TOUT EST DIT

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jeudi 26 janvier 2012

La fonction publique est "antisarkozyste", selon le Cevipof

Cinq ans après l'entrée en vigueur de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), et trois mois avant l'élection présidentielle, le Centre de recherches politiques de Science-Po (Cevipof) publie une étude sur le vote des fonctionnaires. Dans cette note, Luc Rouban, spécialiste de la fonction publique, note un phénomène principal : le rejet du président de la République, Nicolas Sarkozy.

L'étude pointe également une poussée de Marine Le Pen dans certaines parties de la fonction publique, même si elle n'est pas généralisée. "Si l'élection ne voyait voter que les seuls agents du secteur public, François Hollande affronterait Marine Le Pen au second tour", résume l'auteur d'une formule choc.
Ce travail est fondé sur les résultats d'une enquête réalisée en décembre 2011. L'auteur prend soin de préciser qu'il n'existe pas, à proprement parler, de "vote des fonctionnaires" homogène. "La grande différence entre salariés du public et salariés du privé n'existe pas", explique M. Rouban, qui note l'importance du "niveau du diplôme et de responsabilité (…) dans le degré de politisation ou d'engagement à gauche". Mais, précise-t-il cependant, il demeure que " la fonction publique constitue en 2012 le point nodal de l'antisarkorzisme".
LE PEN EN TÊTE CHEZ LES POLICIERS ET LES MILITAIRES
Le Cevipof sépare, dans son étude, au moment d'étudier les intentions de vote du premier tour de la présidentielle, le vote des fonctions publiques d'Etat, hospitalière, territoriale, et celle des entreprises publiques. Il ventile également les votes, dans une autre classification, selon les métiers : cadres, enseignants, employés, policiers et militaires.
M. Rouban constate que les intentions de vote en faveur de Mme Le Pen sont "très marquées dans la fonction publique hospitalière comme dans les entreprises publiques". La candidate du Front national fait, dans le premier cas, jeu égal avec M. Sarkozy, à 18 %. Dans les entreprises publiques, sa cote s'établit à 24 %, loin devant celle du chef de l'Etat (13 %).
Dans l'analyse par métier, Mme Le Pen pèse très peu chez les cadres (4 %) et les enseignants (3 %), mais beaucoup plus chez les employés (18 %) et surtout chez les policiers et les militaires (37 %). Dans cette dernière catégorie, Mme Le Pen devance nettement M. Sarkozy (27 %), M. Bayrou (11 %) et M. Hollande, qui n'obtient que 8 % des intentions de vote.
Dans cette étude fondée sur des résultats de décembre, M. Rouban s'attarde aussi sur le vote en faveur de François Bayrou, en net recul. "Les cadres du public avaient voté pour lui à hauteur de 21 % et les enseignants de 26 %. Les deux intentions de vote de ces deux catégories, fin 2011, ne sont plus respectivement que de 11 % et 10 %", précise-t-il. C'était avant la poussée du candidat centriste dans les sondages de janvier.

vendredi 20 janvier 2012

Face à l'"UMPS", Bayrou veut incarner la "transgression raisonnable"

Dunkerque (Nord), envoyé spécial - François Bayrou en a fait l'une de ses maximes : "Je ne découpe pas les Français en tranches !" Manière d'affirmer qu'il ne fait pas de la politique comme du marketing, en multipliant les discours catégoriels.

Il n'empêche. Le candidat du MoDem à l'élection présidentielle, chantre du "produire en France", a identifié un public à conquérir. Ceux qui "veulent renverser la table", comme il aime à dire, qui désirent "turbuler le système", qui veulent en finir avec le système "UMPS" – une expression qu'utilise souvent Marine Le Pen, comme naguère son père Jean-Marie. Les personnes tentées, en somme, par une "transgression raisonnable", comme l'explique Robert Rochefort, vice-président du parti centriste, face à la "transgression diabolique" qu'incarnerait le Front national.
La théorie était connue. Restaient les travaux pratiques. Pour son premier grand meeting de campagne, jeudi 19 janvier, M. Bayrou a choisi un endroit qui ne doit rien au hasard. Dunkerque, dans un Nord meurtri par la désindustrialisation, dans la région d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), où s'implante Marine Le Pen.
HUITS COMMANDEMENTS
Sur la scène du palais des congrès de la ville, M. Bayrou s'est voulu le porte-voix d'un "peuple" appelé à la "résistance". Aux "citoyens", il a livré ses huit commandements : "A l'enlisement, nous allons résister ; à l'appauvrissement, nous allons résister ; à la fuite des activités, nous allons résister ; aux compromissions, nous allons résister ; aux privilèges excessifs et indus, nous allons résister ; à l'illettrisme, nous allons résister ; à l'argent roi, nous allons résister ; à l'affaiblissement de l'Europe, nous allons résister."
Au MoDem, avant ce rendez-vous, on prévenait : "Il répondra à ceux qui l'accusent de populisme." C'est désormais chose faite. "Qu'on forme à partir du mot 'peuple' un qualificatif qui est une injure, c'est révélateur de la manière dont ceux qui se croient les élites regardent ceux qu'ils croient être le peuple", a lancé M.Bayrou.
Le candidat centriste, citant Edmond Rostand, s'est posé en défenseur des "petits, [des] obscurs, [des] sans-grade". "Ce gouffre entre le peuple et ceux qui sont censés le représenter, le diriger, ce gouffre, c'est sous les pieds de la France qu'il est ouvert. Et c'est la République qui risque d'y tomber", a-t-il tonné.

