TOUT EST DIT

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mardi 22 juillet 2014

Le Brexit ou l'absurdité du siècle

Le Royaume-Uni présente une situation paradoxale. Sur le plan économique, il connaît une brillante reprise qui tranche avec la stagdéflation de la zone euro. La croissance atteindra 3 % en 2014 ; le retour au plein-emploi se dessine avec un taux de chômage revenu à 6,6 % de la population active ; le déficit public a été ramené de 10,9 à 6,1 % du PIB depuis 2010 et l'objectif de l'équilibre budgétaire pour 2018 paraît crédible. Londres, portée par le redémarrage de la City et de l'immobilier, s'impose comme une des métropoles clés de la mondialisation. Forte de son rayonnement dans le domaine des arts, de la culture et du sport, elle aimante les fortunes et les talents. L'industrie n'est pas en reste, qui se redresse vivement, à l'image du secteur automobile, qui a construit 1,3 million de véhicules en 2013. La stratégie de l'austérité s'est donc révélée gagnante, favorisant la relance du secteur privé, qui a créé 1,2 million d'emplois depuis 2010, compensant très largement les 550 000 postes supprimés dans le secteur public.
Le renouveau économique du Royaume-Uni demeure inégalement réparti, tant sur le plan social que territorial ; il est également menacé par la reconstitution de bulles spéculatives sur les marchés financiers et immobiliers. Mais le plus grand péril est politique. La reprise économique s'accompagne en effet d'une profonde crise identitaire aux manifestations multiples : remise en question de l'organisation de la société en communautés ; opposition croissante à l'immigration ; montée de l'islamophobie ; tentation séparatiste avec le référendum du 18 septembre sur l'indépendance de l'Ecosse ; exacerbation du sentiment national et antieuropéen. La percée du parti populiste Ukip et l'effondrement des libéraux sont la traduction politique de ce trouble existentiel, qui se cristallise autour du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union, promis par David Cameron pour 2017 en cas de victoire des conservateurs aux prochaines élections législatives.
Le Brexit (British exit) ou sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne paraît pratiquement inéluctable. David Cameron, à l'instar de Jacques Chirac en 2005 avec le calamiteux référendum sur la Constitution européenne, est prisonnier de la mécanique infernale qu'il a lancée. La renégociation des traités européens qu'il réclame pour éviter le référendum est vouée à l'échec. D'un côté, le Premier ministre britannique est aussi ferme dans sa volonté de tout mettre à plat qu'incapable de donner un contenu précis à ses demandes. De l'autre, la révision globale des traités est inacceptable pour les autres pays européens, car elle ouvrirait une boîte de Pandore qui conduirait à l'implosion de l'Union. Elle s'opposerait par ailleurs à la relance de l'intégration, qui constitue la condition de survie de la monnaie unique.
Le Brexit fait partie de ces événements historiques absurdes qui semblent aussi désastreux qu'impossibles à désarmer.
Pour l'Europe, la mise en oeuvre par le Royaume-Uni de l'article 50 du traité de Lisbonne, qui permet à un pays de quitter l'Union, marquerait un terrible échec. Elle affaiblirait le poids des partisans du marché et de la maîtrise des comptes publics. Elle réduirait à néant l'Europe de la défense. Elle laisserait l'Allemagne dans une position dangereusement hégémonique. Enfin, elle enclencherait une dynamique de fragmentation de l'Europe à rebours de soixante années de progrès dans l'intégration du continent.
Le Royaume-Uni, en cas de sortie de l'Union, retrouverait la disposition de sa contribution nette à l'Union, soit 7,2 milliards d'euros. En revanche, le pari sur le renforcement de l'attractivité du pays grâce à son émancipation des règles européennes et à la réaffirmation de la vocation mondiale de la City est risqué. La force de la place financière de Londres repose sur la réalisation de 74 % des échanges de devises européennes, notamment de 40 % des transactions en euros, ainsi que sur la présence de 85 % des fonds d'investissement actifs sur le continent. L'industrie britannique, à l'image du secteur automobile ou pharmaceutique, est étroitement imbriquée à l'Europe. Les exportations vers le continent représentent ainsi 15 % du PIB. Dès lors, la sortie de l'Union pourrait créer un double choc sur la demande intérieure et extérieure, avec une perte de croissance à moyen terme comprise entre 1,1 et 3,1 % du PIB et la suppression d'une partie des 4 millions d'emplois liés aux échanges avec le continent. Sur le plan diplomatique et stratégique, la position internationale du Royaume-Uni serait compromise. Il n'est pas de taille à rivaliser avec les géants qui structureront l'histoire du XXIe siècle. Et l'espoir de réactiver la specialrelationship avec les États-Unis reste chimérique, compte tenu des séquelles laissées par les guerres perdues d'Irak et d'Afghanistan dans l'opinion britannique et du grand basculement de l'Amérique vers l'Asie-Pacifique.
Le principe de responsabilité en politique consiste à se préparer d'autant plus à un événement très probable qu'on mesure ses conséquences négatives. L'Union européenne et la France doivent éviter d'apporter de l'eau au moulin des partisans du Brexit tout en travaillant à son éventualité. L'Union doit réfléchir aux négociations financières, commerciales et fiscales à conduire avec Londres, qui devront être menées avec fermeté pour interdire au Royaume-Uni d'abuser de sa position de passager clandestin en Europe. La France fait partie des rares gagnants potentiels du Brexit, qui représente une occasion unique d'inverser l'exil des centres de décision économique, des entrepreneurs, des talents et des capitaux vers Londres en relocalisant une partie de l'industrie financière qui travaille autour de l'euro. Voilà pourquoi il faut interrompre le déclin de la place financière de Paris, démanteler la fiscalité confiscatoire sur le capital, sécuriser un statut favorable pour les fonds, pour les investisseurs et pour les hauts revenus. Paris doit dérouler un tapis rouge aux futures victimes du Brexit.
David Cameron a choisi la ligne du mieux-disant démagogique en flattant les passions nationalistes. Il est en passe de commettre, avec le Brexit, une erreur économique et politique aussi majeure que le retour à l'étalon or décidé par Churchill en 1925, qui installa le pays dans la stagnation jusqu'à la dévaluation de septembre 1931. Tout comme Churchill s'est fourvoyé en tentant de rétablir l'ordre monétaire et la position de leadership du Royaume-Uni antérieurs à la Grande Guerre, Cameron fait fausse route en cherchant à restaurer, à travers le Brexit, une forme de souveraineté nationale déconnectée de la structure multipolaire et du capitalisme mondialisé. À l'âge de l'histoire universelle, l'Union n'est pas l'ennemi mais l'un des remparts de la souveraineté des nations européennes.

