TOUT EST DIT

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lundi 9 mai 2011

Apple devient la marque la plus valorisée dans le monde

Rarement dans l'histoire, la hiérarchie mondiale aura évolué aussi rapidement que lors de la dernière décennie. Et déjà, les acteurs de demain se profilent. 

C'est une surprise. Dans sa dernière étude, l'institut de conseil Millward Brown fait d'Apple «la marque globale la plus valorisée» au monde, tous secteurs confondus. La firme supplante ses concurrents, mais aussi, pour la première fois, des figures comme McDonald's ou Coca-Cola.

«Nous prenons en compte les performances financières de la marque, mais aussi sa force. Nous essayons de matérialiser l'intangible: le lien affectif du consommateur avec la marque», explique Laurent Dumouchel, pour justifier la progression d'Apple (+84%) en un an. La marque n'est plus simplement portée par le succès d'un produit phare, l'iPhone, mais par toute une gamme. Ce qui explique ce bon de 859% depuis la création du classement en 2006, pour atteindre 153 milliards de dollars, quasiment deux fois plus que Microsoft. Apple signe de facto un deuxième record, jamais depuis la mise en place de ce classement une marque n'a atteint de tels sommets tandis que le numéro deux, Google, plafonne à 100 milliards de dollars depuis deux ans, faute de nouveau relais de croissance. En outre, Google est de plus en plus concurrencé, notamment par Bing ! qui croît rapidement aux États-Unis.
Il faut descendre à la dixième place du classement «techno» pour voir la deuxième plus belle progression (+246%) avec Facebook qui s'octroie dix places de mieux en un an. Cela reflète le succès du réseau social, qui en quelques années est entré dans les mœurs de toute une génération.

Le commerce en ligne en vedette 

Dans le même ordre d'idée, les progressions d'Amazon et d'eBay symbolisent à elles seules l'importance croissante du e-commerce. C'est en quelque sorte un double ticket gagnant: un business model performant dans un secteur en constante progression, en dépit des aléas conjoncturels. Dans ce secteur, la marque a d'autant plus d'importance que la confiance que lui accorde le consommateur favorise le passage à l'acte d'achat.
Certains jouent aussi les prolongations, à l'image d'IBM qui fait de la résistance en haut du tableau. Le géant américain a eu beau céder ses ordinateurs à Lenovo, sa marque n'en conserve pas moins toute son aura auprès des consommateurs. Au passage, IBM s'offre le luxe de devancer la marque Microsoft. Cette dernière stagne, faute notamment d'être parvenue à s'imposer dans les deux marchés offrant le plus de perspectives de croissance: le smartphone et la tablette. La relative bonne tenue de BlackBerry ne doit pas faire oublier que la marque est légèrement sur le déclin, faute, pour elle aussi, de n'avoir pas su prendre suffisamment vite ce virage. Une lacune qui coûte beaucoup plus cher à Nokia. Le finlandais a beau rester le premier vendeur de téléphones mobiles (en volume) dans le monde, il ne fait plus rêver. La valeur de sa marque et sa capitalisation boursière chutent de concert, marquant les doutes des analystes quant à sa capacité à revenir sur le devant de la scène. D'autres ont échoué, comme Yahoo! Autres symboles forts des années 2000, Cisco et Intel ont vu leurs capitalisations boursières s'effondrer avec l'éclatement de la bulle Internet et n'ont pas regagné le chemin perdu.

Comment les Grecs se sont mis au régime sec

Reconnaissant avoir vécu au-dessus de leurs moyens, les Grecs réduisent leurs dépenses.
Beaucoup doutent du résultat de leurs efforts, même s’ils sont décidés à rebondir.

Un an après son appel à l’aide financière, la Grèce vit sous le signe de l’austérité, sous la houlette de l’Europe et du Fonds monétaire international (FMI). Les Grecs apprennent désormais à vivre avec moins d’argent. Entreprises comme particuliers. Portraits.

« Nous avons vécu au-dessus de nos moyens »  Fotis, 52 ans, ancien vendeur de voitures

Voilà six mois que Fotis a liquidé son entreprise près de Thessalonique, dans le nord du pays. Ses ventes de grosses berlines avaient baissé de 80 % et les banques avaient coupé ses lignes de crédit du jour au lendemain pour restaurer leurs propres finances.  Il le reconnaît : « Nous avons vécu au-dessus de nos moyens. Avec l’argent de l’Europe, nous sommes passés presque du jour au lendemain d’une société qui subvenait tout juste à ses besoins, à un train de vie parfois luxueux, grâce au crédit bancaire. Les banquiers suppliaient entreprises et particuliers de contracter des emprunts : 80 % de mes voitures étaient vendues à crédit et je gagnais 8 000 € par mois. Le gouvernement lui-même nous encourageait à consommer, alors qu’il connaissait parfaitement la situation. »
Aujourd’hui, il en est revenu. « Si j’avais su, j’aurais préféré toucher moins et voir perdurer l’entreprise familiale créée il y a cinquante ans. » Avec sa femme, ils vivent aujourd’hui des loyers (2 200 € en tout) d’appartements qu’elle possède, comme beaucoup de Grecs. « Nous ne sommes à l’abri de rien : si je n’arrive pas à vendre mon local commercial à un bon prix, je croulerai sous les dettes », s’inquiète ce père de deux enfants, qui se dit pourtant bien décidé à « rebondir ».

« Nous n’achetons plus de nouveaux habits » Alexia, 39 ans, femme de ménage

Avec un salaire de 925 € net par mois, un mari au chômage depuis six ans et deux fils aussi en quête d’un emploi, Alexia n’a jamais pu s’accorder d’« extra ». Mais avec la crise, les hausses d’impôts et la flambée du coût de la vie, le maigre pouvoir d’achat de cette femme de ménage salariée a encore fondu. Pour la deuxième année consécutive, elle a dû renoncer aux seules vacances que la petite famille s’accordait auparavant : quelques jours « au village », à Kartidsa, à trois heures de route de la capitale, pour fêter Pâques avec ses parents.
Lorsqu’elle quitte son travail dans un foyer d’étudiantes du quartier populaire de Neos Kosmos, elle croise depuis quelques mois des personnes qui fouillent dans les poubelles à la recherche de métaux, papiers et tissus, afin de les vendre à des entreprises de recyclage. « Je n’avais plus vu cela depuis des années, souligne-t-elle. Jusqu’ici, la pauvreté concernait surtout les immigrés. À présent, certaines familles grecques en viennent à fréquenter les soupes populaires organisées par les paroisses. » Cette mère de famille avoue son « inquiétude » pour ses enfants. « Comment pourront-ils fonder une famille, se loger, s’ils ne trouvent pas d’emploi ? », demande-t-elle en astiquant nerveusement les meubles du réfectoire.
Dans ce pessimisme ambiant, elle nourrit tout de même un espoir. « Mon mari a perdu son poste de mécanicien parce que les gens, pendant longtemps, achetaient une voiture neuve plutôt que de réparer l’ancienne. Désormais, les garagistes vont retrouver de l’activité… » Avec la baisse des loyers, son mari pourrait même, échafaude-t-elle à haute voix, « ouvrir son propre atelier avec son fils aîné… »

« On ne sait pas si nos sacrifices améliorent la situation » Tania, 53 ans, avocate

Son bureau et ses archives sont parfaitement ordonnés. « Trop », soupire Tania, incapable de se rappeler depuis quand elle n’a pas reçu de nouveau client dans son petit cabinet d’avocate. « Il n’y a plus de transactions immobilières et les gens divorcent moins pour cause de crise… » Ses revenus sont passés de 1 500 € mensuels à zéro, mais elle doit toujours acquitter 300 € de loyer. « Désormais, seul le salaire de mon mari (2 500 €) nous fait vivre, avec nos deux filles étudiantes. Et la vie ici est presque aussi chère qu’en France, voire plus ! »
Tania exerce une profession accusée de frauder le fisc. « C’est vrai, 50 % de mon activité n’était pas déclarée, reconnaît-elle. Mais si j’avais du travail, je ferais aujourd’hui la même chose. Voler l’État, c’est normal ici : notre argent part dans les poches des politiciens ou pour embaucher des fonctionnaires à tour de bras. » D’ailleurs, après un an de rigueur, pas question pour elle de faire des efforts supplémentaires. « Je ne vois pas comment, répond-elle brusquement. Et on ne sait même pas si nos sacrifices améliorent la situation. Le gouvernement ne nous donne aucune perspective. C’est très angoissant. » Originaire d’une île des Cyclades, elle sait que des magasins y ferment. Les agriculteurs qui s’étaient lancés dans la construction ou le tourisme doivent retourner à la terre. Les insulaires rachètent des poules et des cochons. Certains jeunes veulent revenir sur leur île où la vie reste quand même un peu plus facile. « On s’y crée moins de besoins superficiels. »

