TOUT EST DIT

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vendredi 3 juin 2011

L’affaire Luc Ferry

Mettons les choses au point : je connais l’écrivain et philosophe Luc Ferry depuis de longues années et nous sommes devenus amis. J’admire son intelligence et sa finesse et c’est un esprit trop libre pour être resté longtemps dans un gouvernement. Mais je trouve qu’il a fait une grosse erreur en évoquant au journal de Canal+ un ancien ministre qui se serait fait prendre à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons. Luc Ferry ajoutant que l’affaire lui a été racontée par les plus hautes autorités de l’Etat, notamment un ancien Premier ministre, mais qu’il ne pouvait citer le nom du ministre concerné de crainte d’être lui-même poursuivi en justice.
Luc Ferry aurait dû méditer l’exemple de Robespierre à la veille du 9 Thermidor, annonçant qu’il allait faire tomber des têtes sans préciser lesquelles.
Luc Ferry en a trop dit ou pas assez sur ce qu’il sait de l’affaire en question. Pour l’heure, ses déclarations constituent une forme de dénonciation anonyme dans un pays qui en a trop connu. S’il savait des choses précises, il aurait dû les transmettre à la justice de l’époque. S’il s’est tu, mieux valait continuer de se taire où tout dire. La pire des solutions, c’est le « je sais tout mais je ne peux pas vous le dire » qui ne peut qu’alimenter les ragots et le discrédit de la classe politique ; déjà plusieurs noms circulent partout. Il faut que la transparence et la libération de la parole des victimes permettent de briser le silence mais pas n’importe comment.
Luc Ferry aurait dû tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de s’exprimer.

Secouons l’Europe !

Avec nos Etats endettés et nos institutions internationales malmenées, nul ne sait ce que l’avenir nous réserve. Pourtant, la crise devrait nous inspirer un nouveau mode de pensée, estime un économiste tchèque. 

Le dernier album de la punkette éthérée PJ Harvey, encensé par la critique, est baptisé Let England Shake [Que l’Angleterre tremble]. Le dernier ouvrage du "plus dangereux des philosophes actuels", le philosophe slovène de gauche Slavoj Žižek, s’intitule pour sa part Vivre la fin des temps (Flammarion, 2011).
Tous deux sortent au moment où le monde de la finance est dans la tourmente. Mais il n’est pas le seul. Les structures politiques, nationales et, enfin, supranationales, comme l’Union européenne et le FMI, chancellent également. Nos grandes certitudes vacillent. Ajoutez à cela les secousses qui agitent le monde arabe et le tableau est quasi complet. Ce qui est étrange, c’est de voir les experts et les élites de la société aussi démunis face à cette situation.
Ce qui semble évident, c’est que nous sommes aux prises avec un démon dont nous ne sommes pas vraiment sûrs du nom – et nous n’avons aucune idée de la façon de le terrasser. En un mot, le monde tremble, et rien n’indique pour l’heure que les secousses s’apaiseront dans un futur proche. Comme pour la crise financière, aucun expert n’avait prévu la révolution arabe. Encore aujourd’hui, nous voyons des articles d’analyse maladroits ressassant le même refrain: comment avons-nous pu être aussi aveugles?
Tout ce que nous voyons, en vérité, c’est que nous n’en voyons pas le bout. Si le monde lui-même n’est pas menacé de disparition (contrairement à ce que l’on a voulu nous faire croire ce mois-ci), le système que nous connaissons l’est.
Bien que Tomáš Halik [prêtre catholique tchèque, intellectuel et sociologue] nous ait appris que ce qui ne tremblait pas n’était pas robuste, la question demeure: nos racines sont-elles vraiment solides? Où se situe le seuil de résistance de notre système et quels chocs peut-il encaisser avant de voler en éclats? Des secousses mineures sont supportables, et font même partie de la vie et de tout système. Cependant, les dernières secousses enregistrées ne sauraient être qualifiées de "mineures". Le tremblement, ou plutôt l’implosion inflationniste, est même palpable dans les domaines de la philosophie et des sciences sociales.

Nous sommes tous garants de la dette grecque

L’école de la déconstruction postmoderne, me semble-t-il, a fait beaucoup de tort à la philosophie et, d’une certaine manière, s’est auto-déconstruite. Le philosophe est aujourd’hui tellement loin de la vie réelle et tellement immergé dans une réalité simulée (modélisée) qu’il n’a souvent rien de constructif à dire sur les événements en cours. Quand les vraies grandes questions arrivent sur le tapis, eh bien, il ne se passe rien, les puits de science laissent les politiques le bec dans l’eau.
La question, au fond, est de savoir comment nommer le système en vigueur. Le concept de dette nationale s’est écroulé car nous savons, depuis belle lurette maintenant, que la dette grecque n’est pas seulement la dette grecque. À partir du moment où l’Europe s’est mise à trembler, la dette grecque est devenue la dette allemande, et la dette française – en un mot, notre dette à tous, et dont nous sommes tous les garants. Finalement, même les prêts souscrits auprès d’établissements de crédit d’États souverains sont aujourd’hui tacitement garantis par tous les autres pays.
Nous vivons avec un concept de faillite qui est lui-même en faillite – autrement dit, dans une situation dans laquelle la faillite n’est admise que du bout des lèvres, car l’admettre ouvertement aurait des répercussions dévastatrices sur les autres pays. Ce qui était séparé autrefois (comme l’Europe et la Chine) est aujourd’hui lié, et de manière quasiment indissoluble. Des pays lointains sont aujourd’hui voisins grâce à la mondialisation, ce qui a ses avantages, souvent portés aux nues, mais aussi certains inconvénients – car quand nous faisons naufrage, c’est tous ensemble. Cela ne s’est jamais produit auparavant dans l’histoire. Le résultat est que notre système de responsabilité et de garanties mutuelles doit être revu. Comment? C’est précisément l’enjeu.
Ou bien l’Europe se serrera les coudes et luttera de concert, État ou pas État, dette ou pas dette, ou bien le monde se déconnectera du réseau et fera un pas en arrière dans la mondialisation. Le scénario dans lequel un État laisse s’accumuler ses dettes tout en se soustrayant à ses responsabilités est donc intenable. Jusqu’à présent, ce sont des économies de taille modeste qui ont fait faillite.
C’est une chance, mais ce ne sera sans doute pas toujours le cas à l’avenir. Et, dans cette éventualité, il serait judicieux de prévoir un plan B ou un plan C européen – ce que, j’en ai peur, nos responsables politiques n’ont pas dans leurs cartons. Je serais curieux de voir leur mine déconfite quand sonnera l’heure et qu’il ne sera alors plus temps d’agir.

Le bon plan de la BCE pour sauver l'Europe

L'ex-trader Marc Fiorentino apporte son regard éclairé sur la stratégie de la Banque Centrale Européenne confronté à un problème majeur : le risque de la propagation de la crise grecque aux autres pays de la zone euro dans le collimateur des marchés : de l'Irlande au Portugal en passant par la Belgique, l'Espagne et même l'Italie.

La Banque centrale européenne (BCE) est montée au créneau dans les derniers jours. Avec une véhémence qu'on ne lui connaissait plus depuis longtemps. Qu'elle soit soft ou hard, la BCE ne veut pas de restructuration de la dette grecque. Jean-Claude Trichet l'avait affirmé haut et fort. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et vice-président de la BCE, a franchi un pas dans l'escalade verbale. Il a parlé d'un "scénario de l'horreur".