lundi 9 juin 2014

La République zombie


La France vit une crise de régime sans précédent depuis la fin de la IVe République, dont Manuel Valls et François Hollande ont, chacun à sa manière, avoué l'ampleur. En rappelant que le mandat du président devait aller à son terme, le Premier ministre a souligné la possibilité qu'il soit contraint à renoncer prématurément à la fonction de chef de l'État, qu'il est incapable d'assumer. En se réfugiant derrière la présumée solidité des institutions, François Hollande a avoué qu'il se trouve dans une impasse et qu'il ne dispose plus de la légitimité requise pour diriger le pays. Enfin, en prétendant réorienter une Europe au sein de laquelle il est totalement isolé et impuissant, il a achevé de se déconsidérer auprès des Français comme de nos partenaires.
Le problème, ce n'est pas l'Europe, c'est la France. Et le problème de la France, ce ne sont pas les Français, c'est François Hollande. Par sa faiblesse et sa légèreté, il est une menace pour la République et pour l'Europe.
Deux ans après son élection, le bilan de François Hollande est apocalyptique, à la mesure de son inconséquence. Le président du néant qui ne croit à rien, qui ne dit rien et qui ne fait rien a rétréci la France. La croissance a été euthanasiée par l'envolée d'une fiscalité confiscatoire, de lois et de normes meurtrières pour les entreprises. La paupérisation progresse en même temps que l'activité régresse. Le chômage poursuit sa course folle, alors qu'il diminue partout en Europe. La famille, dernier rempart contre la crise, est la cible d'un travail de démolition systématique.
La France est marginalisée au plan international, déclassée par le leadership allemand sur l'Europe continentale et la zone euro, absente de la gestion de la crise ukrainienne, où se joue une part décisive de l'avenir du continent. L'unique succès que constituait l'intervention au Mali est compromis par la complaisance envers les errements des autorités de Bamako, qui ont provoqué la chute de Kidal, et par les coupes programmées dans les dépenses militaires, qui entraîneront la perte irréversible de nos capacités militaires et industrielles. Avec à la clé la déstabilisation de l'un des derniers pôles d'excellence et facteurs de puissance de notre pays.
Paupérisée et surendettée, divisée, abaissée et humiliée, la France se trouve désormais dans une situation prérévolutionnaire où tout devient possible. Plus la crise s'aggrave et devient existentielle, plus se creuse le vide politique sous l'effet de quatre chocs.
Le premier découle du vide d'autorité à la tête de l'État. Nicolas Sarkozy avait démontré que la Ve République ne pouvait fonctionner sans Premier ministre ; François Hollande prouve qu'elle est menacée dans son existence même par l'absence de président de la République. Par son impopularité et son incapacité, il constitue le premier obstacle à la mise en oeuvre des réformes vitales pour notre pays.
Le deuxième est lié à la décomposition de la majorité et du Parti socialiste, que sa déroute municipale prive de ses forces vives. François Mitterrand, sous couvert d'Union de la gauche, avait éliminé le Parti communiste ; François Hollande, en guise de réenchantement du rêve français, poursuit la liquidation méthodique du Parti socialiste, qui, privé de ses élus et de ses électeurs, est de plus en plus tenté de se rebeller pour éviter d'être emporté dans la chute mortelle du président.
Le troisième provient de l'effondrement de l'opposition sous le poids des scandales en chaîne qui accablent l'UMP. D'un côté, ses dirigeants fraudeurs et faussaires n'ont pas hésité à vider les caisses et à spolier leurs propres militants. De l'autre, les stratégies personnelles des candidats à la présidentielle, Nicolas Sarkozy en tête, interdisent l'émergence d'une opposition responsable et organisée. Nicolas Sarkozy dissout l'UMP comme François Hollande le PS, privant l'opposition de leader, de stratégie, de projet, et laissant le champ libre à l'extrême droite.
Le quatrième choc est créé par la percée du Front national, premier parti de France aux élections européennes, qui change de dimension en s'imposant non plus comme un mouvement protestataire mais comme une alternative politique. Le 25 mai 2014, contrairement au 21 avril 2002, ne relève pas d'une diabolique surprise liée aux circonstances, mais d'un vote conscient et assumé, gros du désespoir des citoyens et produit de la dérive démagogique de la classe politique.
La France de François Hollande est une République zombie, sans valeurs, sans cap, sans puissance, sans stratégie autre que la survie de ses dirigeants. Pour le monde extérieur, c'est Cuba, sans le soleil mais avec l'extrême droite. Pour l'Europe, c'est l'homme malade qui peut relancer la crise de l'euro. Pour les Français, c'est un bateau ivre privé de capitaine.
Voilà pourquoi la France ne peut attendre 2017 pour se réformer. Du côté de la majorité, l'homme clé est désormais Manuel Valls : il lui revient de réaliser son programme de réformes, au lieu de multiplier des contre-mesures prises sous l'effet de la panique, et de démontrer qu'il peut réunir une majorité stable pour les conduire à bien. À défaut, la seule issue est la dissolution. Du côté de l'opposition, il ne suffit pas de préparer un Congrès ; il faut faire la vérité et jeter une lumière crue sur les dérives passées ; il faut engager un travail collectif de reconstruction intellectuelle et programmatique. À défaut d'une remise en ordre de marche rapide de l'UMP, le champ est libre pour le Front national. À droite comme à gauche, il est grand temps que la politique des partis qui ont pris en otage la Ve République cède le pas devant la politique de la France

mercredi 5 février 2014

Un président sous perspective négative


François Hollande, lors de ses voeux puis de la conférence de presse du 14 janvier, a annoncé un tournant à 180 degrés de sa politique économique. Il a prononcé l'acte de décès de la stratégie appliquée depuis son élection, qui a provoqué un désastre sans précédent depuis la relance à contre-courant de 1981. La France, comme vient de le souligner le FMI, passe à côté de la reprise des pays développés, l'activité stagnant à moins de 1 % alors qu'elle est réévaluée partout ailleurs (2,8 % pour les États-Unis, 2,4 % pour le Royaume-Uni, 1,8 % en Allemagne). Loin de s'inverser, la courbe du chômage continue à progresser et atteindra en 2014 plus de 11 % contre 5 % en Allemagne, 6 % aux États-Unis et 7 % au Royaume-Uni. En dépit d'un choc fiscal de 3,5 % du PIB en trois ans, la dette publique dépassera 95 % du PIB fin 2014.
Après vingt mois placés sous le signe du déni, le quinquennat de François Hollande a commencé en janvier 2014. Mais il risque de s'achever très vite si le tournant de la compétitivité échoue. Les conditions de son succès sont au nombre de quatre : la cohérence de la nouvelle ligne ; son application rapide via une batterie de mesures opérationnelles ; la mobilisation des forces économiques et sociales ; et un changement de gouvernement, car nul n'a jamais engagé un programme de redressement avec les responsables de la faillite. Force est de constater qu'aucune de ces conditions n'est pour l'heure remplie.
Pour ce qui est de la ligne stratégique, la valse hollandaise a repris dès le 15 janvier, selon sa chorégraphie habituelle : un pas dans la bonne direction, un demi-tour à gauche, deux pas en arrière. Le changement de cap n'était pas plus tôt annoncé que la litanie des voeux a fourni l'occasion d'autant de renoncements : les baisses de dépenses excluent l'éducation, les fonctionnaires qui se sont vu promettre par le Premier ministre que les réformes ne se feraient pas "sur leur dos", les départements, qui - Corrèze oblige - ont été sanctuarisés. L'indispensable baisse des impôts a été annoncée pour 2015, avant d'être soumise à un feu roulant de conditions suspensives concernant la croissance et les baisses de dépenses qui la réduisent à un voeu pieux. Enfin, la réforme du marché du travail est mort-née avec le refus de toucher aux règles de l'assurance-chômage afin d'amadouer les syndicats.
La plus grande confusion préside à la préparation du plan opérationnel. Le flou est à son comble pour ce qui est du pacte de responsabilité. Le financement des 30 milliards de baisses de charges correspondant aux cotisations familiales acquittées par les entreprises reste inconnu. Les contreparties demandées aux entreprises répondent à une logique purement politique et sont irréalistes compte tenu de leur situation, marquée par l'effondrement historique de leur taux de marge (27,7 %), les sureffectifs (200 000 à 250 000 personnes), la stagnation de l'activité, et par une fiscalité qui reste dissuasive. Les baisses de dépenses sont dans les limbes, dans leur montant comme dans leur répartition.
Orgie. L'objectif est limpide : les dépenses publiques qui s'élèvent à 1 125 milliards d'euros doivent être diminuées de 50 milliards en trois ans pour être ramenées à 1 075 milliards en 2017. Les chiffres avancés sont trompeurs, car ils comptabilisent, comme dans le budget de 2014, la moindre progression des dépenses en économies ; par ailleurs, ils intègrent des mesures déjà annoncées dont la réalisation est très aléatoire. Enfin, l'improbable "Airbus de la transition énergétique" se heurte frontalement tant au caractère malthusien des objectifs retenus par la France (la réduction de moitié de la consommation d'énergie d'ici à 2050 et la diminution de la part du nucléaire de 75 à 50 % de la production d'électricité) qu'à la divergence radicale de la France et de l'Allemagne en matière de bouquet énergétique, de réseaux, de fonctionnement du marché européen et de contenu de la transition énergétique.
Du point de vue des forces politiques et sociales, François Hollande se trouve dans la situation paradoxale de n'être soutenu que par le patronat, tandis que syndicats et opposition misent sur son échec. Un échec dont la probabilité est renforcée par le contraste entre la nouvelle donne économique et l'immobilisme politique. Le symbole en est donné par le Conseil stratégique de la dépense publique, qui réunit tous ceux qui ont orchestré l'orgie de dépenses et d'impôts supplémentaires. Comment peut-on attendre du ministre du Budget qu'il diminue les dépenses alors qu'il nie la responsabilité de la hausse des impôts dans l'effondrement de la croissance et les 11 milliards d'euros de moins-values fiscales en 2013 ? Qui peut croire que le ministre du Travail, qui a promis l'inversion de la courbe du chômage par la seule multiplication des emplois aidés dans le secteur public, parviendra à convaincre les entreprises d'embaucher ? Qui est plus mal placée pour améliorer l'efficacité des services publics que la ministre de la Réforme de l'État, qui a supprimé le jour de carence des fonctionnaires qui avait pourtant réduit l'absentéisme de 40 % et économisé 160 millions d'euros ?
L'agence Moody's exprime parfaitement les doutes que concentre la France, qui est plus que jamais l'homme malade de l'Europe, suscitant l'inquiétude de ses citoyens, des marchés financiers, de nos partenaires et de nos alliés. La notation Aa1 est maintenue sous perspective négative, avec l'annonce d'une dégradation prochaine si le pacte de responsabilité n'est pas mis en oeuvre ou si la dette dérape vers 100 % du PIB. Cette stabilité résulte uniquement de facteurs extérieurs : le faible niveau des taux d'intérêt en raison des politiques monétaires expansionnistes des États-Unis et du Japon ; la réduction des tensions financières dans la zone euro, qui réduit l'exposition aux dettes des pays périphériques. En revanche, Moody's souligne l'aggravation des faiblesses propres de notre pays : la chute de la compétitivité, de l'innovation et des exportations, donc de la croissance potentielle ; la dégradation structurelle des finances publiques du fait de la dérive des dépenses et du refus de l'impôt lié à une fiscalité excessive ; l'absence de réforme du marché du travail, la faiblesse de la concurrence sur les marchés des biens et services ; enfin, la montée de la violence politique et sociale.
La clarification peine à s'inscrire durablement dans les mots et plus encore à se traduire dans les actes. Son plus grand ennemi est François Hollande, du fait du rapport biaisé qu'il entretient avec la réalité. Dans l'ordre de la politique et du symbole qui est le sien, il pense avoir fait l'essentiel en changeant de discours. Dans l'ordre de l'action et de l'histoire, tout reste à faire. Mais peut-il vraiment le faire alors qu'il en récuse l'existence ?