« Je suis prête à des efforts supplémentaires » Maria, 45 ans, fonctionnaire

Depuis près d’un an, la fiche de paie de Maria affiche un salaire mensuel net de 1 050 €, contre 1 200 € avant la rigueur imposée par le gouvernement de Georges Papandréou. Ingénieur dans un laboratoire de recherches universitaire spécialisé en urbanisme, dans la région de Thessalie, cette fonctionnaire a vu son traitement réduit, comme toute la fonction publique, tandis que ses primes de Noël et Pâques ont été fortement diminuées.  Bientôt, une loi va augmenter son temps de travail de 37,5 heures hebdomadaires à 40 heures. « Ce ne sont pas de gros efforts, comparés au secteur privé, estime-t-elle. Mon mari, qui tient sa petite entreprise d’équipements électromécaniques, a vu son activité baisser de 30 % en 2010. » Elle a lu récemment qu’un tiers des entreprises du pays ont trois mois de retard dans le paiement des salaires…
Comme beaucoup de familles, le ménage et leurs deux enfants ont dû ajuster leurs dépenses. « Cet hiver, nous avons chauffé la maison à 17°, contre 20° les hivers passés. Nous réduisons aussi notre budget alimentaire. Et avec un super sans plomb à presque 1,70 € le litre, la voiture reste le plus possible au garage. Nous privilégions les transports en commun ou le covoiturage… Mes collègues de travail ont acquis les mêmes réflexes ! »
Finies, évidemment, les vacaaances à l’étranger une fois l’an. « Je serais prête à fournir des efforts financiers supplémentaires, assure-t-elle, mais je crains que ce soit insuffisant face au niveau de la dette. Il faut trouver d’autres recettes, comme une taxe sur les transactions financières. »

« Rien ne sera plus comme avant » Christina, 49 ans, chef d’entreprise

Christina en est persuadée. « Rien ne sera plus comme avant. On ne retrouvera pas la croissance passée de sitôt », affirme cette chef d’entreprise. Jusqu’ici florissante, sa société de conseil a perdu 40 % de revenus entre 2009 et 2010, explique-t-elle, livres de comptes à l’appui. Situé à Maroussi, une banlieue proche et cossue d’Athènes, l’immeuble aux façades vitrées qui abrite son siège social, peut aisément faire illusion.
Pourtant, Christina a dû engager une impitoyable réduction des coûts, renégocier le loyer et changer d’opérateur téléphonique et de compagnie d’électricité… Car l’environnement a changé : les clients allongent unilatéralement leurs délais de paiement de trois à cinq mois et le gouvernement réclame le paiement anticipé de certaines taxes. Cette mère de quatre enfants a dû se résoudre à licencier quatre de ses huit consultants.  La survie de l’entreprise étant vitale pour elle, son mari et leur fille aînée, avec lesquels elle travaille. Mais aussi sa belle-sœur, réceptionniste dans ses bureaux depuis la faillite en 2009 de l’entreprise de son frère, désormais sans emploi. « Et nous aidions déjà mes beaux-parents, dont la toute petite retraite a été gelée dans le cadre du plan de rigueur ! La famille constitue un ciment majeur de la société en Grèce », souligne-t-elle.
La traque au gaspillage s’est invitée à la maison. Les enfants doivent « éteindre la lumière en sortant d’une pièce, ne plus appeler les téléphones portables depuis une ligne fixe… », énumère cette femme élégante qui fait désormais ses courses dans une enseigne de discount – « inimaginable il y a quelques mois ! ». « Nous ne sommes pas les plus à plaindre. Je crains une explosion sociale. »

Grèce : un deuxième sauvetage se profile

Six ministres des Finances de la zone euro se sont retrouvés vendredi soir à Luxembourg, pour évoquer la situation financière de la Grèce. Une nouvelle aide européenne se prépare d'ici 2012.  
Les ministres des Finances de la zone euro espéraient garder leur réunion de vendredi soir, au château de Senningen, au Luxembourg, secrète. Peine perdue. Elle a été éventée, en temps réel, par le site Internet du magazine Der Spiegel, le plus réputé d'Allemagne, qui en a conclu, un peu vite, qu'il était question d'une «sortie» de la Grèce de la zone euro. Une nouvelle démentie de tous côtés, qui a suffi à faire plonger l'euro de 1,30 %, à 1,43 dollar, vendredi soir.
Si la sortie de l'euro était une rumeur «totalement fantaisiste», pour reprendre l'expression de Bercy, la situation financière de la Grèce était bel et bien au menu des discussions au grand-duché. Une situation tellement explosive, avec une dette de 350 milliards d'euros début 2011 (150 % du PIB), que ce rendez-vous ne figurait sur aucun agenda officiel…
Étaient présents à Luxembourg : Jean-Claude Juncker, le patron de l'Eurogroupe, qui a pris l'initiative de la réunion ; Christine Lagarde ; Wolfgang Schäuble ; l'Italien Julio Tremonti ; le ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou ; la ministre espagnole, Elena Solgado, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, et le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn.
«Nous n'avons pas discuté de la sortie de la Grèce de l'euro ! C'est une idée stupide ! Nous ne voulons pas que la zone euro explose !», a insisté Jean-Claude Juncker à l'issue de la réunion, visiblement agacé. «Nous excluons aussi l'option de la restructuration, lourdement évoquée par les marchés », a-t-il ajouté. «La Grèce a besoin d'un programme d'ajustement supplémentaire», insiste-t-il.
Rejetée par la France, par la BCE, la Commission européenne et par le patron de l'Eurogroupe, qui redoutent l'effet de contagion à la zone euro (lire ci-dessous), l'hypothèse d'une restructuration de la dette grecque a néanmoins été évoquée, sous la forme «douce» d'un rééchelonnement de la dette. Mais elle n'a pas été retenue comme une hypothèse raisonnable, y compris par les Allemands. «Ce n'est pas à l'ordre du jour», assure-t-on à Berlin, même si les libéraux de la coalition font pression pour faire payer les banques, et, à défaut, pour que la Grèce quitte la zone euro…

Un trou estimé à 30 milliards 

Si l'on écarte ces deux options extrêmes, il ne reste qu'une seule issue : une nouvelle rallonge financière, au-delà des 110 milliards d'euros de prêts déjà consentis par l'UE et le FMI à la Grèce. Cette somme s'avère insuffisante aujourd'hui pour couvrir les besoins de financement de la Grèce jusqu'en juin 2013, date à laquelle expirera le plan de sauvetage actuel.
Pour combler un «trou» évalué à 30 milliards d'euros, avant que n'entre en vigueur le mécanisme européen de stabilisation (MES), une nouvelle forme de sauvetage a été envisagée, à Luxembourg.
D'après le ministre grec des Finances, il s'agirait d'«utiliser la récente décision du Conseil européen autorisant le Fonds européen à racheter de la dette grecque  ». Ce n'est donc pas la Grèce qui reviendrait directement sur lesmarchés en 2012, comme prévu lors du premier sauvetage, mais le Fonds européen de stabilisation financière (EFSF), qui se porterait acquéreur de la dette nouvellement émise par Athènes, à la hauteur de 25 à 30 milliards d'euros. L'EFSF, emprunteur souverain noté «AAA» sur les marchés, est doté de 440 milliards d'euros de capacité de prêts.

dimanche 8 mai 2011

Pour les États-Unis, «al-Qaida n'est pas vaincue»

Malgré la mort de Ben Laden, la nébuleuse reste une menace pour les Etats-Unis, estime le conseiller d'Obama pour la sécurité nationale.

Au lendemain de la publication de vidéos montrant le chef terroriste dans sa retraite pakistanaise, le conseiller de Barack Obama pour la sécurité nationale est revenu dans une interview sur l'implication de la mort de Ben Laden pour l'avenir d'al-Qaida.
«Je pense qu'à ce stade on ne peut pas déclarer qu'al-Qaida a été vaincue stratégiquement», a déclaré Tom Donilon sur la chaîne de télévision NBC. Selon lui, le réseau extrémiste «reste une menace pour les Etats-Unis, mais nous avons réalisé une étape importante vers son démantèlement» avec l'élimination de Ben Laden le 2 mai.
Concernant le numéro deux d'al-Qaida, l'Egyptien Ayman al-Zawahiri, vu comme un potentiel successeur de Ben Laden, l'expert en sécurité a estimé qu'il était «loin d'être un chef» comme Oussama Ben Laden, même s'il est désormais «le terroriste le plus recherché du monde». Al-Qaida, qui a reconnu officiellement le décès de son leader, ne lui a pas encore désigné de remplaçant.

