TOUT EST DIT

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lundi 9 juin 2014

Pense-bête à l'usage de la droite


La boussole inversée est l'une des grandes spécialités médiatiques. Quand elle annonce le nord, c'est que le cap a été mis sur le sud. Et inversement. Ces temps-ci, elle s'en donne à coeur joie sur la crise de l'UMP, dont elle annonce la mort prochaine.
L'UMP est morte, vive l'UMP ! Sous la férule d'une bande de Pieds nickelés cyniques et cupides, le parti de la droite parlementaire était en train de s'étioler, pour le plus grand bénéfice du FN, comme on a pu le constater aux élections européennes. Le clanisme mène à tout à condition d'en sortir. Mais M. Copé s'y enclouait, sur fond de surfacturations ou de fausses factures.
Une bonne nouvelle pour la droite, une mauvaise pour Mme Le Pen et M. Hollande : c'est ainsi que l'on peut résumer ce qui s'est passé, la semaine dernière, à l'UMP. À l'heure où la relance de ce parti devient enfin possible, on se frotte les yeux quand on entend Mme Morano dénoncer l'"illégitimité" du triumvirat Fillon-Juppé-Raffarin, désigné pour expédier les affaires courantes après la démission de M. Copé, qui s'était autoproclamé président alors que, malgré sa triche organisée, les résultats de l'élection interne le donnaient perdant. De peu, mais perdant.
La droite est en voie de résurrection, n'en déplaise aux oiselles ou oiseaux de malheur. Parce qu'elle a, comme la nature, horreur du vide, la démocratie a besoin de remplir au plus vite l'espace grandissant des opposants au pouvoir socialiste. Si elle ne commet pas d'erreurs, l'UMP, débarrassée de ses mauvais génies, devrait rapidement combler son retard sur le FN. Elle a plus d'un atout dans sa manche.
Les jérémiades sont malvenues quand, comme elle, on a au moins trois candidats sérieux à la présidence. Récapitulons, par ordre alphabétique. D'abord, François Fillon, qui a un handicap de popularité à rattraper mais qui, le sourcil pompidolien en prime, incarne un dessein économique et une volonté de redressement. Ensuite, Alain Juppé, grand blessé de la politique, couturé de partout, dont l'étoile ne cesse de grandir et qui a pris une stature de "père du peuple". Enfin, Nicolas Sarkozy, ce cocktail d'énergie et de charisme que l'on sait, qui joue les Arlésiennes en agitant ses marionnettes dans la coulisse. Avant de retourner dans l'arène, s'il y retourne vraiment, il faudra toutefois qu'il songe à faire le tri entre ses amis ou alliés qui sentent trop souvent le soufre : Mme Balkany ou MM. Guéant, Buisson, Copé et consorts. S'il arrivait malheur aux trois impétrants susdits, l'UMP pourrait encore aligner une personnalité comme François Baroin, le fils putatif de M. Chirac, qui fait l'unanimité des ténors.
Autant de candidats d'envergure, c'est une force. À condition que la droite tire les leçons du fiasco historique du 25 mai 2014 et entame le travail de fond qu'elle n'a toujours pas commencé. Au cas où la droite oublierait sa liste de courses, voici un pense-bête pour l'aider à réfléchir à sa refondation :
Ne plus avoir peur d'elle-même dans un pays que tout affole, même son ombre. Préparer dès maintenant les réformes de fond qui, adoptées dans les cent premiers jours de l'alternance, permettront de redonner au pays confiance en lui-même et de le remettre d'équerre sur les finances, la fiscalité ou l'éducation. En attendant, que la droite n'oublie surtout pas de se souvenir de sa lourde part de responsabilité dans le délabrement financier et industriel constitutif du déclin français.
Redéfinir le rôle de l'État qui, à force d'engraisser, est devenu à la fois trop faible et trop puissant. L'État, dont l'économiste libéral Frédéric Bastiat écrivait joliment en 1848 qu'il est "la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde". La droite ne peut faire l'économie d'une réflexion sur cette question.
En finir avec l'opposition perroquet, qui amène la droite à vitupérer systématiquement le pouvoir socialiste, y compris quand il va dans la bonne direction (baisse des dépenses publiques, pacte de responsabilité, refonte territoriale, interventions militaires au Mali ou en Centrafrique, etc.). Le pays est dans un tel état, économique et psychologique, que le patriotisme devrait être de mise.
Rompre avec la stratégie de l'"homme providentiel" qui, pendant la campagne électorale, enfume son monde avant de s'asseoir, sitôt élu, sur son tas de promesses, au nom d'un principe cher à l'historien allemand Oswald Spengler : "Le génie politique d'une foule n'est que sa confiance dans le commandement (1)." Ce sont ces trahisons à répétition des politiciens traditionnels qui ont rempli la panse du FN.
Nettoyer les écuries d'Augias, en commençant par chasser les remugles de tripot qui, après le fléau Copé, flottent dans les cuisines de l'UMP et déshonorent la politique. Alors que le FN frappe à la porte du pouvoir, il était temps que l'opposition passe de l'ère des hommes (ou femmes) de main à celle des hommes (ou femmes) d'État.
1. Le déclin de l'Occident.

vendredi 21 février 2014

Les leçons de Schopenhauer à M. Hollande


Le philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860) avait tout pour être français, notamment une liberté d'esprit et un pessimisme noir grâce auxquels il écrivit plusieurs livres plus ou moins réjouissants, dont le célèbre Art d'être heureux (1), toujours d'actualité.