samedi 1 février 2014

"Le déclin n’est pas une fatalité pour la France"


Dans son dernier ouvrage, "Lettres béninoises" (Albin Michel), l’avocat historien et essayiste à succès Nicolas Baverez décrit une France au bord de la faillite en 2040. Un appel à un changement de cap de la politique économique française que semble avoir amorcé François Hollande avec son pacte de responsabilité.
2040. Alassane Bono, le directeur béninois du FMI, s'installe en France pour organiser une énième restructuration financière de sa dette publique abyssale. Le soir, il écrit de longues lettres à sa femme, restée au Bénin, dans lesquelles il lui raconte en détails, à la manière du sage Usbek de Montesquieu dans les "Lettres persanes", le triste sort de l'ex-cinquième puissance mondiale.
Dans cette fiction d'anticipation, de nombreux pays d'Afrique, forts d'une croissance continue depuis le début des années 2000, ont rejoint le cercle des puissances prospères et influentes, dans lequel figurent toujours les pays européens qui ont su se réformer, à l'image de l'Allemagne et de l'Europe du Nord.

En 2031, la France a quitté l'euro

Quid de la France ? Nicolas Baverez, invité jeudi 30 janvier de la deuxième édition des « Matinales de Travaux publics » organisées par « La Tribune » et la Fédération nationale des Travaux Publics, force le trait et voit dans l'ex-pays des Lumières est devenu, sans surprise, l'homme malade de l'Europe. Un nain politique, une aberration économique et une catastrophe sociale. Le chômage y dépasse 25% de la population active, en partie car la politique fiscale confiscatoire et la lourdeur de l'Etat providence ont fait fuir depuis longtemps les grandes entreprises et les jeunes talents. De gigantesques bidonvilles s'étendent au nord de Paris.
Comme Marine Le Pen l'avait souhaité, la France a quitté l'euro en 2031, mais la dévaluation de la monnaie et l'inflation galopante ont ruiné les classes moyennes. Au milieu de cette débâcle, les dirigeants, de gauche comme de droite, pratiquent la politique de l'autruche, s'accrochant désespérément à la sauvegarde du modèle social. De toute façon, qui les écoute ? En 2032, l'extrême-droite a pris le pouvoir, avant qu'une sixième République naisse de ses cendres deux ans plus tard…
 Ce qui peut arriver sans changement profond
Ce sombre tableau, qui relève aujourd'hui de la science-fiction, peut-il devenir réalité ? Prédire l'avenir relève d'un exercice périlleux. Nicolas Baverez, qui dépeint dans son livre des dirigeants qui ressemblent étrangement à des personnalités politiques actuelles, revendique la crédibilité de ce scénarii catastrophe.
« C'est un ouvrage de politique-fiction qui n'a rien de fantaisiste. La France de 2014 porte en elle les germes de celle que je décris en 2040 : une économie en panne, une société fracturée, le déni du pouvoir qui n'ose pas réformer depuis vingt-cinq ans. J'ai seulement imaginé ce qui pourrait se produire si la classe politique ne met pas en œuvre un changement de cap profond », explique-t-il.

Le taux de chômage confirme le déclin de la France

L'auteur de « La France qui tombe », publié en 2003, et de « Réveillez-vous ! », adressé aux candidats à la présidentielle de 2012, estime que les dernières statistiques économiques confirment le déclin de la France. L'inversion de la courbe du chômage n'est toujours pas d'actualité malgré la promesse de François Hollande. Ainsi, 170 000 personnes ont rejoint les rangs des chômeurs de catégorie A en 2013 (ceux qui n'ont pas du tout travaillé), portant le total à 3,5 millions et à 5,2 millions en comptant ceux des catégories B et C.
Du côté des finances publiques, si le déficit est passé de 4,8% du PIB en 2012 à 4,1% en 2013, le chemin pour atteindre le standard européen de 3% semble encore long et difficile. La dette, attendue à 95% du PIB fin 2014, se rapproche dangereusement du palier symbolique des 100%, qui pourrait entraîner, selon Nicolas Baverez, une spirale de dévaluations de la part des agences de notation.

La France manque d'attractivité

« La zone euro, même renforcée avec l'union bancaire, les capacités financières étendues de la Banque centrale, le mécanisme de solidarité ou le traité budgétaire, pourrait ne pas survivre si la dette française est attaquée »
En panne de croissance, la France manque aussi d'attractivité. Selon le dernier rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), les investissements directs étrangers dans l'Hexagone ont chuté de 77% en 2013, pour tomber à 4,1 milliards d'euros. Un chiffre révélateur, qui semble donner crédit à la thèse de Nicolas Baverez et d'autant plus inquiétant qu'ils ont progressé de 37,7% dans l'Union européenne et de 11% dans le monde…

Mais tout n'est pas perdu...

A la différence de nombreux indécrottables pessimistes, persuadés que la France a déjà raté l'occasion de se réformer en profondeur, Nicolas Baverez croit aux effets d'un virage à 180 degrés de la politique économique. Car la 2ème puissance européenne derrière l'Allemagne conserve des atouts, reconnaît-il : une démographie dynamique, du travail qualifié, des entrepreneurs, des universités performantes, une marque France exceptionnelle qui en fait la première destination touristique mondiale, des infrastructures de transports, un patrimoine riche...
Tel un pied-de-nez à ses détracteurs, qui le taxent d'indécrottable « déclinologue », l'ancien haut fonctionnaire de la Cour des comptes se montre même optimiste sur la capacité du pays à « repartir sur de bons rails » si « on arrête l'indécision et les mesures dévastatrices comme la taxe à 75% ou le retour en arrière sur les retraites ».


Le pacte de responsabilité, une lumière au bout du tunnel ?