"Ce que le peuple attend, c'est qu'on le prenne à la bonne hauteur", a poursuivi M. Bayrou. Renvoyant dos à dos le PS et l'UMP, coresponsables, selon lui, de la crise, il s'est fait l'avocat d'une espèce de populisme par le haut. "Sortir de l'euro, c'est plonger les Français dans la misère. Un pays qui doit acquitter les intérêts d'une dette immense, libellée dans une monnaie forte, et qui doit la payer en monnaie faible, ce pays-là sera obligé de se saigner aux quatre veines", a-t-il déclaré, ciblant Mme LePen.
ARGUMENTAIRE DU FN
Au FN, le "cas" Bayrou est désormais pris au sérieux. Un argumentaire contre le candidat centriste a été élaboré. Il consiste à rappeler que M. Bayrou fut, en son temps, un ministre dudit "système" qu'il prétend combattre et qu'il porte les idées européennes qu'accable Mme Le Pen.
La poussée du Béarnais inquiète aussi dans les rangs du PS et de l'UMP. Mercredi, François Hollande a sommé ses troupes de partir à la charge. En attaquant M. Bayrou sur le mystère persistant de l'alliance qu'il entend passer, à droite ou à gauche. Le président du MoDem a répondu, jeudi, en empruntant des mots de François Mitterrand en 1981 : "Prenez-vous les Français pour suffisamment inconstants pour m'élire en mai et me refuser en juin la majorité qui me permettra de remplir les engagements que j'aurai pris avec eux ?"
M. Bayrou sait que, pour parfaire sa crédibilité, lutter contre l'image de solitude que lui renvoient ceux qu'il appelle les "PPP, pour partis provisoirement principaux", il lui faudra afficher de nouveaux soutiens, en plus des récents retours d'ex-compagnons de feu l'UDF, tel Philippe Douste-Blazy.
CONVERSION
Vendredi 27 janvier, M. Bayrou ira à Annecy, pour mettre en scène la conversion de Jean-Luc Rigaut, le maire (Nouveau Centre), et de son adjoint écologiste, Thierry Billet. Ce dernier permet de ne pas afficher des soutiens venant exclusivement du centre droit. "Il peut donner des idées à d'autres écologistes", veut croire Yann Wehrling, le porte-parole du MoDem, ancien secrétaire national des Verts.
Un risque auquel on ne veut croire, en dépit des difficultés d'Eva Joly, dans les rangs d'Europe Ecologie-Les Verts. Où l'on rappelle que M. Billet a été exclu du parti en 2008… pour avoir frayé avec les centristes.

mercredi 18 janvier 2012

Hervé Morin rencontrera Nicolas Sarkozy vendredi à l'Elysée

Cela fait quelque temps que court, dans l'équipe qui entoure Hervé Morin, le candidat Nouveau centre (NC) à l'élection présidentielle, l'hypothèse d'un retrait. L'intéressé dément vigoureusement, mais certains de ses proches estiment que, compte tenu de ses scores dans les sondages, où il ne dépasse pas 1 %, et de la guérilla que mènent contre sa candidature les principaux ténors de son parti (François Sauvadet, Jean-Christophe Lagarde, Maurice Leroy, André Santini...), il lui faut réussir à se ménager une porte de sortie, pourquoi pas dès le mois de février.