On en a plus que besoin : la politique française est devenue une maison de fous. Quand elle ne tourne pas autour de Dieudonné, elle s'enflamme autour du premier fait divers venu ou d'un livre pour enfants, "Tous à poils !", dont on ne comprend pas en quoi il mériterait la mise à l'index préconisée avec indignation par M. Copé. Mystère.
À croire que tout est bon pour ne pas parler des choses importantes, celles qui concernent l'avenir du pays et qui se jouent en ce moment : si M. Hollande a vraiment changé de cap, ce qui semble être le cas, il est temps qu'il agisse pour mettre ses actes en conformité avec son discours, que toutes les forces vives débattent de la nouvelle politique à mener et que l'opposition ajoute, comme il se doit, son grain de sel.
Au lieu de quoi le psychodrame français continue, au rythme d'un scandale, faux ou pas, par jour. Du calme ! Plutôt que de péter les plombs, les Français et leurs élus seraient bien inspirés de suivre au plus vite quelques-unes des "cinquante règles de vie" de "L'art d'être heureux", d'après Schopenhauer.
1. La vie est une longue désillusion que la mort abrège. Nous arrivons au monde, pleins de rêves de bonheur et de jouissance qui s'avèrent rapidement chimériques. C'est pourquoi la première règle est de chasser du présent nos douleurs et nos souffrances en cessant de nous préoccuper d'un destin qui peut à tout moment nous tomber dessus, sur les bras et "même sur le nez". S'il a au moins l'avantage d'ouvrir les yeux des myopes, le catastrophisme ne mène nulle part, à condition d'en sortir.
2. Évitons comme la peste la jalousie, qui nous détourne des vraies questions. Elle est de toutes les époques et de tous les continents, mais elle est notre plaie, à nous autres Français, toujours trop sensibles à ses sirènes. Elle est la mère de l'antiaméricanisme, de la germanophobie ou, ces dernières années, de la sinophobie. Au lieu de tirer des leçons de nos échecs, la bien-pensance socialisante ne cesse d'en donner aux pays qui réussissent sous prétexte qu'ils céderaient à l'affreux libéralisme. Contemplons, dit Schopenhauer, ceux qui vont plus mal que nous plus souvent que ceux qui vont moins mal que nous.
3. "On n'apprend pas à vouloir", disait Sénèque. Après avoir hésité, dévié ou procrastiné, l'homme doit savoir ce qu'il veut et ce qu'il peut : c'est seulement ainsi, armé de "la pleine certitude de la nécessité immuable", qu'il "montrera du caractère" et "accomplira quelque chose de juste". Premier message personnel à l'intention de François Hollande.
4. "Méditer sûrement la chose avant de la mettre en oeuvre" : mais une fois que le processus est engagé et qu'on en attend l'issue, " il est absurde de s'inquiéter en pesant tous les risques possibles". Selon Arthur Schopenhauer, il faut alors arrêter de se prendre la tête et se rassurer avec "la conviction que tout a été bien réfléchi en temps voulu". Encore un message personnel à l'intention de François Hollande.
5. Par mauvais temps, il vaut mieux "limiter le cercle de ses relations" afin de laisser "moins de prise au malheur". Sur le plan des sondages, c'est une réussite totale : les Français sont de plus en plus nombreux à se détourner du chef de l'État. Si, de surcroît, les braillards de la gauche énervée quittaient le PS, ce qu'ils n'auront au demeurant pas le courage de faire, M. Hollande serait sans doute soulagé. Plus seul mais plus heureux.
6. "Un homme qui reste serein en dehors de tous les accidents de la vie" montre qu'il considère le malheur actuel comme "une très petite part de ce qui pourra arriver". C'est l'attitude olympienne, adoptée jusqu'à présent par M. Hollande devant les avanies en tout genre.
7. Il importe de "tenir en laisse nos envies" et de savoir "dompter notre colère". Toujours selon Schopenhauer, ce qui nous rend malheureux pendant la première moitié de notre vie, c'est de croire que celle-ci a été faite pour la jouissance et le bonheur. Partir à leur poursuite est le plus court chemin qui mène au malheur. C'est pourquoi les Français sont un peuple jeune, apparemment pas prédisposé aux remèdes churchilliens du sang, de la sueur et des larmes.
Qu'elle prenne des voies schopenhauériennes ou non, il est temps que la France se réconcilie avec le bonheur, un mot, comme "bravo", dont sa langue est en train de perdre peu à peu l'usage.

vendredi 20 décembre 2013

Le Père Noël a disparu


 Le Père Noël a disparu

Longtemps, la France fut la mère patrie du Père Noël. Au point que c'était Noël tous les jours. Depuis le début des années 80, nos politiciens sont toujours arrivés au pouvoir avec une hotte remplie à ras bord de cadeaux achetés à crédit, qu'ils déversaient aux pieds des électeurs ébahis.
Ces farceurs décrétaient, contre toute évidence, que les Trente Glorieuses continueraient chez nous : de 1945 à 1973, les pays européens ont enregistré une croissance moyenne de près de 5 % l'an. Depuis que nous avons perdu le rythme, nos gouvernants de droite ou de gauche ont prétendu le retrouver, avec des relances "volontaristes" qui ont toutes lamentablement échoué.
Ces temps-ci, le Père Noël a un coup de mou : dans sa hotte, il n'y aurait plus que des avis d'huissiers et des reconnaissances de dette. Aux dernières nouvelles, il aurait quitté la France et notre Vieux Continent pour aller se faire voir ailleurs. Là où ça bouge et où les économies tournent à plein. En Chine, en Inde, en Corée, en Afrique ou au Brésil, autant de pays qui, contrairement à nous, croient en eux.
En attendant un éventuel retour du Père Noël, qu'il nous soit permis de lui présenter quelques requêtes pour que reviennent des jours meilleurs :
- Qu'on en finisse avec la gauche gnangnan, dont la dernière blague involontaire est un rapport sur l'intégration, commandé par le Premier ministre et à lui remis avant d'être sottement publié. Célébrant les "dynamiques plurielles de la société", ce texte comique a réussi à faire l'unanimité contre lui, de Hollande à Copé. Ce qu'il propose, notamment à travers le retour du voile à l'école, c'est le sabordage de la République laïque, ainsi qu'un désaveu des enseignants qui travaillent sur le terrain contre les dérives intégristes. Les auteurs de ce gribouillage infantile n'ont simplement pas compris que l'intégration passe par l'éducation, pas par la geignardise ou la compassion. Si ces élites "anti-Valls" ne croient plus au modèle républicain français, pourquoi les enfants d'immigrés y adhéreraient-ils ? On ne veut plus les entendre. Elles ont déjà fait trop de mal au pays.
- Qu'on renvoie au plus vite Mme Lebranchu dans sa chère Bretagne, où elle pourra prendre une retraite bien méritée. Au mépris de la justice et de l'équité, la ministre de la Fonction publique a décidé de supprimer le fameux jour de carence pour les fonctionnaires - jour pendant lequel un arrêt maladie n'est pas indemnisé. Une excellente mesure décidée par l'ancienne majorité, qui entendait rapprocher ainsi les conditions de travail du secteur public et du secteur privé, qui a, lui, trois jours de carence. Grâce à quoi, vient de nous apprendre une étude, l'absentéisme a chuté de 43 % dans la fonction publique territoriale, où il atteignait jusqu'alors des niveaux hallucinants. Merci, le pouvoir précédent. Malgré ça, Mme Lebranchu tient bon sur sa décision en nous servant des explications vaseuses. N'est-ce pas la preuve qu'elle considère les salariés du privé comme des citoyens de troisième zone, alors qu'ils sont déjà payés 12 % de moins que ceux du public ?
- Que les "néocons", autrement dit les néo-conservateurs souverainistes, mettent une sourdine à leur antieuropéanisme primaire. Il est urgent de réinventer l'Europe, tout le monde est d'accord là-dessus. À condition de ne pas la faire sauter pour retourner se pelotonner derrière les barbelés des frontières : on a vu où ça menait. Aujourd'hui, la tendance est d'imputer toutes nos difficultés au bouc émissaire européen. C'est lui qui, sous la férule de l'hydre allemande, nous imposerait une austérité à laquelle nos folies budgétaires passées nous ont condamnés. Une irresponsabilité de gauche comme de droite, qui menace désormais nos démocraties (1) en attisant le chauvinisme. "Le nationalisme, c'est la guerre", disait François Mitterrand, qui faisait partie de ceux, nombreux, qui s'étaient exclamés : "Plus jamais ça !" sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale. Le nationalisme n'est pas une solution. C'est un symptôme, celui de notre déclin économique et moral. Il faut donc le manipuler avec précaution et le consommer avec modération, à un moment où des pans entiers du pays, des classes moyennes en perdition aux classes populaires parties en vrille, ne savent plus bien où ils habitent. Puissent nos hommes (ou femmes) d'État, il en reste encore, ne pas flatter nos plus bas instincts en surfant sur la vague populacière.
Il y aurait encore plein de requêtes pour le Père Noël, mais nous voici arrivé au terme du lignage imparti. S'il se décide à repasser par chez nous, il aura en tout cas beaucoup de travail.
Bonnes fêtes !