Devant des chefs d'entreprises du secteur du bâtiment étonnés, le libéral donne son quitus au « pacte de responsabilité » lancé début janvier par François Hollande. « En engageant l'Etat à faire baisser les charges des entreprises en échange d'un million d'emplois et en promettant d'économiser 50 milliards d'euros en trois ans en coupant dans les dépenses publiques, François Hollande a enfin compris que le principal levier de croissance est l'aide aux entreprises. C'est un virage économique majeur », estime Nicolas Baverez. La dernière fois que l'Etat a opéré une telle rupture, c'était en 1983, lors du fameux tournant de la rigueur de François Mitterrand, qui a entériné la conversion de la gauche à l'économie de marché.
L'initiative de François Hollande est-elle le premier pas vers une véritable évolution de la politique économique française ? Le président doit encore réaliser le plus difficile : négocier avec les partenaires sociaux et appliquer son ambitieuse révolution idéologique. Ce serait encore une goutte d'eau dans l'océan des réformes nécessaires pour faire repartir durablement l'économie hexagonale : 35 heures, réforme de l'assurance-chômage, collaboration renforcée avec l'Allemagne, relance de l'industrie et de l'agriculture… Des réformes difficiles, mais que Nicolas Baverez juge indispensables pour faire en sorte que la France de 2040 vue par Alassane Bono reste de la science-fiction.


dimanche 26 janvier 2014

La classe politique française est enfermée dans le déni


Pourquoi avez-choisi d'écrire un livre d'anticipation de politique fiction et non un essai ? 

Nicolas Baverez : Il s'agit en effet d'un conte politique et moral qui a une dimension satirique ce qui contraste avec les livres d'histoire ou les essais que j'ai précédemment écrits. Changer de forme m'a permis de m'adresser à tous les publics, y compris aux jeunes générations. Et puis, se projeter dans l'avenir, en 2040 en l'occurrence, m' a aussi permis d'échapper à la tyrannie de l'immédiateté. Or l'idée de ce livre était de montrer les épreuves qui attendent notre pays pour lui permettre précisément de les surmonter en faisant les réformes nécessaires. 

Vous dressez un tableau de l'Europe, où finalement la France serait la seule à ne pas s'en sortir. Pourquoi ? 

Tout d'abord, il ne s'agit pas d'un livre pessimiste, il montre que finalement rien n'est écrit. C'est vrai pour les pays émergents, puisqu'en 2040, certains continueront à se développer, ceux qui réussissent à se réformer. D'autres pourront avoir des difficultés comme c'est d'ailleurs le cas aujourd'hui pour l'Inde, l'Indonésie ou l'Afrique du Sud. Pour l'Europe c'est la même chose, le monde développé n'est pas du tout condamné au déclin à condition de savoir s'adapter.
Concernant la France, ce que j'écris n'est pas excessif, mais parfaitement logique. Si notre croissance continue d'avoisiner le taux zéro, avec des dépenses publiques qui progressent de 2 à 3% par an et que le refus de l'impôt monte, il est clair que la France n'échappera pas à une crise financière. Avec une Europe du Nord, à la fois compétitive et bénéficiant d'un certain consensus social, et une Europe du Sud profondément réformée, si la France continue d'avoir une politique différente, elle fera éclater la zone euro. Et il est très important de donner à comprendre les dérives tragiques que nous nous promettons si nous ne changeons pas de cap.


Néanmoins, vous donnez quelques exemples de réussite à la française...

Nous avons en effet  toujours des moyens d'actions que nous pouvons faire jouer sans attendre et qui permettraient de régler nos problèmes. Et c'est bien la morale de ce conte. L'avenir ne dépend que de nous, pas de l'Allemagne, ni de l'Europe, ni de la mondialisation. J'ai pris l'exemple du Sud-Est, pour des raisons objectives. Lyon est le seul endroit en France où la métropole a réussi à fusionner avec le département et où par ailleurs des formes de coopérations très poussées ont été mise en oeuvre avec l'Italie du Nord ou l'Allemagne du Sud. Je détaille aussi toute une galaxie de talents, parmi lesquels des enseignants, des gens formidables qui réussissent dans le secteur public et dans le secteur privé.

Par contre, aucun homme ou femme politique décrit dans votre livre ne se montre à la hauteur de la crise. De qui vous êtes-vous inspiré pour ces personnages ?

Ils répondent à des inspirations diverses. Il ne s'agit pas de caricaturer plus un camp que l'autre. J'ai résumé ce qui correspond aujourd'hui à un point d'équilibre des discours des responsables politiques de droite comme de gauche pour montrer à quel combien leurs discours étaient en décalage avec la réalité.
 

Votre personnage central, c'est à dire le directeur du FMI, vient lui du Bénin. Pourquoi avoir choisi le Bénin  ?

Parce que c'est un pays qui se situe à proximité immédiate du Nigeria qui est une future grande puissance mondiale si son développement se poursuit. Par ailleurs, le Bénin est un pays souvent ignoré en France, mais qui comptera 400 millions d'habitants en 2050 . Et j'ai choisi l'Afrique pour renverser tous les lieux communs dans lesquels nous nous complaisons vis-à-vis d'elle. Pendant des décennies, ce continent a été présenté comme perdu pour la démocratie et le développement. Or, l'Afrique croît de 5,5% en moyenne depuis 2000.

Vous décrivez un FMI, finalement impuissant face à la crise française. Pourquoi de de grandes institutions financières ne pourraient-elles pas être efficaces ?

Aujourd'hui le FMI, l'Union européenne, l'Allemagne, la Banque centrale européenne font le même diagnostic sur la France : problème énorme de compétitivité, de chômage de masse, lié aux structures du marché du travail, qui s'ajoute à une dette publique colossale et à la non- coopération avec les autres pays de la zone euro. Les avertissements sont lancés, mais  le sort d'une nation libre dépend avant tout de ses citoyens. Or pour l'instant, la classe politique française s'est enfermée dans le déni. Et les citoyens, surtout des jeunes qui ne voient pas de solution dans le système politique sont tentés soit par l'exil, soit par l'extrémisme. Et c'est cette logique qu'il faut absolument casser, car il y a une responsabilité de notre génération vis-à-vis de ces jeunes. C'est pour cette raison que j'ai écrit ce livre.


Propos recueillis par Claire Checcaglini

dimanche 27 octobre 2013

Le "shutdown" permanent

La crise budgétaire américaine devrait coûter 0,6 point de PIB. Mais ce n'est pas tout...


Au terme d'un psychodrame de trois semaines, les Etats-Unis ont finalement trouvé un accord budgétaire qui permet la réouverture des administrations fédérales et évite le défaut de paiement en rehaussant le plafond de la dette. En apparence, les marchés financiers ont eu raison de ne pas s'inquiéter outre mesure : le gouvernement des Etats-Unis est en ordre de marche et chacun retourne au business as usual. En réalité, rien n'est réglé. Le problème est simplement reporté : le financement des services fédéraux n'est assuré que jusqu'au 15 janvier et le Trésor n'est autorisé à recourir à des emprunts supplémentaires que jusqu'au 7 février. Une nouvelle crise est donc programmée pour début 2014.
Surtout, les séquelles de la paralysie du système politique américain et du climat de guerre civile entretenu par les tenants du Tea Party sont lourdes et durables. Sur le plan économique, le coût de la fermeture des administrations fédérales est estimé à 24 milliards. L'impact négatif sur la croissance devrait atteindre 0,6 point de PIB. Il fragilise la reprise, alors que 22 millions d'Américains restent sans emploi à temps complet.
Sur le plan financier, le nouveau blocage du système de séparation des pouvoirs devrait entraîner la perte de la notation AAA accordée à la dette des Etats-Unis par Fitch, après celle effectuée par Standard - Poor's en 2011. Par ailleurs, la dette publique des Etats-Unis devient difficilement soutenable. Elle est passée de 6 000 à 16 700 milliards de dollars en dix ans et atteint 110 % du PIB, pesant négativement sur la croissance et sur l'emploi. L'ajustement nécessaire pour la ramener à 60 % du PIB en 2030 s'élève à 12 points de PIB. La croissance et le recours à une inflation modérée ne suffiront pas à le combler. Des hausses d'impôts et des coupes dans les dépenses sociales sont indispensables, mais les républicains excluent les premières et les démocrates les secondes.
Sur le plan monétaire, la Fed va continuer à stabiliser l'économie américaine en achetant massivement des titres (85 milliards de dollars par mois) pour contrebalancer les turbulences créées par les dérèglements du système politique. La normalisation des politiques monétaires non conventionnelles mises en place pour éviter une grande déflation en 2008 se trouve compliquée et retardée. Dans le même temps, la chute du dollar s'amplifie. À court terme, la volatilité du marché des devises et le risque de guerre des monnaies sont accrus. A long terme, la contestation du privilège exorbitant du dollar comme monnaie internationale grandit. Elle se traduit par l'accélération de l'internationalisation du yuan par la Chine, avec pour objectif affiché la remise en question du monopole du dollar.
Sur le plan politique intérieur, l'épreuve de force s'achève par la déroute des républicains. Ils n'ont obtenu aucune concession significative et ont échoué à faire ajourner la réforme de la santé dite Obamacare ; à l'inverse, ils sortent encore plus divisés d'une crise artificielle et impopulaire qui est mise à leur débit tant par l'opinion publique que par la communauté des affaires. Mais Barack Obamaémerge également très affaibli. Il a été mis en porte-à-faux sur le plan des libertés fondamentales par les polémiques autour des exécutions par les drones et des écoutes de la NSA et défait diplomatiquement par la Russie et l'Iran dans la crise syrienne. Son autorité n'a cessé d'être battue en brèche et il fait déjà figure de lame duck, statut normalement réservé aux derniers mois du mandat d'un président qui ne se représente pas.
La crise budgétaire et financière américaine rappelle, pour le meilleur et pour le pire, le primat du politique. Trois enseignements en ressortent. Les banques centrales, qui tiennent à bout de bras l'économie mondiale depuis 2008, ne pourront éternellement suppléer la faiblesse et l'irresponsabilité des dirigeants des démocraties. La solution de long terme aux crises budgétaires à répétition des États-Unis réside dans le désendettement et la rupture avec la croissance à crédit. Le leadership est indissociable de l'autorité des dirigeants ainsi que du caractère prédictible et effectif de leurs décisions. Le double déficit qui mine les démocraties n'est pas limité à l'économie, avec les comptes publics et extérieurs ; il est d'abord politique, avec la perte de légitimité de la parole publique et la perte d'efficacité de l'action publique.

