TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

vendredi 27 janvier 2012

Cent jours


Ne jamais dire à l’adversaire non pas ce que l’on fera, conseillait Richard Nixon, le président des États-Unis, mais ce que l’on ne fera pas. Nicolas Sarkozy a le plus grand intérêt à maintenir aussi longtemps que possible le suspense et l’incertitude sur ce que sera sa stratégie dans le débat final.


Les médias, parce qu’ils ont hâte de voir le rideau se lever, les commentateurs politiques, pour le plaisir de le voir s’exposer, l’engagent tous à se déclarer au plus tôt. Ses concurrents savent bien qu’il sera candidat, ils ne cessent de le répéter comme s’ils avaient besoin de s’en convaincre, mais ils ne savent ni dans quelles circonstances ni comment il va se présenter. Voilà ce qui les embarrasse.


Du jour où Nicolas Sarkozy dévoilera non pas ce qu’il entend faire (gouverner jusqu’au bout) mais le jeu qu’il a – ses bonnes et ses mauvaises cartes – , le suspense prendra fin : ils se jetteront tous sur lui. Il y a déjà cinq ans qu’il subit les critiques et les sarcasmes, pourquoi en rajouter ? François Hollande est le favori de cette élection – les médias l’ont déjà élu deux fois président de la République, le soir de son succès à la primaire socialiste, le 16 octobre, et ce dimanche 22 janvier après son meeting du Bourget – mais, s’il est le favori, il n’est pas non plus à l’abri des coups. Pendant ce temps, au moins, Sarkozy est aux commandes.


Il y a vingt-quatre ans, en 1988, François Mitterrand arrivait au terme de son septennat. Mitterrand le modèle, Mitterrand l’artiste, pour reprendre le mot d’Alain Duhamel. Arrivé au pouvoir en 1981, il avait gouverné cinq ans, avait perdu toutes les élections partielles et intermédiaires ; il avait même changé le mode de scrutin pour ne pas perdre les élections législatives et les avait quand même perdues en 1986. Il avait dû confier le pouvoir à ses adversaires les plus déterminés, Jacques Chirac et les siens. En 1988, il ne gouvernait donc pas, il n’avait rien à perdre à se présenter contre eux à l’avance, à se déclarer très tôt pour les attaquer – tout en clouant le bec à ceux qui lui conseillaient de se retirer. Il fit le contraire. Il se déclara très exactement un mois avant le premier tour de la présidentielle, le 22 mars. Deux jours avant, Chirac avait rassemblé cent mille sympathisants à l’hippodrome de Vincennes quand les socialistes n’étaient que vingt mille au Bourget (déjà) en attente de leur candidat.


Que fait donc l’artiste en se déclarant si tard ? Il attaque méchamment Chirac et les gaullistes : « Je me dresse contre les partis, les groupes, les factions dont l’intolérance éclate tous les soirs », dit-il, et sur ce sectarisme et cette agressivité, il renonce au socialisme sur lequel il a été élu et se bâtit une statue de rassembleur de la “France unie” ! Grâce à quoi, il gagne. Chapeau. Quelle est la morale, si l’on peut dire, de cette histoire ? En politique, on peut tout oser, à condition de ne jamais perdre ses nerfs durant les épisodes de la bataille. Un événement chasse l’autre à une vitesse ahurissante, et c’est là qu’une stratégie arrêtée à laquelle on se tient est toujours supérieure à la course derrière l’actualité, changeante et contradictoire.


Nicolas Sarkozy bénéficie d’une situation unique : il est le président de la République et il l’est encore pour cent jours au moins – pourquoi en ferait-il le sacrifice au profit de Hollande, Bayrou, Marine Le Pen ? Ceux-ci vont tous expliquer à leurs électeurs ce qu’ils comptent faire durant les cent premiers jours de leur présidence, les décisions qu’ils prendront, les projets de loi qu’ils présenteront, les traités qu’ils renégocieront, etc. Si, si, si : s’ils sont élus, s’ils ont une majorité pour les soutenir. Sarkozy, lui, ces cent jours, il les a, et la majorité aussi : plutôt que d’en faire cadeau à la concurrence, il les utilise non pas à promettre mais à décider. Le Parlement siège encore pendant six semaines, eh bien, chaque jour de cette fin de session sera bien rempli. La suite, ce sera l’enjeu des élections.


C’était le sens du sommet “social” du 18 janvier entre le gouvernement, le patronat et les syndicats. Si Sarkozy avait été candidat déclaré, qui serait allé à l’Élysée pour une réunion soumise à l’incertitude du scrutin ? Tout le monde s’y est retrouvé, sans se lamenter, parce que chacun savait que la machine gouvernementale continuait à fonctionner et que le chef de l’État allait prendre ses responsabilités. C’est François Hollande qui est obligé de dire ce qu’il ferait – et ce qu’il ne ferait pas. Nixon donnait un autre conseil : « Agissez toujours comme si vous aviez un million de voix de retard. Ainsi, vous gagnerez peut-être avec un seul bulletin d’avance. »

Du danger des proclamations


François Hollande n’a pas raté son entrée en campagne. Les militants étaient venus en masse au Bourget (20 000 selon les organisateurs). « Mais il n’y avait pas le peuple », a relevé Ségolène Royal, meurtrie d’être zappée dans le film qui retraçait les grandes heures du Parti socialiste. Il est vrai qu’elle suscitait en 2007 une ferveur quasi mystique que l’on ne retrouvait pas dimanche.


Il y avait une brochette de people (Biolay, Darmon, Noah…). Tout le PS rassemblé. Et au premier rang, les plus belles fraises du panier : les anciens premiers ministres Mauroy, Fabius, Cresson, Jospin (il manquait Rocard). Les candidats à la primaire avec Martine Aubry en majesté. Et Mazarine Pingeot aux côtés de Valérie Trierweiler, la compagne du candidat. Le test de sa réussite ? C’était de regarder la tête qu’ils faisaient en écoutant le discours. Ils affichaient l’air béat de qui avale une gourmandise. Y compris ceux qui, hier encore, confiaient en privé leurs doutes sur son caractère et ses capacités de leadership. Ils semblaient rassurés.


François Hollande, dont le talent d’orateur est indéniable, leur a servi ce qu’ils aimaient. La gauche a le culte des totems. Il a fait son “Mitterrand”. Moins que d’habitude dans la gestuelle et le ton. Le mimétisme était devenu si caricatural qu’il tournait au numéro d’imitateur. Comique !


Ses conseillers lui ont dit d’en faire moins. Mais il a sacrifié à la liturgie qui avait fait le succès du seul socialiste élu à la présidentielle – tirer à boulets rouges sur la finance : « Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, et pourtant il a pris le contrôle de nos vies, c’est le monde de la finance, qu’il faudra affronter dans un long combat. »


C’était quasiment un copier-coller du discours de Mitterrand à Épinay en 1971 : « Le véritable ennemi, j’allais dire le seul, parce que tout passe par chez lui, c’est lui qui tient les clés, c’est le monopole de l’argent qui corrompt, qui achète, l’argent qui écrase, l’argent roi qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes. » Avec ces mots-là, il s’était installé à la tête du PS dont il n’avait pas la carte deux heures plus tôt.


Un mois avant d’entrer à l’Élysée, Mitterrand cultivait encore le filon : « Le système capitaliste est à l’origine du mal, la loi suprême du profit élimine l’inspiration individuelle ou collective vers des valeurs telles que la beauté, la fête, l’amour, le dialogue. »


Trois ans plus tard, il reniait le programme qui l’avait fait élire. L’économie n’a pas de cœur. Les déficits lui avaient imposé deux plans de rigueur. Il proclamait : « Il faut d’abord gagner de l’argent, seuls ceux qui peuvent dégager des profits sont en mesure d’investir. » Et il faisait l’apologie d’un certain Steve Jobs : « Il est le fondateur d’Apple qui représente des centaines de millions de dollars, ce qui est le témoignage de sa réussite. » (4 avril 1984.)


François Hollande devrait se méfier. Une fois le pouvoir conquis, les proclamations simples se révèlent compliquées à mettre en oeuvre. La France ne sortira pas de la crise en déclarant la guerre aux banques qui financent l’économie et contribuent à la croissance. Elles ne peuvent pas être les boucs émissaires de tous nos maux.