1. Cf. l'excellent livre d'Alain Lambert, Déficits publics, la démocratie en danger (Armand Colin), qui nous raconte par le menu la spirale de l'endettement et des déficits.

vendredi 6 décembre 2013

France, ton école fout le camp !

France, ton école fout le camp !


"Souriez-vous les uns les autres." L'ambiance est devenue si lourde, dans le pays, qu'il y a de plus en plus de bons esprits pour reprendre à leur compte la célèbre formule de Mère Teresa.
Tel est le credo des bien-pensants de la hollandie. De quelques mal-pensants aussi. Du positif ! Du positif ! réclament-ils en sautant sur leur chaise comme des cabris. Ils rêvent tous d'une France qui recommencerait à s'aimer comme c'était le cas il y a encore quelques décennies, quand elle avait le sentiment que le monde entier l'écoutait et la regardait.
Mais chassez le naturel, il revient toujours : sourire n'est pas français. Du moins depuis plusieurs années. Nous ne sommes pas seulement des Italiens de mauvaise humeur, comme disait Cocteau. Nous sommes aussi, depuis l'Occupation, des as de la lettre anonyme et l'autodénigrement est devenu, avec le "blogofiel", un sport national. On s'en veut de n'être plus à la hauteur de notre glorieux passé.
La dernière enquête Pisa de l'OCDE est une nouvelle occasion de nous désoler. Évaluant les cycles éducatifs sur le plan international, elle montre que la France recule encore dans le palmarès mondial des élèves. Ce n'est pas la chute annoncée, non, mais une baisse de forme qui nous relègue dans la moyenne, loin derrière les champions d'Asie. La faute à qui ou à quoi ?
Les "néocons", perroquets de la pensée dominante, nous diront que c'est à cause de l'euro, de l'Europe, du libéralisme, de l'austérité ou de ce capitalisme atroce qui suce le sang des enfants. Les autres dénonceront les enseignants qui n'en peuvent mais, ou bien les technocrates de l'OCDE au service de la mondialisation.
Au lieu de nous replier dans le déni ou de chercher à couper la tête des annonciateurs de mauvaises nouvelles, rebaptisés déclinologues, nous ferions mieux de nous attaquer enfin aux vraies causes de notre lente dégringolade dans les classements internationaux.
Trop d'égalitarisme tue le principe d'égalité. Nous autres Français n'arrivons pas à accepter que, si nous sommes tous égaux, certains le sont, du moins sur le plan des études, plus que d'autres. Malgré les efforts méritoires d'hommes comme Xavier Darcos, le "modèle éducatif français" reste un échec. Une machine à fabriquer de l'exclusion. Ce n'est plus seulement Le Point qui le dit, mais aussi, hosannah, le ministre de l'Education nationale.
Bienvenue au club. Le constat de Vincent Peillon est sans appel. Selon lui, la France "est le pays dans lequel les inégalités sociales et scolaires s'aggravent le plus. On laisse sur le côté 25 % de notre jeunesse". Heureux d'entendre cette vérité proférée par une bouche officielle. "En France, par rapport à 2003, confirme le Pisa, il y a à peu près autant d'élèves très performants, mais surtout beaucoup plus d'élèves en difficulté, ce qui sous-entend que le système s'est dégradé par le bas."
Que faire ? Si c'est pour embaucher encore une fournée de 60 000 enseignants supplémentaires, comme en 2012, la cause est perdue d'avance. Tant il est vrai que notre système est vicié à la base : nous réussissons le tour de force de dépenser plus que l'Allemagne ou la Grande-Bretagne en payant nettement moins nos enseignants, il est vrai beaucoup plus nombreux.
La solution : dépenser non pas plus, mais mieux, en rééquilibrant en faveur du premier degré, qui, chez nous, est désavantagé par rapport aux pays comparables. Sans oublier de réformer et de revaloriser la condition enseignante.
Si nous avons eu tout faux, c'est à cause d'une conception uniquement dépensière de la politique. Du christianisme nos politiciens irresponsables n'ont retenu que le mythe de "la multiplication des pains". L'idéologie du "servez-vous, il y en aura pour tout le monde". A quelques exceptions près, ils appartiennent le plus souvent, à droite comme à gauche, au premier parti de France, le parti laxiste.
Plus l'État dépense, plus il embauche, moins l'intendance suit, et dans le cas du mammouth de l'Éducation nationale, c'est un euphémisme. Ce qui s'y passe est un cas d'école. Une sorte d'apologue démontrant que, contrairement à ce que pensent nos gouvernants, on ne dissout pas les problèmes en les noyant sous l'argent public.
Au lieu de s'en navrer, les thuriféraires du "modèle social français" se félicitent qu'il y ait en France deux fois plus de fonctionnaires sur 1 000 habitants qu'en Allemagne pour un service à peu près équivalent, comme le reconnaissait M. Hollande lui-même lors de sa conférence de presse de l'an dernier. Trop longtemps, quand un problème se posait, au lieu de réformer ce qui devait l'être, nos dirigeants augmentaient automatiquement les dotations budgétaires, avec les déplorables résultats que l'on sait.
De même que les chiens ne font pas des chats, les pessimistes ne font pas des optimistes. Le rapport Pisa nous apprend que la France est l'un des pays où les élèves font le moins preuve de persévérance et où le niveau d'anxiété reste le plus élevé au monde. Un jour, il faudra peut-être instituer des cours de bien-être, mais il n'est pas sûr que l'on trouve des professeurs chez nous...