Pas de preuve qu'Islamabad savait

Tom Donilon est également revenu sur le degré de connaissances des autorités pakistanaises concernant la cache de Ben Laden. Aucune preuve ne permet d'affirmer qu'Islamabad savait où se cachait le chef terroriste, a-t-il déclaré. Néanmoins, «Ben Laden a bénéficié de certains réseaux d'aide à Abbottabad», la ville de garnison où il était réfugié, a estimé le conseiller présidentiel. Barack Obama a demandé dimanche dans une interview à la chaîne CBS que le Pakistan diligente une enquête sur le «réseau de soutiens» dont aurait bénéficié l'islamiste dans ce pays
Le premier ministre pakistanais Yusuf Gilani avait affirmé dans une interview jeudi au Figaro que les autorités de son pays ignoraient où se trouvait Ben Laden avant le raid. Mais cette théorie laisse de nombreux observateurs dubitatifs, car l'homme a pu vivre 5 ans selon une de ses femmes dans une villa tant luxueuse que mystérieuse construite à proximité d'une garnison militaire, sans être jamais embêté.
Quant aux nombreux documents retrouvés dans la villa d'Abbottabad, Tom Donilon les a comparés à une « petite bibliothèque d'université ». «Il s'agit de la plus grande masse de renseignements trouvée dans le repaire d'un terroriste», a déclaré le conseiller présidentiel. «Si nous recueillons des informations sur un projet de menace ou sur une menace imminente, nous agirons, c'est évident», a-t-il assuré.
Les autorités américaines ont révélé la semaine dernière qu'al-Qaida projetait de commettre des attentats contre des trains aux Etats-Unis, en prévision du dixième anniversaire du 11 Septembre.

LA MORT D'UN CHIEN N'A JAMAIS ANNIHILÉ  UNE MEUTE ENRAGÉE

Degüello

Les flonflons du 10-Mai, c'est la gauche qui joue à Sarkozy cette marche morbide de l'armée mexicaine avant l'assaut d'Alamo.

Le goût de cotillon remâché des beaux jours d’antan imprègne ce pays jusqu’à l’écœurement, et c’est petite surprise de voir les socialistes se complaire dans le 10 mai 1981, trente ans après… Et où étais-tu camarade ce jour où les ténèbres cédèrent la place à la lumière ? Et étais-tu heureux ? Et on fera même un concert à la Bastoche, où les espérants d’aujourd’hui enlaceront des sexas claudiquants, cette génération qui découvrit avec Mitterrand que l’assiette au beurre et les apparats de la puissance pouvaient être roses…

L’amour de l’Histoire a peu à voir là-dedans, au contraire : la contemplation des totems, la mythification de soi-même, et oublier ce que furent les manques et ce que seront demain les défis… Il y a aussi, dans ce bruit, quelque chose de cruel et de prématuré : les flonflons du 10-Mai sont un Degüello politique, à l’intention de la droite et de son chef. Le Degüello, du verbe degollar, égorger, c’est cette marche morbide de l’armée mexicaine, jouée devant Alamo avant l’assaut final, annonçant le massacre aux assiégés. Ainsi la gauche gambillante et le peuple commémorant annoncent sa fin à Sarkozy, promis dans un an au sort de Giscard, éparpillé au vent de l’Histoire par le retour du bien ?

Les souvenirs sont des leurres cruels. L’ignoble affaire des quotas du foot aura un seul mérite : retirer sa valeur prophétique à l’immense joie de 1998. Dans une France que travaille la méchanceté identitaire, nos héros se divisent sur les frontières de l’épiderme, et il faut donc être Thuram ou Vieira, ou le vieux Boli, pour s’écœurer sans réserve de la mise à l’index d’adolescents coupables de binationalité. Les Gaulois ne sont pas racistes, il ne s’agit pas de ça. Mais ils ne comprennent pas, simplement, et c’est la tragédie de ce pays, que la discrimination détruira notre société.

En une semaine, malgré Mediapart, le débat public s’est ramené à la défense de l’équipe de France et de son coach, blessé dit-on par les attaques. Comme d’habitude, les médias se trompent de victime ; ce n’est pas Laurent Blanc qui est à plaindre, mais les milliers de mômes qui réalisent soudain que dans le saint des saints du foot français, on glosait sur leurs infidélités possibles, qui comprennent qu’on pouvait les ficher sur leurs trahisons potentielles, que leur différence était inscrite dans leurs gènes : des transfuges prédestinés, petits Dreyfus en crampons au temps futile du sport-roi.

Il faudrait évidemment un geste terrible, une sanction violente venant de l’État contre cette fédération indigne, pour rétablir l’égalité comme valeur primordiale. Il ne viendra pas. La détresse des moins-Français pèse moins que la préservation d’un aimable grand homme ou du XI de France. Cet “allez les bleus” sonne comme le Degüello de la République."

Les mystères d'Abbottabad

Dans la ville-garnison pakistanaise où Ben Laden s’est réfugié dès 2003, les groupes extrémistes étaient chez eux.

Mohammad habite à quelques mètres de la dernière résidence fortifiée d’Oussama Ben Laden, à Abbottabad. Lundi, il racontait l’assaut de la nuit précédente : l’électricité coupée, le vacarme des rotors d’hélicos, les tirs. Il ajoutait : "Nous, on savait qu’il y avait des Arabes dans cette maison. Et on se doutait bien qu’il s’agissait de combattants étrangers". Depuis, ce jeune homme a été arrêté par les services de renseignement pakistanais. On ne parle pas impunément de la présence, si dérangeante depuis lundi, des occupants de la mystérieuse demeure cachée derrière les hauts murs sertis de barbelés.
Dans le grand bazar de la ville-garnison, on évoque désormais le sujet à mi-voix, comme Sajjad, vendeur d’armes dont la famille est enracinée à Abbottabad depuis des générations. Il n’est pas si étonné que l’homme le plus recherché de la planète se soit caché non loin de son magasin : "Oussama Ben Laden pouvait compter sur plusieurs structures, à commencer par les organisations extrémistes, confie-t-il. Abbottabad est un concentré du djihad. Vous y trouvez des militaires, les agences de renseignement et des antennes discrètes d’au moins trois groupes extrémistes : le Jaish-e-Mohammed, le Sipah-e-Sahaba et le Lashkar-e-Taiba. Bref, toutes les institutions qui se sont impliquées dans le djihad à partir des années 1980 et qui continuent avec l’Afghanistan".

"L’un des endroits les plus surveillés du pays"

L’armée compterait pas moins de 90.000 soldats sur place, avec trois corps d’infanterie, le corps des médecins et l’une des plus importantes académies militaires du pays. "Académie d’où sont sortis des généraux comme l’ancien président Pervez Musharraf et le chef des armées, le général Ashfaq Parvez Kayani", confie encore Sajjad, qui ajoute : "L’ISI (*) possède une douzaine de bureaux ici, sans compter ceux des services de l’armée, du ministère de l’Intérieur, de la police… C’est bien simple, Abbottabad est l’un des endroits les plus surveillés du pays". Un lieu discret où règne une entente cordiale entre militaires et extrémistes.
Petite ville lovée sur les premiers contreforts de l’Himalaya, Abbottabad se trouve en fait sur la route du Cachemire, à quelques encablures des camps d’entraînement de Mansehra, rouverts en 2005 pour former les futurs djihadistes. Des camps tenus par l’armée. "Le Jaish-e-Mohammed et les autres groupes extrémistes y ont leurs entrées. C’est là que leurs meilleures recrues sont formées", affirme Saad, jeune policier d’Abbottabad. Or, ce sont ces groupes qui ont accueilli puis aidé les étrangers d’Al-Qaida après leur fuite d’Afghanistan, fin 2001, quand le régime du mollah Omar s’est effondré. Sajjad, de son côté, ajoute : "Beaucoup de trafiquants sont établis à Abbottabad. À chaque fois que l’un d’eux s’installe ici, il bénéficie forcément de l’aide d’un officiel".

Le responsable des attentats de Bali était venu le voir

La région est en outre marquée par l’idéologie wahhabite, prônée par Al-Qaida. "Depuis trente ans, les responsables des groupes extrémistes font le déplacement à Abbottabad pour s’entretenir avec les officiers, qui partagent les mêmes idées qu’eux, radicales et violentes", raconte Saad. Umar Patek, le terroriste indonésien responsable des attentats de Bali (202 morts) en 2002, a d’ailleurs été arrêté sur injonction américaine fin janvier à Abbottabad. Il cherchait apparemment à s’entretenir avec Oussama Ben Laden et avait rencontré sur place au moins un membre du Jaish-e-Mohammed et des officiers. Une arrestation qui aurait conduit à celle de deux extrémistes français, deux mois plus tard à Lahore, dans l’est du Pakistan.
Grâce à ses complices, Oussama Ben Laden s’est en fait établi dans la région dès 2003, moins de deux ans après avoir fui l’Afghanistan. Il a vécu jusqu’en 2005 dans un petit village situé au sud d’Abbottabad, Chak Shah Mohammad, non loin d’un des principaux camps de réfugiés afghans couramment appelé Little Helmand, du nom de la plus violente province du Sud afghan. Quand le camp a commencé à être sous surveillance des services secrets afghans, alliés aux Américains, Ben Laden aurait été exfiltré jusqu’à Abbottabad. Où il vivait reclus depuis.
(*) Inter-services intelligence, services secrets pakistanais.