On se demande : "Pourquoi tant de haine ?" Pourquoi l'évocation d'une restructuration, même soft, de la dette grecque, une restructuration que tous, y compris la BCE, savent inéluctable provoque-t-elle une telle levée de boucliers ? Les Allemands veulent la restructuration, les Grecs veulent une restructuration pour bénéficier d'une bouffée d'oxygène, les pays de l'Union européenne veulent une restructuration mais la BCE n'en veut pas. En fait, ce n'est pas tout à fait exact. Si on lit entre les lignes, on s'aperçoit que la BCE ne veut plus d'une solution partielle.

Restructurer la dette grecque seulement serait une rustine de plus

Depuis l'annonce du plan d'aide à la Grèce, en février 2010, soit depuis près de seize mois, on passe notre temps à colmater les brèches. Les unes après les autres. Toujours avec un temps de retard. Toujours poussés par les marchés. Sans vision globale. Sans projet d'ensemble. D'où la propagation de la crise grecque à l'Irlande puis au Portugal et plus récemment à la Belgique, à l'Espagne et même à l'Italie.

Restructurer la dette grecque seulement serait une rustine de plus. Un pas supplémentaire franchi sous la pression et qui déclencherait une nouvelle onde de choc. Car si on restructure la dette grecque, pourquoi ne pas restructurer la dette irlandaise, la dette portugaise et même la dette espagnole ? Et la BCE pose une question essentielle : quid des banques ?

L'inévitable restructuration des dettes des pays "périphériques"

Certes, la restructuration de la dette grecque n'aurait qu'un impact limité sur le bilan des banques européennes mais on doit, pour une fois, tenter de prévoir le coup d'après. Les banques européennes peuvent-elles absorber toutes les restructurations en cascade que provoquera inexorablement la restructuration de la dette grecque ? Et pour la BCE, la réponse est non.

Je ne pense pas que la BCE soit opposée au principe de la restructuration des dettes périphériques. Elle est inévitable. Mais la BCE voudrait probablement qu'on envisage un vrai plan de sauvetage européen dans lequel on prévoirait déjà les mesures d'urgence nécessaires pour que le système bancaire européen résiste au choc. Comme un assouplissement des ratios de capitaux propres.

Cessons la politique des petits pas

On a bien fait sauter momentanément les critères de Maastricht pour les États, en raison de la crise, on peut très bien suspendre momentanément tous les Bâle et les Solvency le temps que les banques surmontent le réajustement des dettes européennes. Il est temps, et je pense que c'est le message de la BCE, qu'on arrête cette politique des petits pas... en arrière et qu'on adopte une véritable refonte en profondeur. Allongement des maturités des dettes, abaissement des taux d'intérêt sur 3 à 5 ans, émission d'eurobonds pour financer les besoins à court terme : la « road map » est claire. Il ne manque plus qu'une volonté européenne commune.

Le ministère grec des Finances bloqué par des manifestants

Alors que la Grèce attend ce vendredi une annonce cruciale pour le pays sur un nouveau plan d'aide international assorti de mesures de rigueur, des sympathisants communistes se sont installés devant le ministère des Finances grec, en empêchant l'entrée des employés.

Marquer l'opinion avec des actions spectaculaires. C'est apparemment la tactique choisie par le front syndical communiste grec - le Pame - alors que la Grèce attend pour ce vendredi de savoir quelles nouvelles mesures de rigueur le gouvernement va annoncer pour satisfaire aux exigences de L'Union européenne et du FMI.
Des militants de cette organisation ont déployé ce vendredi matin une banderole gigantesque aux derniers étages du ministère, situé sur la place centrale de Syntagma, en face du Parlement. Ils en bloquent également l'entrée aux employés.
"Nous avons le devoir de lutter pour nos enfants", proclamait un enregistrement sonore, installé sur la terrasse du ministère, qui appelait également à la grève générale du 15 juin, annoncée jeudi par les deux centrales du pays, du privé (GSEE) et du public (Adedy). "Depuis l'aube aujourd'hui, les forces du Pame (Front syndical communiste, NDR), ont occupé symboliquement le ministère des Finances appelant les travailleurs à se soulever, à lutter contre une vague de mesures antipopulaires du gouvernement", a indiqué un communiqué de ce syndicat.
Selon la police, les employés du ministère n'ont pas pu entrer dans le ministère, qui était entouré d'un cordon policier. "Nous allons rester sur place jusqu'au soir", a indiqué à l'AFP Yiorgos Perros, un des responsables du Pame, présent sur les lieux avec une cinquantaine des militants. Le Pame a annoncé une manifestation vendredi soir dans le centre d'Athènes et un défilé jusqu'à Syntagma.
Par ailleurs, sur cette place campent depuis dix jours des centaines de personnes appartenant à la mouvance des "indignés", sur le modèle espagnol de la Puerta del Sol, qui attirent quotidiennement des milliers d'Athéniens tous les soirs en scandant des slogans hostiles aux hommes politiques.
La tension ne cesse de monter en Grèce ces derniers jours alors que le gouvernement socialiste s'apprête à durcir la rigueur imposée depuis l'année dernière sous pression de l'UE et du FMI qui doivent annoncer vendredi un accord sur une aide supplémentaire au pays, selon la presse grecque. Jeudi soir, des dizaines de manifestants ont lancé injures et projectiles à Athènes contre le porte-parole du gouvernement, Georges Pétalotis, qui se rendait à une réunion socialiste dans un centre pour personnes âgées.

L'immense courage des Syriens

Comme tous les vendredis, depuis le 15 mars, des milliers de Syriens vont descendre aujourd'hui dans les rues pour manifester leur hostilité au régime de Bachar al-Assad. En sortant de chez eux ce matin, ils ne savent pas s'ils reviendront ce soir. La plupart laissent leur téléphone portable à la maison, pour ne pas être repérés par la police. Ce n'est pas un réseau qui se soulève, c'est tout un peuple. Lucide. Les jeunes Syriens savent parfaitement les horreurs dont ce régime est capable. Leur courage n'en est que plus grand et plus émouvant.

Des horreurs, en quarante-huit ans d'état d'urgence, les Syriens n'en ont que trop vu. Derrière le quotidien d'une surveillance policière systématique, d'authentiques massacres ont été perpétrés. En février 1982, notamment, à Hama, dans l'ouest du pays. Un soulèvement y fut réprimé dans le sang, à coups de chars et d'artillerie. Aucun bilan précis n'existe, mais le chiffre de 15 000 morts est considéré unanimement comme une estimation basse.

Depuis les premiers soulèvements, le spectre d'Hama hante tous les esprits. Lorsque les habitants des villages situés entre la ville de Deraa et la frontière israélienne ont vu, fin avril, des chars arriver de Damas, ils ont, un instant, pensé qu'ils se dirigeaient vers le Golan, vers l'ennemi. Lorsqu'ils ont compris que le régime les avaient envoyés contre eux, pour rétablir l'ordre, le souvenir de Hama a immédiatement affleuré.

En dix semaines, plus de 1 100 manifestants auraient été tués et 10 000 arrêtés. Cela n'a pas stoppé le mouvement. À chaque manifestation, des tireurs d'élite placés sur les hauteurs tirent sans sommation. Prenant pour cible y compris des enfants. Les images du corps mutilé d'un adolescent de 13 ans, torturé fin avril près de Deraa, circulent depuis quelques jours sur Internet et ont été brandies hier lors de nouvelles manifestations meurtrières. Elles donnent la mesure de la répression en cours.

On disait Bachar plus libéral que son père Hafez. Jusqu'en janvier, de nombreux Syriens voulaient encore le croire. Les violences en cours démentent cet espoir. L'amnistie décrétée mardi, suivie hier de la libération de centaines de prisonniers politiques, arrive bien tard. Trop tard sans doute. Car plus personne ne croit à la volonté réformatrice du régime.