Un rendez-vous auquel le candidat centriste doit se rendre, vendredi 20 janvier, ne manquera pas d'alimenter les spéculations. M. Morin doit rencontrer Nicolas Sarkozy, à l'Elysée. Une rencontre, précise-t-il, qu'il n'a pas sollicitée. C'est Olivier Biancarelli, le conseiller politique du chef de l'Etat, qui aurait fait la démarche d'inviter l'ancien ministre de la défense, il y a une dizaine de jours.
M. Morin, qui était désireux de se faire accompagner d'un témoin, sera flanqué, pour l'occasion, par Yvan Lachaud, le président du groupe Nouveau centre à l'Assemblée nationale. Le député du Gard n'a jamais été un partisan de la candidature du président de son parti. Comme de nombreux députés du Nouveau centre, dont la réélection dépend d'accords passés avec l'UMP. Mais M. Lachaud s'est toujours attaché à ne pas entrer en conflit ouvert avec M. Morin. Ce qui lui permet, aujourd'hui, de jouer les médiateurs.
"MES INTENTIONS RESTENT LES MÊMES"
M. Morin assure que ce rendez-vous n'augure pas d'un renoncement. "Mes intentions restent les mêmes", affirme-t-il au Monde. Pour autant, au Nouveau centre, la plupart des élus se projettent déjà dans l'après. Et dans le choix qu'il leur faudrait faire, si M. Morin décidait de renoncer à sa candidature.
Un choix qui se résumerait à deux noms : Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Jean-Christophe Lagarde, le numéro 2 du Nouveau centre, a d'ores et déjà annoncé qu'il donnerait son choix à la fin du mois de janvier, sans attendre un éventuel retrait de M. Morin. La boussole de M. Lagarde, qui a médiatisé récemment sa rencontre avec M. Bayrou, indiquerait plutôt, pour l'heure, la direction de l'Elysée.
M. Sarkozy veille, en ce moment, à choyer les centristes de la majorité, alors que M. Bayrou monte dans les sondages. Ainsi M. Morin remarquait-il, mercredi 18 janvier, à l'occasion de ses vœux à la presse, que M. Sarkozy avait pris position récemment en faveur de plusieurs thèmes chers aux centristes : la TVA sociale, la réduction des cotisations sociales pour les entreprises, la règle d'or, la taxe Tobin... Mais le député de l'Eure ne s'en satisfait pas. Pour lui, en voulant aller trop vite, en faisant les choses de manière précipitée, le président de la République risque de "casser" ces "belles idées".

samedi 17 décembre 2011

Nicolas Dupont-Aignan contre "la mafia au pouvoir"

Parviendra-t-il à faire entendre sa voix dans cette campagne présidentielle ? A l'heure où le protectionnisme, qui semblait être tombé en disgrâce, fait un étonnant retour dans les discours politiques, à droite comme à gauche, Nicolas Dupont-Aignan veut se faire sa place en prônant un "protectionnisme intelligent". Parce que, estime-t-il, "la France est en train de crever" et vit "une débâcle industrielle" qui nécessite de "protéger le "fabriqué en France"".

Classé parmi les souverainistes, se posant comme un gaulliste social, M. Dupont-Aignan a fait de l'opposition à l'euro son créneau politique depuis qu'il a créé son parti, Debout la République (DLR), en 2007, après avoir quitté l'UMP. Il y a près de cinq ans, le député de l'Essonne et maire de Yerres avait déjà voulu être candidat, mais il n'avait pas obtenu les 500 parrainages d'élus nécessaires. Cette fois, jure-t-il, le compte sera bon : "J'ai fait ma déclaration de candidature (le 9 décembre) lorsque j'ai été sûr de les avoir. C'était une question de dignité." Il dit vouloir donner une voix à ceux qui ne se reconnaissent pas dans les candidats classiques de "l'UMPS" sans pour autant franchir le pas vers le Front national.
Vendredi 16 décembre, pour son premier déplacement de candidat officiel, M. Dupont-Aignan a choisi de se rendre à Petit-Couronne (Seine-Maritime), sur le site de la raffinerie Petroplus. Les syndicats y combattent un projet de restructuration qui, selon eux, pourrait toucher 120 salariés sur 550. C'était l'occasion, pour M. Dupont-Aignan, de marteler ses thèmes. "On n'est pas obligé d'être extrémiste pour aimer la France, pour vouloir une autre mondialisation", a-t-il affirmé. Et de railler le "grand cinéma en couleur" de ceux qui vont, depuis le début de la campagne, visiter des usines, de "Nicolas Sarkozy à François Hollande en passant par François Bayrou", alors qu'ils ont "depuis vingt ans organisé une politique de désertion industrielle".
"PÉTAINISME AMBIANT"
M. Dupont-Aignan assure défendre un point de vue économique aussi proche de Marine Le Pen (FN) que d'Arnaud Montebourg (PS). Jadis proche de Philippe Séguin, de Charles Pasqua, de Philippe de Villiers, le président de DLR entend défendre une "droite nationale et socialiste", tout en luttant contre "le pétainisme ambiant". "On culpabilise les Français en leur demandant des sacrifices, on leur dit qu'on ne peut pas faire autrement, ce qui est scandaleux", affirme-t-il. Volontiers populiste, il dénonce la "mafia au pouvoir".
M. Dupont-Aignan, qui se dit inspiré par l'économiste Jacques Sapir, proche de l'extrême gauche, défend l'idée de "droits de douane par produit et par pays", propose d'en finir avec l'euro, qu'il juge surévalué, ou d'étendre aux produits importés la TGAP, la taxe sur les activités polluantes, imposée aux industries françaises. Défenseur d'une politique nationale en matière d'énergie, il a proposé de "réquisitionner" Total, qui, selon lui, se substitue, en la matière, à l'Etat.

DUPONT-AIGNAN, OU LA DÉRIVE DE LA DÉMAGOGIE.