Avantage

Mitterrand superstar…

mais moins réformateur que de Gaulle. Alors que le trentième anniversaire du 10 Mai 1981 ressuscite une « tontonmania »,

les Français semblent plus partagés dans leur appréciation du bilan. Au point de donner l’avantage à ce général, dont le chef socialiste avait fait sa cible première. 

Selon un sondage, l’homme du 18 juin 1940 et père de la V e République apparaît largement, y compris chez les jeunes, comme celui qui a le plus changé la France au cours du demi-siècle passé. Il est vrai qu’il a donné au pays un cadre institutionnel si stable que François Mitterrand s’y est installé avec aisance, alors qu’il en avait été le principal pourfendeur.

La conversion a permis au président socialiste de rester quatorze ans à l’Elysée, mais avec deux cohabitations. D’où peut-être le sentiment d’un pouvoir entravé. Ce qui expliquerait aussi le faible score de Jacques Chirac, jugé moins porteur de changement que Nicolas Sarkozy. A croire que l’opinion salue volontiers les présidents puissants. Quitte à le leur faire payer lorsqu’ils bousculent trop les habitudes.

Relâchement

Incorrigibles,

les Français ! L’assouplissement

du permis à point à peine voté, les chauffeurs reprendraient leurs habitudes de Fangio.

Au risque de redevenir

des chauffards. C’est ce que dénoncent les associations de défense de la sécurité routière au vu des derniers bilans. Le nombre de morts sur la route a progressé de 20 % en un an sur avril et de 12,8 % depuis le début de l’année.

Certains avancent

des raisons climatiques :

la neige en hiver ; l’excès

de soleil au printemps,

qui a multiplié les sorties en voiture. D’autres dénoncent l’usage

du téléphone en conduisant

à l’origine d’un accident sur dix. Mais tout indique que les conducteurs se laissent à nouveau aller dès lors que la répression se fait moins lourde. Dommage ! La baisse significative

des tués constituait un net progrès.

Le chef de l’Etat maintient son objectif de moins de 3.000 morts, en 2011.

Pour l’atteindre, il faudra

à nouveau brandir le bâton. Comme si, ici, la capacité

à lever le pied

de l’accélérateur restait proportionnelle à la sanction. Qui parle de sens de la responsabilité ?

Face au gouffre grec

Juré ! La Grèce ne sortira pas de l’euro, ne reviendra pas à une drachme dévaluée en monnaie de singe et Athènes ne demandera pas la restructuration de sa dette colossale (environ 335 milliards €) ! Mais que de rumeurs, après une réunion des ministres des Finances de l’Eurogroupe à Luxembourg, une réunion que l’on voulait confidentielle, sans doute une erreur. Avec pour conséquence une brève déstabilisation de la monnaie unique.

L’incident montre une fois de plus la fragilité d’un système bloqué dans plusieurs impasses, qu’elles soient irlandaise, portugaise ou grecque, de loin l’impasse la plus tortueuse. Il est évident qu’Athènes ne pourra pas faire face à ses obligations. Sur les 110 milliards promis l’an dernier par les Européens et le FMI pour aider le pays à sortir de la crise, la moitié environ a été versée. En contrepartie d’une austérité drastique que l’État, sous la pression de la population, ne peut assumer. Ainsi, les privatisations ne donnent pas grand résultat et les impôts ne rentrent toujours pas. Un bon tiers des revenus en Grèce, au niveau des particuliers comme des entreprises, échapperait toujours au fisc. Et ceux qui paient l’impôt s’acquittent d’un minimum, grâce à un filet fiscal aux mailles généreusement taillées par tous les partis qui se sont succédé au pouvoir. Quant à une reprise économique, inutile de l’évoquer. C’est plutôt une récession encore aggravée par l’austérité, de l’ordre de -3 % ou -4 %, qui est attendue en 2011. Enfin, un autre fléau s’ajoute à tous les autres : l’évasion des capitaux ailleurs dans l’Euroland, par peur d’un retour à la drachme.

Cette éventualité, à l’efficacité hasardeuse et complètement irréaliste car une «nouvelle drachme » serait dévalué d’au moins 50 % par rapport à celle d’avant l’euro, inquiète bien au-delà de l’Europe. Et ouvre la voie à toutes les spéculations monétaires. Le mauvais exemple que donnerait la Grèce ferait, craint-on, tâche d’huile avec le risque de contaminer l’euro. Mais alors, comment sauver la Grèce de la faillite ? Par une restructuration de sa dette abyssale ? Le cauchemar des banquiers européens et des fonds d’investissements (donc également des épargnants qui, souvent sans le savoir, détiennent indirectement de la dette grecque) ! Une restructuration passerait par un «bouillon» que certains estiment déjà à 50 % des mises. Très vite, les instituts financiers en difficulté présenteraient de nouveau leur sébile aux États qui, tout aussi vite, se tourneraient vers leurs contribuables pour éviter de nouvelles faillites. En fait, la faillite de tout un système.

Alors, que faire ? Une «dévaluation interne», c’est-à-dire une baisse sur un pourcentage à deux chiffres de tous les salaires et tous les revenus grecs, comme osent le préconiser les obnubilés de la finance insensibles aux dimensions humaines ? Impensable… Octroyer une nouvelle perfusion à la Grèce, de 20 milliards d’euros ? De l’acharnement thérapeutique, en quelque sorte. Moins pour guérir le malade que pour faire patienter la famille Euro penchée à son chevet. Et incapable, au nom des égoïsmes nationaux, de donner une vraie gouvernance économique à la zone euro. Elle passerait par plus de fédéralisme autorisant aussi une nécessaire ingérence dans les affaires grecques. Mais «fédéralisme» est un mot tabou, indécent…


Les laissés pour compte se rebiffent

Les laissés pour compte du remaniement de novembre, marqué par un « putsch » UMP contre l’ouverture et contre la nomination de Borloo à Matignon, se rebiffent. Hervé Morin (Nouveau Centre), Jean-Louis Borloo (Parti radical) et Jean-Marie Bockel (Gauche moderne) étaient à Versailles hier pour poser la première pierre de la Confédération des Centres à naître cet été. La rupture avec le président de la République est consommée : si l’on en croit les discours, les centristes présenteront un candidat en 2012 et ils ne feront pas de cadeau à celui qu’Hervé de Charette accuse d’avoir « brisé le rêve », et dont Jean-Marie Bockel déplore la « stratégie de tension, de clivage, dans laquelle nous ne nous retrouvons pas ».

Les trompettes sont sorties, les drapeaux flottent au vent, mais Jean-Louis Borloo, le candidat pressenti, a encore un long chemin à franchir avant de se présenter aux suffrages des Français. Et ne lui en déplaise, il n’est pas sûr qu’il arrive au terme de son parcours, même s’il en brûle d’envie et si Hervé Morin est prêt à lui laisser la préséance.

D’abord, le centre ne se réunifie pas en totalité, loin de là. Le MoDem de François Bayrou reste à l’écart de la confédération Morin-Borloo qui affirme, de surcroît, son ancrage dans la majorité : plutôt que de la réunion des « centres », il convient de parler de la reconstitution d’un « centre-droit »… qui est loin d’avoir la puissance de la défunte UDF de Valéry Giscard d’Estaing.

Ensuite, l’espace est encombré. Villepin s’installe au créneau du « gaullisme social » et Bayrou a annoncé qu’il ne manquera pas le rendez-vous de 2012. Même s’il a perdu des plumes depuis ses 18 % de 2007, le leader du MoDem reste un gros morceau à avaler.

Enfin, l’UMP garde un pouvoir de coercition pour faire entendre raison au Parti radical et au Nouveau Centre : tous deux ont besoin des voix de droite pour faire réélire leurs députés (une quarantaine en tout, ce qui n’est pas rien) et tous deux sont aidés financièrement par le parti du président. François Bayrou, qui a rompu les ponts en 2007, a connu sa douleur : il ne lui reste, en tout, que trois députés. Pas sûr que les radicaux et les centristes, qui sont avant tout des notables, acceptent d’aller au casse-pipe pour le seul plaisir d’avoir un candidat à la présidentielle.

Les Etats-Unis diffusent une vidéo de Ben Laden devant sa TV





L’explosion d’un mythe

La crise actuelle au sein de la Fédération française de football a fait une victime : le mythe d’une France black-blanc-beur né de la victoire à la Coupe du monde de 1998. Cette année-là, notre pays se portait mieux et les Français s’y sentaient mieux. Etait-ce l’effet de la cohabitation au sommet de l’Etat d’un président de la République aussi sympathique que peu actif et d’un Premier ministre socialiste qui ne ménageait pas ses efforts avec sa dream team gouvernementale, où figuraient Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, mais on avait l’impression de vivre dans une République apaisée. D’autant plus que le chômage était en régression et le pouvoir d’achat en progression. La victoire de l’équipe de France fut la cerise sur le gâteau et la présence parmi les vainqueurs de joueurs aux trois couleurs fit naître le mythe. Black-blanc-beur, la France qui gagne et le rêve d’une nation où le racisme n’est plus de mise.
La France de 2011 n’est pas celle d’il y a treize ans, elle a connu une formidable crise financière, économique et sociale d’où elle commence à peine à sortir, affaiblie et endettée. Sur le terreau du chômage et du mal-vivre, le racisme prospère, Juifs d’hier, Arabes et Noirs d’aujourd’hui. Le football seul pouvait-il échapper à cette malédiction ? Non, hélas ! l’affaire des quotas, la maladresse d’expression des uns (Laurent Blanc) et l’activisme coupeur de têtes des autres (Thuram et Vieira) ont provoqué une profonde déchirure et la formation de blocs antagonistes où la solidarité de couleur l’emporte souvent. Quel naufrage ! Quel mauvais exemple pour nos jeunes !