Depuis des décennies, la dynastie Assad invoque le facteur de stabilité pour justifier sa permanence. Stabilité intérieure, dans un pays composite et multiconfessionnel. L'après-Assad fait d'ailleurs peur aux minorités, notamment chrétienne, qui redoutent un scénario à l'irakienne. Stabilité régionale, la Syrie étant frontalière de l'Iran, de l'Irak, de la Turquie, du Liban, d'Israël.

Au nom de cette stabilité, Paris et Washington ont tout fait pour renouer avec Damas. En vain. Tristement inutile, la présence d'Assad au défilé du 14 juillet 2008 à Paris n'a pas gommé les réflexes tortionnaires de ses milices. On peut penser que les sanctions internationales n'auront pas plus d'effet. C'est des forces d'opposition, réunies actuellement en Turquie, qu'une alternative politique peut venir.

Car une intervention militaire, comme en Libye, est exclue. Ce serait ouvrir la boîte de Pandore. Elle est même impensable, compte tenu du véto russe. Les Syriens le savent et comptent sur leurs propres forces. Ils espèrent que l'armée va finir par craquer. Deux cents soldats auraient été abattus pour avoir refusé de tirer sur la foule. Le signe d'un régime aux abois.

Grèce. Des militants communistes bloquent l’accès au ministère des Finances

Des militants communistes ont bloqué vendredi l’entrée du ministère grec des Finances, où se déroulent des négociations sur le sauvetage financier du pays. Des activistes du Pame, un syndicat communiste et non-violent, ont déployé sur cinq étages du bâtiment une large banderole, sur laquelle était écrit : « Organise-toi et combats pour la révolution - Grève Générale ».
Contre la corruption et la mauvaise gestion économique du pays
Il était impossible d’accéder au ministère, situé dans le centre d’Athènes. Dans un communiqué, le Pame affirme qu’il est du devoir des Grecs « de faire obstacle au projet de transformer les travailleurs en esclaves modernes. » Le ministère des Finances est situé place Syntagma, où des manifestants se rassemblent tous les soirs pour protester contre la corruption et la mauvaise gestion économique du pays.
Des négociations s’y déroulent depuis un mois entre le gouvernement grec et des inspecteurs de la troïka Union européenne-Fonds monétaire international-Banque centrale européenne. La Grèce a accepté jeudi de prendre de nouvelles mesures d’austérité budgétaire pour 2011, représentant 6,4 milliards d’euros, dont une hausse des impôts ainsi qu’une révision des exonérations de l’impôt sur le revenu, a-t-on appris de source gouvernementale grecque.
Les discussions sur le programme budgétaire à moyen terme de la Grèce devraient s’achever vendredi et la troïka devrait publier un communiqué dans la journée.

Histoires de France

Depuis de Gaulle au balcon de l’Hôtel de ville, en 1967, l’air de Montréal est décidément une source inépuisable d’inspiration pour notre personnel politique hexagonal. En y promettant de changer le nom du ministère des affaires étrangères s’il était élu à la présidence de la République, Jean-Louis Borloo a fait un pas original dans sa course lente vers l’Elysée. Quelle meilleure garantie de sa détermination à concourir pouvait-il offrir que cette profession de foi touchant à un domaine réservé du chef de l’Etat ?

On ne l’attendait guère sur ce territoire-là, diplomatique, où sa figure peu conformiste devra trouver sa place si le chef du Parti radical veut acquérir la fameuse et insaisissable «dimension présidentielle» qui lui manquerait encore. Borloo, on le sait, faillit être arrimé au quai d’Orsay en novembre dernier quand Nicolas Sarkozy voulut l’empêcher, sans succès, de prendre le large. Il préféra, en effet, mettre tout de suite le cap sur 2012, mais ce romantique n’a pas perdu de vue la symbolique de la prestigieuse maison.

Le candidat présumé veut en faire la figure de proue d’une France ouverte sur le monde. Au troisième millénaire, les affaires de la planète ne sauraient être «étrangères» à un pays et à un peuple dont la vocation universaliste se confond avec son identité depuis le siècle des lumières et la Révolution. Si le message n’a rien d’étonnant dans la bouche d’un défenseur de l’environnement, qui ne peut penser qu’à l’échelle planétaire, il détonne dans le climat politique frileux de 2011. Quand l’UMP ne cesse d’envoyer des signaux de repli à une nation transie, son ancien allié l’invite au contraire à croire en elle-même pour affronter la mondialisation avec générosité, et avec une ardeur... gaulliste.

Si on les a bien entendus tous les deux, M. Borloo doit beaucoup souffrir en écoutant M. Guéant, défenseur inlassable d’une forteresse France qui serait assiégée par l’étranger. Le ministre le plus proche de Nicolas Sarkozy ne serait pas loin de la voir rongée de l’intérieur par l’immigration - contre laquelle il faudrait la protéger à tout prix - confortant ainsi les thèses de la droite «populaire» du parti présidentiel. A tel point que la proposition d’interdire la binationalité présentée par Marine Le Pen semble trouver aujourd’hui un écho favorable jusque dans l’oreille de Jean-François Copé quand hier elle aurait été jugée marginale, sinon régressive, en tout cas injustement stigmatisante pour quatre millions de Français, dans l’ancienne famille politique de Jacques Chirac.

Jean-Louis Borloo, qui se présente aussi en héritier de la bienveillance radicale de l’ancien président, était resté bien silencieux après le discours de Grenoble, mais n’en pensait pas moins. Libéré, il semble maintenant décidé à marquer sa différence sur ce terrain sensible.


Luc Ferry s'explique et dénonce "le bal des faux-culs"




Le commentaire politique de Christophe Barbier




jeudi 2 juin 2011

Ferry et le grand air de la calomnie

La presse n'est pas tendre avec Luc Ferry, qu'elle accuse, au choix, de véhiculer des rumeurs nauséabondes ou d'avoir été complice de celui qu'il dénonce.

Luc Ferry a entonné "l'air de la calomnie", estiment ce jeudi les éditorialistes, après les propos de l'ancien ministre de l'Education assurant que les plus hautes autorités de l'Etat avaient couvert des actes pédophiles commis au Maroc par un de ses ex-collègues, qu'il n'a pas nommé. 
"Si c'est avéré", écrit Nicolas Demorand dans Libération, il s'agit "d'un scandale d'Etat", mais en attendant la justice doit faire "rapidement la lumière" sur ces déclarations qui "font bouillir une marmite puante... Et arment le piège fatal du 'tous pourris'." 
"'Je sais tout mais je ne dirai rien. En entonnant l'air de la calomnie, Luc Ferry a-t-il ouvert le grand déballage du printemps", s'interroge Michel Vagner dans l'Est Républicain. Ou s'est-il plutôt livré à un "grand dérapage", renchérit Pascal Jalabert dans le Progrès. En tout cas, selon Jean-Claude Souléry, de la Dépêche du Midi, il "crache dans la soupe aux ragots" et sa conduite est "détestable." 
"On connaissait l'histoire de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours", ironise Jacques Guyon dans la Charente Libre. "Comment peut-on lancer une accusation aussi lourde avec autant de légèreté '", accuse l'éditorialiste, qui constate au passage que "ces derniers temps, les philosophes ont malheureusement montré que leur capacité à éclairer le monde avait singulièrement baissé en intensité". 
"En moins d'un mois, voilà la scène politique submergée par les eaux boueuses d'histoires glauques", déplore Patrice Chabanet du Journal de la Haute-Marne. "De deux choses l'une", résume-t-il. Soit ces rumeurs "sont dénuées de tout fondement, et c'est grave pour la politique et la morale", soit elles "sont fondées, et c'est toute une grappe de responsables qui devront répondre de non-dénonciation de crime de pédophilie, à commencer par Luc Ferry lui-même (...) Dans les deux cas, c'est la démocratie qui trébuche et titube". 
Pour Didier Louis du Courrier Picard, "si l'on voulait salir la république et pervertir le débat public, on ne s'y prendrait pas autrement." "A qui profite la logorrhée", s'interroge-t-il, avant de répondre laconiquement: "Lire les prochains sondages de popularité, à la ligne Le Pen." 
De son côté, Patrick Fluckiger (l'Alsace) voit dans l'affaire Ferry une conséquence du séisme Strauss-Kahn, qu'il compare à une "bombe à fragmentation". "Mardi soir, explique-t-il, Luc Ferry a ramassé une autre sous-munition, et elle lui a explosé entre les mains". Or, poursuit-il, "l'incendie s'annonce violent" et "dans ce climat délétère, les médias sont sur la corde raide, car la presse a trop souvent tu les turpitudes des hommes politiques". 
Mais "faire le juste choix d'informer sans diffamer est parfois moins évident qu'il n'y paraît, justifie-t-il, surtout à l'approche d'une campagne électorale où tous les coups sont à craindre". La preuve.

