ont été très en retrait aux régionales de 2010 (où les Verts avaient pourtant l’espoir de rafler l’Alsace), et encore moindres aux cantonales de 2011. Enfin, une présidentielle est le contraire d’un scrutin de liste. La « mère des élections » est une alchimie entre les électeurs et un ou une candidate. En préférant Joly à Hulot, les Verts ont fait jouer les réflexes d’appareil au détriment de la notoriété et du lien de leur champion(ne) avec les Français. Ils refusent toute concession politique, idéologique ou même tactique : c’est leur droit, mais la stratégie du « tout ou rien » se termine en général avec… pas grand-chose. Si EELV continue de se déchirer sur les hommes, comme lors du psychodrame Hulot, de tirer à vue sur ceux qui sortent la tête du rang, comme Laurence Vichnievsky, et de camper sur des exigences qui ne tolèrent aucune négociation, le parti écologiste risque fort de se retrouver les mains vides.
lundi 4 juillet 2011
La théorie du complot
La réalité est inacceptable, alors nions-la : après les attentats du 11 septembre 2001, les hypothèses les plus farfelues ont prospéré sur internet – et certaines y prospèrent toujours. C’est la CIA qui aurait organisé les détournements ; la destruction des tours jumelles aurait été provoquée non par les avions, mais par des bombes savamment placées à l’avance. Plus récemment, la mort de Ben Laden a suscité d’autres élucubrations qui se caractérisent par la négation des faits. Quand une nouvelle choque, rien de tel que la théorie du complot pour se protéger ! Dès l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, des fidèles ont parlé d’une conspiration qui aurait eu pour but d’éliminer le favori des sondages à la présidentielle 2012. Sa libération sur parole, après six semaines d’enquête, les conforte et certains parlent, aujourd’hui, « d’attentat politique ».
L’histoire fourmille, certes, de complots. D’ici à dénoncer une collusion entre la direction d’un hôtel, la police de New York et des barbouzes parisiens, il y a de la marge… et beaucoup d’audace dans les raccourcis. Tout d’abord, DSK n’a pas été innocenté, vendredi : les charges qui pèsent sur lui demeurent. En outre, on ne connaît officiellement aucune des deux versions de ce qui s’est passé dans la suite du Sofitel : ni la femme de ménage, ni DSK ne se sont exprimés directement devant les médias. On reste sur le terrain mouvant des « fuites » de l’enquête, des intox des avocats des deux parties et des informations livrées au compte-gouttes par le parquet. Avant de parler de conjuration, laissons donc la justice faire son travail, d’autant qu’elle est plus rapide aux États-Unis qu’en France. La prochaine audience est fixée au 18 juillet.
Pour les fidèles de DSK, la théorie du complot n’est pas seulement une façon de laver l’honneur de l’homme. L’enjeu est avant tout politique, car si cette thèse progressait, elle entrouvrirait la porte d’un retour dans la bataille présidentielle. Comme l’a résumé hier Martine Aubry, personne n’oserait opposer un quelconque calendrier à Dominique Strauss-Kahn s’il décidait de concourir à la primaire. Problème : l’appétit sexuel hors normes de DSK et son goût du luxe sont désormais de notoriété publique. Et ils ne cadrent pas du tout avec le profil d’un vainqueur de l’élection suprême. Le retour de DSK ne pourrait que compliquer encore une donne déjà très confuse au Parti socialiste.
lundi 23 mai 2011
Une ombre plane…
Si personne n’a aperçu Dominique Strauss-Kahn depuis son placement en résidence surveillée, son ombre est omniprésente, obscurcissant encore plus les primaires socialistes qui s’annonçaient déjà peu lisibles. DSK a démissionné du FMI, ce qui a le mérite de clarifier sa succession à la tête de l’institution. Il n’a rien laissé transparaître, en revanche, sur sa candidature à la candidature socialiste. Y croirait-il encore ? La guerre psychologique menée par son avocat Ben Brafman, qui assure qu’il sera acquitté, entretient peut-être dans un coin de sa tête l’idée qu’il pourrait être innocenté dès le 6 juin, date de sa prochaine comparution. Il ne serait pas hors-délai, alors, pour concourir ; mais franchement, cet espoir est irréel. Un, parce que la cohorte de détectives privés chargés de fouiller la vie de la victime présumée du Sofitel n’est qu’au début de sa battue. Deux, parce que les révélations sur la vie sexuelle de DSK et sur l’immense richesse du couple qu’il forme avec Anne Sinclair ont profondément modifié son image, qui colle de moins en moins avec l’idée que l’on peut se faire d’un homme de gauche.
Avant son arrestation déjà, il jouait dans le clair-obscur, multipliant les signes et les opérations de com’ sans franchir le pas. Le voici mué en fantôme. On peut comprendre son silence sur les accusations dont il est la cible. Son mutisme quant à ses ambitions politiques est plus étonnant. Il semble signifier : « Après moi le déluge. »
Pendant que les New-Yorkais font du tourisme pénitencier devant l’immeuble où DSK est assigné à résidence, les socialistes français tentent, encore abasourdis, de relancer la machine des primaires. Martine Aubry semble décidée (ou contrainte) à se présenter. Elle a eu une passe d’armes télévisée à distance, hier, avec François Hollande. La patronne et l’ex-patron du PS bénéficient tous deux de la mise hors jeu de Strauss-Kahn, ce qui n’est pas fait pour pacifier le parti.