lundi 18 novembre 2013

Quand M. Copé s'en ira, la droite se réveillera


La gullivérisation est en marche, rien ne l'arrêtera : le président de la République rapetisse à vue d'oeil sur son piton élyséen raboté par le vent, sous les seaux de boue qui lui tombent dessus, tandis que, partout autour de lui, les orages beuglent comme des taureaux.
François Hollande juge-t-il la France tellement ingouvernable qu'il a décidé de ne pas la gouverner ? En tout cas, il attend. Le retour de la croissance, l'inversion des courbes, Godot, les Tartares et Dieu sait quoi encore. Sans jamais se départir d'une sorte de placidité stoïque et résignée.
C'est le temps des huées, des sarcasmes ou des apostrophes.Et nos chers lettrés de convoquer l'Histoire, en citant notammentGeorges Clemenceau, qui disait en 1919 : "Le mal dont nous souffrons est moins dans l'insuffisance des moyens d'action que dans la carence des caractères." Ou encore le même qui jugeait ainsi Poincaré en 1924 : "On pouvait espérer quelque chose de lui. Il sait lire et écrire. Il a entendu parler d'une espèce de chose qui s'appelle la France. Tout cela n'a donné que du néant."
Le président pourra-t-il tenir encore longtemps, calme et droit, dans ce climat de plus en plus délétère ? Il a certes quelques petits atouts. D'abord, même si, dans l'hystérie actuelle, cette assertion nous vaudra un déluge de lettres furibondes, il faut convenir que M. Hollande est pourvu d'une vive intelligence non dénuée de lucidité, ce qui rend son cas encore plus troublant.
Ensuite, toujours dans le même registre, le président est doté d'une grosse capacité d'encaisse et d'une humeur égale, toujours imprégnée d'optimisme, ce qui le rend assez insubmersible par gros temps. Enfin, malgré son abyssale impopularité, il a la chance d'avoir en face de lui des adversaires de droite ou de gauche qui sont souvent inexistants quand ils ne font pas preuve d'une stupidité sidérale.
Logiquement, en démocratie, quand le pouvoir dérouille, c'est l'opposition qui récolte, selon le bon vieux principe des vases communicants. Eh bien, non, à en croire notre dernier baromètre mensuel réalisé par Ipsos, ce n'est pas le cas. Le rejet de la gauche s'accompagne toujours d'un rejet de la droite. Les chiffres sont même accablants.
Comment l'UMP a-t-elle réussi ce tour de force de rester impopulaire face à un pouvoir en vrille ? M. Copé a une responsabilité historique : après avoir perdu l'élection interne de son parti, il n'a pas hésité à en accaparer la présidence qu'il avait pourtant perdue, certes de peu, mais bel et bien perdue. Du Mobutu pur sucre. N'ayant ni le crédit ni la légitimité pour mener l'opposition, il est en train d'étouffer son mouvement avec une stratégie de Machiavel de tripot.
Alors que l'UMP devrait avoir le vent en poupe, M. Copé l'a transformée en Fort-Apache, une sorte de version à la française du Tea Party, qui, après avoir fait le jeu d'Obama, vient d'essuyer une série d'échecs retentissants aux dernières élections américaines. Il emmène donc la droite dans le mur avec la complicité d'un petit clan d'obligés et de médias enamourés qu'il sait traiter.
Sans parler de MM. Fillon ou Juppé, en réserve de la République, la droite a l'un des meilleurs viviers de nouveaux talents depuis des générations avec les Pécresse, Kosciusko-Morizet, Keller, Baroin, Wauquiez, Le Maire, Bertrand, Estrosi et on en passe. Apparemment, ils sont de trop. Pas question de les laisser se déployer. Allez, ouste, du balai, il ne faut surtout pas qu'ils fassent de l'ombre à... la sulfureuse Mme Tabarot, l'impensable bras droit de M. Copé !
Un vrai chef de la droite devrait rassembler son camp et parler aux Français en leur apportant des propositions sérieuses pour redresser notre pays. Force est de constater que l'UMP fait exactement le contraire, à croire que M. Copé roule pour M. Hollande et Mme Le Pen. Inconsciemment, cela va de soi.
Hollande de la droite sur le plan de la popularité, M. Copé a la même attitude que le président. Il parle et, surtout, il attend. Des sondages moins exécrables, une hypothétique chute du FN, l'effondrement de tous ses rivaux, grands ou petits, M. Sarkozy compris. Objectif auquel il travaille d'arrache-pied et en catimini. L'homme ne manque pas de qualités. Il a pour lui la niaque, l'énergie, la volonté. Mais il lui manque l'essentiel : le recul et l'âme d'un chef, capable d'élever ses yeux du ras du sol.
S'il avait le sens du sacrifice et de l'intérêt national, M. Copé laisserait rapidement la place à une équipe neuve et ouverte pour sortir par le haut des querelles de personnes et tenter de construire une alternative à la gauche. Sinon, l'avenir de la droite pourrait se retrouver, à plus ou moins brève échéance, en dehors de l'UMP verrouillée par les perroquets lugubres de son actuel "président".
Quand il n'y a pas d'alternative, il n'y a pas d'alternance. Quand il n'y a pas d'alternance, la démocratie est en déliquescence, pour le plus grand bonheur des populistes ou des extrêmes. Pour avancer, un pays a besoin d'une droite et d'une gauche en état de marche. On ne peut pas dire, hélas, que ce soit le cas aujourd'hui.