LA PRESSE DÉBALLE MAIS N'ASSUME JAMAIS, FAUT DES COUILLES ET ELLE N'EN A PAS ! 

L'odieuse rumeur




Quand l'Allemagne devient une île

"Messieurs, l'Angleterre est une île, et je devrais m'arrêter là..." C'est ainsi qu'André Siegfried, l'un des pères de la politologie moderne, commençait jadis son cours d'histoire britannique à la Sorbonne.

Le tunnel sous la Manche n'y a rien changé. Les préventions du général de Gaulle contre l'entrée du Royaume-Uni dans l'Europe se sont avérées prophétiques : Albion n'a toujours pas les yeux vraiment tournés vers le continent. Mais qu'importe puisque, comme le disait de Gaulle avec humour, "l'Europe, c'est la France et l'Allemagne. Les autres, c'est les légumes".

Le problème, aujourd'hui, c'est qu'à son tour l'Allemagne est en train de devenir une île : si l'on n'y prend pas garde, le Rhin qui nous sépare aura bientôt l'immensité d'une mer. Pas de jour sans une nouvelle discorde ou incompréhension entre nos deux pays.

Que le gouvernement Merkel ait décidé d'organiser au plus tard en 2022 la sortie du nucléaire (23 % de la production totale d'électricité en Allemagne), c'est une nouvelle preuve que nous sommes de moins en moins en phase avec nos voisins : pour l'heure, nous en restons en effet au tout-nucléaire ou presque (75,2 % de la production totale d'électricité).

Malaise qu'il faut ajouter aux différends économiques et financiers qui nous opposent à l'Allemagne. Après avoir subi une rude cure de rigueur, elle supporte de moins en moins d'avoir à payer pour l'irresponsabilité chronique de pays comme la Grèce. Elle n'accepte plus d'être la banque de l'Europe. Au point que l'on peut se demander si, un jour, elle ne voudra pas sortir de l'euro. On rit d'avance en pensant aux cris d'orfraie que pousseront alors les europhobes...

Printemps arabe ou printemps turc ?

Moïse, Jésus, Mahomet y sont nés. Mais leurs collines inspirées et, au-delà, tout l'univers arabe restent soumis à la colère divine. Alors, depuis des lustres, des hommes de bonne volonté se cramponnent à tout ce qui semble pouvoir l'apaiser. Aujourd'hui qu'une jeunesse aux mains nues balaie à Tunis ou au Caire de vieux despotes, se bat en Libye contre le plus foutraque et ronge son frein en Syrie, à Bahreïn, au Yémen, son élan, sa ferveur nous font rêver. L'Occident y respire un "élan démocratique". L'olympe international du G8 vient, à Deauville, de bénir ce qu'il appelle le "printemps arabe". Comme si ses fruits allaient, un jour, conjurer la misère arabe, le fanatisme islamiste et l'épouvantable conflit israélo-palestinien. Sur tous ces paris euphoriques, croisons les doigts ! Car la promesse est fragile.

La France milite à l'avant-garde pour en gonfler la voile. Elle a, pendant un demi-siècle, beaucoup ménagé les dictatures arabes et caressé comme personne Saddam Hussein et Kadhafi. Sarkozy sonne donc le grand virage. Il recueille à Deauville les éloges d'une Amérique longtemps sceptique, distante et réticente. Obama aura laissé la France et la Grande-Bretagne s'échiner en première ligne contre un Kadhafi devenu le chien galeux du printemps arabe. Mais, pour finir, requinqué par l'exécution de Ben Laden, Obama paraît se raviser, se fait avenant, voire cordial, avec une Europe oubliée. Et, plus important sans doute, voici que la Russie de Medvedev, solide soutien de Damas et de Tripoli, se résout à lâcher la Libye et à mener benoîtement Kadhafi vers la sortie...

Cet engagement en faveur des rébellions arabes, ce virage présentent pour l'Occident l'avantage évident d'accorder enfin sa politique arabe à ses valeurs démocratiques. L'Occident parie que l'avenir arabe s'en souviendra. Et que la démocratie, si un jour elle se profile, n'oubliera pas ses bienfaisants parrains. Mais on n'en est pas là, et la realpolitik a encore de beaux jours. Ainsi, l'Amérique n'abandonnera pas de sitôt le régime le plus rétrograde de la région - l'Arabie saoudite -, qui fait, sur le marché pétrolier, la pluie et le beau temps.

Quant à l'Europe, stratégiquement inexistante, elle exhibe son habituelle irrésolution. Le pacifisme allemand refuse l'aventure libyenne, où la France et la Grande-Bretagne retrouvent quelques bonheurs perdus d'Entente cordiale.

Cela dit, le plus douteux reste, à coup sûr, l'avenir même du printemps arabe. L'élan libertaire de la jeunesse a éclipsé la sinistre fatalité économique de l'échec arabe. Et le malheur, tant au Maghreb qu'au Machrek, d'avoir 20 ans dans un pays sans pétrole. Dans cet ensemble, plombé par une productivité débile, 450 millions d'hommes exportent, hors pétrole, moins que la Suisse avec 8 millions d'habitants... Tout est dit !

On voit bien à l'avant-scène, et sur Facebook, la détresse de ces 70 000 jeunes Tunisiens diplômés d'enseignement supérieur et dont 50 % sont sans emploi, mais on aperçoit moins, vu de Paris, la détresse des millions de pauvres hères qui, hors Facebook, et loin de la côte, croupissent dans l'arrière-pays. C'est cette détresse qui inquiète au premier chef une Egypte de 70 millions d'hommes. L'armée qui la dirige continuera de la diriger. Avec un despotisme mieux "éclairé" et une corruption mieux contenue. Mais la réalité démocratique se fera attendre.

Est-ce que dans les élections, ici ou là retardées mais programmées, à Tunis et au Caire, les Frères musulmans se tailleront la part du lion ? Probablement, disent les experts, car l'armature morale et consolatrice de l'islam se révélera, dans la confusion, indispensable. Mais, nous assure-t-on, cet islam ne sera ni agressif ni xénophobe. Un islam, en somme, tolérant la laïcité de l'Etat, comme le turc, qui, peu à peu, impose son modèle. A se demander si le printemps arabe ne fait pas d'abord reverdir le printemps turc, et une renaissance ottomane ! Du reste, l'effondrement égyptien, l'affaiblissement de Téhéran, miné par les zizanies internes, et l'ébranlement de l'allié syrien ne font que souligner par contraste l'épanouissement de la Turquie.