vendredi 20 septembre 2013

Hollande invente la quadruple peine

 Hollande invente la quadruple peine


Les exportations baissent de 2 % quand elles ont augmenté de 8 % en Allemagne et en Espagne. 

Loin de marquer une pause fiscale, le budget pour 2014 marque une nouvelle envolée des impôts : 10 milliards pour les ménages et 2,5 milliards pour les entreprises. Ils portent à 60 milliards, soit 3,3 % du PIB, les nouveaux prélèvements depuis 2012. Dans le domaine fiscal, les Français ne sont pas condamnés à la probation mais bien à une quadruple peine.

Première peine : la paupérisation. Le pouvoir d'achat diminue de plus de 1 % par an depuis l'élection de François Hollande du fait des prélèvements supplémentaires. La pauvreté touche 14,3 % de la population et 40 % des chômeurs. Le président prétendait faire payer les riches. La fiscalité confiscatoire mise en place sur les hauts revenus et les grandes fortunes a effectivement multiplié les exils et les abandons de nationalité française. Mais tous les Français sont touchés par le choc fiscal, comme en témoigne la hausse de la TVA. Avec un ciblage spécifique des classes moyennes et des familles. L'impôt est désormais proportionnel au nombre d'enfants. L'avenir dira si la vitalité démographique de la France, qui était l'un de ses rares atouts, résiste à ce tir de barrage fiscal.
Deuxième peine : la dégradation accélérée des services publics. Alors que la dépense publique atteint 57 % du PIB et que plus du quart de l'emploi relève de la fonction publique, la qualité des services rendus par les administrations s'effondre. C'est particulièrement vrai de la sécurité, qui constitue le premier des droits de l'homme. L'explosion de l'insécurité et de la violence, dontManuel Valls ne nie plus la réalité, n'épargne aucun citoyen ni aucun territoire : elle frappe les classes moyennes, les campagnes, les établissements scolaires, les hôpitaux... La paix civile n'existe plus dans un pays où l'État a perdu le contrôle, de manière sans doute irréversible, de zones et de populations entières, à l'exemple du nord de Paris, de Marseille ou de la Corse. De même, toutes les enquêtes soulignent la chute des performances du système de santé ou de l'éducation, qui, en Europe, occupe désormais la queue du peloton. Plus les impôts augmentent, moins l'État fonctionne.
Troisième peine : le blocage de la croissance et de l'emploi. François Hollande répète en boucle - peut-être pour s'en persuader - que la crise est finie et que la reprise est engagée. C'est vrai aux États-Unis, en Allemagne ou au Royaume-Uni. C'est faux en France. Notre pays est sorti de la récession mais entre dans une longue stagnation. En cassant tous les ressorts de l'activité, le choc fiscal nous coupe de la reprise qui se dessine dans les pays développés. Les flux économiques - c'est-à-dire la croissance - sont bloqués. Les stocks - c'est-à-dire les patrimoines - diminuent avec les prélèvements confiscatoires sur le capital. La consommation recule sous l'effet de la diminution du pouvoir d'achat et de l'augmentation du chômage, qui touche 10,9 % de la population active. La production reste inférieure de 2 % à son niveau d'avant la crise et jusqu'à 20 % dans l'industrie. Les exportations baissent de 2 % quand elles ont augmenté de 8 % en Allemagne et en Espagne. L'investissement se replie de 3 % en raison de la contraction historique des marges des entreprises (28 % de la valeur ajoutée), dont les charges sont deux fois supérieures à celles de leurs concurrentes allemandes.
Quatrième peine : la poursuite des déficits et du surendettement publics. Au Royaume-Uni, la politique d'austérité a permis de réduire fortement les déficits. Il en va de même aux États-Unis, où les coupes automatiques de dépenses ont, cette année, divisé par deux le déficit budgétaire. Il n'en est rien en France. La seule justification du choc fiscal était de ramener le déficit public à 3 % du PIB en 2013 ; il sera de 4,1 % et atteindra au moins 3,6 % l'an prochain, ce qui portera la dette à 95 % du PIB. La récession, la multiplication des faillites d'entreprises, l'envolée du chômage, la paupérisation des Français n'ont servi à rien. Les finances du pays n'ont nullement été rétablies. Et ce pour une raison simple : la poursuite des dépenses. François Hollande disait vouloir désendetter l'État, il s'est contenté d'augmenter le nombre des fonctionnaires - à commencer par l'embauche de 60 000 professeurs totalement inutiles, comme l'a montré la Cour des comptes - et de relancer la course folle des transferts sociaux : retour partiel à la retraite à 60 ans, pénibilité, hausse des minima sociaux et de la prime pour l'emploi, allocation de rentrée scolaire, emplois aidés... La France ne génère plus ni croissance, ni investissement, ni emplois marchands ; elle crée des impôts, des dépenses et des dettes.
Le choc fiscal de François Hollande constitue la plus lourde erreur de politique économique depuis la relance de 1981. Les séquelles en seront durables sur la croissance potentielle, qui se trouve pratiquement ramenée à zéro par la paupérisation des Français, par le rétrécissement de l'appareil de production, par la régression de l'investissement et le blocage de l'innovation, par la nouvelle vague de chômeurs structurels. Au principe de la débâcle, on trouve une conception biaisée de l'impôt. Il relève des moyens et doit être un instrument au service de la couverture des charges publiques. Il a été érigé en fin, en objectif politique et moral, pour placer les Français en situation d'égalité dans la pauvreté et pour les enchaîner à la ruine de l'État.