NON, PAS LUI, PITIÉ !!!!
Mais, regardez le !

jeudi 26 janvier 2012

Sarkozy, candidat du dimanche ?


Lorsque Nicolas Sarkozy évoque l’hypothèse d’un échec électoral, bien sot qui l’y croit résigné. Parce que le défaitisme ne fut jamais sa marque. Malgré les désastreux sondages, l’homme ne part pas vaincu d’avance. Il ira au scrutin d’avril avec sa fougue habituelle, portant la crise comme un atout. La France traverse une terrible tempête économique, l’angoisse gagne les populations ? Justement, tenir la barre réclamera courage et expérience. Le chef de l’État prétend incarner ces deux nécessaires vertus. Il voudra aussi les dénier à ses adversaires, pour mieux se poser en unique recours.


Ainsi s’esquisse la stratégie du prétendant à un second mandat. Pourtant, celui-ci traîne à se déclarer. Plusieurs ténors UMP s’inquiètent d’un tel retard au démarrage. Lionel Luca, hier, osait rappeler la mésaventure qui survint au lièvre face à la tortue… Mais non. Tout occupé “à gérer jusqu’au bout les affaires du pays”, M. Sarkozy recule le moment d’entrer en campagne.


Son actuelle position, remarquez, offre des avantages. Elle lui permettra, dimanche soir, de répondre aux journalistes en direct de l’Élysée. C’est le président, non le candidat, qui présentera des réformes nouvelles… et critiquera le programme socialiste. Dame, la partie ne fait que commencer ! Le champion de la droite va se battre hardiment et garde quelques bottes secrètes. Il sait qu’en politique, souvent, on ressuscite. À l’enterrer trop tôt, les Sarkophages pressés risquent de déchanter.

 Sarkozy: la ruse et le bilan




Pris au piège grec

A Athènes, la guerre des nerfs entre le gouvernement et les créanciers privés entre dans sa phase finale. Pour recevoir ses 130 milliards d'aide, la Grèce doit apporter la preuve de ses réformes. Mais la bonne volonté ne suffit pas toujours. 

Chaque jour, ce sont les mêmes images. Des hommes à la mine aussi sombre que leur costume s'engouffrent dans les portes tournantes de bâtiments anonymes et disparaissent dans l'ombre. La scène se passe à Athènes et les acteurs sont les hommes chargés des négociations entre le gouvernement grec et les représentants des banques qui se rencontrent tous les jours pour jouer une partie de poker autour de l'effacement de la dette grecque.
Sous la pression des gouvernements réunis lors du sommet européen d'octobre dernier, les banques privées et les fonds d'investissement ont promis de faire une croix sur près de 100 milliards d'euros.
Le geste a de quoi impressionner mais rien n'est encore fait. Les créanciers sont pris au piège : les partenaires européens et le Fonds monétaire international ont assorti le deuxième plan de sauvetage à l'effacement de la dette grecque : 130 milliards pour redresser le pays d’ici à 2020. Faute de quoi, ce sera la faillite.

Des salaires réduits de 40% de façon rétroactive

Faire supporter une partie du coût de la crise aux institutions financières privées s'est avérée une grave erreur. Les contributeurs l'ont désormais bien compris, surtout le gouvernement allemand très impliqué dans le dossier. Ce qui semblait juste sur le fond a été mis en oeuvre avec un tel dilettantisme que même Berlin reconnaît "d'importants dommages collatéraux".
A Bruxelles, un diplomate européen explique ce que cela veut dire : "La situation s'est retournée contre nous parce que les investisseurs refusent d'acheter de la dette européenne à long terme, à l'exception de la dette allemande". L'homme connaît bien la situation grecque. Pour lui, c'est "la première fois que l'on court le risque réel de perdre sans s’en rendre compte le contrôle de la situation".
Cette débâcle avec les créanciers privés n'est pas le seul piège qui risque de se refermer sur les sauveurs de la Grèce. Dès l'origine, ces derniers ont en effet sous-estimé le montant de l'aide nécessaire. Devant sans cesse réajuster leur programme d'aide, ils ont fini par méconter tout le monde. D’une part les Grecs, qui doivent payer davantage d'impôts avec des salaires diminués.
D’autre part les investisseurs, qui, craignant la faiblesse de la consommation, ne mettent plus d’argent, ce qui a pour conséquence que presque plus personne ne veut reprendre les entreprises publiques mises en vente. Enfin les citoyens européens, qui ont l'impression de débourser des milliards pour rien.
Tous ces éléments concourent, aux yeux du diplomate, à former un climat "particulièrement explosif". On parle de fonctionnaires du ministère grec des Finances dont le salaire a été réduit de 40% et de façon rétroactive.
Les employés n'ont pas seulement reçu 40% de moins au dernier trimestre de 2011, leur salaire a également été amputé sur les trois premiers trimestres de l'année. Les employées posaient leurs bulletins sur la table et demandaient un rien deséspérés, de quoi ils étaient censés vivre.

Une rigueur aux objectifs "trop ambitieux"

Vient ensuite la question de l'impôt. Avec leurs collègues grecs, les Français ont commencé à mettre en place un nouveau système, qui, s’ils font vite, ne mettra au mieux deux ans pour être opérationnel. Il y aura des appels d’offre au niveau européen.
Il faut respecter des délais, une procédure de sélection, choisir une offre, attendre de nouveau puis mettre en place le système. Tout doit être commandé, acheté et installé puis les salariés doivent être formés. Recouvrer l'impôt efficacement ne dépend pas de la simple bonne volonté des Grecs. Le problème, explique le diplomate, c'est que les objectifs du plan de rigueur sont trop ambitieux.
Aujourd’hui, tout le monde s’étonne de voir que la Grèce ne parvient pas à les atteindre. C'est ainsi que se referme à nouveau le piège grec. Si les sauveurs de la Grèce s'en tenaient à leurs propres prescriptions, ils ne devraient plus alimenter le pays financièrement. Mais est-ce vraiment ce qu'ils veulent dans un pays qui commençait tout juste à remonter la pente ?
Entretemps, la principale erreur du plan européen a été corrigée, à savoir le niveau des taux d'intérêt. En mai 2010, le gouvernement allemand espérait encore gagner de l'argent en aidant la Grèce. La Grèce, expliquait la chancelière, devait payer ses crédits aux taux du marché, voire au-dessus. A croire qu’elle cherchait à punir les Grecs et à apaiser ses concitoyens. Un an plus tard, elle était obligée de reconnaître que ces taux d'intérêt ne faisaient qu'enfoncer un peu plus la Grèce dans la crise.
C’est précisément sur la question des taux que butent les négociations avec les banques privées. Elles jouent avec des dixièmes de point de pourcentage, derrière lesquels se cachent des milliards d'euros. Nous sommes "à un millimètre" d'un accord, déclaraient les banquiers et les responsables politiques vendredi dernier.
Le négociateur des banques, Charles Dallara, est toutefois reparti sans avoir franchi ce dernier millimètre. Et il veut encore une chose : la promesse politique qu’après l’effacement de la dette grecque, on arrêtera de faire passer les banques privées à la caisse. Il ne devrait pas l’obtenir avant le sommet européen de lundi prochain.






Négociations

L’eurogroupe remet la pression

“Les ministres des Finances de la zone euro ont rejeté, le 23 janvier, l’accord que les détenteurs privés de la dette grecque présentaient comme l’offre ‘maximum’ pour les pertes qu’ils sont prêts à assumer”, rapporte le Financial Times. Cela “ouvre un nouveau cycle de stratégie de la corde raide dans les négociations tortueuses pour alléger la dette du pays”. Car l’aide européenne de 130 milliards d’euros ne sera versée à la Grèce que si Athènes trouve un accord avec les banques.
Les ministres demandent que le taux d’intérêt des obligations à 30 ans que les banques obtiendraient en échange de l’abandon d’une partie de la dette actuelle de la Grèce soit inférieur à 3,5% en moyenne. Un taux supérieur permettrait aux banques de ne pas perdre plus de 65 ou 70% de leurs créances mais pèserait trop sur la dette grecque à long terme.