La planète ne tourne plus rond

Mais qu’est-ce que c’est que cette météo qui n’est jamais là où on l’attend ? Rappelez-vous début décembre. L’hiver n’avait pas commencé que des tonnes de neige s’abattaient sur nous. Aéroports bloqués, automobilistes naufragés, pénurie de sel, vols planés sur les trottoirs et autorités dépassées. Et voilà que ça recommence. Dans le sens inverse cette fois. Vous vous êtes bien gelés avant l’hiver ? Préparez-vous à transpirer avant l’été. Avril a battu des records de chaleur et le mois de mai est déjà étouffant : températures estivales, clim à fond dans les voitures, sécheresse… Une étude révèle que la vente de boissons, de glaces et de crèmes dépilatoires explose. Il faut déjà ressortir les maillots et, pour le régime, c’est presque trop tard. D’où vient cette impression que tout se dérègle, comme si le contretemps devenait un nouvel art de vivre ? Même le foot s’y met, qui nous ressert une crise de nerf estivale, comme fin juin dernier lors du psychodrame de Knysna. Idem pour la présidentielle et ses candidatures avant l’heure, tant pis si l’élection ne se joue que dans un an. C’est la dictature de l’urgence. Connexion permanente, temps réel, info qui en chasse une autre, tout s’accélère. Un peu sonné, l’homme de la rue se demande s’il est encore de son temps. Regrettant la douceur d’un climat tempéré aux harmonieuses saisons. Mais voilà, l’époque ne fait plus dans la nuance, elle préfère les extrêmes. À en perdre la boule sur une planète qui ne tourne plus rond.

Data Show Bin Laden Plots; C.I.A. Hid Near Raided House

After reviewing computer files and documents seized at the compound where Osama bin Laden was killed, American intelligence analysts have concluded that the chief of Al Qaeda played a direct role for years in plotting terror attacks from his hide-out in Abbottabad, Pakistan, United States officials said Thursday. 
 The C.I.A. had Bin Laden’s compound under surveillance for months before American commandos killed him in an assault on Monday, watching and photographing residents and visitors from a rented house nearby, according to several officials briefed on the operation.
The documents taken at the Abbottabad compound, according to American officials, show that Bin Laden was in touch regularly with the terror network he created. With his whereabouts and activities a mystery in recent years, many intelligence analysts and terrorism experts had concluded that he had been relegated to an inspirational figure with little role in current and future Qaeda operations.

A rushed examination of the trove of materials from the compound in Pakistan prompted Obama administration officials on Thursday to issue a warning that Al Qaeda last year had considered attacks on American railroads.
The documents include a handwritten notebook from February 2010 that discusses tampering with tracks to derail a train on a bridge, possibly on Christmas, New Year’s Day, the day of the State of the Union address or the 10th anniversary of the Sept. 11, 2001, attacks, officials said. But they said there was no evidence of a specific plot.
An Obama administration official said that documents about attacking railroads were among the first to be translated from Arabic and analyzed. The materials, along with others reviewed in the intelligence cache, have given intelligence officials a much richer picture of the Qaeda founder’s leadership of the network as he tried to elude a global dragnet.
“He wasn’t just a figurehead,” said one American official, speaking on the condition of anonymity, who had been briefed on the documents. “He continued to plot and plan, to come up with ideas about targets and to communicate those ideas to other senior Qaeda leaders.”
The C.I.A. surveillance team in the rented house near Bin Laden’s hide-out took pains to avoid detection not only by the suspected Qaeda operatives they were watching but by Pakistani intelligence and the local police.
Observing from behind mirrored glass, C.I.A. officers used cameras with telephoto lenses and infrared imaging equipment to study the compound, and they used sensitive eavesdropping equipment to try to pick up voices from inside the house and to intercept cellphone calls. A satellite used radar to search for possible escape tunnels.
Still, the spying operation had its limits: the American surveillance team would see a man take regular walks through the compound’s courtyard — they called him “the pacer” — but they were never able to confirm the man was Bin Laden.
 
The aggressive effort across the intelligence community to translate and analyze the documents seized from the hide-out has as its top priority discovering any clues about terrorist attacks that might be in the works. Intelligence analysts also were scrubbing the files for any information that might lead to identifying the location of Al Qaeda’s surviving leadership.
Since Sunday night, counterterrorism officials have been alert to the possibility of new attacks from Al Qaeda to avenge its leader’s death. Department of Homeland Security officials have reviewed potential terrorist targets and deployed extra security at airports. And in response to the new evidence seized at the Bin Laden compound, the Transportation Security Administration issued a bulletin to rail companies.
But officials emphasized that the information was both dated and vague, calling it "aspirational" and saying there was no evidence the discussion of rail attacks had moved beyond the conceptual stage.
As the Bin Laden trail grew cold and he stopped broadcasting videos to the world in the last several years, his status as the world’s most influential terrorist seemed to diminish. Still, in the decade since he fled Afghanistan in late 2001, he managed to release four to six audio messages each year, often making reference to current events, showing that his hide-out was not entirely cut off from the outside world.
“If he could get six audio messages out in a year, he could certainly get instructions to his followers,” said Ben N. Venzke, who runs IntelCenter, a Virginia company that tracks terrorist groups’ Internet communications.
That Bin Laden was found not in Pakistan’s rugged tribal areas but in an affluent town less than an hour from the capital, Islamabad, has prompted a rethinking of the widespread notion that he had little control over Al Qaeda.
“Until now, the prevailing wisdom was that he was hiding in a remote, isolated mountain range and cut off from his followers,” said Bruce Hoffman, an expert on Al Qaeda at Georgetown University. “Now we know that was all wrong and reconsider what his role really was.”
American officials and terrorism experts have warned that this is not the end of Al Qaeda. Secretary of State Hillary Rodham Clinton said Thursday that the United States would continue aggressive operations against militants.

Des vidéos inédites de Ben Laden

Alors que Kandahar, la principale ville du sud de l'Afghanistan, a été la cible samedi d'une série d'attentats-suicides, faisant au moins deux morts, un haut responsable du renseignement américain a dévoilé de nouveaux éléments sur Oussama Ben Laden, dont plusieurs vidéos récentes. 

 Près d'une semaine après la mort de Ben Laden, des responsables du renseignement américain ont transmis samedi à la presse plusieurs documents saisis dans la résidence de l'ancien chef d'Al-Qaïda. Une vidéo le montre notamment avec une barbe grise regardant son image à la télévision.

Au total, cinq films sans son, provenant du matériel saisi à Abbottabad, la ville pakistanaise où résidait le terroriste ces dernières années, ont été présentés à des journalistes lors d'une conférence de presse. L'un d'eux, dont la date de réalisation n'a pas été déterminée, montre le chef d'Al-Qaïda, barbe blanche, le crâne recouvert d'un bonnet noir et blotti dans une couverture marron en train de regarder la télévision par satellite. Une autre vidéo, réalisée vraisemblablement entre le 9 octobre et le 5 novembre 2010 selon les responsables américains, montre Ben Laden s'adressant à la caméra comme lors des messages vidéo qu'il a périodiquement transmis depuis 10 ans. Appelée "Un message au peuple américain", elle montre un Ben Laden à la barbe teinte en noir, et un logo en bas à droit de l'écran marqué "As Sahab", le nom de la fondation qui a produit et diffusé de nombreuses vidéos d'Al-Qaïda. Elle aussi est muette.
Outre ces vidéos, les Américains ont livré d'autres détails sur le rôle de Ben Laden au sein de son réseau. Oussama Ben Laden restait un "chef actif d'Al-Qaïda" et continuait de fournir des instructions au groupe depuis Abbottabad, a ainsi noté un responsable des services de renseignement. "Les documents saisis nous ont déjà fourni un aperçu important", a-t-il encore estimé, ajoutant que d'autres informations seront livrées dans les prochains jours. Certaines ont déjà filtré : c'est sur la base de ces documents que les Etats-Unis ont découvert qu'Al-Qaïda envisageait de commettre des attentats dans des trains à l'occasion du 10e anniversaire du 11-Septembre.