vendredi 13 septembre 2013

La pause fiscale ? Un aveu d'échec

La pause fiscale ? Un aveu d'échec


François Hollande a décrété dans les colonnes du Monde, le 30 août, une pause fiscale qui s'inscrit en contradiction frontale avec la réhabilitation de l'impôt qui servit de mantra à sa campagne présidentielle, puis à sa politique économique. Il rejoint Pierre Moscovici qui, dès le 20 août, avait évoqué un "ras-le-bol fiscal". Tous deux prennent acte du désastre provoqué par le choc fiscal qui a augmenté les impôts et les taxes de plus de 47 milliards d'euros depuis 2012 pour porter les prélèvements obligatoires à 46,5 % du PIB et les recettes publiques à 53 % du PIB.
François Hollande a amplifié les orientations des deux dernières années du quinquennat de Nicolas Sarkozy pour transformer la France en enfer fiscal. Mise en place d'une fiscalité confiscatoire sur le travail (taxe de 75 %), sur l'épargne (58 à 62 %) - quand bien même elle résulte de revenus du travail déjà taxés - et sur le patrimoine : l'augmentation du taux de l'ISF à 1,5 % entraîne une rentabilité négative du capital compte tenu de l'inflation et du niveau des taux d'intérêt. Concentration extrême des prélèvements qui associent des assiettes étroites et des taux dissuasifs. Complexité inouïe qui rompt l'égalité des contribuables devant la loi. Instabilité chronique qui interdit aux ménages et aux entreprises de se projeter dans l'avenir, bloquant l'investissement. État de non-droit et règne de l'arbitraire avec la création d'une police fiscale dont les compétences sans limites, l'absence de contrôle réel par le juge et la capacité à agir sans informer les contribuables constituent autant d'atteintes aux libertés individuelles. Déni de l'existence d'une compétition fiscale entre nations et dégradation sans précédent de l'attractivité du territoire français.
François Hollande donne raison au principe d'Arthur Laffer selon lequel trop d'impôt tue l'impôt. Les Hollandonomics se réduisent à un fiscalisme qui tue l'impôt. La fiscalité répond dans une démocratie à quatre objectifs : couvrir les dépenses publiques ; participer à l'efficacité économique en neutralisant les externalités négatives, c'est-à-dire les effets indésirables du marché, notamment dans les domaines de la santé ou de l'environnement ; contribuer à la justice sociale ; renforcer la cohésion nationale en assurant le consentement des citoyens à l'impôt. Aucune de ces fonctions n'est plus assurée en France. La multiplication des impôts et la hausse démesurée de leurs taux ont tari les flux économiques et gelé les stocks, aboutissant au blocage et à l'instabilité croissante des recettes - avec pour symbole l'ISF, qui prive chaque année le Trésor de plus de 12 milliards d'euros de rentrées fiscales. La hausse des impôts nourrit désormais la dette et les déficits publics. Le choc fiscal a enfermé la France dans la croissance zéro et dans le chômage de masse, dont la première cause découle de la vertigineuse ascension du coût du travail qui a ruiné la compétitivité : la France recule au 23e rang mondial quand l'Allemagne progresse pour occuper la 4e place. La fiscalité française paupérise les Français et entraîne la décomposition de la nation en prolétarisant des pans entiers de la classe moyenne et en encourageant la constitution d'une diaspora de plus de 2 millions de Français à l'étranger. Ce sont ces raisons qui ont conduit le FMI, l'OCDE, la Commission européenne et la Cour des comptes, pour une fois unanimes, à recommander au gouvernement français de renoncer à toute hausse des impôts.
Dans les mots, la pause ; dans les faits, la purge fiscale continue en 2014. La prise de conscience tardive par François Hollande de la débâcle économique et sociale produite par le choc fiscal n'empêchera pas une nouvelle envolée des prélèvements de plus de 12 milliards, dont 10 à la charge des ménages. La course folle des impôts et des taxes se poursuivra avec la hausse de la TVA, la réduction des pseudo-niches fiscales qui n'étaient rien d'autre que l'antidote pour limiter les impacts ravageurs de la fiscalité, les nouvelles cotisations sociales destinées à financer les retraites - dans l'attente de celles qui seront créées dans l'espoir vain de combler les trous de l'assurance santé et chômage. Par ailleurs, la machine infernale à imaginer de nouveaux impôts n'a nullement été débranchée, comme le montrent les projets de taxe poids lourds, de taxe diesel, de forfait social ou de contribution climat-énergie.
Si la pause fiscale n'arrête pas l'envolée de la fiscalité, elle entérine l'échec économique de la gauche. François Hollande avait promis de stabiliser le déficit public à 3 % du PIB, d'inverser la courbe du chômage et de retrouver une croissance que la trajectoire des finances publiques estimait à 2 % à partir de 2015. Le déficit public sera supérieur à 4 % du PIB en 2013. L'économie française détruit des emplois et le ralentissement de la hausse du chômage ne résulte que de la multiplication des postes subventionnés dans le secteur public. La sortie de récession ne débouche pas sur une reprise durable et la France reste pour l'heure promise à une décennie de croissance zéro. En annonçant une pause fiscale, François Hollande s'inscrit dans la filiation des faillites économiques de la gauche. Le 13 février 1937, Léon Blum avait proclamé une pause dans les réformes face au blocage de la production provoqué par la loi des 40 heures qui cassa la reprise impulsée par la dévaluation de septembre 1936 et par la reprise mondiale. Le 23 mars 1983, François Mitterrand donna raison à Jacques Delors qui avait appelé dès 1981 à une pause, en décidant le tournant de la rigueur afin d'éviter la sortie du franc du système monétaire européen et l'intervention du FMI pour enrayer la spirale de l'inflation, des dévaluations et de la fuite des capitaux. L'économie française fut ainsi coupée de la puissante reprise qui partit des États-Unis à partir de la fin 1982.
a religion de l'impôt de François Hollande isole la France et lui interdit de bénéficier pleinement de l'amélioration de la conjoncture mondiale et de la sortie de récession de la zone euro qui se dessinent depuis le printemps 2013. Comme en 1937 et en 1983, la gauche a perdu toute crédibilité économique et ne dispose d'aucune stratégie alternative. Son cinglant échec économique, fait de déni du réel et d'idéologie, la condamne à une sanction politique d'une rare violence.

lundi 9 septembre 2013

4 réformes et 1 enterrement

4 réformes et 1 enterrement
La France, depuis l'abaissement irresponsable de l'âge de départ à la retraite de 65 à 60 ans en 1982, a connu quatre réformes des retraites en 1993, 2003, 2008 et 2010. Partielles et tardives, elles n'ont pas rétabli l'équilibre financier du système par répartition, dont la pérennité est menacée par un déficit de plus de 20 milliards d'euros à l'horizon de 2020. Mais elles en ont limité les pertes et les inégalités en portant progressivement la durée de cotisation de 37 à 41,5 ans, en étendant cette règle à la fonction publique et aux régimes spéciaux et en relevant l'âge de départ à la retraite à 62 ans. Le projet du gouvernement Ayrault s'en démarque en enterrant et la réforme et les retraites. Il ne constitue pas une réforme, car il se réduit à la hausse des cotisations sociales versées par les entreprises. Il compromet la survie de la retraite par répartition, qui n'est compatible ni avec la course folle des déficits financés par la dette à hauteur de plus de 10 milliards par an, ni avec la sanctuarisation d'inégalités insupportables entre les générations comme entre le secteur public et le secteur privé.
La pseudo-réforme des retraites n'atteint aucun des quatre objectifs qu'elle était censée poursuivre.
Il n'y a pas de retour à l'équilibre financier. Les 7,3 milliards d'euros de recettes nouvelles ne couvrent que le tiers du besoin de financement de 20,7 milliards à l'horizon 2020. Aucune mesure ne vient réduire le gigantesque déficit du régime de retraite des fonctionnaires, qui s'élève à 8,6 milliards et continuera à être financé par la dette. Et ce alors que les hypothèses macroéconomiques retenues, avec une croissance moyenne de 1,6 % et un taux de chômage de moyen terme de 4,5 %, sont déraisonnablement optimistes.
Il n'y a pas de maîtrise des dépenses, puisque les pensions ne sont pas désindexées, mais que sont institués de nouveaux engagements avec le compte pénibilité, qui coûtera 2,5 milliards par an et qui, concernant potentiellement 20 % des salariés, crée une nouvelle source de dérive financière après la prise en compte des carrières longues.
Il n'y a pas d'arrêt de la hausse des cotisations sociales et du coût du travail, dont l'impact est ravageur pour la croissance et pour l'emploi. L'annonce d'une compensation financière pour les entreprises demeure virtuelle en l'absence de toute précision sur les réductions de dépenses qui en seraient la contrepartie. À l'égal de l'arrêt des hausses d'impôts, elle n'engage que ceux qui sont encore assez naïfs pour les écouter.
Il n'y a pas réduction mais aggravation des inégalités. Le nécessaire rapprochement du secteur public et des régimes spéciaux avec le secteur privé est abandonné alors que la pension annuelle moyenne atteint 22 769 euros pour les fonctionnaires, contre 19 991 euros pour les cadres et 10 756 euros pour les salariés. Il en va de même pour la limitation des déséquilibres entre les générations alors que le revenu mensuel moyen des retraités est supérieur de près de 10 % à celui des actifs et que le taux de pauvreté des jeunes atteint 19,6 %, contre moins de 10 % pour les seniors.
À l'inverse, tous les éléments d'une réforme durable qui avaient été identifiés par le rapport Moreau ont été écartés : le report progressif de l'âge légal à 65 ans comme dans tous les pays développés ; l'alignement par étapes du régime de la fonction publique et des régimes spéciaux sur celui des salariés ; l'évolution vers un système par points garant de l'équilibre financier et de l'équité entre les générations ; le recours étendu à une retraite complémentaire par capitalisation qui ne représente que 2 % du montant des retraites en France, contre 10 % en Allemagne.
L'incapacité à apporter des solutions pérennes aux déséquilibres du système de retraite français menace sa survie comme celle de la protection sociale. Nul ne peut croire que le gouvernement se montrera plus sérieux face aux dérives du système de santé ou de l'assurance-chômage. Or le modèle social français est devenu insoutenable du fait de ses dépenses (33 % du PIB) et de ses engagements (380 % du PIB), de ses déficits et de sa dette (plus de 200 milliards d'euros), de ses conséquences dramatiques pour la compétitivité et l'emploi, de son inefficacité chronique face à la montée des nouveaux fléaux sociaux.
La non-réforme des retraites marque la désintégration programmée du système de sécurité sociale comme la perte définitive de crédibilité des dirigeants français. Perte de crédibilité face aux Français qui ne sont pas assez sots pour ignorer que la non-réforme cache la véritable réforme des retraites qui reste à faire et passera par le retour de l'âge légal de départ à 65 ans. Perte de crédibilité face à une jeunesse spoliée, jugée trop peu mûre pour accéder à l'emploi mais assez âgée pour plonger dans la pauvreté et assumer les dettes accumulées par les riches retraités d'aujourd'hui. Perte de crédibilité face aux marchés financiers au moment où les taux d'intérêt ont débuté une lente mais inexorable remontée. Perte de crédibilité face à nos partenaires européens, qui avaient accepté de reporter à 2015 le retour à 3 % du PIB du déficit contre l'engagement de réaliser les réformes structurelles indispensables. Dans le domaine des retraites, la feuille de route comprenait la désindexation des pensions, l'augmentation de l'âge légal au-delà de 62 ans, la révision des régimes de la fonction publique et des régimes spéciaux, l'absence de toute hausse des cotisations sociales. Soit l'exact contre-pied du projet du gouvernement.
Sous la non-réforme des retraites pointe la non-méthode Hollande, qui mise sur le dynamisme de la démographie, sur la reprise mondiale, sur la clémence irrationnelle des marchés financiers et sur le sursis accordé par la Commission européenne pour relever miraculeusement l'économie française. Le déni de la crise, le refus de choisir, le report ou le dévoiement des réformes sont au coeur du mal politique français. Seule la réinvention radicale d'un modèle économique et social performant dans la mondialisation peut permettre le redressement. François Hollande, en décidant de ne rien décider, dans la continuité de sa filiation chiraquienne, donne un tragique coup d'accélérateur au long déclin de la France.