Cent jours pour revenir dans le match


Tous les spécialistes s'accordent à le dire : une présidentielle se cristallise dans l'opinion à trois mois de l'échéance. Janvier, mois charnière... C'est précisément en janvier que les sondages font de François Hollande un grand favori, et de Nicolas Sarkozy un challenger. En janvier que le président-candidat donne l'impression d'être saisi par le doute. Il envisagerait la défaite, la retraite. Vrai ou faux ? Qu'il soit permis d'en... douter. Aucun de ses prédécesseurs dans sa situation n'a jamais pu imaginer un revers. Pourquoi lui ? S'il est une qualité à ne pas lui mégoter, c'est de croire en lui et en sa capacité à réussir l'impossible. S'il fallait définir le sarkozysme, trois mots : homme de certitudes. Aussi ce moment d'égarement, ce « off » sur l'oreiller médiatique, quand bien même il a plus de chance de retrouver Carla à plein temps que de rempiler, a été maîtrisé. Un coup de com' plutôt que de blues. L'une de ces confidences qui vous humanise un homme d'État et remobilise des troupes estourbies. Déjà, il est reparti sabre au clair, continuant de semer les vœux et de porter la charge contre un adversaire qu'il juge flasque. Dimanche, il contre-attaquera à la télévision. Prestation cruciale car s'il n'est pas parvenu à se représidentialiser, son rival, lui, s'est présidentialisé. S'il ne convainc pas - il ne s'agit plus de savoir s'il va ou non accélérer son entrée en campagne -, alors oui, à cent jours, on ne verrait plus très bien comment il pourrait se sortir du guépier. Mais coup de mou, mon œil ! Jusqu'au bout il bougera, annoncera des réformes. Quand on bouge, c'est pour franchir le premier la ligne d'arrivée.

Il va bien, merci


C’est fou ce que l’information politique est conformiste ! À quoi bon s’agiter à réclamer une déclaration de candidature à Nicolas Sarkozy comme si elle devait marquer son entrée officielle en campagne ? En campagne, il l’est déjà ! Et depuis un bon moment. Il faudrait vraiment qu’il soit masochiste pour s’infliger une figure imposée, rarement valorisante pour un sortant, qui ne lui rapporterait rien de plus et lui coûterait beaucoup. Elle le priverait ipso facto de la partie la plus précieuse de son capital, son statut de président en exercice, quand la normalité du candidat ne lui serait d’aucun secours pour regagner le terrain perdu. Lucide, il ne rejouera pas 2007.


L’épisode « Coup de blues en Guyane » façon « Plus belle la vie » ne doit tromper personne. Il n’y a que des médias en mal de mièvrerie pour passer deux jours à commenter un simple état d’âme probablement surjoué. Que les amis du président de la République se rassurent : même si leur champion ne redécolle toujours pas dans les sondages, il va bien. Évoquer une possible défaite, c’était une simple mise en condition avant un rendez-vous fin janvier qu’il s’était fixé pour allumer, après Kourou, le deuxième étage de sa fusée électorale. C’était aussi un aveu original. Il est dans la bataille. Dos au mur. Des conditions qui ont toujours inspiré, voire bonifié, ce bagarreur né. Hier matin, encore, il a eu du réflexe, pour ridiculiser sans prendre de gants, la proposition hasardeuse de François Hollande d’intégrer la loi de 1905 dans la Constitution, tout en reprenant habilement à son compte les inquiétudes alsaciennes.


Dimanche soir, le chef de l’État pourra ainsi profiter, en tout bien tout honneur de la surprenante docilité des cinq chaînes de télévision qui ont accouru au premier claquement de doigts pour retransmettre son intervention d’une heure en prime time. Un traitement de monarque républicain pour répondre, 48 heures après, à l’assaillant du Château. Va-tout ? Il pourra encore se passer tant de choses en 80 jours...

Idiot

« C’est l’économie, idiot ! » Bill Clinton avait affiché ce pense-bête mobilisateur dans son bureau de candidat, en 1991. Et il avait été élu président contre George Bush père, figure respectée mais à la tête d’une économie dégradée… Vingt ans plus tard, les candidats présidentiels français devraient tous placarder dans leurs sièges de campagne : c’est l’économie, idiot ! Ou, plus précisément : c’est l’emploi, idiot ! Oui, point besoin d’avoir fait sciences-po ni d’étudier les sondages pour comprendre notre premier souci à tous : ne pas perdre notre boulot, ou en trouver un. Quand le chômage augmente au rythme de mille chômeurs de plus par jour, l’instinct de survie commande de ne pas être emporté par la vague – et tout le reste n’est que littérature ou propagande. À voir maintenant qui, parmi les candidats, s’affirmera le plus crédible, ou le moins « idiot ».

Des milliards et de l'intelligence


La réalité est vertigineuse. Elle tient en trois chiffres : nous avons plus de 90 milliards de déficits. Pour commencer à s'exonérer du fardeau de la dette, il conviendrait donc d'en rembourser au moins autant chaque année. Dans l'idéal, le pouvoir devrait trouver environ 200 milliards de dépenses en moins et/ou de recettes en plus, pour retrouver toute sa marge de manoeuvre.


La solution est compliquée. Pour tous les présidentiables. Minimiser le passif ou s'acharner contre les prétendues faiblesses de François Hollande n'est d'aucune utilité. Noircir le bilan ne ferait que déprimer un peu plus les Français. Disserter sur la responsabilité respective de la crise, des pouvoirs précédents et de la gestion Sarkozy n'offre pas de travail à nos 2,8 millions de chômeurs.


La solution est économiquement lourde. Sabrer la dépense ou alourdir les prélèvements peut plonger le pays dans la récession et tuer le malade que l'on prétend guérir. Elle est politiquement périlleuse et risque de faire voler en éclats tout pouvoir qui tenterait de gouverner seul contre tous et sur des critères injustes.


François Hollande proposera, ce matin, de stabiliser la dépense publique - pas de politique nouvelle qui ne soit pas financée - et de prélever 30 milliards de charges et impôts nouveaux. À ce niveau d'effort, supporté essentiellement par les hauts revenus, il évite la récession. Mais sans croissance, sans relance européenne, ce chiffre n'est pas à la hauteur des besoins.


Sans projet présidentiel connu pour l'instant, on ignore l'ampleur de ce qu'imagine Nicolas Sarkozy. L'addition des budgets supplémentaires et des plans de rigueur récemment votés rend déjà la facture salée. Dimanche, il annoncera des mesures d'urgence, entre autres l'impopulaire transfert vers la TVA de 35 milliards de charges. Mais la compétitivité est une plante à croissance lente, qu'il aurait fallu arroser hier pour qu'elle rapporte quelques fruits au moment où le pays manque de vitamines.


François Bayrou propose de baisser la dépense de 50 milliards et d'accroître la recette d'autant. Encore imprécis dans la déclinaison de son projet et incertain dans sa capacité politique à le mettre en oeuvre, il offre une perspective - beaucoup de rigueur et un peu de relance - proportionnée à l'enjeu.


Quel que soit le... malheureux élu, la solution est à haut risque politique. L'ampleur des remises en cause permet d'anticiper qu'il ne suffira pas de décréter, en haut lieu, un plan d'énarque pour que les Français s'y conforment docilement. De convoquer un sommet social de deux heures ou de faire payer les riches pour que tout soit réglé. Ni de lâcher, au Bourget, des déclarations qui ne se transformeraient pas en preuves d'amour.


Sans méthode, le courage serait synonyme de suicide politique. Pour offrir le meilleur service public au moindre coût, pour trouver un juste équilibre contributif entre la production, la rente et la spéculation, pour fluidifier le marché du travail, il faudra avoir l'humilité d'écouter, l'intelligence de coopérer et la force d'arbitrer. Pour que de la contrainte naisse l'innovation !

Un président honnête, ça n'existe pas !

Hervé Gattegno, rédacteur en chef au "Point", intervient sur les ondes de RMC du lundi au vendredi à 8 h 20 pour sa chronique politique "Le parti pris".