La colère des talibans

Six attentats suicide quasi-simultanés, des attaques aux lance-grenades et une série d'explosions. Moins d'une semaine après la mort d'Oussama Ben Laden, Kandahar, la principale ville du sud de l'Afghanistan, a dû affronter la colère des talibans. Armés de fusils et de lance-grenades, ils sont passés à l'action vers 13 heures, heure locale, prenant d'assaut plusieurs bâtiments gouvernementaux. Il y a ensuite eu dix explosions, dont six attentats-suicides et quatre attentats commis avec des véhicules piégés. Le bilan provisoire fait état de deux morts et 29 blessés.
Les talibans ont revendiqué ces attaques, tout en indiquant avoir planifié ces actions de longue date, sans évoquer l'élimination de Ben Laden. Le président afghan Hamid Karzaï ne fait pas la même analyse, son porte-parolat voyant samedi, dans l'opération de Kandahar, une "vengeance" des extrémistes. Vendredi, le réseau Al-Qaïda avait d'ailleurs affirmé vouloir venger leur chef. En fin de journée, les forces gouvernementales afghanes, aidées des soldats de la force de l'Otan en Afghanistan, ont réussi à repousser les insurgés.

samedi 7 mai 2011

La Grèce inquiète à nouveau les pays européens

Les ministres des finances des principaux pays européens se sont discrètement réunis vendredi soir pour discuter de la dette grecque. 
 L’hypothèse d’une sortie de la Grèce de la zone euro a été catégoriquement démentie.

Les principaux pays de la zone euro ont exclu vendredi soir l’idée d’une sortie de la Grèce de l’Union monétaire ou d’une restructuration de sa très lourde dette, à l’issue d’une réunion en catimini qui a alimenté les craintes sur la situation de ce pays. "Nous n’avons pas discuté d’une sortie de la Grèce de la zone euro, nous pensons tous que ce serait une option stupide", a affirmé le chef de file des ministres des finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, à l’issue de la rencontre dans un château près de Luxembourg. Un abandon de la monnaie unique "est une voie que nous n’emprunterions jamais", a-t-il assuré car "nous ne voulons pas voir la zone euro exploser sans raison". De même, "nous avons exclu la restructuration de la dette grecque", a-t-il déclaré.
La réunion, qui s’est déroulée sans avoir été préalablement annoncée, a réuni notamment les ministres des Finances des quatre plus grands pays de la zone euro, Wolfgang Schaüble (Allemagne), Christine Lagarde (France), Giulio Tremonti (Italie), Elena Salgado (Espagne), ainsi que Jean-Claude Juncker, George Papaconstantinou, ministre grec des Finances, Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne et le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn.
Le site d’information allemand Spiegel Online avait affolé les marchés un peu plus tôt dans la journée en affirmant que cette rencontre avait été convoquée en raison de la volonté exprimée par la Grèce de quitter la zone euro. Athènes a "catégoriquement" nié tout projet d’abandon de la monnaie unique et dénoncé une manœuvre spéculatrice.

Les rumeurs enflent sur les places financières

En revanche, les grands argentiers européens semblent juger nécessaire un nouveau programme d’économies dans le pays. Et l’éventualité pour l’Europe et le Fonds monétaire international d’aider la Grèce plus longtemps que prévu, au-delà de 2012, a été discutée. En matière budgétaire, "nous pensons que la Grèce a besoin d’un programme d’ajustement supplémentaire", a déclaré Jean-Claude Juncker. Cela devrait être discuté lors de la prochaine réunion des grands argentiers européens le 16 mai.
La Grèce avait obtenu il y a tout juste un an un plan de prêts de 110 milliards d'euros sur trois ans des pays de la zone euro et du FMI, en échange d’un programme strict de réduction de son déficit. Or, le déficit public grec pour 2010 vient d’être revu à la hausse, de 9,4 % à 10,5 % du PIB, et des incertitudes planent pour cette année. Les rentrées fiscales ne sont pas au rendez-vous, la lutte contre la fraude fiscale n’est pas suffisamment efficace, certaines dépenses publiques sont plus élevées que prévu. La population, dans le même temps, est excédée par l’austérité dans un pays contraint de réduire fortement prix et coûts de production pour espérer sortir de l’ornière, vu qu’il ne peut dévaluer sa monnaie du fait de son appartenance à la zone euro.
Dans ces conditions, les investisseurs redoutent que le pays ne puisse rembourser toutes ses dettes et revenir emprunter normalement sur les marchés à l’échéance de la période de trois ans. Les rumeurs enflent du coup sur les places financières sur l’inéluctabilité d’une restructuration de sa dette publique, qui dépasse les 150 % du PIB, quelle que soit la forme que prendrait une telle opération (décote, c’est-à-dire abandon d’une partie de leurs créances par les prêteurs, rééchelonnement ou autre).

Ils sont fous ces Français !

Sont-ils devenus fous pour massacrer de la sorte l’une de nos plus belles réussites collectives ?

La France championne du monde de football en 1998, ce ne fut pas seulement un exploit sportif hors du commun. Ce fut bien mieux que ça. Un moment de communion nationale autour d’une équipe qui avait sublimé l’image d’un pays fier de lui-même, promoteur d’une diversité dynamique et victorieuse.

On savait bien que cette exaltation black-blanc-beur ne pouvait, d’un coup, effacer toutes les difficultés, les incompréhensions, les tensions et les injustices d’une nation qui, déjà, s’interrogeait sur elle-même.

On savait bien qu’il y aurait des revers de fortune — et il y en eut en 2002 — mais ce succès était resté un acquis, une étoile scintillante dans notre imaginaire, comme celle du maillot des tricolores.

Cette petite lumière vacillante est en train d’être soufflée par la déflagration médiatique de l’incroyable affaire des quotas. C’est triste. Très triste. Mais ce n’est pas étonnant.

Car cette polémique n’est ni un accident, ni un hasard, ni une boulette. C’est une convulsion. Le résultat symptomatique de l’obsession politique entretenue depuis des mois et des mois sur la question de l’immigration et de l’identité nationale.

A force de remuer jour après jour les fantasmes et les peurs, à force de multiplier les discours sur les échecs de l’intégration et les dangers de l’hospitalité, on a fini par instiller le doute sur la réalité d’une société française pourtant multiraciale et multiculturelle depuis longtemps.

On a fait circuler le poison avec inconscience. Et c’est ainsi que les cadres d’une Fédération Française de Football en sont venus à réfléchir sérieusement aux méfaits de la double nationalité sur la sélection des futures élites du ballon rond. Qu’on en est venu à discourir sur les qualités physiques présupposées et le jeu musclé des joueurs noirs… Et que le sélectionneur se retrouve sur le banc des accusés. Un délire complet.

Car Laurent Blanc n’est pas raciste. C’est un homme compétent et estimable qui doit affronter aujourd’hui d’insupportables soupçons.

Mais, si on en juge par ses déclarations, il a été, c’est vrai, entraîné dans une réflexion inepte de café de commerce qui aurait dû être stoppée net.

Comment a-t-on pu, comme le soulignent justement Lilian Thuram et Patrick Vieira, envisager de discriminer des mômes de 12 ans au motif qu’ils pourraient être tentés d’aller, à leur majorité, jouer pour l’Algérie ou la Côte d’Ivoire ?

Le risque d’une perte sèche, est réel, c’est vrai, mais au lieu de calculer la France ne peut-elle pas, au contraire, l’assumer avec la générosité d’une très grande nation de football ?

Accepter le principe de la double identité d’une partie de ses enfants, et la voir comme une richesse, ce serait le message d’un pays fort et sûr de lui, à la hauteur de la magie de 1998, et des devoirs qu’elle impose. (Lire aussi en cahier Sports)

Ben Laden est mort, mais la France reste menacée

Affirmer que le terrorisme islamiste n'est plus une menace globale parce qu'il n'a plus de « chef » paraît un raccourci hâtif.
Depuis la mort de Ben Laden, nombre « d'experts » affirment que les révolutions arabes ont balayé l'option terroriste d'al-Qaida au profit d'un nouvel islam politique, non violent et démocratique. Certes, ces révolutions constituent un espoir. Mais dire que les partis islamistes qui préparent les élections en Tunisie ou en Egypte seront soit minoritaires, soit de bons « démocrates », risque de pousser à baisser la garde. Or le fait même que le leader du Hamas, soutenu par les Frères musulmans égyptiens du Parti de la liberté et de la justice, ait rendu hommage au « martyr » Ben Laden incite à rester méfiant. Parallèlement, l'attentat de Marrakech a rappelé que les terroristes tentent de déstabiliser par la terreur les pays arabes les plus réformistes. En fait, la conséquence immédiate des révolutions arabes pour la sécurité européenne a été l'afflux d'immigrés clandestins, dont des centaines de repris de justice, ex-miliciens ou anciens terroristes échappés des prisons. Rappelons par ailleurs qu'entre 1989 et 2006, les groupes terroristes algériens ex-GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) ou de l'ex-GIA, qui ont mis l'Algérie à feu et à sang et perpétré les attentats de 1995-1996 en France (« réseau Kelkal ») avant de devenir al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), ont longtemps été autonomes avant de prêter allégeance à Ben Laden. Leur autonomie et leur rivalité vont réapparaître après sa mort. En réalité, en dehors du Pakistan, de l'Afghanistan et de la péninsule Arabique, les terroristes salafistes sont indépendants d'al-Qaida ou ne s'y sont affiliés que pour être plus médiatisés et augmenter le prix des rançons. Leur guerre contre la France et l'Occident n'est pas conditionnée à la vie de Ben Laden. En revanche, la volonté de « venger » ce dernier sert de prétexte pour recruter et préparer de nouveaux attentats, notamment en France, pays laïc « infidèle » et ancienne puissance coloniale, bête noire des islamistes maghrébins. L'avertissement du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, et du préfet Bernard Squarcini, patron de la Direction centrale du renseignement extérieur (DCRI), selon lequel l'exécution de Ben Laden risque d'entraîner des représailles et donc des menaces d'attentats sur la France, doit donc être pris au sérieux.