samedi 2 novembre 2013

M. Hollande et la gauche foutraque

M. Hollande et la gauche foutraque


Le pouvoir, c'est exactement le contraire de la vie telle que la définissait si joliment Jean Giono, notre panthéiste national : "C'est de l'eau. Si vous mollissez le creux de la main, vous la gardez. Si vous serrez les poings, vous la perdez"(1). Tous ceux qui connaissent la vie savent qu'elle échappe très souvent à ceux qui ont peur de la perdre.
L'erreur de François Hollande est de rarement serrer les poings. Le président confond le pouvoir et la vie : c'est sa tragédie. Quand il hésite ou fait des pas de deux, on ne sait jamais bien si c'est du calcul, de la gentillesse, de la faiblesse ou de la procrastination. Au point que beaucoup de Français ont aujourd'hui le sentiment que la maison n'est plus tenue.
Que n'a-t-il fait carrière en Europe du Nord ! En Suède ou en Norvège, M. Hollande serait sans doute à l'unisson du peuple : comme l'Allemagne du dernier après-guerre, ce sont des pays qui s'accommodent du pouvoir pourvu qu'il soit modeste. Ils n'aiment pas les poses ni les éclats de voix ni les effets de manches, alors que nous autres Français sommes un peuple monarchiste et guillotineur, bonapartiste et éruptif, voire émeutier. Sans oublier un faible pour la gloriole ou la fanfaronnerie, qui ne sont certes pas le fort du président. Chez nous, Mme Merkel n'aurait pu connaître de tels triomphes.
Avec son jugement de Salomon dans l'affaire Leonarda, M. Hollande a donné une image caricaturale de lui-même. L'obsédé de la synthèse. Le petit mitron de la carpe et du lapin. Le pâtre des moutons, des loups, des coqs et des renards. L'homme qui veut être le point centripète d'une gauche soumise à des forces de plus en plus centrifuges, entre les Bisounours à la Duflot ou Taubira et les réalistes façon Valls ou Moscovici. On dirait un curé bénisseur qui chercherait à concilier les catholiques et les huguenots à feu et à sang, en pleine guerre de religion.
Pour lui pourrir son quinquennat, Mme Aubry avait laissé en héritage à François Hollande une majorité avec un gros ver dedans, celui de la gauche foutraque. L'ancienne première secrétaire donna ainsi des brouettes de circonscriptions aux petites frappes de l'écologie politicienne. Sans parler des nombreux agités du bocal du PS, comiques troupiers du socialisme, qui ne font plus rire personne, pâles copies de Jean-Luc Mélenchon, dont ils n'ont ni la verve ni le talent. Autant de bombes à retardement. Elles peuvent exploser à tout moment. Faites les comptes : sans eux, le gouvernement n'a plus de majorité à l'Assemblée nationale. C'est pour ne pas se les braquer que le président semble si souvent changer de pied.
Avec tant de gigotements à donner le tournis et une impopularité qui se creuse au point qu'elle devrait vite l'amener, au train où vont les choses, de l'autre côté de la terre, M. Hollande peut-il reprendre la main ? Il est une vieille règle qui stipule que c'est quand les politiciens sont morts qu'ils finissent par renaître, surtout quand on les a enterrés. Si on regarde les perspectives économiques, on a peine à croire qu'elle puisse s'appliquer au président.
Les courbes de nos finances ont des airs de spirales infernales : l'an prochain, les dépenses publiques vont ainsi progresser de 20 milliards d'euros en valeur absolue, alors que les prélèvements obligatoires augmenteront de 25 milliards. Comment l'économie pourra-t-elle repartir dans ces conditions ? Même si l'Etat prétend se soumettre à une petite diète, la réalité des chiffres est accablante.
Le choc fiscal a provoqué tous les effets prévus, dont le moindre n'est pas une baisse de régime et d'énergie chez la plupart des entrepreneurs. A court terme, c'était peut-être moins dangereux pour le pouvoir que de baisser les dépenses publiques, dont la hausse vertigineuse, causée par l'avidité compulsive d'un Etat jamais repu, fait dérailler notre économie. A moyen terme, sur le plan économique, c'était le contraire de ce qu'il fallait faire.
Il n'y a que les prétendus économistes atterrants et archéomarxistes du PS qui croient qu'en matière fiscale 1 + 1 = 2. Il faudrait leur apprendre aussi l'humain : comme le dit la célèbre maxime, encore vérifiée à cette occasion, trop d'impôt tue l'impôt. Parce qu'il démoralise et démobilise, générant donc moins de richesses. L'économie n'est pas seulement une question d'arithmétique. Pour preuve, après ce choc, nos recettes fiscales supplémentaires ne seront que de 15 milliards, à peine la moitié de ce qui était annoncé.
Si le pays continue à dégringoler la pente sur laquelle il glisse depuis 1981, il ne restera plus qu'une solution à M. Hollande : dissoudre l'Assemblée nationale. Le scénario : la gauche perdrait les élections législatives qui suivraient, laissant le pouvoir à une droite divisée et pas encore reconstruite, ce qui ouvrirait la voie à une nouvelle candidature en 2017 du président sortant, lequel se présenterait alors comme le meilleur rempart contre le FN.
M.Hollande peut même être condamné au scénario de la dissolution. Cette année, on peut encore penser, même si ce n'est pas tout à fait sûr, que sa gauche foutraque votera le budget. Mais l'année prochaine ?
1. Cf. "Hortense ou l'eau vive"

vendredi 1 novembre 2013

De l'air ! De l'air !

De l'air ! De l'air !