Selon un sondage CSA publié par le site Terrafemina, 53 % des Français considèrent que la qualité principale à attendre du prochain président de la République est l'honnêteté. Votre parti pris va les décevoir : un président honnête, ça n'existe pas ! Vous en êtes sûr ?
Attention : il ne s'agit pas de souscrire à la méchante rengaine du "tous pourris". Il ne faut pas confondre un président honnête et un président intègre. Les citoyens sont évidemment en droit d'espérer que l'État soit dirigé avec probité - c'est-à-dire par quelqu'un qui n'abuse pas du pouvoir pour s'enrichir, favoriser ses proches ou monnayer ses décisions. C'est même la moindre des choses que ce critère-là soit retenu comme une condition sine qua non. D'ailleurs, les candidats en font souvent un argument de campagne en promettant "l'État impartial" ou "l'État irréprochable". En réalité, il y a toujours des reproches à faire à un dirigeant. Le président est juridiquement irresponsable, mais il n'est jamais insoupçonnable.
Ça ressemblerait à quoi, un président honnête ?
D'après le dictionnaire, l'honnêteté, c'est à la fois l'intégrité et la franchise. On peut exiger l'intégrité, mais est-ce qu'il est réaliste d'attendre d'un président une franchise totale ? Il est évident que non. D'abord, il y a des choses qu'un chef d'État ne peut pas divulguer sans compromettre les intérêts du pays : dans des négociations internationales ou quand existent des menaces contre la France. Le pouvoir oblige à mentir. Et la conquête du pouvoir, au moins autant. Il y a un exemple fameux : de Gaulle savait qu'il ne pourrait pas garder l'Algérie française ; est-ce qu'il a eu tort de le faire croire ou de permettre l'indépendance ? Churchill a dit : "C'est une belle chose d'être honnête, mais il faut aussi avoir raison." En politique, il vaut parfois mieux tenir un cap que tenir sa parole.
Est-ce qu'on ne peut pas, malgré tout, espérer un président - et des candidats - qui disent la vérité ?
C'est un objectif louable, mais chimérique. La promesse de vérité est une arme formidable devant l'opinion. Mendès, Barre, Rocard ont fait carrière sur ce créneau - mais aucun n'a été président. Mitterrand et Chirac, eux, ont été élus alors que c'étaient de grands menteurs. Quand Jospin a dit "l'État ne peut pas tout" à des ouvriers dont l'usine fermait ou quand il a admis avoir été "naïf" à propos de la sécurité, c'était vrai, mais il l'a payé cher. Est-ce qu'on supporterait d'entendre Nicolas Sarkozy dire qu'on ne sait plus quoi faire contre le chômage ? Ou qu'on a échoué en Afghanistan ? Non - pourtant, ça en a tout l'air... Et est-ce que François Hollande peut se faire élire en annonçant que les impôts augmenteront ? Probablement pas. Il ne faut pas espérer de nos dirigeants qu'ils disent toute la vérité. Mais on pourrait au moins attendre d'eux qu'ils reconnaissent leurs erreurs.
Si j'ai bien compris, les électeurs qui privilégient l'honnêteté peuvent se préparer à être déçus...
Oui et, au fond, ils le savent. C'est logique d'espérer qu'un chef ait toutes les qualités, mais c'est impossible. Là où le sondage de Terrafemina peut surprendre, c'est que la deuxième qualité qui est citée, c'est le courage, mais que le réalisme vient plus loin, et l'autorité et l'indépendance bien plus loin encore ! Ce sont pourtant des qualités morales qui sont vraiment essentielles à un homme d'État - bien plus que l'honnêteté. Ce qui prouve qu'en toute honnêteté les Français aussi peuvent se tromper...

DESSINS AU HASARD DE LA PRESSE.




Fonctionnaires : les calculs du camp Hollande

Lors de son meeting au Bourget, dimanche 22 janvier, François Hollande a, en partie, clarifié ses projets pour la fonction publique. "Il sera mis fin à la règle aveugle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite", a déclaré le candidat socialiste. Entre 2008 et 2012, 150 000 postes de fonctionnaires partis en retraite n'ont pas été pourvus du fait de cette règle édictée par Nicolas Sarkozy.

M.Hollande a ainsi donné satisfaction aux syndicats : "Je ne l'avais jamais entendu le dire aussi nettement", a déclaré au Monde Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, à l'issue d'une rencontre avec M.Hollande, lundi 23 janvier. Le candidat du PS "s'est cette fois bien engagé à renversé un des dogmes du gouvernement Sarkozy", se félicite Brigitte Jumel (CFDT Fonction publique).
Ils gobent tout,  les augmentations de salaires, la renégotiation avec Merkel, enfin la lune quoi !

PAS D'AUGMENTATION DU NOMBRE DE FONCTIONNAIRES
Au Bourget, dimanche, M.Hollande a également indiqué que "le nombre de fonctionnaires n'augmentera pas". Il s'agit là d'une confirmation. "Il n'y aura pas de postes supplémentaires créés dans la fonction publique d'Etat", avait déclaré, lundi 16 janvier, Jérôme Cahuzac, député (PS) du Lot-et-Garonne, chargé des finances dans l'équipe de campagne de M.Hollande. Les 150 000 postes non pourvus du fait de la règle des un sur deux ne seront donc pas compensés. Sauf en partie dans l'éducation nationale, la justice et la police.
13 000 nouveaux fonctionnaires par an. M.Hollande a, en effet, confirmé, dimanche, sa proposition de créer, sur la totalité de son mandat "60 000 postes supplémentaires dans l'éducation, pas seulement de professeurs, mais de surveillants, d'infirmières, d'assistances sociales". Soit 12 000 postes par an. Ces créations nettes viendront s'ajouter aux postes désormais de nouveau pourvus à chaque départ en retraite dans l'éducation. M.Hollande a également déclaré qu'il créerait "1 000" postes "chaque année, dans la justice, dans la police, dans la gendarmerie ". En tout donc, 13 000 nouveaux fonctionnaires par an.
Sachant qu'il raisonne "à effectif constant dans la fonction publique d'Etat, […] il y a une marge de manœuvre que François Hollande décidera d'affecter selon ses choix politiques", expliquait le 16 janvier, M. Cahuzac. En clair, "il s'agit de redéployer et de mettre des moyens supplémentaires en personnels dans l'éducation nationale pour réparer ce qui a été détruit depuis cinq ans", avait déclaré M.Hollande le 5 janvier.
"REDÉPLOIEMENT", LE MOT QUI FÂCHE
Au Bourget, dimanche, M.Hollande n'a guère évoqué de redéploiement. Il faut dire que le mot fâche au PS. Mardi 17 janvier, Henri Emmanuelli, député (PS) des Landes, Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice (PS) de Paris et Benoît Hamon, porte-parole du PS ont exprimé leur crainte de voir les nouveaux postes créés par simple "redéploiement". Leur communiqué commun faisait suite aux propos de M.Cahuzac qui sur France 2, lundi 16 janvier avait, pour sa part prononcé le mot.
>> Lire : "60 000 postes dans l'éducation : la gauche du PS met en garde M. Hollande"
Pas de privatisation."On ne peut parler de redéploiement car on ne prendra pas des agents des finances pour les mettre à l'éducation", a expliqué, lundi 23 janvier au Monde, Bruno Julliard en charge de l'éducation dans l'équipe de campagne de M.Hollande. "En revanche, il y aura bien 13 000 postes non pourvus dans certaines administrations centrales", précise-t-il, évoquant Bercy, ou le ministère de l'équipement. Depuis plusieurs semaines, l'équipe du candidat a toujours précisé qu'il n'était pas question que ces postes ne relèvent pas du secteur public. Vincent Peillon, chargé de piloter le "pôle éducation et enseignement supérieur" dans l'équipe Hollande, indiquait ainsi, le 18 janvier, que tout décision se prendrait "à périmètre constant de la fonction publique de l'Etat".
Pas de transfert aux collectivités. Bien que le candidat ait annoncé, au Bourget, dimanche, "un nouvel acte de la décentralisation", il est bien clair, pour son équipe, que les 13 000 postes à créer ne seront pas non plus pris en charge par les collectivités locales. Un point qu'il a clarifié lundi 23 janvier, en recevant tour à tour, outre la FSU, l'Unsa et la CFDT. Il a chaque fois "été catégorique", selon M. Julliard. "Les 60 000 nouveaux postes dans l'éducation nationale seront bien pris en charge dans le budget de l'Etat (...)"Dans son esprit, il ne s'agit pas de décentraliser pour permettre à l'Etat de faire des économies", précis M. Julliard.
Reste à savoir dans quelle administration centrale les 13 000 postes annuels ne seront pas renouvelés.
Lundi, l'UMP ne s'est pas privée de poser la question. Citant les "1 000" policiers que M.Hollande veut créer dans les " zones prioritaires de sécurité ", Claude Guéant a ironisé : " Par rapport à la cacophonie qui a régné dans son entourage les jours précédents [ M.Hollande] a apporté quelque chose de neuf. Ce qui est très important, il a dit : je les créerai mais je les financerai par redéploiement. C'est à dire en supprimant d'autres emplois dans la fonction publique. Ce qu'il faut maintenant dire c'est quels emplois ", a observé le ministre de l'intérieur. De son côté, François Sauvadet, ministre de la fonction publique a qualifié, lundi, M.Hollande de " prince de l'ambiguité ".