Une allusion d'Obama aux frontières de 1967 comme périmètre d'un futur Etat juif aura, pour quelques heures, échauffé les esprits. A Washington même, où il se trouvait, Netanyahou en a retoqué sèchement la perspective. S'il a paru contrarier Obama, il n'en fut pas moins applaudi au Congrès américain. Le pouvoir israélien, en tout cas, n'est pas disposé aux nécessaires concessions où la terre entière paraît l'inviter. Le mode de scrutin israélien l'interdit. Le plus vraisemblable n'est donc pas la détente. Mais, au contraire, qu'une nouvelle et violente intifada palestinienne mette à nouveau le feu aux poudres. Et n'entraîne l'intervention internationale. La paix sur ces contrées paraît introuvable. Un jour ou l'autre, elle sera, qui sait, importée... Et, dès lors, imposée.

Un an avant

L'élection de 2012 prend place à un moment décisif. Sur le plan mondial, les révolutions du monde arabo-musulman et la mort d'Oussama ben Laden concluent le cycle historique ouvert par les attentats du 11 septembre, sans enrayer le recul de l'Occident né du grand basculement du capitalisme vers les pays émergents. L'Europe, enfermée dans la crise financière et minée par la divergence de ses économies, est menacée de relégation. Enfin, la France est confrontée à une heure de vérité. Soit elle parvient à libéraliser ses institutions autoritaires et sa régulation étatique, à convertir son modèle de développement tiré par une consommation financée par la dette publique, à briser la spirale du chômage de masse, à réunifier une nation éclatée. Soit elle deviendra une grosse Grèce, promise à un choc économique et financier majeur. De cet enjeu les Français ont clairement conscience. Leur pessimisme s'explique par la compréhension du déclassement du pays et de la profondeur d'une crise qui dure depuis les années 70, cumulée avec l'absence d'issue crédible en raison de la panne des moteurs du changement que furent l'Etat et l'Europe.

Rarement élection présidentielle aura porté une telle charge historique. Rarement aussi campagne aura débuté aussi tôt et aussi bas. Il est affligeant que les partis dits de gouvernement fassent la campagne des populismes en rivalisant de démagogie. La décomposition de la vie politique accompagne celle de la nation, encourageant la multiplication anarchique des candidatures. Or les mauvais candidats chassent les bons débats, favorisant la floraison des attaques personnelles dont l'ultime avatar est à chercher dans la polémique entre la gauche Porsche et la gauche Scooter. Au lieu de défendre la mondialisation, l'Europe et la réforme, partis et candidats flattent les passions et les peurs collectives. La précaution et la protection sont mobilisées contre la société ouverte. Le marché est condamné et l'étatisme avec ses deux béquilles, les taxes et les réglementations, réhabilité comme vecteur du développement. L'Europe est vouée aux gémonies et les frontières font leur grand retour, la crise financière justifiant les attaques contre l'euro, le patriotisme économique la remise en question du grand marché, le contrôle de l'immigration la dénaturation de l'espace de Schengen. Enfin, la hantise de l'islam alimente les dérives sécuritaires, la dénonciation de l'immigration légale et la xénophobie, en parfaite contradiction tant avec les besoins économiques résultant du vieillissement démographique qu'avec le soutien de la politique étrangère aux révolutions du monde arabo-musulman.

L'inconséquence culmine avec le modèle économique et social que chacun sait insoutenable mais dont nul n'ose traiter les trois fléaux : la sous-compétitivité, le surendettement et le chômage de masse. La France est le seul des pays développés à n'avoir pas retrouvé son niveau de production d'avant la crise, tout en consommant 13 % de plus que la moyenne européenne. Or l'imagination débridée des propositions en matière de régulation et de redistribution va de pair avec un vide béant en matière de création de richesses. Dans le domaine des finances publiques, la France devra réduire son déficit structurel de 6 à 2 % du PIB, soit 80 milliards d'euros, si elle veut échapper à une dégradation de sa dette. Or un consensus délétère s'établit autour du refus de la rigueur ou de l'austérité en vigueur partout ailleurs en Europe. La croissance reste une divine Providence censée combler les déficits et rembourser les dettes, alors qu'elle n'a cessé de diminuer depuis les années 60 pour se limiter à 1,2 % dans les années 2000. Face à un Etat promis au défaut s'il ne se réforme pas, la gauche préconise d'ajouter 25 milliards d'euros aux 56 % du PIB de dépenses publiques, tandis que la droite promet de ne pas augmenter les impôts, quand bien même la hausse de la TVA et celle de la CSG sont inéluctables. Tous mentent, les uns prétendant dépenser plus en faisant payer les riches, les autres réduire les déficits sans recourir à l'impôt. En matière de chômage, loin de faire avancer la flexisécurité qui lie la libéralisation du marché du travail à la résilience de l'emploi en cas de chocs, la gauche ressuscite les zombies de la fin du XXe siècle avec l'embauche de 100 000 fonctionnaires et la création de 300 000 emplois-jeunes, tandis que la droite invente avec la sanction des dividendes la prime contre l'emploi sur le territoire national.

Le déchaînement de la démagogie est un choix dévastateur pour le pays mais aussi un pari électoral risqué, tant les Français paraissent plus raisonnables que leurs dirigeants. Le vote extrémiste relève de l'ultime avertissement et s'accompagne d'un scepticisme salutaire sur la rupture avec le capitalisme ou la sortie de l'euro et de l'UE. Les Français attendent des solutions pour mettre fin aux échecs en chaîne de la réforme et repositionner la France dans le XXIe siècle en respectant son histoire et les valeurs de la République. Loin d'encourager la floraison des promesses et des dépenses non financées, ils demandent du sens - c'est-à-dire un projet -, du sérieux - c'est-à-dire la prise en compte de la situation réelle du pays et la définition de priorités -, enfin de la responsabilité - c'est-à-dire le respect du citoyen qui est au fondement de la démocratie. L'ascension aux extrêmes du mensonge entre une vieille gauche renouant avec l'antienne de la lutte des classes et une vieille droite autoritaire et étatiste n'a rien de fatal. Viser haut, c'est souvent viser juste. En politique aussi. En 2012 aussi.

Sexus politicus, ras le bol !

C'est un fait : avec l'affaire Strauss-Kahn, rien ne sera plus comme avant au sens où elle aura libéré la parole, permis à des victimes de surmonter les peurs inhérentes à une action pénale contre des puissants, mis au jour l'obsession sexuelle de quelques hommes politiques et montré que, non satisfaits de séduire l'électeur, ils peuvent se transformer en coureurs de jupons rattrapés par la justice. Mais de grâce, un peu de mesure ! L'ère du grand déballage dans laquelle nous sommes entrés est en train de nous rendre fous et de créer une immense confusion de l'esprit. Il ne faudrait tout de même pas voir un hyperactif de la braguette derrière chaque politique, un harceleur derrière chaque dragueur, un complice de l'omerta derrière chaque journaliste ! Ce n'est pas la bombe lâchée par Luc Ferry, recyclant une vieille rumeur, qui nous éloignera de la vulgarité ambiante. On lui aurait rapporté en haut de l'État qu'un ministre se serait fait surprendre dans une partie avec des petits garçons. Où, quand, qui ? L'ex-ministre oublie les fondamentaux de l'Éducation nationale : il n'étaye pas ses assertions, ne raisonne pas, ne saisit pas la justice. Il balance. Comme dans un dîner chic en ville. Tel un philosophe de comptoir. Ainsi vont les nouvelles mœurs politico- médiatiques : un barnum où les coups les plus lâches sont permis, où l'on mélange vie privée et vie publique, informations et ragots. Si l'on voulait salir la république et pervertir le débat public, on ne s'y prendrait pas autrement. À qui profite la logorrhée ? Lire les prochains sondages de popularité, à la ligne Le Pen.