Il faut se méfier des bonnes intentions. La preuve, le gouvernement n'en manquait pas et, pourtant, rien ne va plus. En décidant de réduire les déficits par des hausses d'impôts plutôt que par la réduction des dépenses excessives de notre poussah étatique, il a creusé lui-même le piège où il est tombé, dans un climat de jacquerie fiscale.
Souvent, quand sonne l'heure de la retraite, on ne recule devant rien, pas même le ridicule. C'est apparemment le cas de ce gouvernement. Au trente-sixième dessous, il ne peut que se raccrocher à des formules de notre grand philosophe - et humoriste - national, comme celle-ci : "Rien n'est jamais perdu tant qu'il reste quelque chose à trouver" (Pierre Dac).
Comment ridiculiser à tout jamais l'angélisme de gauche ? On dirait que c'est la tâche à laquelle s'est attelé le gouvernement. Avec courage et détermination. Pas un matin où il ne lance, avant de la remballer, une nouvelle réforme plus ou moins foireuse ou même judicieuse, cela arrive. Résultat : les Français ont de plus en plus le sentiment d'habiter un bateau ivre sur une mer démontée.
Quand c'est tous les jours tempête et que les éléments se déchaînent, les communications ne fonctionnent plus. Ni à l'intérieur du navire national ni avec l'extérieur. Sinon, ça se saurait et le gouvernement aurait déjà tiré les leçons des succès économiques allemand, suédois, canadien ou, depuis peu, de la résurrection de la Grande-Bretagne, qui, après une drastique cure d'austérité, est en train de renouer, non sans insolence, avec la croissance.
Pardonnez de donner en exemple le modèle britannique, qualifié par nos chers médias d'"ultralibéral", ce qui, en France, vaut condamnation et relèvera bientôt judiciairement, au train où vont les choses, d'incitation à la haine. Que la Grande-Bretagne, qui vit sa vie en dehors de la zone euro, ait pu profiter aussi d'une politique monétaire plus souple que celle de la BCE, cela donnera au moins un os à ronger aux cagots du souverainisme et du protectionnisme, maladies séniles des peuples fatigués.
L'affaire de l'écotaxe est un symptôme. Celui d'un pouvoir qui, sous l'influence d'économistes socialistes comme Thomas Piketty, comique d'escalier, prétendait relancer la croissance en faisant suer le burnous. Son credo : plus vous accablez la machine d'impôts, plus vite elle repartira. On a vu le résultat.
Le principe de l'écotaxe date de 2009, quand, dans la foulée du Grenelle de l'environnement, le gouvernement Fillon décida d'instaurer une taxe pour les poids lourds. Une des rares décisions du pouvoir précédent reprise à son compte par M. Ayrault : c'est normal, c'est un impôt et, on l'a compris, les socialistes en raffolent.
Pour que les bornes soient franchies, l'écotaxe était venue s'ajouter à la mitraille des nouveaux impôts qui, ces temps-ci, tombaient sur la France comme à la bataille de Gravelotte. Une taxe qui, en moyenne, aurait coûté aux poids lourds 13 centimes par kilomètre parcouru, renchérissant de 4 % le prix du produit. Par les temps qui courent, même si elle réjouissait les petites gouapes de l'écologie politicienne, c'était évidemment une grosse bêtise que d'envoyer une nouvelle grenade fiscale en direction des entreprises. Elles n'avaient pas besoin de ça. M. Ayrault a bien fait de suspendre la mise en oeuvre de cette énième taxe.
Les limites de l'impéritie ont été dépassées quand, cherchant à gratter partout, le gouvernement a décidé de prendre des mesures fiscales rétroactives sur les PEA, les PEL et l'épargne salariale, avant de rétropédaler. Pour semer le trouble chez les épargnants, il n'y avait pas mieux. C'est en changeant sans cesse les règles qu'on déstabilisera pour longtemps les acteurs économiques. Pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, il y a eu une modification fiscale par jour. François Hollande est sur la même pente. Hollande-Sarkozy, même combat. Au moins dans ce domaine.
Pour ne rien arranger, Mme Duflot, experte dans l'art de se tirer dans les pieds, est en train de nous préparer, avec son cynisme enfantin, une pénurie de logements dans les années à venir. Il n'était pas besoin d'attendre l'étude du Conseil d'analyse économique, commandée par M. Ayrault, pour prévoir que la courtelinesque loi de la ministre du Logement aurait des résultats catastrophiques. À croire qu'elle a été rédigée de conserve par les deux Marx, Karl et Groucho. Quand on encadre trop sévèrement les loyers que perçoivent les propriétaires, ceux-ci font la grève de la location, voilà tout. On en aura une nouvelle preuve si cette loi stupide n'est pas amendée.
À ce propos, si l'écologie politicienne vous déprime - et il y a de quoi -, lisez sans attendre l'excellent livre de Maud Fontenoy, Ras-le-bol des écolos (1). Voilà une écologiste entraînante et volontariste qui, après avoir instruit le procès de ces parasites gouvernementaux, célèbre le développement durable contre le fatalisme dominant.
De l'air ! De l'air ! Voilà tout ce dont on a besoin, en cette période délétère. Comme l'écrivait Pierre Dac, "ce n'est pas parce qu'en hiver on dit : "Fermez la porte, il fait froid dehors" qu'il fait moins froid dehors quand la porte est fermée".
1. Plon.