La fonction publique est "antisarkozyste", selon le Cevipof

Cinq ans après l'entrée en vigueur de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), et trois mois avant l'élection présidentielle, le Centre de recherches politiques de Science-Po (Cevipof) publie une étude sur le vote des fonctionnaires. Dans cette note, Luc Rouban, spécialiste de la fonction publique, note un phénomène principal : le rejet du président de la République, Nicolas Sarkozy.

L'étude pointe également une poussée de Marine Le Pen dans certaines parties de la fonction publique, même si elle n'est pas généralisée. "Si l'élection ne voyait voter que les seuls agents du secteur public, François Hollande affronterait Marine Le Pen au second tour", résume l'auteur d'une formule choc.
Ce travail est fondé sur les résultats d'une enquête réalisée en décembre 2011. L'auteur prend soin de préciser qu'il n'existe pas, à proprement parler, de "vote des fonctionnaires" homogène. "La grande différence entre salariés du public et salariés du privé n'existe pas", explique M. Rouban, qui note l'importance du "niveau du diplôme et de responsabilité (…) dans le degré de politisation ou d'engagement à gauche". Mais, précise-t-il cependant, il demeure que " la fonction publique constitue en 2012 le point nodal de l'antisarkorzisme".
LE PEN EN TÊTE CHEZ LES POLICIERS ET LES MILITAIRES
Le Cevipof sépare, dans son étude, au moment d'étudier les intentions de vote du premier tour de la présidentielle, le vote des fonctions publiques d'Etat, hospitalière, territoriale, et celle des entreprises publiques. Il ventile également les votes, dans une autre classification, selon les métiers : cadres, enseignants, employés, policiers et militaires.
M. Rouban constate que les intentions de vote en faveur de Mme Le Pen sont "très marquées dans la fonction publique hospitalière comme dans les entreprises publiques". La candidate du Front national fait, dans le premier cas, jeu égal avec M. Sarkozy, à 18 %. Dans les entreprises publiques, sa cote s'établit à 24 %, loin devant celle du chef de l'Etat (13 %).
Dans l'analyse par métier, Mme Le Pen pèse très peu chez les cadres (4 %) et les enseignants (3 %), mais beaucoup plus chez les employés (18 %) et surtout chez les policiers et les militaires (37 %). Dans cette dernière catégorie, Mme Le Pen devance nettement M. Sarkozy (27 %), M. Bayrou (11 %) et M. Hollande, qui n'obtient que 8 % des intentions de vote.
Dans cette étude fondée sur des résultats de décembre, M. Rouban s'attarde aussi sur le vote en faveur de François Bayrou, en net recul. "Les cadres du public avaient voté pour lui à hauteur de 21 % et les enseignants de 26 %. Les deux intentions de vote de ces deux catégories, fin 2011, ne sont plus respectivement que de 11 % et 10 %", précise-t-il. C'était avant la poussée du candidat centriste dans les sondages de janvier.

Hollande/Juppé sur France2 : Ça sent la poudre

C'est Alain Juppé qui affrontera François Hollande jeudi soir sur France2. Un adversaire de poids pour le candidat PS, et une pièce maîtresse du dispositif de campagne de Nicolas Sarkozy.

Non seulement François Hollande n'a vu aucun inconvénient à se trouver face à Alain Juppé jeudi soir dans le cadre de l'émission Des paroles et des actes sur France2, mais il en serait presque flatté. Ancien Premier ministre de Jacques Chirac qui voyait en lui le « meilleur d'entre nous », actuel ministre des Affaires étrangères, celui qui avait été l'homme le plus impopulaire de France lors des grandes grèves de 1995, balayé par la dissolution ratée de 1997, puis contraint à l'exil au Canada en raison de ses ennuis judiciaires, bénéficie désormais d'une popularité flatteuse et d'une image de sage.
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En attendant d'affronter, peut-être, Nicolas Sarkozy lui-même entre les deux tours de la présidentielle, il s'agit donc d'un adversaire de choix pour le candidat PS François Hollande, un personnage aussi courtois que brillant, qui a l'avantage de l'élever au-dessus des petites joutes politiques. « On allait quand même pas envoyer Nadine Morano ! », rigole un député UMP. Dans l'entourage du candidat socialiste, on rend donc hommage à « un homme intelligent, qui a un passé d'homme d'Etat et des fonctions estimables », bref « quelqu'un d'important ». « C'est un bon ministre des Affaires étrangères, quelqu'un d'estimable et de respectable », insiste un autre responsable PS.

"Il sera sans complaisance, peut-être arrogant"

Pour autant, Hollande va à ce débat sans « crainte ». « La politique étrangère de Nicolas Sarkozy mérite discussion, souligne un proche. On peut débattre avec Alain Juppé sans se sentir écrasé par l'homme : il est ministre des Affaires étrangères ; François Hollande est candidat à la présidentielle ». Au Parti socialiste, on table aussi sur une certaine rigidité d'Alain Juppé pour marquer des points. « Il sera sans complaisance, peut-être arrogant, c'est son défaut », estime un responsable socialiste.
Reste que Juppé ne lui fera aucun cadeau : il a déjà annoncé qu'il entendait réclamer des « éclaircissements » sur les dépenses que Hollande envisage, et critique les « vieilles lunes » ressorties, selon lui, par le candidat PS. Au meeting du Bourget dimanche, « c'était un peu retour à Mitterrand, le mur de l'argent, la finance », a-t-il ironisé mardi. « C'est très bien de se désigner un adversaire sans visage, comme ça, on est sûr qu'il ne répondra pas ».
A droite aussi, on applaudit au choix d'Alain Juppé. « Heureusement qu'il est là ! », s'exclame Bernard Debré, reflétant un point de vue largement partagé parmi les parlementaires UMP. « Il est solide, sérieux, c'est pas un rigolo. Il est très fort dans ses bottes et ça va être difficile pour Hollande », pronostique le député de Paris.

Demain à Matignon?

Sollicité de toutes parts à l'UMP, Alain Juppé apparaît plus que jamais comme une pièce maîtresse du dispositif de campagne de Nicolas Sarkozy. Avec le Premier ministre François Fillon - qui affrontera à son tour Martine Aubry le 2 février sur France2 - et le patron de l'UMP Jean-François Copé, chargé de mobiliser militants et parlementaires, il bat les estrades et multiplie les interviews pour préparer le terrain avant l'entrée officielle en campagne du chef de l'Etat. En meeting mercredi soir à Nice, il sera ainsi Havre le 9 février et à Strasbourg le 15 février.
Lors des réunions à l'Elysée, il a l'oreille du président, qui le pousse ostensiblement en avant ou le prend par le bras pour de longs apartés en marge des sommets internationaux. Il dispose aussi d'une rare liberté de parole en sarkozie. Récemment, il critiquait ainsi publiquement la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien, soutenue par l'Elysée. Cette autonomie lui aussi permet de tendre la main à son ami, le candidat du MoDem François Bayrou. « Juppé a été Premier ministre. Il devrait être à sa place. Alors plus Sarkozy le valorise, plus il se valorise lui-même », relativise un visiteur régulier de l'Elysée.
Alain Juppé jouera donc gros jeudi soir : s'il est mis en difficulté, cela affaiblira son camp et pèsera sur son avenir, alors que certains le voient déjà à Matignon après 2012. Mais François Hollande, lui, ne peut tout simplement pas se permettre de trébucher alors même que sa campagne semble trouver un souffle depuis le meeting du Bourget dimanche.

mercredi 25 janvier 2012

Hélas, Hellas !