Le Portugal à vendre


Le gouvernement portugais démissionnaire a présenté jeudi le programme de rigueur qui prévoit, à partir de l’année prochaine, une série de mesures supplémentaires, afin de ramener un déficit public de 9,1 % du PIB en 2010 à 3 % fin 2013. Ce programme vient en contrepartie de l’aide financière de 78 milliards d’euros de l’Union européenne et du FMI. Sans compter le taux d’intérêt qui évoluera, au cours des années de remboursement, de 3,25 à 4,25 %. Tandis que, dans le même temps, la BCE envisage de rehausser son taux directeur.

Au chapitre des réductions de dépenses, ce programme prévoit notamment le gel des salaires des fonctionnaires et des retraites jusqu’en 2013, la baisse des retraites supérieures à 1 500 euros, la réduction de 15 % des coûts dans les entreprises publiques, la réduction de la durée et le plafonnement des allocations chômage, etc.

A celui des recettes, le plafonnement des déductions fiscales à l’impôt sur le revenu pour les dépenses de santé, éducation et logement, l’imposition des revenus sociaux, la hausse des taxes à la consommation, etc.

Entre autres…

« C’est un programme dur, mais nécessaire et juste », a déclaré à Lisbonne le chef de la mission de la Commission européenne, Jürgen Kröger, tandis que son homologue du FMI, Poul Thomsen, l’a qualifié d’« ambitieux et réaliste ».

Jürgen Kröger a cependant assorti sa satisfaction d’un avertissement, à savoir que l’exécutif qui « sortira des prochaines élections devra assumer la responsabilité de ce programme » sous peine de se voir « limiter » les transferts de fonds prévus dans l’accord conclu mardi.

Le président du parti social-démocrate, principal parti de l’opposition, a affirmé, comme il l’avait déjà dit auparavant (Présent du 8 avril), son « total engagement avec les objectifs » du programme économique. Pedro Passos Coelho est, il est vrai, considéré comme le favori des prochaines élections législatives, et pourrait ainsi succéder comme Premier ministre à José Socrates…

INTER

Efforts de la population…

Ce plan de sauvetage du Portugal exigera des « efforts majeurs de la population », ont cependant averti jeudi le Commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, et le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn. « Dans ce contexte, nous soutenons vivement l’intention des autorités de protéger les groupes les plus vulnérables et d’assurer qu’il sera mis en place d’une manière socialement équilibrée », précisent-ils toutefois.

Sans rire… L’actuel ministre des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, a d’ores et déjà indiqué que ce plan entraînerait une contraction de l’économie – pourquoi ne pas parler de récession ? – « d’environ 2 % en 2011 et 2012 » et que le chômage pourrait atteindre les 13 % d’ici 2013.

« Les conditions de vie des travailleurs, des retraités et d’une grande partie de la population risquent de s’aggraver », a traduit Manuel Carvalho da Silva, secrétaire général de la CGTP, la principale confédération syndicale du pays.

Quand on connaît un peu le Portugal, on sait que ses habitants ont, pour la plupart, déjà mal vécu le passage à l’euro, et qu’ils n’arrivent plus à faire face à l’augmentation du coût de la vie. On peut donc faire pire ?

L’Allemagne a d’ailleurs tenu à mettre les points sur les i. « Nous allons faire attention à ce que les données livrées, telle que la croissance économique, soient réalistes », a déclaré Angela Merkel.

A Berlin, certains vont plus loin encore ! « Avant de risquer l’argent des autres, le Portugal devrait vendre ses bijoux de famille, et notamment ses réserves d’or. Toute autre attitude serait contraire à la solidarité », a ainsi déclaré Frank Schäffler, député du FDP, le parti libéral-démocrate. On ne suppose tout de même pas que ce député (ou son traducteur) envisage d’émasculer un pays…

En réalité, il s’agit donc de vendre le Portugal à l’encan. Frank Schäffler avait d’ailleurs demandé l’année dernière que la Grèce vende certaines de ses îles pour se renflouer, ce qui est encore plus clair…

Cette démocratie européenne qui détruit les pays qui ont eu la faiblesse d’y entrer me fait irrésistiblement penser au Saturne de Goya dévorant ses enfants. Barroso et Strauss-Kahn pourront toujours proposer de mettre un euro sous la langue des pays qui en mourront, mais il n’est pas sûr que Charron accepte de leur faire traverser le Styx pour une monnaie de singe !

8 mai 1945 : la paix, 9 mai 1950 : l'Europe


Voici de nouveau venue la commémoration des souvenirs, glorieux sans doute, mais douloureux aussi. Le 8 mai 1945, la guerre se terminait en Europe. Grâce aux sacrifices de centaines de milliers de combattants, le totalitarisme nazi était abattu. La paix revenait, mais sur d'effroyables décombres. On allait reconstruire, mais pas seulement matériellement.

Très vite naquit la volonté d'éviter le retour de pareils affrontements et jaillit l'idée de la Communauté européenne qui allait cheminer dans les esprits, puis dans les réalités. Ainsi, était lancée, le 9 mai 1950, la fondation de cette Europe alors encore timide et amputée de près de moitié par un autre totalitarisme qui allait nous plonger dans une interminable guerre froide. Il faudra attendre les années 1990 pour retrouver les frères de l'Est et les associer à cet avènement extraordinaire d'une communauté humaine de plusieurs centaines de millions de personnes que ne sépareraient plus les multiples barrières des frontières.

Au début, il s'agissait de bâtir une communauté, ce qui est beaucoup plus qu'une union. Il est regrettable que cette première appellation ait quasiment disparu. En effet, une Union européenne telle qu'elle est vue aujourd'hui consiste en une sorte de rapprochement des nations, mais celles-ci ont toujours tendance à se singulariser comme si elles devaient d'abord défendre les intérêts de leurs ressortissants.

Dans une communauté, sans négliger bien au contraire les intérêts des membres, c'est d'abord l'intérêt de tous, l'intérêt global qui est considéré, car c'est la meilleure manière de favoriser en définitive l'intérêt de chacun. Cela confère à la communauté en question une intensité beaucoup plus importante, avec tout ce qui en découle : prestige, efficacité, capacité d'agir dans le monde.

Une communautéplus efficace

C'est aussi un exemple plus radical qui pourrait donc inspirer utilement d'autres groupes de pays, notamment en Afrique, au Moyen-Orient, surtout en ces temps de recomposition. C'est ainsi que le prince Hassan de Jordanie, oncle du roi Abdallah, pionnier du dialogue entre les religions et les pays, estime que « nous (pays arabes) devrions créer une communauté pour l'eau, l'énergie et l'environnement, l'équivalent arabe de la Ceca de Robert Schuman et de Jean Monnet, faute de quoi les appareils militaro-sécuritaires pourraient être tentés d'intervenir pour prévenir l'anarchie... Si on veut éviter la guerre, cela commence par la création d'une communauté régionale pour traiter les problèmes communs, créer des emplois, réduire la pauvreté » (1).

C'est cette communauté européenne qui pourrait agir de façon bien plus adaptée pour traiter les considérables problèmes de migrations, par exemple, qui se posent aujourd'hui et vont se poser dans les mois et les années qui viennent avec beaucoup plus d'acuité encore. Au lieu de cela, malgré quelques essais timides, on assiste à une regrettable attitude de repli de certains pays derrière leurs petites frontières, ce qui est le contraire de la communauté. Il est grand temps de se ressaisir et d'envisager ces questions globalement pour mieux les résoudre dès aujourd'hui et mieux préparer les solutions de demain.

C'est l'Europe en tant qu'Europe, par exemple, qui devrait oeuvrer puissamment en faveur du développement indispensable de ces pays d'où partent les migrants et qui actuellement cherchent leur voie. Ils pourraient ainsi freiner les migrations. L'Europe communauté aurait une plus grande efficacité que chaque nation européenne individuellement. Une telle action, coordonnant les efforts de tous les Européens, serait aussi un moyen de relancer l'Europe elle-même.Quoiqu'il en soit, réjouissons-nous que, depuis soixante-six ans, deux tiers de siècle, il n'y ait plus eu de conflits aussi graves que ceux que notre continent a subi en soixante-quinze ans, de 1870 à 1945. Nous savons que nous devons cela à cette Europe que la paix et la fraternité nous imposent de réussir.