vendredi 25 octobre 2013

La marinisation des esprits


La vague Marine annonce-t-elle un tsunami ? Le FN ne fait plus peur et le front républicain est bien mal en point : telles sont les deux leçons de l'élection cantonale partielle de Brignoles, dans le Var.
"C'est pas moi, c'est l'autre" : la gauche et la droite se rejettent mutuellement la responsabilité de la montée du FN. Il est heureux pour elles que le ridicule ne tue pas. Sinon, elles seraient déjà mortes depuis longtemps, et plusieurs fois de suite.
La France n'est pas moisie mais empéguée et démoralisée. Nuance. Si l'extrémisme et la xénophobie, maladies des peuples aux abois, sont à la hausse, il crève les yeux que la gauche et la droite qui nous gouvernent depuis plus de trente ans y sont pour quelque chose.
La gauche pavlovienne diabolise le FN en poussant le trémolo : c'est un métier. À part Manuel Valls ou quelques autres, elle refuse de reconnaître que la droite de la droite pose aussi quelques "bonnes questions", pour reprendre la célèbre formule de Laurent Fabius. Il y a sans doute pas mal de cynisme dans l'approche prétendument morale de tant de socialistes : à moins de vouloir renforcer son ennemi, rien ne sert de le combattre avec des anathèmes. Il faut simplement des solutions.
De plus, avec son sadisme fiscal et ses diarrhées législatives,la politique économique du pouvoir n'offre au pays aucune perspective autre qu'anxiogène. Bigots du dieu-impôt, nos gouvernants surtaxent à l'aveuglette pour remplir la panse d'un État-providence toujours plus gros, ce qui ne l'empêche pas de crier famine. Faut-il s'étonner, après ça, que le parti des déprimés soit désormais, avant le FN, le premier parti de France ?
La droite, elle, est en panne de stratégie, de projet, de vision. Ou bien elle court derrière le Front national au nom du principe de la triangulation, qui consiste à récupérer les thèmes des adversaires pour les asphyxier idéologiquement. Ou bien elle se contente de contrer le FN au nom de valeurs qu'elle se garde bien de définir, n'osant, par exemple, défendre à fond le dessein européen, qui, seul, peut permettre à la France d'exister encore sur notre planète mondialisée.
Pis encore, au lieu de préparer l'avenir, la droite, pourtant censée porter les espoirs d'une alternance, s'est claquemurée dans un appareil en voie de molletisation, du nom de l'ancien secrétaire général de la SFIO qui, dans les années 60, verrouillait à tour de bras pendant que la gauche dérouillait à tire-larigot. Résultat : l'UMP ne parle qu'à... l'UMP.
S'il faut chercher les parents du FN, ce serait quand même un tort de s'arrêter à la gauche et à la droite. Il y a aussi la peur de l'avenir, la nostalgie d'une grandeur passée ou la volonté de se protéger derrière des barbelés des coups de vent de la mondialisation. C'est pourquoi le phénomène est européen.
En attendant, le FN marinisé engrange. Tout lui fait ventre : l'immigration, l'insécurité, la désindustrialisation, le chômage, la corruption, les incivilités, les dufloteries, l'écotaxe, les tracasseries administratives, la hausse du prix des cigarettes, et on en passe. Sans oublier cette impression étrange d'un sol qui se dérobe sous les pieds. La lente et longue débine française n'est pas la moindre des causes de la percée lepéniste.
Dans un classique (1), l'universitaire américain Jared Diamond, physiologiste, géographe et biologiste, a montré que l'effondrement de beaucoup de civilisations passées fut provoqué par des dommages environnementaux qui ont déclenché en chaîne des pénuries, des famines, puis des guerres. Nous n'en sommes pas encore là, mais au stade du mal à l'âme : il y a bien quelque chose de métaphysique dans le sentiment de déclin qui envahit notre Vieux Monde en général et la France en particulier.
Un déclin généré notamment par ce mélange de fatigue et de fatalisme qui, à quelques exceptions près, affecte nos gouvernants depuis si longtemps. Il n'est de jour où ne tombe une mauvaise nouvelle qui nous met plus bas que terre.
Les Français sont des nuls : c'est ainsi la conclusion d'une étude de l'OCDE publiée la semaine dernière, qui les classe vingt-deuxièmes sur vingt-quatre pour la maîtrise des informations écrites. En matière de calcul, ils se retrouvent aussi parmi les cancres, au vingt et unième rang.
Quand il s'agit de compter, 28 % des Français ont un faible niveau de compétences, alors que la moyenne des pays de l'OCDE s'établit à 19 %. Dieu merci, les 25-34 ans obtiennent des résultats nettement meilleurs dans le palmarès, preuve que tout n'est pas pourri, il s'en faut, dans notre système éducatif.
La meilleure arme contre le FN ?L'optimisme, saperlotte ! Avec ses atouts en matière de luxe, d'aéronautique, de tourisme ou d'agroalimentaire, la France a de quoi retrouver le sourire. Pour faire mentir une fois pour toutes Jean Cocteau quand il disait que les Français sont des Italiens de mauvaise humeur. Encore que, depuis, ça ne s'est pas arrangé : ils font la gueule, pour le bonheur du FN !
1. "Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie", de Jared Diamond (Folio "Essais").

samedi 5 octobre 2013

Le syndrome d'un impensé raciste

Le syndrome d'un impensé raciste

On ne se méfie jamais assez de la police de la pensée.Notamment en France, où elle veille, tatillonne, à ce que personne ne se hasarde en dehors des passages cloutés.
La dernière cible de cette vocifératrice maréchaussée : le premier flic de France. Elle considère désormais Manuel Vallscomme l'ennemi public numéro un. Tant mieux pour lui : c'est un viatique pour son avenir.
Le crime de M. Valls : avoir dit quelques vérités à propos des Roms. C'est pourquoi le ministre de l'Intérieur a été brocardé en termes peu amènes par Mme Duflot, la grande conscience bien connue, pas cynique pour deux sous. L'occasion d'une polémique ridicule.
Foin des dufloteries ! Il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur une population qui mérite le respect, mais simplement de poser les problèmes pour trouver les solutions. Ce n'est pas faire insulte au grand peuple des Roms d'observer qu'il est souvent atteint du symptôme si bien défini par Alexandre Romanès, chantre des Tziganes, superbe poète et homme de cirque, qui a écrit : "Dans la langue tzigane, police et diable, c'est le même mot" (1). Tout est dit, avec un humour qui devient une denrée de plus en plus rare dans le débat public.
Il paraît que le fascisme veille et qu'il serait même aux portes du pouvoir. C'est pourquoi il y a tant de choses qu'il ne faut pas dire et tant d'expressions auxquelles les agents de la circulation des idées nous interdisent de nous référer. Le choc des civilisations, par exemple : ce serait une abomination visant à jeter le trouble sur notre planète de Bisounours où, comme dans le programme télévisé pour enfants, tout le monde s'aime tant...
Quand, il y a vingt ans, Samuel Huntington, un universitaire américain, mit en avant le concept de "choc des civilisations" dans la revue Foreign Affairs , il déclencha un concert de protestations, particulièrement dans notre pays, mère-patrie du déni, où il fut traité de tous les noms, de belliciste comme de débile mental.
Qu'avait dit Huntington de si scandaleusement hérétique ?Que les prochains conflits mondiaux ne seraient plus idéologiques ni économiques mais avant tout culturels. Ou encore que les civilisations allaient refonder le nouvel ordre mondial. Avoir raison trop tôt est toujours un tort. C'est parfois même inexcusable.
Notre monde est bel et bien devenu huntingtonien. C'est bien un choc des civilisations qui se déroule sous nos yeux en Syrie, où s'affrontent, au nom de l'islam, les chiites soutenus par les Iraniens et les sunnites armés par l'Arabie saoudite et le Qatar. Même chose au Pakistan, où, comme en Égypte ou au Nigeria, les chrétiens sont devenus la chair à pâté des intégristes islamistes.
C'est une des grandes nouvelles de l'année : si l'Occident défend encore, ici ou là, quelques minorités ethniques persécutées de par le monde, il semble avoir décidé de faire passer par profits et pertes les tueries de chrétiens en terre d'islam. Par fatigue ou honte de soi, ou les deux, nous fermons les yeux.
Deux poids, deux mesures. La semaine dernière, alors que le monde entier se focalisait sur l'attaque d'un centre commercial de Nairobi, au Kenya, qui a fait 69 morts, un attentat-suicide faisait plus de 80 morts devant une église de Peshawar, au Pakistan. C'est peu de dire que le massacre pakistanais est passé inaperçu : il a été zappé. Il y a là quelque chose d'hallucinant qui relève de la psychanalyse.
La vie des chrétiens d'Orient, d'Afrique ou d'Asie compte-t-elle pour quantité négligeable ? C'est une question que l'on est en droit de se poser quand on voit la place que nos chers médias accordent aux tueries et aux discriminations dont les catholiques ou les protestants sont l'objet sur la planète : rien ou presque, à quelques heureuses exceptions près.
Entre chrétiens et musulmans, l'incompréhension est séculaire. Sans doute parce qu'ils ont pas mal de points communs. Bien sûr, d'un point de vue historique, chaque camp a sa part de responsabilité : avant le djihad, il y a eu des croisades qui n'étaient pas des promenades de santé. Mais est-ce une raison pour que les puissances occidentales abandonnent à leur triste sort les 2 % de chrétiens du Pakistan, les 11 % de l'Égypte ou les 49 % du Nigeria, considérés par les intégristes islamistes comme du gibier d'attentats ?
Cachez ces crimes qu'on ne saurait voir : c'est notre tartuferie qui nourrit le choc des civilisations. Puisque leurs forfaits ne sont ni punis ni même dénoncés, les djihadistes et les salafistes se croient autorisés à continuer. Ce n'est pas faire de l'islamophobie que de dire cela. Il y a aujourd'hui, notamment en France, une tendance à accepter ce qu'on refuse, depuis belle lurette, Dieu merci, aux catholiques. Pis encore, il y a aussi une forme de résignation devant les crimes et les folies des intégristes musulmans au Pakistan et ailleurs. A croire que l'islam n'est pas une religion comme les autres et qu'il porterait le mal en lui, alors que les islamistes le défigurent.
C'est là le syndrome d'un impensé raciste.