Les fins de mois sont de plus en plus difficiles en Europe. Pour les Grecs, elles sont déjà impossibles avec des revenus diminués jusqu’à 50 %. Oh, pas pour les 4 151 fraudeurs du fisc d’une « liste de la honte » communiquée par le gouvernement aux journaux. Ces millionnaires doivent environ 5 milliards d’euros à l’Etat. Qui est incapable de les percevoir, incapable aussi de poursuivre ces personnes…


Ce n’est pas le seul problème du pays. Les douloureuses mesures d’austérité décidées l’an dernier ne colmatent pas le tonneau des Danaïdes. La campagne électorale bat son plein avec du n’importe quoi. Le chef du gouvernement Papademos n’a aucune crédibilité.


Mais tout cela importe peu à la « troïka » (FMI, BCE et UE) : elle exige encore plus de sacrifices pour remettre la Grèce en ordre. C’est-à-dire la désendetter partiellement afin qu’elle puisse percevoir de nouvelles aides, et non pas relancer l’économie – un objectif hors sujet. Or cette négociation achoppe sur les créances privées détenues par les banques et les assurances. Les anciens titres doivent être échangés contre des nouveaux à une valeur inférieure d’au moins de moitié et avec un taux d’intérêt sous les 4 %.


Les 350 milliards de dettes seraient ainsi épongés de 100 milliards. Rien de plus moral, puisque la spéculation et la cupidité rendraient enfin des comptes. Malheureusement, les banques helléniques figurent parmi les plus gros créanciers de l’Etat. Elles risquent la faillite avec d’autres dramatiques conséquences.


Pourtant, un « défaut » de la Grèce, encore inimaginable en 2011 au nom du sauvetage de l’euro, ne semble plus l’être aujourd’hui. Comme si l’Europe de la monnaie unique vivait depuis quelque temps sous tranquillisants et euphorisants administrés par la Banque de Francfort enfin prodigue en liquidités. Mais pour combien de temps ? Que penser de l’accord sur le Mécanisme européen de stabilité (MES) dont se félicitent les grands argentiers ? C’est vrai que ce fonds est plus solide que le fameux FESF et qu’il sera opérationnel en juillet, un an avant la date prévue. Toutefois, ses 500 milliards ne suffiraient pas si un grand pays comme l’Italie devait faire appel aux aides, nul ne l’ignore.


La zone euro nécessite peut-être une politique d’austérité mais aussi une vraie politique de solidarité – par exemple via les eurobonds - vient de rappeler, au nom du FMI, Christine Lagarde à la chancelière Merkel qui est restée de marbre.


Bref, tout va bien, Madame la marquise…

Doutes

Notre Président doute. Il doute de nous, les électeurs, qui pourrons choisir bientôt de le garder ou de le congédier. Il nous sent indécis, pas convaincus par le si beau bilan qu’il a vanté janvier durant, de vœux en vœux. « Mes chers compatriotes », dit-il – et nous, on s’interroge : stop ou encore ? Notre Président doute également de lui-même, de son désir de continuer à faire le job cinq années de plus. À 57 ans, jeune papa, il reste assez ambitieux pour réussir ailleurs, et devenir riche chez son ami Bouygues, où le moindre directeur est mieux payé que lui. Franchement, on le comprend : c’est un métier de chien que de nous gouverner. Voyez François Hollande, condamné à sans cesse jurer son désir de devenir notre Président, tant il paraît hésiter devant la lourdeur de la tâche. Oui, on comprend tout ça. Mais enfin, à un moment, il faudra bien répondre à la chanson : tu veux ou tu veux pas ?

La loi de trop qui ne bénéficiera à personne

Ankara est en colère contre la France. Ce ne serait pas très grave si cette ire était provoquée par un enjeu majeur pour notre pays. Mais quelle mouche a donc piqué nos parlementaires, de gauche comme de droite, pour mettre à l'ordre du jour une loi inutile, inapplicable, voire inconstitutionnelle, et contraire à la liberté d'expression protégée, depuis la Déclaration des droits de l'Homme de 1789, par des textes internationaux. Bien sûr, le génocide arménien ne doit pas être nié, et toute forme de négationnisme historique, à propos de crimes contre l'humanité en particulier, est à bannir. Il y a onze ans, une loi a déjà été promulguée pour donner aux tribunaux le pouvoir de sanctionner ces négations. De quoi se mêlent aujourd'hui les parlementaires ? Ils veulent écrire l'histoire ? Mais ce n'est pas leur boulot ! Si leurs calculs sont électoralistes, ils sont tombés bien bas. Et ont égaré leur calculatrice ! Cette loi est proposée par le PS et poussée par l'UMP, mais sans unanimité. Que François Bayrou la qualifie de « faute » est un indice. Qu'Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, la juge « inopportune » depuis sa genèse, n'est pas neutre. Personne n'en tirera les bénéfices. Surtout pas la France. Seule son image de donneuse-de-leçon-au-monde-entier en sort grandie. Et donne des arguments au Premier ministre turc Erdogan dans sa surenchère nationaliste. Sur le plan intérieur, cette loi à œillères a réussi ce que la paix sociale exige d'éviter : elle cristallise des communautarismes. À moins que ce ne soit voulu pour engager d'autres débats nauséabonds ? Encore un très mauvais calcul.

Crise de la dette: l'Union européenne tance la Grèce et l'Espagne

L'Union européenne a affiché un vif mécontentement mardi à l'égard de la Grèce en menaçant de lui couper les vivres si les réformes économiques promises ne sont pas appliquées, et demandé en parallèle à l'Espagne d'éviter un dérapage de son déficit.
Réunis à Bruxelles, les ministres européens des Finances entendent ne pas relâcher la pression au moment où la zone euro profite justement d'une période d'accalmie dans la crise de la dette sur les marchés financiers.
Après avoir réclamé plus d'efforts de la Grèce lundi soir pour espérer des prêts supplémentaires afin d'éviter la faillite, ils ont demandé mardi des engagements par écrit des principaux partis politiques du pays.
"Nous ne serons en mesure de donner notre feu vert que si les partis au pouvoir et les autres sont d'accord" pour mettre en oeuvre les réformes et "cela doit être fait par écrit", a fait savoir la ministre autrichienne, Maria Fekter.
Les principaux créanciers de la Grèce --Union européenne et Fonds monétaire international-- avaient déjà eu recours à ce procédé à l'automne, après l'annonce d'un référendum finalement abandonné.
L'histoire bégaie quelques mois après. "Le programme (budgétaire) grec a dérapé" par rapport aux prévisions, a déploré lundi soir le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker.
"Il est clair que la mise en oeuvre des réformes en Grèce a échoué", a renchéri mardi le ministre suédois des Finances Anders Borg. "En matière de réformes structurelles, de réformes budgétaires, ils (les Grecs) n'ont pas été à la hauteur", a-t-il asséné.
Selon une source diplomatique européenne, l'engagement du nouveau Premier ministre Lucas Papademos "n'est pas remis en cause" mais le reste de la classe politique grecque ralentirait ses efforts. Une situation qui pourrait durer jusqu'aux prochaines élections qui doivent avoir lieu en avril.
L'idée, en faisant monter la pression, est donc aussi d'épauler M. Papademos, un "technocrate" chargé provisoirement de diriger le pays, face aux partis qui soutiennent son fragile gouvernement de transition.
"Nous ne pouvons attendre la tenue des élections, les changements doivent avoir lieu maintenant", a estimé cette même source.
Le temps est en effet compté. La Grèce devra rembourser 14,4 milliards d'euros de prêts le 20 mars prochain, ce qu'elle ne peut faire sans l'aide promise. Si cette échéance n'est pas tenue, la défaut de paiement sera inévitable.
Ces craintes pesaient mardi sur les marchés boursiers qui étaient pour la plupart en baisse.
Outre les réformes, Athènes doit aussi au préalable conclure un accord avec ses créanciers privés sur la réduction de sa dette. Les négociations visent à réduire de 100 milliards d'euros la dette détenue par les banques et fonds d'investissement, de manière à ramener l'endettement public du pays à 120% du Produit intérieur brut à l'horizon 2020 contre 160% actuellement.
L'opération doit être réalisée via un échange d'anciennes obligations détenues par le secteur privé contre de nouveaux titres, avec au centre des tractations la rémunération accordée à ces derniers.
Les discussions butent sur les taux d'intérêt qui seront appliqués. La zone euro a renvoyé Athènes et ses banques à la table des négociations en exigeant que le taux soit inférieur à 4%, alors que ce seuil est jusqu'ici considéré comme un minimum par les créanciers privés.
Il devra se situer entre 3,5% et 4%, a demandé M. Juncker, au risque que les banques considèrent la restructuration de la dette grecque comme "contrainte" et non plus "volontaire", avec à la clé un défaut de paiement de la Grèce aux conséquences incalculables.
Le lobby bancaire qui négocie avec la Grèce, l'Institut de la finance internationale (IIF), a réitéré mardi son refus d'aller au-delà de 50% de perte ("décote") sur ses créances. Il s'agit d'une "perte maximale" pour rester dans un cadre "volontaire", a affirmé le directeur général de l'IIF, Charles Dallara.
Or, avec une rémunération inférieure à 4% "la décote sera forcément supérieure à 50%", estime une source gouvernementale européenne.
La Grèce n'est pas la seule à inquiéter. La situation en Espagne, où le déficit public dérape plus que prévu, préoccupe également, bien que dans une bien moindre ampleur.
"Il est essentiel de ramener sans délai les finances publiques (espagnoles) à un niveau soutenable et, de ce fait, nous pensons qu'il est essentiel de respecter les objectifs budgétaires en 2012" dans le pays, où le déficit cette année ne doit pas dépasser 4,4%, a prévenu le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn.
Une fin de non recevoir adressée aux autorités espagnoles qui avaient demandé plus de souplesse.
Globalement, M. Rehn a dit tabler sur une "récession modérée" en Europe. Ce qui à ses yeux rend encore plus indispensable de renforcer les moyens du Fonds de secours de la zone euro. Bruxelles peut compter sur ce point sur le soutien du FMI, de la BCE, de la France ou encore de l'Italie. Mais l'Allemagne reste encore très réservée.