(1) La Croix, 6 mai 2011

Le populisme transatlantique

La montée des partis populistes sur notre continent semble faire écho au succès du Tea Party aux Etats-Unis. Les deux mouvements n'ont pourtant pas la même histoire, explique le correspondant à Washington du Morgen. Même si le résultat est le même : les gouvernements risquent la paralysie. Extraits.

Dans les médias américains, il a été question récemment du "Tea Party européen". Le Vieux continent aurait fait connaissance avec ce mouvement depuis la victoire des Vrais Finlandais aux élections dans ce pays et les performances — pour le moment dans les sondages — de la présidente du Front National, Marine Le Pen, en France.
Les sentiments qui animent le Tea Party s’exporteraient en Europe, paraît-il. Quand il pleut à Washington, il goutte à Helsinki, à Paris et en Flandre. Et quand le Tea Party américain s’insurge contre Washington, le Tea Party européen se soulève contre Bruxelles.



La notion de Tea Party européen n'a strictement aucun sens

Soyons clairs : en dehors de quelques cas isolés qui ont une page Facebook, la notion de "Tea Party européen" n’a strictement aucun sens. C’est justement l’inverse. Le Tea Party est l’expression américaine de sentiments qui en Europe trouvent un exutoire depuis des années déjà dans des partis comme le Vlaams Blok devenu le Vlaams Belang [VB, parti nationaliste flamand d’extrême droite] en Flandre, le Front National en France, la Liste Pim Fortuyn [dissous en 2008] aux Pays-Bas ou la Ligue du Nord en Italie.
Philip Dewinter [le chef du VB] prononçait déjà ses discours quand Sarah Palin [l’égérie des Tea Parties américains] se contentait encore d’aider son mari dans son entreprise de pêche à Wasilla, en Alaska. Nous sommes donc en droit de revendiquer la paternité de ce qui se déroule chez nous.


On peut aussi faire remarquer que ce que l’on appelle le "Tea Party européen" se préoccupe du maintien des acquis sociaux, tandis que la version américaine est au contraire remplie d’effroi à l’idée d’un Etat providence sur le modèle européen. Barack Obama ne peut pas prendre la moindre initiative sur le plan social sans que l’on s’écrie que le communisme est en marche. Les différences sont donc légions.
Il n’empêche que les origines du ressentiment sont très semblables. 

Au fond, il est toujours question des angoisses existentielles des travailleurs blancs et de la classe moyenne. Des deux côtés de l’océan Atlantique, le citoyen blanc craint de voir son pays pris en otage, d’être évincé par les immigrés et d’assister à la disparition d’un monde où il a si longtemps vécu dans le confort. Aussi, des deux côtés de l’océan, il y a cette aversion de toutes sortes d’élites arrogantes qui regardent avec mépris les gens ordinaires et dédaignent leurs propres caractéristiques nationales.

Les échanges des droites populistes américaines et européennes

Des deux côtés de l’océan, la droite populiste entretient d’ailleurs de nombreux échanges téléphoniques. Encore récemment, Tim Phillips, président d’Americans for Prosperity, un des lobbies républicains dans l’ombre du Tea Party, était en Norvège pour enseigner au Parti du Progrès, une formation d’extrême droite, comment faire surgir en un rien de temps un mouvement "spontané" partant de la base.
On connaît aussi les liens du Vlaams Belang avec les Etats-Unis. Le leader nationaliste flamand Bart De Wever [du parti N-VA] puise son inspiration auprès du journaliste britannique Theodore Dalrymple, dont on apprécie aussi la prose dans les cercles du Tea Party américain. Et le conseiller personnel de Geert Wilders [chef du PVV, parti populiste néerlandais] est Paul Beliën, l’époux d’Alexandra Colen, députée du Vlaams Belang qui a d’excellents contacts avec la droite américaine.


Le point commun est une paranoïa anti-islamique. La théorie de l’"Eurabie" qui veut que les immigrés musulmans soient la cinquième colonne de l’islamisation de l’Europe, est populaire des deux côtés de l’océan. Dans un certain nombre d’Etats américains, des initiatives cherchent à interdire l’application de la charia [loi islamique] dans les tribunaux, ce qui pourtant ne se produit jamais.

Partout des complots contre le petit citoyen blanc sont redoutés

Cela indique que le Tea Party est plus proche de personnes comme Geert Wilders et Philippe De Winter qu’on ne pourrait le penser.

On ne saurait s’en étonner. En 1964 déjà, l’historien américain Richard Hofstadter décrivait dans son essai devenu classique, The Paranoid Style in American Politics, ces élites régissant tout dans l’ombre. Tandis que les membres des Tea Parties pensent qu’Obama est un agent secret islamique, leurs confrères européens sont persuadés qu’à Bruxelles, on tente de mettre sur pied un super-Etat européen dictatorial.
Que ce soit ici ou là-bas, partout des complots contre le petit citoyen blanc sont redoutés.

 On comprend d’ailleurs que la situation tourne à l’abcès dans tout l’Occident. Le vieux monde où l’on se sentait en sécurité ne reviendra jamais. Des deux côtés de l’Atlantique, la grande récession a fait des victimes. Le chômage, la pauvreté et les incertitudes vis-à-vis de l’avenir prolifèrent. Des problèmes d’immigration se posent. A cela s’ajoute une série de révoltes à l’issue incertaine au Moyen-Orient. On serait inquiet à moins.


Cette situation provoque dans un nombre croissant de pays des réactions hostiles de l’électorat, qui essaie de se convaincre, en se prévalant d’un passé idyllique qui dans l’imagination se situe à peu près vers les années 1950, que tout se passerait beaucoup mieux sans le reste du monde. Tous ceux qui ne sont pas de cet avis sont des intellectuels éloignés du peuple, de "mauvais Flamands" ou ne sont pas de "vrais" Américains ou Finlandais. Ainsi, l’agitation légitime face à l’état du monde menace de basculer dans des réactions irrationnelles qui ne font que tout aggraver.

 


Ce qui menace de se produire, des deux côtés de l’Atlantique, c’est un cercle vicieux autodestructeur. Il est fort probable que ceux qui soutiennent actuellement les populistes adoptent un comportement encore plus hostile au moment d’aller voter, ce qui permettra aux populistes de continuer à gagner du terrain et rendra encore plus difficile de trouver des solutions rationnelles à des problèmes qui n’en sont pas moins réels.


En attendant, sans parler des éventuelles catastrophes, la situation se traduit de plus en plus à tous égards par une impossibilité de gouverner, une impuissance croissante à agir pour résoudre les grandes questions du jour. On le constate à Washington comme à Helsinki ou à La Haye, et dans les incarnations européennes et belges de Bruxelles.

Cacophonie sur la succession de M. Trichet à la BCE

Alors que l'affaire semblait presque conclue, la succession de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne vient de connaître un  nouveau rebondissement. Selon une information publiée vendredi 6 mai par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, la chancelière Angela Merkel est opposée à la candidature de Mario Draghi à la présidence de la BCE en raison de la piètre situation de l'Italie en matière de dette.

Or cette position met la chancelière allemande en porte-à-faux avec ses pairs de la zone euro. Quelques heures auparavant, la ministre des finances française, Christine Lagarde, avait affirmé sur i-Télé et Radio Classique que son homologue allemand, Wolfgang Schaüble, appuyait, tout comme Paris, la candidature de Mario Draghi. Longtemps archi-favori dans la succession de Jean-Claude Trichet, dont le mandat s'achève fin octobre, l'ex-gouverneur de la Banque centrale allemande, Axel Weber, a jeté l'éponge en février.
Mario Draghi, gouverneur de la Banque centrale italienne et président du Conseil de stabilité financière, a aussitôt pris le titre de favori et reçu mardi le soutien direct de la France.
DRAGHI AU FMI ?
Toujours selon Der Spiegel, Angela Merkel souhaiterait à la fois la nomination de deux Allemands à des postes financiers clés au niveau européen ainsi que de nouvelles conditions dans le cadre de la mise en place du MES, le mécanisme européen de stabilité, le fonds d'urgence permanent de la zone euro. L'hebdomadaire allemand affirme que la chancelière s'oppose désormais purement et simplement à la candidature de Draghi.
Sans citer de sources, Der Spiegel affirme en outre qu'Angela Merkel serait favorable à ce que Mario Draghi succède à Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du Fonds monétaire international. Un souhait en forme de rebuffade pour Paris, qui souhaite envoyer un autre Français aux commandes du FMI, Christine Lagarde étant présentée comme une candidate potentielle.
Le mandat du Français Jean-Claude Trichet s'achève le 31 octobre prochain.