Voici dix jours se dessinait une « finale » DSK-Hollande, et le second, encore distancé, réduisait l’écart sur le premier. Aujourd’hui Hollande est le mieux placé, mais Martine Aubry est loin d’être « larguée ». Et n’oublions pas Ségolène Royal, qui mène une campagne active sur le terrain, et que l’on aurait tort d’enterrer prématurément. Le Parti socialiste n’échappera pas à un combat des chefs.
jeudi 19 mai 2011
La vérité mise aux voix
Selon un sondage CSA pour BFM-TV, RMC et 20 Minutes (*), la plupart des Français (57 %) estiment que Dominique Strauss-Kahn est victime d’un complot, contre 32 % qui rejettent cette thèse. Ce résultat contredit l’opinion, parfois étayée par d’autres « baromètres », que les Français auraient, globalement, une mauvaise opinion de leurs hommes politiques.
Dans cette affaire, la tentation pourrait être grande de jeter l’opprobre sur un haut responsable français de dimension internationale, impliqué, qui plus est, dans des politiques économiques des plus rigoureuses, donc impopulaires. Au lieu de cela, la majorité des citoyens, d’après l’échantillon interrogé, dédouane donc le suspect et lui manifeste sa sympathie. En fait, cette enquête est cohérente avec tous ces sondages qui faisaient de M. Strauss-Kahn le favori du scrutin présidentiel de 2012.
Mais elle n’a pas d’autre signification. En matière de consultations, passe encore de demander au public si l’équipe de Bémol va battre celle de Bécarre ; cela s’appelle un jeu de pronostics. Mais lui demander, comme cela arrive, si la guerre va éclater entre deux pays voisins permet, au plus, de mesurer le niveau d’inquiétude des gens, mais ne détermine pas comment l’histoire va évoluer. En matière pénale, les sondages ne nous disent rien non plus de la vérité qui est recherchée. Certes, la justice est rendue au nom des peuples, à travers les jurés. Mais ceux-ci ne se prononcent qu’après avoir vécu tout un procès ; reçu les arguments de l’accusation et ceux de la défense ; écouté des réponses à des questions précises ; vu, entendu et peut-être ressenti le ou les justiciables. Ce qui ne les met néanmoins pas à l’abri d’une erreur de jugement.
Dans l’affaire DSK, force est de rappeler qu’à ce stade des événements, et à notre niveau, nous ne savons rien. Il n’y a pas d’autre mot. Cela est maigre pour se forger une opinion.
(*) Sondage réalisé par téléphone, le 16 mai, auprès d’un échantillon national représentatif de 1007 personnes âgées de 18 ans et plus, dont ont été extraites 838 personnes inscrites sur les listes électorales en France selon la méthode des quotas, après stratification par région et catégorie d’agglomération.
Fossés franco-américains
Dominique Strauss-Kahn menotté. Les images ont choqué en France. Pas aux États-Unis, où la compassion n’est pas, comme de ce côté de l’Atlantique, pour le directeur général du FMI mais pour la femme de chambre qui l’accuse d’agression sexuelle et de tentative de viol. Le cas DSK est révélateur de nombreux fossés entre l’Amérique et nous…
Fossé judiciaire : là-bas, les célébrités ne sont pas traitées avec plus de mansuétude que les citoyens ordinaires ; elles le sont même plus durement quand on leur impute des délits, des crimes ou tout simplement des écarts sexuels. Souvenons-nous de l’affaire Clinton !
Les Français sont les premiers à se plaindre d’une justice à deux vitesses, sévère avec les pauvres, tendre avec les puissants. Étrangement, c’est le VIP qui touche leur cœur quand il est arrêté sur des charges pourtant très lourdes. Dominique Strauss-Kahn est présumé innocent, pas plus, ni moins, que la jeune femme qui affirme avoir été agressée. Faut-il la passer par pertes et profits sous prétexte que le FMI perd un patron irremplaçable (tout le monde l’est) et que le PS est privé de son champion ?
Fossé politique : la police et la justice américaine seraient-elles à ce point incompétentes qu’elles sauteraient à pieds joints dans le piège d’un prétendu « complot international » ? Les séries américaines sont très prisées en France. À la télévision elles font passer de bons moments. Quand elles deviennent réalité, et quand, de surcroît, le rôle principal, mais peu glorieux, est tenu par un Français, elles scandalisent ou inquiètent.
Fossé culturel enfin : pays latin, la France s’arc-boute sur le tabou de la vie privée, tout en considérant avec indulgence – et d’un œil grivois — les frasques de ses dirigeants. Comme si les « exploits plumardiers » de la France d’en haut rejaillissaient sur l’ensemble de ses mâles. Les Anglo-Saxons, eux, sont à la fois prudes et inquisiteurs. Ils prônent la morale par l’exemple. C’est hypocrite ? Sans doute. Chez nous on préfère le cynisme, voire le sexisme. Les deux visions sont irréductiblement antagonistes.
Qui a raison ? Qui a tort ? En l’espèce, la réponse n’est pas subjective, mais dépend des résultats de l’enquête et du procès qui visent Dominique Strauss-Kahn. De quelque côté des fossés franco-américains que l’on se place, il n’y a qu’une solution, c’est de laisser la justice suivre son cours.
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