Hollande : le changement... de veste !

Dans son discours du Bourget, le candidat PS à la présidentielle s'attaque à un système qu'il a, en partie, contribué à ériger.

François Hollande ferait-il dans la politique à géométrie variable ? Difficile à croire tant le candidat socialiste à la présidentielle a insisté dimanche sur la sincérité du combat qu'il mène. Pour son premier grand meeting de campagne, François Hollande a pointé du doigt son "véritable adversaire" : le monde de la finance. Un exercice de style logique et prévisible, la contestation des dérives du capitalisme étant ancrée dans l'ADN du PS. Dimanche au Bourget, François Hollande a parfaitement ressorti la boîte à outils du candidat de gauche pour clouer au pilori la sphère financière.
Un combat qu'il aurait toujours mené depuis son entrée en politique. Logique, alors, qu'il lance avec conviction et emphase : "J'ai toujours suivi la ligne que je m'étais fixée." Pourtant, la ligne politique de l'ancien premier secrétaire du PS n'est pas aussi droite qu'il voudrait bien le faire croire. Sa carrière politique ne restera pas marquée par une contestation sans faille de la finance mondiale. Il a même, à plusieurs reprises, appuyé des décisions qui vont à l'encontre des grands principes énoncés dimanche au Bourget.

Président, moi ? vous rêvez là !!!

Privatisations

Alors, même si François Hollande n'a jamais été au pouvoir en tant que tel, son soutien à l'action gouvernementale de Lionel Jospin entre 1997 et 2002 n'est plus à démontrer. D'ailleurs, pour atténuer ce handicap de poids dans la course à la présidentielle - il a longtemps été attaqué sur le fait de n'avoir jamais exercé le pouvoir -, le député de Corrèze n'hésite pas à rappeler qu'il a été associé à toutes les grandes décisions prises par Lionel Jospin pendant la cohabitation.
Une période marquée par un vaste chantier de privatisation des entreprises publiques françaises. À cette époque, le gouvernement Jospin cède face à la pression de la concurrence internationale. Du coup, nombre de groupes emblématiques sont cédés par l'État. Et non des moindres. Au chapitre des différentes privatisations (totales ou partielles) et autres ouvertures de capital, on retiendra notamment France Télécom, Air France, Aérospatiale, Thomson-CSF, Thomson Multimédia, le Crédit lyonnais, la Société marseillaise de crédit, le CIC et le groupe d'assurances Gan.
François Hollande, alors premier secrétaire du Parti socialiste, n'a jamais manifesté le moindre désaccord, assurant une indéfectible loyauté à son Premier ministre. Pire, à l'époque, il présente même ce gouvernement comme une "référence". D'ailleurs, Lionel Jospin lui a rendu la pareille en votant pour le candidat corrézien aux deux tours de la primaire socialiste. François Hollande pâtit indéniablement des discours et des soutiens qu'il a pu apporter dans le passé. De quoi apporter de l'eau au moulin de ceux qui le décrivent comme le candidat du système.

Social-démocratie

D'ailleurs, à la fin des années 1990, il est un des premiers à se réclamer ouvertement démocrate à l'image de Tony Blair en Grande-Bretagne. Il sera d'ailleurs reçu par le Premier ministre britannique fin 2002. Rien d'étonnant puisque la carrière politique de l'ancien maire de Tulle est marquée par la social-démocratie : il est lancé en politique par Jacques Delors, précurseur de la social-démocratie à la française, et il a même dirigé le club Témoin, centre de réflexion des idées deloristes. Malgré cela, pendant la primaire à l'investiture socialiste, l'entourage de François Hollande n'hésite pas à attaquer Martine Aubry pour avoir préfacé en 1997 l'ouvrage de Tony Blair, La nouvelle Grande-Bretagne, jugé trop à droite de la gauche. C'est pourtant Manuel Valls, grandement influencé par l'ancien leader du Labour Party, qui a été désigné par le candidat Hollande pour gérer sa communication pendant la campagne présidentielle.
Autre exemple de cette ambivalence en 2005. Alors dans l'opposition, François Hollande se rallie à la majorité présidentielle en se faisant un fervent défenseur du oui au référendum sur le projet de Constitution européenne. Une position clairement sociale-démocrate, la ligne plus traditionnelle du PS préférant opter pour le non, à l'image de Jean-Luc Mélenchon, encore membre du Parti socialiste, Henri Emmanuelli ou Arnaud Montebourg. Alors quand François Hollande se pose en adversaire farouche de la finance, il effectue un exercice de synthèse politique compréhensible étant donné le contexte de campagne présidentielle. Mais il s'agit aussi d'un opportunisme certain dont l'objectif est de rallier - ou, du moins, froisser le moins possible - l'aile gauche de son parti.

Ambivalence

Preuve de cette politique à deux vitesses quand François Fillon déclare : "François Hollande pourrait soumettre son programme électoral à Standard and Poor's. Il serait intéressant de savoir ce qu'une agence de notation pense d'un programme dans lequel il n'y a que des augmentations de dépenses et des hausses d'impôts." C'est alors Bruno Le Roux, un des quatre porte-parole du candidat PS, qui monte au créneau : "Le Premier ministre aurait lui-même une mauvaise surprise en regardant le projet socialiste, qui est tout à fait de nature à rassurer les agences de notation."
Le camp Hollande est devenu maître dans l'art du grand écart politique. Car il aurait été logique de rejeter purement et simplement la question de l'avis des agences de notation, intimement liées au monde de la finance donc alliées de l'ennemi juré. Mais la politique est un habile jeu d'équilibriste qui va et vient au gré du vent. D'ailleurs, le slogan de campagne de François Hollande illustre cet état de fait. Au Bourget, on pouvait lire : "Le changement, c'est maintenant". Le changement de veste aussi ?

Sarkozy parle de défaite ? N'en croyez pas un mot !

Hervé Gattegno, rédacteur en chef au "Point", intervient sur les ondes de RMC du lundi au vendredi à 8 h 20 pour sa chronique politique "Le parti pris".