jeudi 1 août 2013

François Hollande est le Gamelin de la guerre économique


La débâcle de juin 1940 fut non seulement l'une des pires défaites militaires, mais le traumatisme majeur de l'histoire de la France au cours du XXe siècle, puisqu'elle déboucha sur l'occupation du pays, l'effondrement de la République, la collaboration du régime de Vichy avec l'Allemagne nazie. La modernisation des Trente Glorieuses, la création de la Ve République qui entendait restaurer le pouvoir de l'État, la construction européenne furent autant de bouleversements fondamentaux visant à interdire la désintégration de la nation et à garantir la liberté. Aujourd'hui, la France est de nouveau confrontée à une menace existentielle qui n'est pas extérieure mais intérieure. La débâcle est économique et non pas militaire, mais ses ressorts sont identiques.
Les historiens ont montré que les deux raisons souvent évoquées pour expliquer le désastre de 1940 sont fausses. Les Alliés ne disposaient d'aucune infériorité matérielle, notamment dans le domaine des armes modernes, puisqu'ils alignaient 4 204 chars, contre 2 439 pour la Wehrmacht, et 4 469 avions, contre 3 578 pour la Luftwaffe. Les soldats français, en dépit de la criminelle impéritie de leur commandement, se sont battus âprement dans des situations désespérées, au prix de 92 000 morts et de 250 000 blessés, et les réservistes ne l'ont nullement cédé en valeur aux soldats de métier.
Marc Bloch a donc vu juste en affirmant que les causes de la défaite ont d'abord été intellectuelles. Il rejoignait le général Erich von Manstein - le stratège ayant inventé la percée des Ardennes puis le fatal coup de faux par lequel les armées alliées furent disloquées en quatre semaines -, qui avait analysé durant la drôle de guerre les faiblesses de l'adversaire en ces termes : "Les Français veulent en toutes circonstances agir avec sûreté ; ils s'exposent à faire détruire leur plan de bataille avant qu'il ait pu être mis à exécution et à être ainsi à la remorque des événements dès le début de l'action. Nous opposons à la façon d'agir des Français la rapidité de penser, de décider, d'ordonner et d'agir."
En 1940, la France n'a pas été battue par des forces supérieures, mais par une stratégie conjuguant l'erreur, le déni de la réalité et l'immobilisme. Confiance absolue autant qu'illusoire dans la ligne Maginot et la forêt des Ardennes déclarées infranchissables. Enfermement statique face à la guerre éclair jugée chimérique et à la mécanique de choc et de vitesse réalisée par l'utilisation conjointe des chars et de l'aviation. Stupeur et passivité face à la surprise et à l'imprévu. Culte de la hiérarchie et du contrôle contre une doctrine d'emploi et de liberté d'action à tous les niveaux. Éloignement du haut commandement des combats et déficience chronique du renseignement et des transmissions.
La crise de la mondialisation amplifie la guerre économique qui déterminera la hiérarchie des continents et des nations au XXIe siècle. Les États-Unis de Barack Obama sont redevenus la nation la plus compétitive grâce aux gains de productivité du travail, à la chute du prix de l'énergie, à la restructuration du secteur financier et à l'investissement dans les technologies de l'information. La Chine de Xi Jinping fait basculer son modèle économique vers la demande intérieure, remonte la chaîne de la valeur ajoutée et internationalise le yuan. Le Japon de Shinzo Abe joue le tout pour le tout en tentant de casser le carcan de deux décennies de déflation par le doublement de la masse monétaire et la dévaluation compétitive du yen. L'Allemagne d'Angela Merkel se réforme en permanence pour devenir un centre d'attraction pour les talents, les entreprises et les capitaux tout en acclimatant sa nouvelle position de seul leader de l'Europe et de la zone euro. Sous les BRICS pointe une nouvelle vague d'émergents, de l'Indonésie et des Philippines au Mexique en passant par le Nigeria.
Dans ce moment d'accélération de l'Histoire, la France de François Hollande se veut une île immobile au milieu des flots déchaînés, mettant en oeuvre, toutes proportions gardées, ces mêmes principes qui firent la déroute de 1940. Déni du réel avec le mantra selon lequel les crises de la mondialisation et de l'euro sont derrière nous tandis que la divine providence de la reprise est apparue. Conduite de la guerre économique du XXIe siècle avec les idées des années 70, de l'économie administrée au modèle "taxer plus pour dépenser plus". Condamnation de la réforme au profit de dérisoires lignes Maginot : sanctuarisation du secteur public ; extension sans fin de l'État-providence ; protectionnisme larvé sous couvert d'écologie ; exaltation de l'exception française. Ignorance des entreprises qui sont l'équivalent des divisions blindées de 1940 dans la compétition mondiale et qui se battent ligotées par les impôts et la réglementation comme de l'environnement neuf créé par la mondialisation et par l'euro. Culte du malthusianisme et de l'étatisme contre le risque, l'innovation et le dynamisme de la société civile. Dénigrement hautain de tout ce qui marche partout ailleurs et reconduite systématique des politiques et des équipes qui ont échoué.
Surtout, la France de 2013 comme celle de 1940 souffre de l'absence de leadership et de stratégie. Comment ne pas retrouver François Hollande sous les traits du général Gamelin, peint par Jacques Chastenet, le grand historien de la IIIe République : "Très fin, très cultivé, grand admirateur de Bergson, fort courtois, il possède un don peu contestable de séduction. Seulement, son intelligence même et l'habitude qu'il a de considérer les questions sous tous leurs aspects paralysent sa volonté. Conférencier persuasif, dialecticien retors, ingénieux faiseur de plans, il se montre plus habile à exposer les difficultés, et parfois à les esquiver, qu'à les trancher. Peut-être aussi n'a-t-il pas, dans le fond de son coeur, parfaitement confiance dans l'outil qu'il est appelé à manier. Bref, il n'est pas, dans le sens plein du mot, un chef.". À l'égal de Maurice Gamelin François Hollande fait partie des hommes qui font plus de mal à leur pays par leur incapacité que nombre d'ambitieux. Son inaptitude à l'action et à la décision dans le monde réel promet non seulement notre économie à la faillite mais menace la République qu'il place à la merci du Front national et l'euro qu'il met dans les mains des marchés financiers.

mardi 23 juillet 2013

Ne partez pas, battez-vous !