Un nouveau plan de rigueur de 6,4 milliards d'euros en Grèce

La Grèce et la «troïka» dévoileront vendredi les détails d'un prochain tour de vis buggétaire. L'idée d'une nouvelle aide financière monte, un an après l'octroi d'un prêt de 110 milliards d'euros. L'euro grimpe.

L'idée d'une restructuration de la dette grecque s'éloigne. Non pas que les finances grecques se portent mieux, mais la thèse de la mise en place d'un nouveau plan d'aide financière pour éviter à nouveau la faillite du pays est privilégiée. Un an après l'octroi d'un prêt de 110 milliards d'euros, les Européens devraient ainsi remettre de l'argent sur la table... à conditions que la Grèce elle-même consente à de nouveaux efforts.

D'après les dernières informations, cette aide serait chiffrée entre 60 et 70 milliards d'euros. Le FMI débourserait 10 milliards d'euros, et l'Union européenne, 20 milliards. La Grèce, elle, devra trouver 25 à 30 milliards. Comment ? De plus en plus pointe l'idée de faire participer le secteur privé à ces efforts. L'idée de base serait que les banques maintiennent leur exposition à la dette grecque de façon volontaire, afin d'éviter une fuite des capitaux. C'est ce que plaide l'Allemagne : «Il est important que le secteur privé assume ses responsabilités», estime-t-on au ministère allemand des Finances. Et la BCE semble pencher pour cette solution. En tout cas, ce jeudi, Jürgen Stark, membre du directoire de la BCE connu pour ses positions orthodoxes, a indiqué que l'institution n'écartait pas cette hypothèse.
Rigueur budgétaire et privatisations

La Grèce et une délégation de la «troïka» (Union européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne) discutent toujours. Ils ont promis qu'un communiqué serait publié vendredi après-midi. Le premier ministre grec George Papandreou livrera alors les grandes lignes du nouveau programme d'austérité qu'ils auront mis au point. Selon des sources, son montant s'élèvera à 6,4 milliards d'euros, au prix d'une hausse des impôts ainsi qu'une révision des exonérations de l'impôt sur le revenu.

En revanche, rien ne sera dit sur la nouvelle aide. Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, a assuré qu'aucune réunion de crise entre les ministres des Finances de l'Union européenne n'était prévue. Une décision sera prise «d'ici la fin juin».

Paralèllement, le pays, au pied du mur, a engagé un processus de privatisations, qui permettra d'engranger 50 milliards d'euros. Les ports, les aéroports, les chemins de fer, l'eau de Thessalonique et d'Athènes, les hippodromes, les télécoms et la Banque postale constituent la première vague d'entreprises grecques à vendre. Un appel à la grève a été lancé pour le 9 juin pour protester contre cette vague de privatisations.
L'euro, «fort et crédible»

Si les marchés d'actions accusent encore lourdement le choc de la dégradation de la note de la Grèce hier (mercredi), l'euro, lui, continue sa route vers la hausse, s'installant confortablement au-dessus de 1,44 dollar (1,4472 au plus haut ce jeudi). Ainsi, dans la tendance de fond, l'inquiétude sur la planète finance domine alors que le dossier grec rebondit - et inquiète - quasiment tous les jours : aujourd'hui à la Bourse de Paris, le Cac 40 plongeait de plus de 1,4% vers 16 heures et Wall Street peine à se reprendre après avoir signé sa plus mauvaise séance depuis août 2010. Hier, le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung a confirmé l'hypothèse d'un nouveau programme d'assistance à la Grèce, auquel le FMI participerait, à défaut de payer la dernière part de l'aide initiale.

Mais, sur le marché plus volatil des changes, les annonces du jour jouent en faveur de l'euro... et en défaveur du dollar. La monnaie européenne est notamment portée par des propos rassurants de la part de Jean-Claude Trichet, qui a estimé ce jeudi en Allemagne, qu'il «n'y a pas de crise de l'euro», et qualifié la devise de «forte et crédible». Le président de la BCE a alimenté la perspective dune prochaine hausse des taux directeurs. Il a en outre suggéré la création d'un ministère des Finances européen et imagine que «les autorités européennes aient le droit d'opposer leur veto à certaines décisions de politique économique nationale». Côté américain, une série de mauvais chiffres économiques ont polmbé le dollar, tirant mécaniquement l'euro à la hausse.

Hiroshima: Ground Zero 1945



Hiroshima: Ground Zero 1945 from ICP on Vimeo.

Un pont céleste 

La fête évoque le ciel mais en ce jeudi de l’Ascension les préoccupations des mortels restent particulièrement terre-à-terre. Le doute rôde sur la route, voie de l’évasion mais aussi des périls automobiles, où la tentation de la vitesse ne décélère pas.

La polémique sur «les panneaux» - surréaliste, quand on y songe à tête reposée - donne une indication de la sensibilité aussi épidermique que nationale sur cette question. Les hésitations gouvernementales, qui prêteraient à sourire si des vies n’étaient pas en jeu, reflètent l’embarras du pouvoir devant un sujet aussi irrationnel.

Quels dieux des transports invoquer quand le bon sens est battu en brèche par l’autopersuasion ? Comment imposer une discipline élémentaire validée par toutes les enquêtes - moins on va vite, et moins on s’expose à un risque d’accident sérieux - quand tant de conducteurs trouvent encore des vertus civiques aux détecteurs de radars ? Et font preuve de tant de force de conviction pour démontrer qu’ils sont utiles à la prévention routière ?

Un constat, tout de même : devant un tel obstacle, le gouvernement, parti pied au plancher pour effacer tout repère aussi salvateur que rassurant de «contrôle automatique», a bel et bien freiné. Voire pilé net. Chacun pourra le constater au cours de ce week-end : nos bons vieux «panneaux», devenus si familiers, sont toujours là ! Les démontages, commencés gaillardement dès l’annonce de la mesure, ont été stoppés du jour au lendemain. Le Premier ministre a vaillamment, courageusement et sincèrement juré qu’ils seraient poursuivis, mais chacun sait qu’entre la parole politique et les actes des services de l’État, l’inertie est un outil précieux pour ramollir une fermeté impopulaire avant qu’elle ne se dilue dans le temps.

De la place Beauvau, siège du ministère de l’intérieur, à Matignon en passant par l’Assemblée nationale le discours a été si sinueux à travers des nappes de brouillard - qui ne se dissipent pas - que dans tout ce flou cotonneux chacun aura entendu ce qu’il voulait entendre.

La peur du retrait de points intempestif est donc un peu retombée. C’est toujours ça de pris, songent certains communicants gouvernementaux, dans une séquence particulièrement anxiogène où l’on craint tout à la fois le concombre et le téléphone portable... Même le beau temps persistant et la sécheresse historique qui va avec - la plus importante depuis cinquante ans - diffusent de l’inquiétude !

L’unique pont d’un printemps pas comme les autres voudrait enjamber ce fleuve tumultueux qui charrie tant d’interrogations. Un peu de légèreté dans l’air ? Ah, mais, c’est vrai, il n’a jamais été aussi pollué, l’air. Tant pis, on fera avec. On trouvera bien quelques fragrances d’espérance dans la nuée bleue.