vendredi 20 septembre 2013

Aimez-vous les uns les autres !

Aimez-vous les uns les autres !


Si tout va mal en France, il y a au moins un domaine où nous excellons : la production de fiel, de pessimisme ou de mauvaise humeur. C'est vrai à tous les étages de la société, jusque dans l'opposition, qui, au lieu d'engranger sur l'impopularité du pouvoir, réussit l'exploit de baisser dans les sondages sur les intentions de vote.
Quand il y a un problème chez nous, on crée un comité Théodule. Après, on est tranquilles. Pourquoi pas un observatoire de la droite ou de l'UMP ? Plus sérieusement, le gouvernement a déjà créé un observatoire national du suicide à l'occasion de la 11e Journée mondiale de la prévention de ce fléau. En attendant la Journée de la gentillesse, programmée le 13 novembre prochain.
On a les records que l'on peut : notre taux de suicides (14,7 pour 100 000) est l'un des plus élevés d'Europe, où la moyenne est de 10,2, loin devant la Grande-Bretagne (6,4), l'Espagne (6,3) ou l'Italie (5,4). En France, 27 personnes se suicident chaque jour. Trois fois plus meurent de la sorte qu'à la suite d'accidents de la circulation.
Derrière ces chiffres calamiteux, il y a des tragédies personnelles mais aussi, à l'évidence, un état d'esprit général avec lequel il est temps d'en finir. Cette haine de soi. Cette aigreur et cette désolation nationales. Cette sensation de catastrophe permanente que distillent souvent les médias avec une sorte de jouissance complaisante.
La France n'est pas seulement pessimiste, elle est malheureuse. De son tréfonds montent des concerts de plaintes et de gémissements, souvent justifiés, contre la montée de l'insécurité, l'autoreproduction des élites, la désindustrialisation rampante, la routine des incivilités, les tracasseries administratives ou les politiques économiques ineptes.
À croire que le défaitisme est devenu l'idéologie dominante de notre pays, où l'on sent que le rire deviendra sous peu un délit dès lors qu'il sortira des sentiers battus, tandis que le libéralisme, belle invention française d'avant la révolution de 1789, est présenté à nos enfants par beaucoup de nos chers professeurs comme une entreprise diabolique visant à sucer le sang des pauvres.
En vertu du phénomène bien connu de la tectonique des plaques, nous nous éloignons peu à peu du centre du monde, désormais de l'autre côté de la Terre, dans cette Asie qui aspire de plus en plus notre jeunesse et nos énergies. Notre dérive est idéologique tout autant que morale, sociale ou économique. La France se déconnecte et nos gouvernants se gardent bien de remettre les fiches dans les prises, ça risquerait de troubler la digestion des uns et des autres.
Le paradoxe français est que, dans ce climat délétère, le stress ne cesse d'augmenter. On ne dira jamais assez le mal qu'a fait au pays la réforme débile des 35 heures. D'abord, elle n'a pas créé d'emplois. Ensuite, elle a cassé la valeur travail, ce travail auquel il s'agit désormais d'échapper. Enfin, les entreprises cherchant naturellement à maintenir la productivité, elle a renforcé la pression sur les salariés, qui se plaignent souvent de "harcèlement moral".
Faut-il désespérer de l'avenir ? Dans son Plaidoyer pour l'altruisme (1), l'oeuvre de sa vie, Matthieu Ricard, fils de Jean-François Revel et moine bouddhiste depuis quarante ans, explique, au terme de recherches impressionnantes, que la bienveillance pourrait devenir l'idéologie de demain. Après la grande vague cynique et narcissique qui a déferlé sur le monde à partir de la fin des années 60, l'heure serait désormais au positif et à l'empathie.
L'homme n'est pas nécessairement né mauvais et cupide. Charles Darwin avait déjà noté que l'animal était capable d'amour, de sympathie et d'altruisme. L'entraide est dans la nature, chez les dauphins comme chez les éléphants.
Osons la bonté et l'harmonie durable : tel est le credo de Matthieu Ricard, qui prétend, exemples à l'appui, que ça marche économiquement. Pour lui, il n'est que temps de tourner le dos au modèle individualiste actuel en prenant le contre-pied de notre Marx préféré, le prénommé Groucho, qui disait : "Pourquoi m'inquiéterais-je pour les générations futures ? Qu'ont-elles fait pour moi ?"
La droite gagnerait à s'inspirer du "Plaidoyer pour l'altruisme" de Matthieu Ricard. Après que François Fillon eut récusé la règle du "ni ni" (ni PS ni FN) et appelé à voter pour "le moins sectaire", la guerre des ego a repris comme jamais au sein de l'UMP, qui offre un spectacle aussi ridicule que pathétique. Où sont les propositions sur l'économie, l'éducation, la santé ou l'Europe ? Non, c'est chacun pour soi, la défaite pour tous. On dirait un combat de nains dans un souterrain, j'allais dire une catacombe.

  1. "Aimez-vous les uns les autres" : même s'il est très connoté, ce devrait être le slogan des apparatchiks de l'UMP. Mais c'est sans doute trop leur demander.
1. NiL éditions.