Ne partez pas, battez-vous !


Jamais depuis la fin de la IVe République la France n'a été aussi affaiblie, aussi divisée au plan intérieur, aussi discréditée au plan international. Au plan économique, le choc fiscal de près de 100 milliards d'impôts levés depuis 2010 est en passe de plonger l'économie dans la déflation, avec la perspective d'une croissance nulle pour la décennie 2010. Au plan social, le chômage de masse s'installe, tandis que la paupérisation gagne, avec une richesse par habitant inférieure de 15 % à la moyenne des pays développés. Au plan financier, la faillite menace, avec une dette qui atteindra 95 % du PIB en 2014, comme le souligne la dégradation de la notation financière de la France par l'agence Fitch. Au plan international, notre pays est marginalisé en Europe par l'Allemagne, qui exerce seule le leadership de l'Union et de la zone euro, comme dans le monde, avec la perspective d'une sortie du classement des dix premières puissances à l'horizon des années 2020. Au plan politique et intellectuel, la France est en pleine régression, tournée vers le passé avec la sanctuarisation du modèle "taxer pour dépenser" issu des années 70, enfermée dans le déni du monde ouvert du XXIe siècle. La dépression intérieure va de pair avec le déclassement extérieur.
Il ne fait pas de doute que la première responsabilité de la débâcle va à la classe politique. C'est elle, droite et gauche confondues, qui a conçu et étendu le modèle de la décroissance par la dépense et la dette publiques, l'étatisme et le malthusianisme. C'est elle qui a enraciné l'euthanasie du travail et de l'épargne, la préférence pour le chômage, l'extension illimitée d'un Etat providence dont dépendent les trois quarts de la population pour une partie décisive de leurs revenus. C'est elle qui a abdiqué la souveraineté de la France face aux marchés financiers et qui a dilapidé son droit d'aînesse dans la construction européenne. C'est elle qui, sous couvert du culte de l'exception française et de l'idolâtrie de l'Etat, a théorisé son impuissance à réaliser les réformes rendues indispensables par la mondialisation, la chute du mur de Berlin et la création de l'euro.
Les Français ont désormais une conscience aiguë du déclin de leur pays et une compréhension non moins vive de l'incapacité de la classe politique à imaginer une stratégie de sortie de crise, car sa fusion avec la haute fonction publique rend impossible la réforme de l'Etat qui constitue le coeur du blocage de la nation, ainsi que vient de le démontrer une nouvelle fois la Cour des comptes. Dès lors, trois tentations se font jour. La première est celle de la révolte et de l'extrémisme, qui se traduit par la poussée spectaculaire du Front national. La deuxième est celle du repli individualiste et du désengagement de la vie de la cité, qui s'incarne dans la montée de l'abstention et du vote blanc. La troisième est celle de la fuite hors d'un pays décadent, qui a vu l'exil de 20 000 grandes fortunes en dix ans, la multiplication des abandons de nationalité française pour échapper à l'Etat de non-droit fiscal, enfin le départ de près de 200 000 jeunes depuis 2008 afin d'échapper à la spirale du chômage et de l'exclusion.
Si légitime soit le mépris qu'inspire la vie politique de notre pays, les citoyens d'une démocratie n'ont pas le droit d'aligner leur comportement sur la médiocrité et l'irresponsabilité de leurs dirigeants. Il est rationnel de vouloir quitter un pays qui détruit la richesse de ses entreprises et de ses citoyens pour alimenter la course folle de transferts sociaux totalement improductifs. Il est naturel de s'investir en priorité auprès de sa famille ou dans son entreprise pour sauver ce qui peut l'être de l'emprise d'un Etat prédateur. Il est louable de voir l'énergie d'une jeunesse privée d'emplois, rejetée aux lisières de la société, écoeurée par le nihilisme de la politique nationale, se tourner vers les engagements humanitaires. Tout cela est compréhensible. Mais tout cela revient à ce que la France soit abandonnée par ses citoyens après avoir été abandonnée par ses dirigeants.
La vie politique est monopolisée par les hommes de parti. La politique de la France doit être assumée par les Français. De même que François Hollande commet une erreur cardinale en pariant que la crise se réglera d'elle-même et que la croissance et l'emploi sont de retour, les Français se trompent lourdement en misant sur le fait que la classe politique et l'Etat conduiront le redressement du pays, car ils sont au principe même de la prédation publique et de la société de défiance. Entre l'irresponsabilité illimitée des dirigeants et le renoncement citoyen à travers l'exil ou le repli sur soi, il existe la vitalité de la société civile et de l'esprit d'entreprise. Les Français ne doivent plus attendre le salut de leurs dirigeants : il n'existe aujourd'hui ni homme providentiel ni classe dirigeante alternative. Ils ne doivent pas davantage se reposer sur les marchés financiers, la Commission européenne ou l'Allemagne, car on ne réforme pas un pays de l'extérieur, à moins de faire courir de très grands risques à la démocratie, comme l'ont montré la Grèce et l'Italie.
Le véritable levier du redressement, ce sont les Français. Qu'ils se mobilisent pour frayer la voie du changement et la classe politique les suivra, car, pour être incapable d'agir, de réformer ou d'innover, elle épouse les mouvements de l'opinion. Comment, dès lors, servir notre pays ?
D'abord, refuser le mensonge en faisant nôtre la maxime de Jacques Rueff : "Soyez socialiste, soyez libéral, mais ne soyez pas menteur." Chacun doit respecter les institutions, mais nul ne doit accepter le mensonge, qui doit être poursuivi et dénoncé pour ce qu'il est, à savoir la pire corruption de la démocratie. Le plus sûr moyen de ruiner notre pays consiste à persister dans le déni de son déclin ; le premier pas du relèvement est de faire la vérité sur ses difficultés pour entreprendre de les résoudre. Réhabiliter le patriotisme en témoignant des réussites des Français qui contrastent avec la chute du pays et illustrent les atouts que conserve notre pays, au premier rang desquels son capital humain. Les réussites exceptionnelles de nombre de nos concitoyens ou de nos entreprises doivent beaucoup aux compétences, aux marques, à l'histoire et à la culture de notre pays, dans des domaines aussi différents que le luxe, l'aéronautique, la gastronomie, le tourisme, la création artistique ou les mathématiques. Défendre résolument l'entreprise, qui constitue l'une des solutions contre l'Etat, qui est le problème, en sauvegardant une base productive qui pourra être redéveloppée. Cultiver la solidarité entre les talents et les pôles d'excellence français pour les aider à résister à la stratégie d'éradication qui les cible ainsi qu'à rayonner dans la société ouverte. Lutter contre le bannissement intérieur de la jeunesse. Face à la situation dramatique de notre économie, le principe de responsabilité oblige chacun à ne pas exposer davantage le secteur marchand. Mais toute personne qui a du pouvoir doit se poser chaque jour la question de ce qu'elle peut raisonnablement entreprendre pour offrir une chance à la jeunesse de France et casser le mur d'exclusion et d'indifférence dont elle est victime.
La France n'est pas finie. Ce qu'une génération nihiliste détruit, il reviendra aux suivantes de le relever. Encore faut-il qu'elle dispose d'un point fixe pour le faire. Cet espoir, c'est une certaine idée de la France qui n'est plus aujourd'hui à Londres, mais qui doit rester vivante dans le coeur et l'esprit, les initiatives et les actes de chaque Français.