La Grèce sur le fil du rasoir

Sauvé par le gong ? Sans doute. La Grèce pourra repasser au guichet des aides financières internationales. Renflouée in extremis, pas sauvée. Un an après le prêt de 110 milliards de la communauté internationale, il faudrait être singulièrement aveugle pour ne pas voir la réalité. Étranglé par des taux d'intérêt à 15 %, lesté par un endettement plus lourd que prévu (150 % de la richesse produite !), miné par une grogne sociale incontrôlable, englué dans la récession, le pays reste au bord du gouffre. Au risque d'entraîner dans sa chute ses camarades d'infortune - Portugal, Irlande - sinon de faire éclater l'euro, ce souhait démagogique sur lequel surfent aujourd'hui quelques boutiquiers d'un nationalisme dépassé, du passé. Irréalistes.

Comment éviter le pire à Athènes ? Pas simple quand on entend la partition actuelle de trois acteurs principaux du psychodrame grec. La démission de Dominique Strauss-Kahn du FMI a quelque peu émoussé la capacité de compréhension du Fonds monétaire international à l'égard des errements grecs. La patience du maître d'école de la classe européenne - l'Allemagne - montre, elle aussi, ses limites. Angela Merkel a compris que son pays ne pouvait prospérer dans une zone euro disloquée, mais son opinion - ses électeurs - demeure très rétive aux comportements des « cancres » de l'Europe du sud.

Quant aux autorités d'Athènes, on ne peut que constater leur incapacité à cimenter la cohésion nationale, voire à simplement restaurer l'autorité de l'État. On voudrait sourire quand l'opposition propose une baisse des impôts, dans un pays où la fraude fiscale demeure, crise ou pas, un sport national qui sape par nature toute assise étatique digne de ce nom...

Dans ce contexte contraignant, le scénario du « toujours plus d'aides contre plus d'austérité » ne ressemble pas seulement à une fuite en avant. Il paraît des plus irréalistes et même de plus en plus dangereux face à une opinion chauffée à blanc par l'austérité salariale et le chômage de masse (16 %). Il est d'autant plus insoutenable qu'il passe désormais par des méga privatisations (téléphone, électricité, ports... îles) assimilées par une majorité de Grecs à un quasi-bradage du pays. De quoi créer, pour le coup, un consensus national redoutable sur le front du rejet.

Alors ? On ne pourra sans doute pas très longtemps écarter, quoi qu'en disent les technocrates de la Banque centrale européenne (BCE), le débat sur la restructuration de la dette grecque, son aménagement dans le temps, voire son effacement partiel. On en sait les dangers : possible contagion à l'Irlande et au Portugal, risque de plomber les banques d'Athènes, les assurances, les fonds de pension, et de léser quelques États voisins détenteurs de la dette grecque. Soit, mais on sait surtout qu'en l'état, la situation est inextricable. Potentiellement explosive. Alors que les manifestations « d'indignés » s'enchaînent, sans refluer, un peu partout en Europe, on pourra le mesurer dans les rassemblements syndicaux de samedi à Athènes.

La vie au temps de la Troïka

Finis les sorties, les achats ou les apéros en terrasse. Reportées les interventions chirurgicales. Oubliées les factures : frappés par la crise, les Grecs ont appris à réduire leur train de vie, et leur quotidien est devenu triste.
Le fameux panier de la ménagère ne se remplit pas aussi facilement qu'avant la crise. Les chiffres le prouvent : seuls 12% des consommateurs paient plus de 100 euros lorsqu'ils se rendent au supermarché. Même ceux qui y vont très souvent évitent les produits de marque et choisissent des produits sans label. Le rapport de l'institut de sondage MRB est sans appel: sur 11 000 personnes, le panier de la ménagère en 2010 est très différent de celui de l'année précédente. Les consommateurs choisissent des féculents, du riz et de la farine, alors que 40% d'entre eux délaisse les grandes marques de détergents. Seuls les produits biologiques ont l'air de tenir ainsi que les fruits et légumes d’origine nationale.
La crise a porté atteinte aussi au cliché du Grec qui s'amuse et qui sort tous les soirs jusqu’a pas d'heure: nombre d’Hellènes ont retrouvé les joies du cocοoning et évitent les sorties au restaurant. Un plaie, pour le président de l'union des restaurants de Grèce : "Il y a des jours où nous n'avons pas un seul client", affirme t-il. Son restaurant est sur le Pirée et il s'étonne du climat qui s'alourdit de jour en jour: "Lundi, ma caisse avait 350 euros; mardi, 230 et mercredi 400, alors que les dépenses quotidiennes de base sont de 1 500 euros".
Il estime que le chiffre d'affaires des commerçants a baissé de 55% et affirme que tous espèrent que la saison touristique sera bonne. Mais près de 6 000 restaurants ont déjà mis la clé sous la porte. Et d'ici la fin de l'année entre 20 et 25 000 devraient fermer! Même la nourriture peu chère est en crise avec une baisse de 30 à 35% !
La santé, "on verra plus tard". C’est le genre de remarque que l’on entend de plus en plus dans la bouche des Grecs. Qui l’eut cru dans le pays des hypocondriaques et où les médicaments coulent à flots ? L’achat de vitamines, d’antibiotiques ont sensiblement baissé; les analyses de sang, les radiographies et les mammographies ont été reportés aux calendes grecques, les interventions de la bile aussi.
Les factures d’électricité… pareil. Les Grecs ne peuvent plus les payer, d’autres saisissent l’occasion pour les "oublier". La compagnie d’électricité nationale grecque a annoncé que les impayés se montent à 200 millions d’euros. Et ce n’est pas tout. Si parmi les points positifs, on peut relever que les Grecs prennent de moins en moins leur voiture pour se déplacer, il est des points plus graves comme l’éducation. Les cours particuliers, véritable institution, qui comble un système éducatif lacunaire, diminuent. Selon Giorgos Petropoulos, de l’union des cours privés, "la baisse est de 40%, c’est inquiétant, surtout pour les premières années du lycée", souligne t-il.
Enfin, les Grecs cherchent le moins cher, le moindre coût et partout. Les retraités se donnent rendez vous dans les centres pour personnes âgées pour boire un café et évitent les terrasses d’Athènes devenues hors de prix; au supermarché, les rayons des premiers prix sont les plus prisés, alors que les autres sont désertés. 


Santé

Une société au bord de la crise de nerfs

Il y a deux mois, un homme de 35 ans a commencé à ressentir des douleurs dans le ventre et à la poitrine. Des maux de tête l’ont assailli. Il s’est inquiété, est allé voir son médecin, qui lui a recommandé de faire une série d’analyses. Tous ses symptômes se sont révélés psychosomatiques. Il s’est donc tourné vers une psychologue. "Ce patient était dans une anxiété intense et prolongée. Une crainte le rongeait", explique Asimina Christopoulou. "En fait, dans l’entreprise où il travaillait, on avait annoncé des licenciements et il vivait dans la peur de perdre son job", poursuit la thérapeute. 