Vous revenez sur les propos attribués à Nicolas Sarkozy et selon lesquels il envisagerait lui-même son échec à la présidentielle. Votre parti pris : Sarkozy parle de défaite ? N'en croyez pas un mot ! Qu'est-ce qui vous fait dire cela ?
Le bon sens, d'abord, et l'expérience de ce que le vertige présidentiel produit sur ceux qui exercent la fonction. Aucun des prédécesseurs de Nicolas Sarkozy n'a jamais pu croire à sa propre défaite : ni Mitterrand ni Chirac, qui ont été au fond de l'abîme - mais qui ont bien été réélus ; ni Giscard, d'ailleurs, qui, lui, a été battu. Et on sait que s'il y a un trait de caractère qui domine chez Nicolas Sarkozy, c'est plutôt la confiance en soi que l'incertitude et le doute introspectif. Comme l'UMP lance, au même moment, une vague de tracts dans toute la France pour vanter son bilan, que lui-même parlera dimanche à la télévision et qu'il envoie une flèche par jour vers François Hollande, il faut plutôt parier qu'il y a de la manoeuvre, de l'intox dans l'air. C'est la stratégie de Volpone...
Pourquoi la stratégie de Volpone ? Que voulez-vous dire ?
Volpone, c'est cette pièce du théâtre classique où un marchand vénitien fait semblant d'être à l'article de la mort pour tromper ceux qui convoitent sa fortune. Nicolas Sarkozy est en train de faire la même chose. C'est vrai qu'il est en grande difficulté : il reste impopulaire, le chômage est très haut, la droite commence à douter. Objectivement, il a plus de chances d'être battu que d'être vainqueur. Il n'empêche qu'il ne renoncera à rien. Et sûrement pas à la ligne qu'il s'est fixée - et qui consiste à se montrer le plus possible en président et le moins possible en candidat. Laisser filtrer des propos sur son avenir après la politique, sur sa distance à l'égard du pouvoir, c'est utile pour peaufiner son autoportrait en homme d'État désintéressé ; et pour dramatiser le moment. C'est un signal pour mobiliser ses partisans et un coup pour déstabiliser ses adversaires.
Ça peut marcher ?
La mobilisation de son camp, oui - elle passe aussi par le retrait des autres candidats de droite (Villepin et Morin) et on sait que l'Élysée s'y emploie. La déconcentration de ses adversaires, c'est moins sûr. François Hollande est dans une bonne dynamique, il aurait tort de se laisser piéger. En fait, Nicolas Sarkozy joue sa meilleure carte - la dernière : il cherche par tous les moyens à renforcer sa stature présidentielle. Dans le sondage du Parisien/Aujourd'hui en France d'hier, c'est le seul point sur lequel il apparaît supérieur à François Hollande - et de loin.
Si je vous comprends bien, vous ne croyez pas au coup de blues du président. La presse se fait manipuler ?
Disons que certains médias se prêtent à la manipulation. Ces petites phrases citées dans les journaux, Nicolas Sarkozy les a prononcées en réalité devant un groupe de journalistes dans l'avion qui le ramenait de la Guyane, il y a quelques jours. C'était du "off" comme on dit : des propos que les journalistes peuvent reprendre sans dire que le président leur a parlé. Résultat : on fait croire que ce sont ses états d'âme que Nicolas Sarkozy a confiés à ses proches, alors que ce sont des confidences millimétrées distillées aux médias pour qu'ils les répètent. Donc, oui, il y a instrumentalisation. Comme quand François Hollande impose aux médias les images de son discours, avec les bons cadrages sur ses partisans et la salle en liesse, mais pas un gros plan sur Ségolène Royal qui boudait. Pendant la campagne, il va falloir faire attention à ne pas laisser le spectacle prendre le pas sur la réalité.

Crise de mémoires


Si un combattant de la Grande guerre revenait parmi nous, il pourrait lire les journaux presque normalement. On y parle des massacres perpétrés par les Turcs, des souffrances des Arméniens, des incompréhensions entre une Europe en pleine crise et un Proche Orient en ébullition.


Et pourtant, un siècle a passé. C'est la mémoire des victimes de ce temps qui est en jeu, et notre revenant, passés les premiers titres, comprendrait bien vite qu'il vient de buter sur un débat complexe et sensible. Un débat où se mêlent, de façon souvent confuse et contradictoire, diverses vérités. Celle de l'historien, celle du législateur, celle du diplomate. Celle, sacrée, des descendants des victimes arméniennes.


Passionnant et passionné, ce débat existe surtout, il est nécessaire de le dire d'emblée, parce que nous sommes en campagne électorale. On ne saurait comprendre autrement la hâte avec laquelle l'Assemblée, le mois dernier, et le Sénat, lundi, ont adopté des textes pénalisant la négation du génocide arménien. Pour une fois, comme pour ajouter à la singularité du sujet, l'UMP et le PS sont en phase. Ce pourrait être une curiosité de campagne.


Mais le sujet est grave. Non seulement parce qu'il porte sur des faits inouïs, un génocide, mais parce que le vote du Parlement français vient de déclencher une sérieuse crise avec la Turquie. Aucune rétorsion n'a été annoncée pour l'heure, Ankara attendant la promulgation de la loi (qui interviendra avant les élections). Le ton n'en est pas moins menaçant. Tout laisse penser qu'un boycott des entreprises françaises est désormais inévitable. Quelle sera son ampleur ? Son efficacité ? Difficile de l'évaluer pour l'heure. Sur le plan stratégique, en revanche, les tensions franco-turques vont se faire sentir, à l'Otan comme dans la gestion de la crise syrienne.


On pourrait y voir les inévitables effets collatéraux d'une juste cause. Encore faudrait-il que les termes de cette cause soient limpides, ce qui n'est pas le cas. Les tenants de la nouvelle loi estiment que la mémoire arménienne a droit aux mêmes égards que la mémoire juive, que le droit peut innover et que la liste des revendications mémorielles éventuelles (de la Vendée au Rwanda) ne serait pas interminable.


Les opposants à ce texte estiment en revanche que ce n'est pas au législateur de dire l'histoire, que la loi Gayssot de 1990, sanctionnant la contestation des crimes contre l'humanité, pouvait suffire. Ou, pour reprendre les termes de l'historien Pierre Vidal-Naquet qu'il ne faut pas introduire « des vérités d'État ». La France elle-même, pourtant directement responsable, a mis des décennies à reconnaître la Déportation et peine encore ne serait-ce qu'à parler, par la voix de ses représentants, de la guerre d'Algérie.


Si les fondements juridiques du texte adopté font, en soi, l'objet de lectures divergentes, son caractère inopportun est évident. Non seulement en raison de la crise avec Ankara ou parce que les pressions arméniennes et les manifestations turques, comme à Paris samedi, ouvrent un nouvel espace aux revendications communautaristes. Mais aussi parce que les efforts de réconciliations, menés en Turquie même par des intellectuels et des militants courageux, sont maintenant fragilisés par le raidissement du pouvoir turc.

Grèce : décès accidentel du cinéaste Theo Angelopoulos

Le réalisateur grec Theo Angelopoulos, 76 ans, a succombé mardi soir à une hémorragie cérébrale dans un hôpital près du Pirée, le port d'Athènes, où il avait été admis après avoir été victime d'un accident de la circulation. Le cinéaste a été renversé par un motard alors qu'il traversait une intersection d'un périphérique à Keratsini, banlieue ouest du Pirée.
Auteur d'une quinzaine de longs métrages, Théo Angélopoulos avait reçu la Palme d'or au en 1998 pour son "L'Eternité et un jour", interprété notamment par Bruno Ganz. Il incarnait la «nouvelle vague» du grec des années 70 et 80, et avait été très influencé par le cinéma français de l'époque.

Deux autres de ses films avaient été primés à Cannes : «le Regard d’Ulysse», avec Harvey Keitel en 1995, Grand Prix et Prix de la Critique internationale, et «Voyage à Cythère» en 1984, prix du scénario et prix de la Critique internationale. Il avait également reçu deux récompenses à la Mostra de Venise : un Lion d'or en 1980 pour «Alexandre le Grand» et un Lion d'argent en 1988 pour «Paysage dans le brouillard».

Né le 17 avril 1935 à Athènes, il avait étudié la littérature à Paris, à la Sorbonne, et le cinéma à l'IDHEC. A son retour en Grèce, il avait débuté dans le journalisme, comme critique dans un quotidien qui allait être interdit par les militaires après le coup d'état. C'est alors que, sans emploi, il avait réalisé son premier film, «Reconstitution» (1970). Il avait obtenu une reconnaissance internationale avec une trilogie retraçant l'histoire de son pays des années 1930 à 1970, «Jours de 36», «Le voyage des comédiens» et «Les chasseurs». A la chute de la dictature, il s'était installé en Italie.