L’anxiété face au chômage, la précarité et le climat social tendu ont un impact psychologique notable, voir grave, sur les individus.
Même si la peur est un réflexe naturel et utile face au danger, toute situation devient dangereuse lorsque nous en perdons le contrôle. Et c’est ce qui semble se produire en Grèce aujourd’hui. Depuis le début de la crise économique et les mesures d’austérité qui ont suivi, ce sont les classes moyennes et défavorisées de la société qui ont été le plus affectées psychologiquement. "Mais les plus aisés sont également concernés", note le Dr Ilia Theotoka Chrysostomidis, spécialiste en psychiatrie à l’université d’Athènes. "Les troubles d’anxiété, les dépressions, les crises de panique, les problèmes de sommeil, voire les tentatives de suicide, ont augmenté. Et cela concerne tout le monde", dit le psychiatre.
Mahi Tratsa, To Vima, Athènes (extraits)

Le “concombre tueur” sème la panique

Après avoir contribué à alimenter la polémique, la presse européenne s'interroge sur la psychose liée à la bactérie E.coli et sur l'absence d'une politique de prévention commune.
Déclarée il y a trois semaines en Allemagne, la bactérie E.coli s'est depuis étendue à l'Europe, causant la mort de 16 personnes dont 15 en Allemagne, et plus de 1 200 infections. Après avoir affirmé que la bactérie provenait d'un concombre espagnol, les autorités sanitaires hambourgeoises reconnaissent à présent que la source de l'intoxication n'est toujours pas identifiée.

"Pendant que les européens s'égarent dans l'origine des cucurbitacées avec E.coli, le nombre de victimes augmente"
, critique le journal roumain Jurnalul Naţional, qui résume: "L'Europe tremble de peur". Le quotidien bucarestois justifie son assertion par une interview de l'universitaire Gheorghe Mencinicopschi : "La grippe des concombres est le nouvel épouvantail biologique. Je suis convaincue que c'est juste un nouvel épisode dans la série de la grippe aviaire, porcine… Autrement dit, on nous encourage à ne plus manger de la viande de porc, de poulet. Aujourd'hui des légumes et demain des fruits. Afin qu'on y passe tous au fast food ! "
Coté allemand, la presse se limite au service aux consommateurs et à l'avancement des recherches, tout en notant que l'Allemagne commence à affronter la critique de ses partenaires européens. C'est la Frankfurter Allgemeine Zeitung qui fait exception en passant en revue "une semaine kafkaïenne pour les producteurs de légumes allemands". "Tandis que les crises sanitaires démarrent d'habitude avec la découverte de la cause d'un potentiel risque sanitaire – des vaches chancelantes, des cochons éternuant, de l'huile dans la matière fourragère – le cas de E.coli commence avec les décès. Les épidémiologues travaillent comme des commissaires qui enquêtent sur un meurtre. Le cercle des suspects est énorme."
Côté espagnol, le sentiment anti-allemand domine. La ministre de la santé du Land de Hambourg Cornelia Prüfer-Storcks a confirmé que les analyses écartent l'origine espagnole de l'accès d´E.coli, mais "elle ne s'est pas excusée", souligne El Mundo dans son éditorial. "Il est évident que le premier responsable de la situation est donc l'Allemagne", dont le gouvernement "a été incapable de faire des reproches aux autorités d'Hambourg et de réorienter le cas", malgré "l'action insensée" de la conseillère, "qui n'a pas respecté les protocoles europeéns prévus pour les alertes alimentaires". "Mais il y a encore plus de raisons de critiquer l'incapacité du gouvernement espagnol", qui a mis en évidence "son absence de réflexes" et "dont les protestations n'ont pas fait bouger l´Allemagne".
L'Allemagne doit maintenant réparer son erreur, affirme La Razón dans son éditorial : "mais cela ne signifie pas que le problème est oublié. D'abord parce que la panique est un état d'esprit très compliqué à maîtriser, et deuxièmement parce que le préjudice aux agriculteurs a été trop important". "Une campagne nationale des autorités allemandes en faveur de nos légumes et la compensation économique correspondante sont des actions nécessaires".
Pour Público, la crise des concombres "manifeste la faiblesse de l'UE dans la gestion de ce genre de situations, pour éviter que des accusations infondées puissent être à l'origine d'énormes préjudices à tout un secteur économique d'un Etat membre".
Le coeur du problème pour le quoditien français Libération, c'est d'abord le soupçon qui "ne peut s'ériger en politique de santé publique. Il entretient la panique alors que les consommateurs ont besoin d'être éclairés et informés. Cette politique de la psychose est dévastatrice pour l'économie, mais plus encore pour la santé."
Enfin, pour le quotidien néerlandais Volkskrant, "ce n’est pas le concombre qui fait peur, mais l’incapacité des autorités à limiter la contamination". "Cette incapacité reflète probablement très bien le manque de transparence du libre marché des légumes et des fruits en Europe et dans les pays membres." Et le quotidien néerlandais de conclure que "ne plus manger de concombres, c'est faire preuve d'hystérie ridicule, notamment si les consommateurs lavent et épluchent leurs légumes – tel que cela a toujours été recommandé."

mercredi 1 juin 2011

Eux, c’est eux, nous, c’est nous

Chacun sait que, depuis un demi-siècle, l’avenir de la construction européenne repose sur le binôme franco-allemand et que chacun de ces deux pays a beaucoup à apprendre à l’autre. Pour autant, ces deux grandes nations ont le droit d’avoir des choix politiques et économiques différents dès lors que cela ne menace pas la construction de l’Europe. Le nucléaire fait partie de cette zone d’autonomie : depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne est exclue du nucléaire militaire et elle décide aujourd’hui de se retirer en dix ans du nucléaire civil en renonçant à ses centrales. On peut reprocher à la chancelière Angela Merkel d’avoir fait une volte-face politique, d’avoir fait preuve d’un électoralisme pur et de préparer la voie à un éventuel accord avec ses écologistes. On peut lui reprocher aussi de céder à une forme de démocratie d’émotion après la catastrophe du Japon et de démocratie d’opinion, puisqu’une majorité d’Allemands se déclaraient favorables à l’arrêt du nucléaire. Reste que c’est l’affaire du peuple allemand et que s’applique bien l’adage « eux, c’est eux, nous, c’est nous ». Chez nous, en effet, la poursuite du nucléaire est vitale pour notre production d’électricité et notre sortie de crise économique. Il faut certes renforcer les mesures et les contrôles réguliers de l’Etat sur la sécurité quel qu’en soit le prix, il faut développer les énergies renouvelables et se fixer des objectifs ambitieux en la matière pour réduire en douceur la part du tout nucléaire. Mais il faut continuer dans la voie ouverte par le général de Gaulle. L’élection présidentielle permettra à chacun de se déterminer et l’on verra si la gauche cède au chantage des écologistes.

Grèce : l'Allemagne conditionne son aide à une participation du privé

Evoquant des "attentes fortes" de Berlin dans ce sens, un porte-parole du ministère des finances allemand a affirmé que l'Allemagne conditionnait toujours une éventuelle nouvelle aide à la Grèce à une participation des détenteurs privés de titres de dette grecs.
Cette nouvelle aide ne serait envisageable qu'à trois conditions, a détaillé le porte-parole : "Des mesures supplémentaires de la part de la Grèce", notamment en termes de politique fiscale ; un plan "très concret, très tangible et intelligible" de privatisations ; et troisièmement, "il est important que le secteur privé (...) assume ses responsabilité". "Sous quelle forme, je ne peux pas encore le dire", a-t-il ajouté, mais "si le secteur public donne plus" que ce qu'il a déjà consenti, "il est évident que les créanciers privés doivent participer" eux aussi.
Le Wall Street Journal avait écrit mardi que Berlin serait prêt à renoncer à cette exigence, faisant naître sur les marchés l'espoir d'une solution prochaine au problème grec. Un groupe d'experts de la Banque centrale européenne, du Fonds monétaire international et de la Commission européenne travaille actuellement à l'évaluation de la situation d'Athènes, en pleine crise de ses finances publiques.
Son rapport est attendu "au plus tôt vendredi dans la nuit", a déclaré le porte-parole, précisant que les conclusions pourraient aussi être rendues pendant le week-end, voire "mi-juin".